‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 296 sur 436 · LETTRE CXLIII · texte numérisé non relu

LETTRE CXLIII

Al MÊME PRÊTRE.

Suite ées persécutions de Boudon ; elles tendent jusqu'à M. Bosguerurd qui était uituché. Mesures de Mrjr l'i'véque d Evreux rendues inutiles. Abandon entier à In Providence.

lui

DIEU SEUL

Mcn cher Monsieur,

Tout ce que la prudence de la chair vous aurait pu suggérer, soit par vos propres lumières, soit |iar les avis de ceux qui se conduisent selon la sagesse humaine, aurait eu bien ue la peine à obtenir du prélat , quand il aurait eu grande incJination à vous servir, ce qu'il vous a?corde (53), contre tout ce qu'il s'était jiroposé, par une secrète, mais efficace disposition de la divine Providence qui sait bien venir à bout de ses desseins, malgré tous les desseins des hommes. Car il est écrit qu'il n'y a point de conseil contre le conseil de Dieu. [Prov. xxxi, 30.) Oh I que malheureuse est la prudence humaine, et que ceux-là sont malheureux qui s y contient I Que ceux qui vous connaissent, 6 mon Dieu, mettent leur confiance en vous , car vous ne délaissez jamais ceux qui vous recherchent, ne s'appuyant que sur vous. [Psal. is, 11.) Les hommes ont beau faire ; quand ils se joindraient tous ensemble pour se bander contre une personne qui a mis son espérance en Dieu , ils ne pourraient pas empêcher ses desseins sur elle, qui s'accompliront dans les temps et moments qu'il tient en sa puissance, au-dessus de tous les efl'orts des petites créatures. Oh 1 que si les hommes, j)ar un entier abandon à la divine Providence, et dans une totale indifférence pour toutes sortes d'événements, savaient bien, avec le secours de la grâce, demeurer fermes dans l'appui unique en Dieu seul ; si ces hommes apprenaient une bonne fois à ne plus s'apjuiyer sur le bras de chair , ce qui est nue malédiction [Jer. xvii , 5), selon le témoignage de la divine parole ; s'ils remettaient tous leurs soins et toutes leurs pensées sur les soins amoureux et les pensées du Seigneur, qui ne sont que des pensées de paix , quoique souvent celte paix s'établisse par de grandes guerres ; que leur re-

(53) Mgr de Maupas, évéque d'Evreux, avait pris Boudon dans une limite aversion, qu'il la faisait rîjaillir jusque sur ceux qui lui étaient paitieuliéremenl altacliés. M. Bosguéiard , dont l'altactieinent pour ISuudou élail toiuiu, se liou\a enveloppé dans sa disgiàce, au point (pie Mgr fevéque d'Evieux déclara qu'il ne lui eonléicralt ja.iiais l'ordre de la prêtrise, laiil que cette liaison si iiiiiiiie subsisterait. IJne pt-rsonnc de distinction ayaiH demandé à Mgr d'Evreux un diriiissoire poiirquî .M. Dosgiierard lût ordumié a Rouen, il l'accorda par iiiégarde ; mais

bientôt après, s'étant souvenu de ce qu'il avait déterminé, il lit partir un exprès pour prier .Mgr l'arclievéque de Rouen de n'a\oir aucun égard au diniissoire , et de ne pas ordonner M. Bosgiiéraid ; mais l'exprès n'arriva qu'au moment où l'onlinalioji venait d'être faite. C'est i» ce liait que la lettre de Boudon a rapport. Au reste, cet illustre prêtai reconnut son erreur dans la suite, el rendit son estime elson aiiirtié à Boudon. \'oyez la Vie du pieux archidiacre, par M. Collet, et la \ie manusciite du inciiu', par M. Bosgmi ird.

9flJ

LKTTRES. - A M. BOSGLiKHAR».

pus sérail tranquille et la douceur do leur cœur admirul)lel O luoii Dieu , mou cher Monsieur, leiions-nous là inviolableraent : que noire demeure soit dans l'unique npimi en Dieu seul, et qu'il no nous reste ([u'une SHJnte haine pour ta prudence de lu chuir, qui est une véritable morf(/{om. mii, li) fuyant ce principe oii tombent mCme plusieurs personnes spirituelles. Adorons donc la divine Providence en la conduite (lu'elle a tenue sur vous pour vous élever au sacerdoce ; et comme assurémeut elle vous donne ces secours par la très-sacrée Vierge, il est bien juste que vous vous enflammiez de plus en plus en son divin amour.

Je vous en donne le môme avis à |>résent que j'ai donné autrefois à M. Gontier, grand vicaire de Dijon, au sujet de la dévotion envers cette digne et toute bonne Mère , et de la célébration du sacrifice de la sainte luesse pour la première fois, que c'est une grande grâce de l'offrir au jour de quelqu'une de ses fêtes ; ce l)on monsieur retarda assez pour ce sujet. Pour moi, Notre- Seigneur me fit la grAce de différer de trois mois. Si vous vous réserviez pour la fêle rie sa triomphante Assomption, il n'y en aurait que deux. Mais la fête de sa charitable Visitation arrivera dans quinze ou seize jours environ : choisissez. Si vous prenez la fêle de la Visitation, elle arrivera un mardi, jour des saints anges : vous leur avez encore obligation. Pour le lieu , il vous sera facile de le prendre, marquant votre indiflérence , ou plutôt le désir que vous avez de satisfaire le désir de M. votre curé et de MM. ses ecclésiastiques ; mais que Mlle de Bouillon souhaite de vous que vous la célébriez aux Ursulines. Agissant de la sorte, personne n'y peut trouver à redire , à cause de la qualité de Mlle de Bouillon , à qui vous ferez bien de rendre les services qu'elle vous demandera, même pour se confesser. Vous faites bien de ne [las (larler de sa laveur, ni de ne se pas réjouir de ce que l'on vous a dit de M. d'Albret; car, dans le vrai, tout cela n'est rien, n'est rien devant Dieu. Oh! quelle folie de mettre sa joie dans le rien , et de s'en vanter ou de s'y appuyer I C'est la folie ordinaire des mondains, et, ce qui est bien pitoyable, des gens même qui lont profession de dévotion.

Il sera bon , le plus tôt que vous pourrez, que vousalliez offrir le saint sacrifice à Dieu en la chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours, et puis ensuite à la chapelle de Saint- Michel, puis, à votre commodité, en l'église de Saint-Taurin.

Voyez un peu M. le théologal et M. de Beausse. Je ne sais si M. de Beausse a vu notre livre de la Sainte Vierge; peut-être qu'on le lui a montré aux tnfauts-Bleus. Vous pourriez le savoir doucement, et puis ensuite, s'il ne l'avait pas vu , par occasion le lui faire voir. Mme de Bouves en a un, à ce que je pense, et qui n'est pas aussi sale'que celui qui a été prêté aux Enfants- Bleus; car celui-fâ ne serait pas bon à faire voir à M. de Beausse ni à M. le théologal.

OECVRES COMPL, DE BOUDON. III.'

Je vous prie de faire rendre l'incluso à Mmed'Outrebois pour mademoiselle sa fille, qui est à Elampes, cl, dans l'occasion, de les bien saluer toutes les deux de ma jiail. Je vous assure que j'aime cordialeruenl M. de Fermanel, et je serais bien aise que dans l'occasion vous le lui témoignassiez. Car je crois que Dieu et sa sainte Mère en seront glorifiés, et 'je le considère toujours comme une personne qui. a de l'amitié jiour moi. Je salue votre saint ange, les saints anges d'Evreux et les saints patrons. Je mo recommande à vos saints sacrifices. Votre lettre m'est arrivée, on me l'a remise trop tard pour vous écrire à Rouen.

A Caeit, ce 13 de juin 1CG9, jour de la fête de saint Antoine de Padoue.

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