‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 288 sur 436 · LETTRE CXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CXXV

Suite de ses persécutions Mon cher monsieur, J'ai fait et refait ce que vous me mandez touchant notre prélat, et il a fait aussi ce 4ue vous pensez ; car il s'en est bien prévalu. Je lui ait écrit une lettre tout comme il la pouvait désirer, et il m'en témoigna bien du contentement; tout cela est inutile ; je n'ai point entendu qu'il désirât me parler. 11 ne pouvait savoir que Mgr d'Angoulème devait passer par Evreux, il ne savait pas même que .Mgr de Baveux y dût passer i)our lors, au moins à ce qu'il m'a dit, car je le lui appris. Eniin c'est un coup du ciel que je ne me suis pas arrêté à Evreux, le jour que je partis, jusqu'au soir, à raison des suites qui en fussent arrivées. Je n'ai point eu la pensée d'écrire ma lettre pour me justifier, la pensée me donne seulement de l'aversion, je ne l'ai fait que pour satisfaire à ce que les personnes que l'on prétend être oll'ertsées pouvaient désirer justement de moi à l'égard du prélat; cependant je rapporte simplement et dans la vérité quelques raisons qui m'ont obligé d'en |)arler à notre prélat. De plus, l'intérêt de l'Eglise ne m'a pas peruiis de justilier entièrement les Pères Bénédictins. Ecrivez-moi, s'il vous plaît, de Paiis votre adresse. H y a peu de personnes en cette ville que vous puissiezallervoir de majiart; vous pouvez y en voir plusieurs, mais sans y aller comme de moi. Je vous suiiplie de jirendre soin de savoir si M. Poitevin, cuié <le Saint-Joseph, n'a |)as reçu de lettre pour moi, et de le prier en même temps de vous les donner, pour me les envoyer sans me les garder comme on fit l'année passée, car on ne me les donna que quand il était nécessaire presque d'écrire pour faire réponse ; et ri y avait longtemps qu'elles étaient arrivées. Je vous su|)plie d'y veiller, car on ne me ferait pas [daisir de jiarder de lu sorte mes lettres; mais agissez dorénavant et civilement

en toutes choses. SiM. doManonry ne trouve pas h propos de lire ma lettre, je ne m'en soucie jias ; faites mes civilités à Mademoiselle quand vous la verrez. Le bon prélat a compté lui-même l'histoire du corset en bonne compagnie, et en dit ordinairement desemblabtes etyprend i)laisir, il les compte fort bien et on rit de tout son cœur ; mais il me semble hors de propos de répondre à de telles niaiseries. Je vous prie de garder la copie de la lettre si cela se peut, j'en aurai besoin dans le temps. Il est vrai que le prélat, en me déposant, a donné lieu de croire les calomnies; il ne faut point en cela d'exjilication, la chose est claire, mais enfin, mon cher,Monsieur, j'ai manqué et encore plus, s'il veut, qu'on ne lui a dit; il m'a [)uni très-rigoureusement et par ma déposition et par la défense de la confession, et par tout ce qu'il dit de tous cotés, et par les sollicitations auprès des autres évêques; j'acceiite toutes ces punitions, je l'honore ensuite, je ne dis mot. Depuis ce temjjs-là ou ne ]ieul pas lui dire que je sois retombé dans les fautes dont on m'accuse; que peut-oa vouloir davantage? Car enfin en ce monde il y a miséricorde pour toutes sortes de péchés, et quand les juges ont puni un criminel ils ne reviennent pas toujours à le châtier; les crimes particulièrement ayant eu des punitions convenables. Mais, comment peut-il juger du fond de mon âme, quand je me confesse ? Toute l'Eglise ensemble ne ie pourrait pas, ni les anges mêmes : Erclesia non jtidicat de internis. Je salue votre saint ange et suis, mon cher Monsieur, votre obéissant serviteur, Bocdon l'esclave de la saiiitd A'ierge, des anges et des saints. (En 1G68.'

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