‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 294 sur 436 · LETTRE CXXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE CXXXVII

i'i perfection consiste à faire ce que Dieu demande de nous , et fn la manière qu'il le veut.

blEi; SEUL.

Monsieur,

Notre-Seigneur soit notre tout en toutes choses par sa très-sainte Mère, par les bons anges et les saints. 11 me semble que vous agissez dans l'ordre de Dieu de travailler pour sa gloire dans le prochain, comme vous faites : ainsi faites-le au nom de l'adorable Jésus et de la bienheureuse \ ierge Marie, sa divine Mère, dans les occasions que la Providence vous donnera. Cependant il faui nous souvenir que la perfection ne consisie pas à faire de grandes choses, ni à en faire beaucoup ; mais à faire celles que Dieu demande de nous, et à les faire en la manière qu'il le veut. Saint Joseph est le plus grand des saints, comme on le peut penser ; et, pour arriver à une si haute sainteté , Dieu n'a demandé de lui que des actions d'une vie cachée et inconnue. Mais que n'aurait pas pu dire et faire Notre-Seigneur durant les trente années de sa retraite ? Oh 1 que cela nous montre bien que tout ce que nous avons à faire est de faire seulement ce que Dieu veut de nous! Heureuse l'âme qui pourra dire à sa mort ces paroles de notre bon Sauveur : 0 mon Père, j'ai consommé l'ouvrage que vous m'avez donné!

[Joan. XVII, l.)Oue ces vues sont capables de modérer nos désirs et nos empressements pour tous les biens que nous pourrions nous imaginer qu'il serait à propos de faire pour la gloire de Dieu!

Après cela, il faut, avec le divin secours, être bien sur ses gardes pour ne pas se répandre dans les occu()alions et parmi les créatures. C'est une chose étrange combien l'amour-propre se glisse dans les œuvres extérieures. C'est une très-bonne chose de n'y avoir pas de goût ni de consolation sensible, de n'y pas agir par des mouvements tendres : mais'encore il faut bien veillera une secrète satisfaction de nature qui arrive

oui

dans le bon succès dos choses , et h ne pas se laisser aller à une estime, qui (juclquefois est imperce|)tible, de ce (pie l'on fait. Celui qui pense être quelque chose, dit l'Apôtre, n'rluni rien, se trompe [Calât, vi, '*.) ; à plus forte raison, s'il peiiM' taire quelque chose. Une personne véritalileinent éclairée voit toujours scm néant, en ce qu'elle cs\. et en ce qu'elle fait. Elle se voit davantage chargée de ronfii>^ion , dans la lumière du peu qu'elle fait. Elle connaît très-clairement son inutilité au monde, et elle est étonnée comment on l'v lient soulîrir, n'étant propre qu'i'i v faire dii mal. On ne jieul pas dire combien elle se voit chélive. et cela par une forte et vive lumière qui lui pénètre l'intérieur , et non pas i>ar de certaines connaissances assez superlicielles et par des paroles. C'est pourquoi elle e^t très-retenue à parler d'elle, et du bien que Dieu fait par elle, si re n'est qu'il y en ait nécessité; et [lour lors cela lui fait peine. Mon Dieu, faut-il qu'on sache seulement si nous sommes au monde I Après tout, il faut toujours prendre le temps pour faire oraison et pour vaquer à l'intérieur, autrement l'on se dissipe pitoyablement.

Je vous prie de nous mander la santé de notre bon prélat : il faut avoir soin de bien jirier [lour lui , à ce que la divine volonté s'accomplisse en sa personne. Il est bon pour la gloire de Dieu que vous écriviez îi la personne dont vous me parlez. Je la recommande à Notre-Seigneur et ii sa sainte Mère avec bien de l'instance. Je la voudrais servir plus que jamais en leur sainte présence, et en vérité avec iMcn du fruit. Son étal est grandement purifiant et tiès-avantageux pour aller à Dieu, car il est dune grande privation : mais elle me fait grande pillé, car l'attache à son propre jugement gâte tout. Il lui est assez inutile de consulter, car elle ne suit, au moins en la plupart des choses, que sa fantaisie, qui assurément la trompe beaucoup. L'amour-propre a lieu en beaucoup de choses qu'elle l'ait. Elle s'était bien abusée dans les desseins qu'elle avait pris d'avoir des filles, de (irocéder à l'excès de la charité qu'elle exerce durant le temps de la peste. 11 serait à désirer qu'elle pensât sérieusement à se mortifier et à ne se pas produire, vivant retirée dans quelque petite maison où elle ne laisserait fias de pouvoir quelquefois converser avec les gens de bien pour ne pas accabler sa nature qui veut quelque occupation : mais en vérité ce n'est point Dieu qui la pousse à assembler des filles et à faire plusieurs choses qui éclatent. Encore une l'ois, elle a besoin de se mortifier. 11 esfà propos, pour ia gloire de Dieu, qu'on sache qu'elle n'est pas suus notre petite conduite il y a bien des années. Je salue votre bon ange, etc.

-•1 Parts, ce 18 de mai, fêle du B. Félix de Cantalice , et veille de l'Iuuubte Pierre Cèles tin.

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