I.KITUK CWM
V MONMI l II MltKllV, A imKlX.
L'iiinl accablé d'infirmités, il te prie de lui prêter sa voiture pour faire ses visites.
i)u:r sEi L.
Monsieur,
Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, etc. Je dis toujours Dieu seul, car en vérité, je ne sais autre chose (pii mérite notre application et notre occujialion ; ou, si nous nous applicpions et nous occupons d'aulie chose, ce ne doit être que jiour lui. (Jelui qui le possédera aura tout gagné, quand il aurait perdu tout le reste ; et celui qui serait dans une privation générale de tout le reste, s'il possède Dieu, n'aura rien perdu et serainfiniment heureux.
Les obligeantes manières aont vous en usez envers moi, qui sont des effets de son aimable providence, me donnent la liberté d'avoir recours à vous dans l'extrême besoin où je suis d'une voiture, devant faire mes visites, avec le secours divin, après la Quasimodo. Non-seulement le cheval, mais les chaises mêmes m'incommodent; et comme l'on m'a ditque vous aviez un petit carrosse, je vous supplierais de me le prêter. Je louerais deux chevaux pour le tirer. L'expérience que j'ai me ftiit voir que c'est le carrosse qui m'incommode le moins. Je vous avoue que ce m'est une bonne mortification d'aller en celte manière faire mes visites ; j'aurais souhaité y aller monté sur un âne, mais il faut adorer la divine Providence qui me veut faire porter cette confusion. Un petit mot de réponse, s'il vous plaît? Cependant, à mon ordinaire, je salue votre bon ange, tous les bons anges et saint patrons des lieux où vous êtes, du diocèse et des personnes qui y sont, et je suis avec bien du respect, Monsieur, votre, etc.
A Evreuj-, ce 18 murs 1701, un vendredi fêle de Notre-Dame de Pitié.
LETTRE CXXIIL
A MONSIEUR BOSGLÉRARD , ECCLÉSIASTIQUE, A PARIS (ié).
Aimer à être inconnu, ignoré, oublié. Commencement des vcrsécutions de Bou-
don (i7).
DIEU SELL
Mon cher monsieur.
Je me suis trouvé ces jours-ci occuoé ae
fl6) M. Bosguérard, né à Evreux le 12 décembre 1G45, et depuis curé de Sahii-Nicolas de Rouen, s'aliacha à Ûuudon dés sa jeunesse. Il mit en lui toute sa conliauce : il ne faisait rien sans le consulter: et, jusqu'à la mort du pieux archidiacre, il eiilreimt avec lui un commerce de lettres non interrompu. Il avait reçu de lui au moins iOO lettres, peui-éire même davantage, qu'il avait conservées précieusement. On n'a pu en recouvrer qu'environ la moitié, parmi lesiiuelles on a choisi celles que l'on donne au public, el qui font regretter celles qui ont clé perdues. M. Bosguérard parvint à la cure de Saint-Nicolas par la résignation de M. Fa- Hiillon, ami de Boudon, vers le comnicnceniem de
Tannée 167-1, et il la conserva jusqu'en 1700.
Nous apprenons par une lettre de Boudon a M. Thomas, que son ami, M. Bosguérard, était mon en 1701.
Nous donnerons d'abord les lettres que le pieux archidiacre écrivit à M. Bosguérard , simple ecclésiastique; puis celles qu'il écrivit, lorsqu'il eut été ordonné prêtre; et enlin celles qu'il lui adressa, !o:squ'il fut curé de Saint-Nicolas. Dans les unes et dans les autres, on trouvera des instructions convenables à toutes sortes d'états.
(47) Pour l'intelligrtice de ce que Boudoa dit dans cette lettre et dans les suivantes, toiiclianl ses perséculious, voyez sa Vie, par M. Collet, 1. ».
OEUVRES COMl'LETES DE BO^DON.
SU
ces saintes paroles du livre diviii de 1 Imilation de Notre-Scigneur : Atna nesciri et pro nihilo reputari (i8) ; et il tue semble qu'elles renferment deux grandes vérités. La prelUiO-re, qu'il faut que nous soyons au monde, au moins quant à notre disposition intérieure, comme si jamais nous n'y avions été ; qu'on ne sache pas si nous y sommes; ou, si on l'a su, que nous y soyons en oubli, comme ces morts qui sont dans le tombeau à qui personne ne pense plus. La seconde, que si nous y sommes connus, si l'on sait que nous sommes au monde, ce ne soit que pour y être tenus comme des gens de rien, y paraissant inutiles ou pernicieux ; c'est-à-dire, en un mot, qu'il ne faut jamais sortir du rien, qui est tout ce qui nous appartient. C'est dans ce rien que la toute-puissance de Dieu a opéré toutes ses merveilles : c'est du rien qu'elle produit. toutes les richesses de la nature et de la grâce; c'est du rien qu'elle a tiré le monde naturel et surnaturel. Un Dieu incarné n'a pas voulu sauver le monde par des emplois éclatants; il a même converti peu de personnes par ses divins sermons et par ses miracles : mais il a fait le grand coup du salut et de sa gloire par l'anéantissement de la croix. Aussi disait-il que, si une fois il était élevé de terre, entendant sa mort ignominieuse sur ce bois, il attirerait toutes choses à lui. ( Joan. xii. 32.) .\ussi disait-il qu'il fallait que le grain de froment pourrît pour rapporter quelque chose, f Ibid., 2i".) Je ne sais, après cela, comment noiis nous oc cupons tant de ce qui parait. Au jour du jugement, mon cher Monsieur, l'on verra des âmes crucifiées avec le Fils de Dieu et cachées avec lui, en considération desquelles il aura converti des milliers d'âmes ; et l'on sera fort étonné que ce ne sera pas bien des prédicateurs qui en sa présence en auront la louange, quoique devant les hommes ils aient paru avoir fait des merveilles pour la conversion de ces gens. Je n'ai pas encore le don précieux d'être délaissé de M. de Brébion qui me donna hier à dîner chez lui ; quand cela serait, il n'y aurait pas à s'étonner. Je ne m'étonnerais pas même si Mme de Fourneaux me quittait, quoiqu'elle soit comparable en générosité à ces dames des premiers siècles, et que Dieu et sa sainte Mère lui aient donné pour moi une charité indicible et une fidélité incrova- We.
11 est vrai, que Mgr l'archevêque a prié M. de Saint-Amand, ensuite des lettres du j)rélat, de ne me point faire prêcher, dans la crainte que cela ne le mît mal avec lui ; et il est vrai qu'il lui a dit que notre prélat n'a-
(48) Liv. I. ch.2. Aimez à être ignoré, et à être compté pour rien.
(49) Mademoiselle de Bouillon ( Louise) , dont il est souvent lail mention dans les leitres de Bou.lon, sœur de .\Iadame la duchesse de Bavière , dont il sera parlé ci-après, était fille de Frédéric Mauriii lie la Tour, duc de Bouillon, frère aîné du célèbre vicoinle de Turenne, et d'Elèonore Catherine Fèbronie de Bergh. Crlte pieuse princesse vivait dans le monde comme la religieuse la plus attachée à sa ïégle, dans une exacte virginité , dans la pratique
vaU fias le sens commun sur mes affaires. Il ne faut dire ceci qu'à quelques amis; car je ne veux citer personne en chose qui fasse peine. Apparemment, ce (|ue vous avez cité des Carmes au prélat leur a fait faire quelque bonne leçon ; je l'ai bien vu au discours (lu P. prieur qui n'a pas voulu me laisser voir le P. Arnaud, et apparemment le P. Joseph a évité de me voir; je ne l'ai vu que par rencontre dans la rue, et je vois bien qu'ils ont peur dri prélat. A la bonne heure tiiul cela; je ne me .voucie pas que AL Manoury ait montré ma lettre; car je ne l'avais écrite <|ue pour réparer, ou faire voir que j'ai toujours eu de l'estime de MM. de Beausse et de Saint-Aquilin, et jiour m'expliquer, si je ne me suis pas assez bien exprimé dans ma lettre ; mais j'avais déjà fait assez sur ce sujet.
Je vous supplie, quand vous verrez M. le supérieur des Bons-Enfants, de le saluer de ma part. Saluez aussi, s'il vous plaît, de ma part M. d'Aurigni. Je salue aussi tous vos saints anges. Au reste, je ne voudrais pas avoir l'ombre d'un petit filet d'ap[mi sur les créatures : Dieu seul. Mais cependant, demeurant abandonné sans réserve à la divine Providence et n'agissant qu'en elle, par elle et pour elle, il faut faire ce qu'elle veut que nous fassions. Dans l'occasion dont vous me parliez, je crois que vous devez savoir la résolution de M. votre [ière touchant votre pension; et s'il désire que vous restiez à Paris, demeurez-y environ deux mois, et puis vous verrez ce qui arrivera par les effets. Si vous ne vous fussiez [las hâté, il y a apparence que Mlle de Bouillon (49) vous aurait trouvé quelque moyen d'y subsister, mais c'en est fait. Les caresses du prélat, à votre égard, n'étaient que pour vous gagner et vous éloigner de moi ; il n'avait point de cure à vous proposer comme à M. Aumont..
Nous commencerons. Dieu aidant, ici une neuvaine le jour des saints Innocents pour 1 avènement du règne de Dieu, afin que nous finissions et commencions l'année par cette dévotion. Voyez sur cela le chapitre du livre de Dieu seul. 11 y aura plusieurs communautés qui en seront. Je suis, Monsieur, etc.