‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 289 sur 436 · LETTRE CXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CXXVI

Ali MEME.

Ani:nosité de l'évéque d'Evreux contre Bou don.

DIEU SEUL

Mon cher monsieur.

Je viens de recevoir votre chère leUpe, celle qui est ici incluse étant déjà écrite. Je vous supplie de témoigner à M. l'abbé de Thiersaull qu'il ne se mette pas en peine de ce qu'il a écrit au prélat, car enfin il se choque de tout, et c'est temjjs [lerdu que de vouloir faire quelque chose auprès de lui. Je ne voudrais pas avoir un petit filet de confiance en aucun moyen créé ainsi, je ne m'appuie nullement sur ceux que je vous jiropose dans ma lettre, mais je crois que Notre-Seigneur et sa sainte Mère demandent que l'on s'en serve. Vous serez toujours consolé de voir la mère de Saint-Jean l'évangéliste à Montmartre. C'est une âme d'une grâce rare et favorisée de Notre-Seigneur dès le berceau, mais ne parlez pas de cette particularité. Je ne serai pas fâché que vous saluiez M. Bertot de ma part, et que vous lui expliquiez l'atlaire de Mme de Fourneaux doucement, car il a fortement en l'esjirit quç je quitte mon bénéfice, et l'une de ses rai-

LKliUES. -- A M. nOSr.LliUMil».

sDiis pst quo, ne nio (Imiruint pas de c)uoi vivre, cela lu'dlilige à avoir recours .^ Mme tic Fouinoaax ; mais, mon ciicr MonsieuPi je ne m'eimiiie pas de la l'rovi'ieiice, ma t'fniiiii; mère, et, i|iian(l je quitterais Tmon béntMice, ce ne serait |ias |)our en avoir un d'un revenu plus considéraliic; mais il n'entre |>as là-iledans, il ne l'aut pas dire que je reinar- »|ue cela, car ixda le choquerait ; mais vous pouvez dire (juc dans VéiiM oCi sont les choses, quand j(ï serais malade, je prierais mémo Mme de Fourneaux de ne plus me venir voir pour couper i>ied î> tout cela; mais entin, Ion va è me chasser de tout(;s sortes de lieux, et Ji me priver de tout secours; dès lors que l'on a su que Muiede Saint-Amand avait cpieique bonne volonté pour moi, les deux grands vicaires de Kouen sont allés plusieurs lois, et Mgr larchcvôque à la sollicitation de notre prélat, pour la louimenter à mon sujet. F.'on a suscité des personnes de qualité, des dames, et enfin l'on a tant remué, que [lar prudence je ne la vas pas seulement voir, de peur de lui être davantage un sujet de peine. L'on a délibéré si l'on pouvait en conscience m'assister, et enfin personne ne l'a l'ail. L'on m'a délaissé seul, mais je vous dis mes meilleurs amis, et l'un d'eux disait : Quoi ! aller voir cet homme-là : lors(ju'on lui disait que j'étais malade; il n'y a eu que la seule Mme de Fourneaux, et on crie comme si elle avait fait tous les crimes. Klle a dit : Qu'une autre que moi l'assiste et je ne le ferai plus. On dit : Abandonnez-le, qu'il meure. A la fin on fut avisé de dire qu'elle devait me donner une garde sans y venir; mais cette jiauvre dame n'avait jias de quoi fournir à toute la dé()ense, l'on n'écoute aucune raison; jetais tout seul dans une chambre, sans valet ou servante, il fallait bien qu'elle y vînt pour m'assister. Je vous ai exl>liqué Ic-este, mais enfin si l'on s'est trom|)é, «lans la pressante nécessité d'en recevoir des secours, je suis dans la disposition d'y remédier, et je l'ai fait avec le secours d\i ciel dans une grande [)aix de mon âme ; que jjeut-on davantage que de ne lui pas parler la rencontrant. M.Mallet. est homme a agira peu [irès comme le P. Eudes en plusieurs choses; il est exlraordinairemcnt préoccu[)é contre moi, il ne sait pas que j'ai appris ce qu'il a dit et fait contre moi en des rencontres. Il me dit que monseigneur l'archevèi\ne pouvait bien me défendre de dire la sainte messe;je lui dis que j'espérais, avec la grâce, recevoir cet ordVe non-seulement avec respect mais avec joie. J'ai vu depuis Mgr l'archevêque qui m'a fait mille caresses, c'est son ordinaire; il m'a dit que le prélat n'était pas raisonnable ; il a trouvé étrange la proposition de M. Mallel, et m'a dit qu'il le désavouait en cela. 11 m'a jiarlé de M. de Fernianel comme il'une personne qui avait affection pour moi. Dans son fond, il ne me veut pas de mal, au contraire ; mais iiour dire le vrai, la complaisance au jirélal lui l'ait faire bien des choses, et apparemment M. Mallet n'agissait pas de s(jii claf. Ils avaient cru m'uitioiider par là, mais tout de

lion Notre-Seigneur ne m'en a j'oint donné de peur; il me proposa d'aller en une conimunaulé pour six mois, je lui dis (|ue co me serait une grande consolation, si mes iiilirmilés ino le permettaient ; je vous dis la môme chose; mais je ne suis pas pour lepnér sent en état de vivre en communauté. M. Mallet examine fortement si je ne puis pas vivre de mon bénélice ; hélas ! ce n'est pas là où il me tient, je ne me [ilains pas de n'avoir pas assez. Si Mme de Fourneaux a mar- (pié quelques besoins, elle l'a fait [lour rendre raison du secours qu'elle m'a donné. .\ présent l'on me demand(M]uaranlc écus pour desdéciraes que doit .Mgr de l'étrée, et couvres encore d'une aulrelparl; le bon M. Mallet, dans son examen, ne sait pas cela, et bien d'autres charges ; je les jiayerai de très-bon cœur, et cela est de la dernière justice, je n'en suis pas embarrassé. Aujouitl'hui une personne inconnue m'a apporté de l'argent ; je l'ai rendu aussi ; je vous assure que je n'ai pas un seul denier à moi, et cependant je suis assez riche. En jiassant vous voyez bien que je ne suis pas en état ni do faire le voyage de Paris, ni de payer une pension, je dis pour le présent. L'on me donnera quelque peu de chose j)0ur aller à Caen où il ne me coûtera rien, et puis une aQ'aire pressante m'eblige d'y aller. Je vous supplie de voir tout premièrement, quand cela se pourra, M. de Frrraanel, ])uisqu'on le tourmente à mon sujet, il est bon de lui expliquer les choses; faites-lui mes compliments et remercîments, de même, s'il vous plaît, à son altesse Mademoiselle de Bouillon et à M. l'abbé de Thiersault. Comme M. Mallet part jeudi pour Paris, il est bon qu'on saclie les choses, avantqu'on le voie : l'on pourrait dire dans ma maladie que je n'ai eu personne pour m'as-ister, je dis à l'égard du prélat, mais pour le prélat il ne doit pas savoir les particularités du délaissement. M. Mallet me jiensait dire de grandes choses, disant que j'avais des amis qui m'avaient quitté, hélas ! le bon Monsieur, Dieu seulsuflit. Il est vrai que c'est le P. Eudes qui me fait plus de tort; j'en sais encore bien jilus là-dessus que la bonne mère du Saint-Sacrement ; après tout, il faut être entièrement abandonné, et sans réserve [lour tout et ]iour toutes sortes de privations. Quand le prélat croira que j'ai encore quelques personnes (jui ont charitépour moi, cela [jourra produire de bons effets, car cela l'empêche de bien des choses que sa bile irritée lui inspirerait défaire. Il est vrai que c'est une chose déplorable que l'on ne .sait pas où se retirent ces jiauvres gens pervertis; autrefois ils logeaient sur la ]'.aroisse de Saint-Médard, je ne sais [las si on ne pourrait pas découvrir où ils se sont retirés à [irésent. Je salue votre saint ange avec bien du respect et tous les saints anges de nosamis,et suis, avec bien de l'affection et reconnaissance, mon cher Monsieur, votre très-huml)le et obéissant serviteur, BornoN, l'esclave de la sainte Vierge des anges et lies saints.

L'on pourra dire, si l'on veut, qu'on a

OEUVRES COMPLETES OE liOlDO.V

mandé ou bien qu'on entend qu"on ne |feiit jias me pi us fiire quitter mon bénéfice par fonc que i>ar voie de justiee, mais que ce n'e-t jias à dire qne cola se fasse. Je vous suppbo de prier M. deFermanelet M. de Thiersault et ceus à qui pouvez parler de M. Mallel, do ne rien dire des choses que je vous mande de luiqui peut lechoquer; mais je crois qu'il a été nécessaire de dire les choses comme elles se sont passées, [leut-èlre qu'à Paris il n'aura jias tant de feu. Mgr l'arclievêque me ditqueil. Faude, l'un des grands vicaires, lui avait dit que j'avais des dispositions d'un homme d'honneur ; ce grand vicaire m'a reçu avec bien de la civilité, et il me dit, en parlant du jirélat, que je devais prendre garde à ne pas m'humilier trop devant lui; ce n'est pas que dans les occurrences il n'ait agi contre moi aussi, mais toujours c'est quelque chose que les personnes aient quelque bonté.

Mon refuge est : Monslra te cs^e malrem. 11 faudrait vous voir pour vous diie mes humiliations.

A Rouen ce 3 d'avril.

LEriixh CXXVIL

Il parle encore de ses kumilialions.

DIEU SEUL

Mon cner Monsieur, J'ai de la peine de la dernière Slettre que je vous ai écrite, aussi bien que de celle de M. de Thiersault, et je vous supplie de lui témoigner au plus tôt, car enfin Dieu seul et sa seule providence par la très-sainte Vierge notre bonne mère et très-glorieuse dame, et par les bonsanges et tous l'es saints, je salue le vôtre et tous les saints anges de Paris, comme les saints qui en sont les patrons. 11 me seiuble que je dois garder le silence, et ne point prendre de précautions ; qu'il arrive ce qu'il pourra, quand les meilleurs amis seraient contre nous, ils sont créatures, c'est-à-dire des néants, il n'y a que Dieu seul. Du reste, je mérite tout ce l'on peut dire et tout ce que l'on peut faire contre moi, et je mérite encore toute autre chose, je mérite l'enfer, je vois que je n'ai pas à dire le moindre mot, ni à sourciller même, comme l'on dit;.je reconnais cela très-clairement. Pour l'état ou je suis, jamais je n'ai rien trouvé de meilleur, mon âme se consomme quand elle pense aux grandes miséricordesdu cielsurmoi, de ra-'y avoir mis; je vous assure que je l'aime mieux que de ressusciter des morts et que l'emploi des fonctions les plus éclatantes, soit par la prédicatiun, soit en d'autres manières ; oh ! que je suis bien, oh ! que je suis bien, mon âme souffre avec peine mes deux dernières lettres, allez donc dire à M. de Thiersault mes derniers sentiments. Je suis bien faible de quelque incommodité que j'ai eue, il faut se disposer à la mort, et ensuite arrive ce qu'il pourra ; tout ira bien, tout ira toujours bien, quaad il ira dans l'or Ire cie la divine

Provitlence, il ne faut rien déNirer ; si l'on me demandait, disait sainte Catherine de (îènes, que voulez-vous, je ne jiourrais jamais dire autre chose, sinon, je ne veux que ce que j'ai dans le n)omenl où je suis.

Je suis de tout mon cœur. Monsieur, votre très-obéissant serviteur, Boudon l'esclave de la très-sainte Vierge, des anges et des saints.

Notre livre est bien plein de fautes. Dieu soit béni de tout et sa très-samte .Mère.et les bons anges.

A Rouen, le lendemain de la fcle de la trèspure purificalion de notre sainte Dame.

LETTRE CXXVllI

// parle encore des accusations dressées contre lai.

Mon cher inonsieur, Je vous accable de mes lettres; mais la cnarité soutfre tout, et c'est un extraordinaire. Mandez-moi, s'il vous ))lait, si vous avez reçu mes dernières, particulièrement «clle-ci; et, en attendant que je vous donne mon adresse à Caen, ailressez-moi votre lettre pour cette fois chez M. de Viéville, proche Saint-Amand. La personne que vous savez, sous jirétexte de visite, est venue informer en une maison de religion. C'est une accusation ancienne dont je vais vous parler, mais il la va faire bien valoir pour le ])rélexte de visite. C'est donc une religieuse qui accuse celui que vous connaissez de lui avoir louché le visage de ses mains par quelque forme de tendresse. Il ne manquera pas d'en faire bruit à Paris, où il va dans |iea. Mais c'est une chose admirable qu'il ne lait jamais que dire les accusations et jamais les réfionses; car, en vérité, l'on est obligé de dire ce que l'on répond, à moins que de n'agir pas comme il faut. A cela donc toute la communauté attestera premièrement être très-édiliée de la personne par laquelle elle voudrait tout faire; secondement, qu'il a eu prise avec la personne qui accuse, que de tout temps ils n'ont pu s'accorder, qu'ellelui a toujours été opjiosée, qu'elle a murmuré et s'est dépitée contre lui, et cela toujours dès le commenceuienl; quelle ai)parence qu'il s'avisât de s'adresser à cette personne pour quelque tendresse de la sorte? Troisièmement, elle a éié possédée, et quelquefois il reste à ces {)ersonnes quelque facilité dans l'imagination, des illusions du démon, qui insensiblement les fait imaginer ce qui n'a pas été, se souvenant de la faililesse de l'imagination de ces filles, qui a été gravement déréglée par la possession, et assez aisément, puisque l'on peut prouver avec conviction qu'un autre fille qui l'accuse encore, mais de bagatelles, par la propre confession, je veux dire par son aveu, crainte qu'on aille dire qu'il faut qu'on jiarle du sacremenl, demeure d'accord qu'elle s'est mise dans son imagination une histoire tout eulière qui ne fut jamais ; une

orô

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