‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 295 sur 436 · I.F.TT1\E CXXXVIU · texte numérisé non relu

I.F.TT1\E CXXXVIU

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Ail MKME.

Ari-'< sur la manicre de prêcher.

DIEU SEUL

Monsieur,

11 me semble t]u"\\ y a de l'empressement naturel, de l'aclivitéde l'esprit humain, de la corru|)tion dans une certaine manière de prêcher à laquelle vous tendez. Cela vient même d'un fond de superbe, d'un désir de la propre excellence, où le démon peut beaucoup se mêler, où l'homme peut avoir beaucoup de part : je dis l'homme du monde, tant à l'égard de celui qui prêche de la sorte, qu'à raison de ceux qui l'écoutent, et où il y a peu de Dieu ; ce qui esi une grande misère.'Je ne veux |)as dire pour cela qu'on doive se négliger : non ; mais il faut mettre bas toute aUectation rlu beau style, du beau langage, des belles pensées. Je dis l'aH'eclatioii, oar l'on iieut se servir de ces thoscs quand elles viennent naturellement et simjilement safis en faire cas, sans s'y attacher. Souvent ces choses n'aident pas à gloritier Dieu, mais elles servent seulement à con- •enter l'homme.

Je vous dirai simplement qu'ayant quelque chose d'assez curieux, que j'ai lu dans un ancien Père, a dire dans une conférence dont l'on m'a prié, j'ai résolu de laisser là ces choses , et je vous assure que je ne doute point que notre bon Maître et notre bonne maîtresse n'en soient plus glorifiés. Je ne blâme pas par là les belles choses que l'on peut dire, quand elles servent à la gloire de Dieu: bien au contraire : mais il faut bien veiller à n'en pas abuser par amour-propre. A l'égard de ce que vous me marquez, mon petit avis serait ae ne point accepter le sermon dont on vous prie , si déjà vous ne l'avez fait; en ce cas il faudrait le faire. Mon cher Monsieur, éludions dans l'école de Jésus et de Marie à devenir bien petits, à ne |)oint paraître afin que Dieu seul paraisse en toutes choses. Je saj je votre bon ange et tous les bons anges et saints patrons de !a ville et du diocèse d'Evreux, et suis, Monsieur, etc.

A Paris, le 9 de juillet, jour de l'oclave de la fête de la charitable Visitation de la sainte Mère de Dieu.

dit, les Pères Jésuites, qui faisaient la mission à Joui, ont dit à M. le curé dudil Joui, <]u'il en devait user de la sorte , ce qu'il a fait ; et ce qui ensuite a mis la dis|)ute entre plusieurs autres curés sur ledit sujet. J'ai ré[)ondu qu'on en usait de celte manière en i]uelquesdiocèses, mais que, pour le diocèse d'Kvreux,jene sache |)as que ce soit la coutume. Et même, comme nous y gardons les rubriques romaines, dans les choses qui n'ont rien de déterminé par l'usage propre du diocèse , on ne doit rien dire quand on donne la béné'diction du très-saint sacrement : Sacerdos nihil dicit benedicens. Voilà comme l'on en use selon Rome; et cela est si vrai, qu'un nonce venant à la maison professe des Jésuites de Paris , et assistant au salut, où le Père, selon l'usage do Paris, chanta Adjntorium en donnant la bénédiction du saint sacrement , il en fut si surpris qu'il s'écria en parlant au Père supérieur qui me l'a dit : Pater , quid est hoc 'f 11 est donc certain que ce n'est point l'usage de Rome; et je ne sais point qu'il y ait dans le diocèse d'Evreux un usage contraire. S'il y en a je n'en sais rien.

Or, ce qu'il y a à considérer sur ce sujet, c'est que l'on m'a dit que, depuis ce tempslà, ou en ce temps-là même, on a pris sujet de donner la bénédiction de cette sorte, quoique même on ne la donnât pas avec le très-saint sacrement. Je dis ce qui m'a été rapporté par un curé même. Il est bon d'empéclier ces nouveautés qui ne sont point dans l'ordre de l'Église dès le commencement. C'est pourquoi je vous prie de lire ma lettre à M. le grand vicaire Duvaucel, afin qu'il y pense selon sa prudence. Il semble qu'on en pourrait dire quelque chose au curé de Joui : et comme, si je ne me trompe, les mêmes missionnaires sont à Breteuil, on j)Ourrait dans l'occasion leur donner avis de la chose. Je crois aussi que Notre-Seigneur et sa sainte Mère seront glorifiés que vous donniez avis à M. le grand vicaire que le vicaire de Venables étant un bon prêtre qui est fort utile dans les instructions qu'il donne à la jeunesse, ce serait une bonne chose, s'il ne peut plus demeurer à Venables, de l'arrêter au moins dans le diocèse et (le ne point jjermettre qu'il sorte. Je salue votre saint ange, etc.

Ce 13, fêle de saird Herménigilde, martyr.

li:ttue cxxxiN.

Sur l'usage de donner la bénédiction du saint sacrement en silence.

UIFU SEUL.

Monsieur,

Un de nos curés m est venu trouver pour

me demander si l'on doit donner labénédic-

tion avec le saint sacrement à la manière

des évê<iues, parce que, à ce qu'il m'a

EïTRE CXL.

Sabandonner sans réserve à la divine Providence.

DIEU SEUL

Mon cher monsieur, Nous lisons aux matines de demain, que les anciens d'Israël s'étant assemblés vinrent trouver Samuel pour lui demander un loi, comme les autres nations en avaieul.

56S LF.TTni S. - A

Ce discours, dit l'Ecrilure, déplut à Samuel (I Reg. vin, 5), el fut Irèsilûsagréable ù Dieu, puisque ('«îlail témoigner qu'ils se lassiiicnl do l'avoir pour roi, vouiaut un iiuiMiue pour les gouverner. Or tout celii est une ligure de te qui arrive souvent aux Ames ()ui, s'abandoiinanl sans réserve è la divine Providence , ont le très-grand lioniieur d'en être conduites et d'eu recevoir des secours merveilleux dans tous leurs besoins : mais ce qui est de plus ancien en l'houime , la chair [Rum. vm, 6), comme parle la divine parole , se laissant alier aux liiisonnemenis de sa prudence , qui n'est qu'une mort, estime qu'il est à propos de prendre une politique plus humaine, tâchant d'avoir des créatures à soi pour en ôtre ajipuyée et soutenue : et c'est ce qui ujérite qu'on soit délaissé à soi-même, à ses industries, à ses petites intrigues ; ce qui <|ui est un très-grand malheur. Car, hélas! que peuvent les hommes, chétifs néants ? Ou'avons-nous à espérer d'eux ; qu'avonsnous à en craindre? Heureuse l'àme qui dit toujours en vérité : Dieu seul '.

Ce n'est pas sans une conduite très-spéciale de la divine Providence que je n'ai pas été rétabli, comme le [irélat vous a dit qu'il avait dessein, si j'eusse fait ce qu'il pensait ou plutôt commeil pensait : car quelquetois on fait les choses ; mais on croit qu'on ne les l'ait pas, parce qu'on ne les fait pas comme on le pense. J'en bénis Dieu de tout mon cœur: c'est une faveur très-spéciale de la très-saorée Vierge et des saints anges. Le bon prélat selronqie bien, s'il pense que je désire ce rétablissement; j'en suis bien éloigné, aussi bien que quand il s'imagine que je prends à tâche de le choquer: Notre-Seigneur et sa sainte Alère m'en veuillent préserverl Ce n'était pas la seule crainte que vous ne «gardassiez pas les interstices, qui le tenait; Il y avait autre chose : mais Dieu fait ce qu'il veut malgré tous les eiforts des hommes. Je ne sais si vous avez vu la mère Jacobine à Kouen ; l'on me mande que vous avez été aux Carmélites. Je crois que Dieu sera glorilié et la très-sainte Vierge que vous voyiez, si cela se peut, le P. (jallye, avant qu'il ne parte, pour voir ce que le prélat aura fait en bon esprit. Il est bon d'y ôtre anéanti aussi bien qu'ailleurs. \ oyez aussi, si l'occasion s'en présente, le P. Eudes; mais c'est un homme grandement lier; prenez-y garde et ne vous assurez nullement à ce qu'il vous dira. Cela ne préjudicie pas à l'estime (jue je fais de sa sainteté. Je vous prie de ne pas oublier de prier M. le théologal de m'excuser ; car l'appel au chapitre général sera le jour de l'octave de saint Pierre. Sans rien faire paraître vous verrez de quel côté le prélat tournera, et de temps en temps prenez la peine de me mander de vos nouvelles. Je salue votre saint ange, les anges et les saint; patrons du diocèse et de la ville d'Evreux ; dans l'occasion, mesdames Anne et de Rouves, et leurs saints anges, et suis de tout mon cœur, etc.

-■1 Caen, ce 27 mai l<jG~. jour de la fêle du

M nosr.i i:uAnn.

triomphe de l'amuur d'un Dieu envers les iiummes.

LETTRE CXLL

ai; Jièmk.

1m rie présente nesl rien, comparée à l'étcrnilé.

DIEU SELL

Monsieur, li faut être au monde comme si on n'y était plus, et il est inhniment juste que le divin amour fasse en nous ce que la nécessité inévitable de la mort y fera. Je me trouvais hier fortement occupé de cette pensée, et dans la lumière qui m'était donnée, j'admirais, sans pouvoir le comprendre, comment les Chrétiens pouvaient se mettre en peine de rien de ce qui arrive ici-bas. Car enfin est-ce la peine ? Je faisais réHexion sur les personnes que j'avais connues, et sur des premières personnes du monde ; et je me demandais quel commerce ces personnes mortes avaient avec les créatures de la terre? quelle habitude celles de la terre avaient avec elles ? ce que le monde était à ces personnes décédées? quelle pan elles avaient présentementavec le monde? si au moins il leur était resté la moindre jietite chose de ses plaisirs, de ses honneurs, de ses biens ? quand ces personnes reviendraient ici pour y demeurer ? combien de temjis elles y avaient été? qu'est-ce que c'était que ce temps, comparée l'éternité où elles étaient entrées pour n'en sortir jamais? O monSeigneur et mon Dieu , ouvrez-nous les yeux. Oh! la folie et l'enchantement des hommes I Hélas ! nous sommes destinés à entrer dans un état qui ne finira jamais, et Dieu tout bon nous donne quelques années , qui ne sont que de petits moments , comiiarés à cette éternité, pour mériter d'entrer dans l'éternité bienneureuse ; et les hommes , ces insensés, ne s'occupent que de ces moments, et à peine pensent-ils à ce qui durera toujours ! Ah ! quel moyen de se mettre en peine de tout ce qui arrive dans la vie, qui va disparaître comme les ombres I quel moyen de s'en réjouir ou de s'en attrister ! Je salue votre saint ange, et suis, etc.

A Evreujc, ce 30 avril.

LE'rTrxECXLH.

Succès de ses prédications en Flandre.

DIEU SEUL

0 mon Dieu, Monsieur, qui i>ourrait dire combien son aimable et divine providence est une bonne, une douce et tiùèie mère I L'expérience continuelle que je fais de ses bontés, ne me permet pas de taire ses miséricordes. J'espère bien de sa divine grâce,

•aX\Tli:S COMPLETES DE DOL'DON,

malgré tous mes démérites, que je lescbanterai éleineliement en rautre vie : mais il est juste de les publier dès la vie présente, et de manifester les œuvres de Dieu (Tob. xii, 7), romuie nous l'apprend le sainl archange Kaphaël, dont je ne doute pas que je n'aie reçu dessecours singuliers dans mes voyages. Ellea voulu donc, cette bonirtiMère, "me mener en Flandre cet été, et |>ariiculif'remeiit en la Flandre esjiagnole. KUe m'y a mené certes ; et ce qui m'est arrivé dans' ce Aoyage ne peut venir que des ïoins d'une si puissante, si douce , si bonne et si fidèle Mère. J'aurais de la peine à \ùus ex[)liquer les mouvements de charité qu'elle a donnés pour son pauvre esclave. En des villes où je n'avais jamais été . l'on m'y a reçu avec une charité vraiment chrétienne. Dans les unes, on venait me recevoif à la descente du coche ; dans les autres, on m'a envoyé des équipages pour m'y conduire, qui venaient quelquefois de quatre lieues et sept lieues même au-devant de moi. On m'en donnait aussi pour me conduire en d'autres lieux. On m'y a logéavec une bonté que je ne puis dire. On [irenait des soins surprenants de tout ce qui nous était nécess.iire : on voulait même nous donner bien au delà du nécessaire, et il a fallu plusieurs fois résister à l'excessive charité que l'on avait pour nous, et refuser l'argent el les autres secours que l'on nous [iréseniait. Enfin, partout la divine l'rovidence était pour nous une singulière et Jidiniinent miséricordieuse providence. AValenciennes, àLille, à Tournai, à Mons,à Bruxelles, à Anvers, à Namur, et partout où elJe nous a fait aller, elle nous a fait annoncer les vérités de l'Evangile, |>articuliéiement à Mons durant un mois,yréi)andant ses bénédictions ; et j'ensuis sorti le cœur pressé, y voyant les âmes dans une .sainte avidité delà parole de Dieu. Mais il nous fall-ait aller évangéliser le royaume de Dieu à d'autres cités, où nous n'avons quasi pas eu le loisir de larder ,à rai?ondu peu de tem[)s que nous avions à tester en ces lieux. Nous avons l'ait une neuvaine en l'honneur de la très-sainte et suradorable Trinité à Anvers, où la vénérable mère .\iine de Saint-Barthélémy est enterrée, la lidèle comiagne de sainle Thérèse, pour la remer'cier' des grâces admirables qu'elle lui a faites ; et certainement ce n'a pas été sans elfft. Il semblait, me disaient ces bonnes filles (les religieuses Carmélites de ce monastère), que tout était en feu dans leur sainte communauté. C'était, jiarmi toutes ces bonnes filles, uti renouvellement de ferveur

votre bon

tout e^traorùitiaii-e. Je salue ange, etc.

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