PART. II
VEpilre (le saint Jacques ( iv , G ) , que Dieu rhisle ùux superbes ? .\\)v{;s une \6rité ca|iable de ioiidmyei' toiilcs les personnes vaincs el (M'}^ueilleiis(>s, (jiio peut espérer riioiniiio sans liuniililé? Mais que ne lioil-ii pas craiiiilre , quand nuMno il serait liclie de toutes les autres vertus? Ah! mon Dieu, ail! mon Dieu! vous avoir pour adversaire! Ah! mon Dieu 1 vous avoir pour ennemi! O créature qui t'en tais accroire , avoir \in Dieu qui te résiste ! Eli ! que (Joviendras-lu? lili ! que feras-tu , quand tu aurais l'ait toutes les merveilles possibles? Que te serviront les hautes sciences, les belles-lettres, la connaissance de tout ce qu'il y a de plus curieux dans la nature, de ce qu'il y a de plus élevé dans la grûce, les savants traités (|ue tu as donnés au public, les doctes et éloquentes prédications que tu as faites, les conversions qui en sont arrivées, les aumônes que tu as données, les austérités que lu as exeri'ées , si tu as un Dieu qui te résiste? Or le Saint-Esprit qui est la vérité môme , te déclare que si tu es sufierbe, Dieu te résistera.
Ce Dieu donc de toute bonté résistera aux superbes à leur mort ; elle sera donc funeste : ils n'auront |ioint la grâce linale, car c'est aux humbles que Dieu la donne ; il leur résistera ([uand ils paraîtront à son redoutable jugement. Us seront donc damnés, car le paradis n'est donné que par sa miséricorde, il leur résiste dès cette vie : ainsi quelquefois ces suffisants tombent en des péchés les plus honteux ; et quand ils sont secrets, c'est ce qui lontiibue enclore davantage à leur perte; ils tombent en des doctrines dangereuses et entin hérétiques : nous en avons rapporté un exemple effroyable en la personne de l'Ahadie, qui devrait bien faire trembler les personnes qui pensent quelque chose d'elles-mêmes. Ces personnes servent de jouet au démon ; il les lient dans ses pièges comme ses esclaves, car il est le prince des superbes. Un de ces esprit malheureux, comme nous l'avons écrit dans notre livre de Dieu seul, paraissant un jour à un saint ermite, lui dit, forcé par le pouvoir de Dieu, qu'il ne craignait guère les grands jeûneurs, parce qu'il jeûnait encore davantage ; que comme il ne dormait jamais, il ne craignait pas ceux qui veillaient beaucoup ; mais qu'il craignait surtout l'humilité, parce qu'il ne pouvait être humble. Kéf)élons ici ce que nous ne pouvons nous lasser de dire, qu'il ne craint guère les savants qui ne sont pas humbles, Dieu lui ayant laissé des sciences, quoiqu'il soit ibbjet éternel de sa colère.
Mais l'humilité jette la terreur dans les puissances de l'enfer, et en remporte de glorieux triomphes ; nous en lisons un exemple fort remarquable dans l'histoire de Ja possession de Loudun. Le temps étant arrivé que la divine Providence avait onJonné pour faire sortir Léviathan, un des démons des plus sujierbes de l'enfer, elle voulut qu'il fût chassé par des pratiijues les plus humble-i, et qui paraîtront ridicules auxe.s-
prils suffisants ; car lo malin du jour de la sortie de ce démon orgueilleux, le P. Seurin dont Dieu se voulait servir jiour le chasser, fut obligé |ieiiilaiit son oraison de réciter le Pater, \\\re, et lo Credo, comme il faisait lorsc|u'il était enfant, et (]iie sa mère lui apprenait ses jirières, Dieu lui faisant connaître ()u'il voulait liiumplier du sujierbe démon par une pratique si humble et qui tenait de l'enfant ; et (juc jiour venir h bout de ces esprits orgueilleux, il fallait devenir petit comme des enfants, et que la grâce de l'enfance chrétienne réduisait tous leurs efforts h rien.
Bienheureux, s'écriait un ancien, ceux qui sont écrits dans le livre de l'humilité. « N'attendez jamais rien, » disent les saints (et c'a toujours été leur constante et générale maxime), « d'un homme sans humilité, quand même il ferait des miracles et ressusciterait des morts. » Mais ce qui est bien déplorable, est que ceux qui sont les plus dé- [loiirvus de cette vertu, s'imaginent l'avoir davantage ; ainsi ils périssent dans leur superbe qui pour l'ordinaire est un mal incurable que l'on ne voit point ou bien peu, auquel on ne pense guère jiour s'en convertir, et que l'on porte jusqu'au dernier sou[urde sa vie. Mais comme c'est un mal d'esprit et intérieur, les personnes qui en sont malades croient se porter très-bien ; et passant pour telles aux yeux des autres, elles no laissent pas d'être dans l'estime, et (juelquefoisinêrae de sainteté, à raison de leurs autres belles actions
Notre saint religieux était bien éloigné d'un état si lamentable : il avait beaucouf) d'humililé et il pensait n'en avoir point ; il était très-petit à ses yeux, il désirait l'êtro aux yeux du monde. Ecrivant à une vertueuse Carmélite, quelques semaines auparavant sa mort, il lui dit : « Je désire mourir dans la cendre en vrai [lénitent, s'il [ilaît à Notre-Seigneur m'en faire la grâce ; car je n'ai point de voie plus juste que celle de crier à Dieu comme votre sainte Mère : Seigneur, vous ne mépriserez pas un cœur contrit et humilie [Psal. l, 19) ; c'est le terme des faveurs que je puis espérer de mon Sauveur par son infinie miséricorde. »