LETTRE CI.VII
Al' MÊME.
Boudon avertit son ami (/u'il vient de composer la Vie de suint luurin.
UIEU SEUL.
Monsieur,
Dieu seul, olc. Comme voas ne vous .assez point de nie bien faire, je dois toujours continuer à vous remercier, et la divine Providence par vous, que je dois voir en toutes choses. Je vous prie de garder le manuscrit jusqu'à ce ijue vous trouviez une voie sûre pour me l'envoyer, alîn que je le puisse norter à Paris, avec le secours de la divine Providence, au mois de novembre, espérant qu'elle m'y conduira dans ce temps-là. La même divine Providencem'aarrèté à Evreus lorsque je ne le pensais pas, pour ,v écrire la Vie de notre saint apôtre et premier évoque, saint Taurin. Comme elle continue à opérer des miracles en son honneur, i'i parait que c'est son dessein qu'il soitmanifesté tout de nouveau; et, pour vous raconter ses miséricordessur une personne aussi chétive comme je suis, elle s'est vouluservird'un si vil sujet pour renouveler sa dévotion; car, lorsqu'elle m'a fait venirà Evreux, son église était presque déserte, et m'en ayant fait prêcher les grandeurs, depuis ce temps-là on y est allé fréquemment, et présentement c'est une adluence de personnes qui y viennent jjourim()lorer de Dieu tout bon le secours par les mérites du saint, dans tous leurs besoins, et qui s'y trouvent soulagées dans leurs inlirmilés. On en fait graver l'image avec soin, (lour i^ouvoir être distribuée aux peuples et je me suis senti pressé d'écrire sa Vie. II y a un imprimeurà Rouen qui la demande instamment à notre libraire qui est résolu de la lui porter dès qu'elle sera achevée; on souhaiterait fort qu elle le îCil pour la prochaine l'été, et j'espère que la divine Providence nous la fera achever la semaine prochaine. Ainsi notre libraire la pourra porter au com- (pencement du mois prochain. Notre libraire dit que l'imprimeur de Rouen la mettra aussitôt sous la presse. Mais je lui ai fait remarquer que l'on aura besoin d'approbations; il croit que l'imprimeur les aura facilement, et que ce[)endant il pourra toujours travailler àl'impression. J'ai pensé que si dans la maison des PP. Augustins, il y avait encore un docteur avec le P. prieur, cela pourrait être fait en peu, car il faut peu de temps pour lire cette Vie et il n'y a pas de difQculté. Je dirai à notre libraire qu'il ait l'honneur de vous aller voir et de conférer avec vous sur ce que l'imprimeur lui dira; j'ai pensé aux religieux, et cela suffira pour Rouen, car je crois que les autres docteurs retarderaient trop. On la souhaite beaucoup. Je [irie la suradorabje Trinité, la lin de toutes choses, qu'elle eu soit glorifiée. Je crois que cet imprimeur fait aussi une impression de quelques volumes des Vies des saints; j'espère pouvoir bu donner un narré tout de suite ae la vie de
saint Taurin, de sainl (jaud et de saint Lau, nos évê(]ues, pour pouvoir les y insérer aux jours de leurs fêtes ; dans la vie particulière, je rao suis senti pressé d'y parler de l'iusieurs choses qui reganJent la gloire de notre divin Maître et je ne saurais assez bénir la divine Providence de ce qu'elle veut se servir d'un sujet si cliétif comme je suis, LU non glorielur omnis caro. (J Cor. i, 29.)
Jeraesuisoublié du livre De Dieu inconnu: je vous l'enverrai avec le secours divin jiar notre libraire, pour su(iplier encore ces messieurs d'avoir la bonté d'y donner leur approbation. Je leur suis trop obligé et j'ai pour eux toute la reconnais'sance possible ; ils le liront à leurloisir, quand il leur plaira.
Voici une lettre pour le P. prieur des .\uguslins. Je bénis la divine Providence de ce que vous n'avez point parlé au P. recteur de ce que vous savez; je vous supplie de n'en rien dire à personne, car le démon pourrait s'en servir pour des suites dans lesiiuellesDi eu tout bon n'en serait jjas glorilié et qui fiourraientôtretrès-fàcheuses.Jevotissupfiliedonc de n'en rien dire, Honor régis judicium diUgil. {Psal. xcviii, k.)
Attendez, Monsieur, Ja disposition de la divine Providence. Votre santé ne vous permet pas d'être religieux, demeurez dans la paix de Notre-Seigneur. Le bienheureux Bernard de Menton était chanoine régulier et archidiacre, comme il y en a qui sont chanoines et curés. Je salue votre bon ange, etc., et suis avec bien du respect, etc.
A Evreiix, ce 21 juin, fête de saint Leufroi, abbé près d'Evreux.
LETTRE CLVllL
AD MÊUE.
// le félicite d'avoir fait un service pour son prédécesseur, dans la cure de Saint- Nicolas.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul, etc. Ce nous sera une conso ation en ce divin Sauveur et je n'en connais point d'autre, d'avoir la grâce de nous entretenir avec vous du royaume de Dieu ; ajiparemment vous resterez à Paris le reste du mois et cela viendra bien pour ce sujet, car j'espère que la divine Providence , ma bonne et toujours très-fidèle mère, m'occucupera à mes visites jusqu'à la fin du mois, et qu'ensuite elle me donnera de l'intervalle, bien environ treize jours dans le mois d'octobre, pour y retourner ensuite, avec sou divin secours, et durant cet intervalle, apparemment, vous pourrez venir, sous sa divine protection, à Evreux. Pour lors nous pourrons nous entretenir de votre [il y a ici dans l'original une rature), qui me parait bien [leu honnête, mais il faut penser à|)rendre de justes mesures contre lui, de peur de. ne pas réussir. Je bénis la divine Providence de ce qu'elle voue a fait iTècher de notre
ysi
tX-XVKES COMI'LETLS DL BOLDON.
bonne maîtresse dans la calhéilrale de IVonen et du service que voiis avez fait f;tire pour M. votre prédécesseur; il nie semble (|uy l'on en devait user de la sorte. Toute la paroisse y devait bien assister, mais l'on ne lait |ias tout ce que l'on doit. Il faut se souvenir de lui en oQ'rantdebonnesœu'vresà sou intention et surtout notre bon Sauveur au très-saint sacrifice de la messe. Je vous l'ai écrit, son imajje se i>résente à moi souvent; on jiouirait dire de lui en vérité : Vtrus Israelitu in quo non erat dolus. {Joan. i, 47.) Je ne vous avais écrit de la théologale que sur ce *[ue vous m'aviez dit que vous pourriez bien vous en acquitter, car je crois aussi bienque vous que ce n'est pas voire vocation de vous arrêter à Evreux ; il y a bien d'autres choses à faire à llouen ]iour la gloire de Notre-Seigneur et de son immaculée Mère Vierge. Il faut vouloir tout et ne désirer rien, être donc content du |irocédé de M. de ( le nom est raturé dans l'original). Je salue votre bon ange, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Houen et suis avec bien du respect, Monsieur, votre, etc.'
.1 Evreux, ce t2 de septembre, duns luctave de la sainte Nativité de Notre-Dame.
LETTRE eux.
// déjjlon le peu de respect que l'on a pour li sacerdoce; avewjlemeul des riches.
DIEL" SELL
Monsieur, l.a divine Providence ne nous a ramenés è Evreui de nos visites qu'hier au soir, et aussitôt elle nous donne lieu de répondre à la lettre que vous avez bien voulu in'écrire, et de prime abord je me sens obligé de m'éi-rier à la vue des humiliations qui arrivent : O pnliosns margarilas ! Il n'y a rien que l'on ne dût vendre [lour les acheter; cependant vous faites bien de vous ménager avec la personne dont vous me parlez (lOur la gloire de Dieu : comme il est très-peu connu, on ne fait jias l'estime que l'on doit de ses ministres. Saint François, qui en était vivement pénétré, disait (ju'en une manière ils méritaient pi us de respect que les saints anges, et le grand saint de nos jours, le bienheureux François de Sales, rap|)ortait de son pénitencier, qu'ayant lu grâce de voir visiblement son bon ange, il voyait qu'il le précédait, mais deijuis qu'il fut prêtre, il le laissait passer devant lui. L'auiorité de ce grand évoque, qui rafiporte ce fait, est bien considérable ; cependant je vois avec élonnement, parmi môme des gens qui font jirofession de piété, que l'on a très-iicu de considération pour le sacerdoce de Jésus-Christ.
• Je sais bien quelle était la tille dont vous m'avez parlé, et dont l'on rapporte les illusions rlans la vie de la bienheureuse iMarie de î'Iiiiarnaiion ; il y a longlf^mps que je sais
cette histoire , mais je pensais quo vous vouliez me parler de quelque tille d'à présent.
• Je vous ai dit,et je vousle redis, que grand nombre de riches présentement sont en état de damnation, et le formidable et terrible' Vœ que le tils de Dieu a }>rononcé (Lia-, vi.' "Ih) contre eux, se trouve accompli. Voilà le déplorable éiat des riches, dont l'aveuglenuuit et l'impassibilité sont inexplicables particulièrement 5 la mort : car emportentils quelque chose de leur argent? pas un seul denier III leur est donc inutile. Leurs héritiers les défendront-ils au jugement de Dieu? ils seront abandonnés de tous les hommes; ils jiouvaient au moins, dans cet état dans leiiuel il faut qu'ils quittent tout jiar une nécessité inévitable, se servir de leurs biens jiour obtenir miséricorde, et de leurs biens dont il ne leur restera rien, cependant ils ne le font jias, et d'autre |iart c'est une vérité de foi.- Judicium sine misericordia illi qui non facit miscricordiam. O malheureux état (>ûs riches, (^ui doit Ôlre pleuré avec des larmes de sangl
Il est vrai que, dans le particulier, il est dillicile de bien régler au juste ce que l'on est obligé de faire dans l'état présent à l'égard des jiauvres. Cependant il est vrai que l'on ne peut pas garder de superOu ; mais qu'appelle-t-on sufiertlu, si ce n'est l'argent amassé qui n'est pas [lour le nécessaire, et quantité de meubles qui ne servent qu'à la vanité? Si l'on dit que c'est ce qui n'est pas pratiqué et jiarmi les ecclésiastiques et séculiers, cet usage ne rend pas la chose licite, non plus que les autres péchés qui sont si ordinaires dans toutes sortes d'états; et n'est-ce ]/as la raison pour laquelle le Fils de Dieudéclarequ'il y aura peu de personnes sauvées : Pauci electi? Mais que deviendra riîvangile, qui est la théologie d'un Homme-Dieu, et qui n'est ]ias seulement une opinion jirobable, a|irès que cet Homme-Dieu, lors(iu'il parle du jugement qu'il fera des hommes, n'apporte point d'autres sujets ou de leur lioiiheur éternel, ou de leur enfer, que la miséricorde ou la dureté à l'égard des pauvres? Oue pensent devenir des Chrétiens qui se disent croire à l'Evangile ? mais dans la vérité on n'y croit point. C'est donc une vérité de foi que Jésus-Christ a faim et soif, est dans le besoin en la personne des pauvres; mais est-ce une chose qui se puisse comiireiidre de le laisser mourir de faim en leurs personnes? etatinque l'on n'en doute pas, le Fils de Dieu ne va-t-il pas au-devant des objections que l'homme pourrait faire : Domine, quando te vidimus esurientem?
(Matth. XXV, 37.) Dans l'exemple particulier de la personne que je connais, dont vous me parlez, on ne pouvait pas lui donner l'absolution dans cet état, et le confesseur qui l'a fait a fait un très-grand crime, et il se damne avec son malheureux iiénitent : j'en ai bien de la douleur, cette personne étant particulièrement un de mes anciens amis. Je crois (]ue vous pouvez garder vos livres, *ar ils vous sont nécessaires. Je ne voudrais ['as
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LETTUES. — A M. liOSClEllAHU.
jlrésenleiuent en acluHer, à moins quo ilc livres nécessaires pour la gloire de Uieu, et dautre part, qu'il n'y l'alkll uas emiiloyerque peu d'argent.
Ayant fait réflexion snr les sentiments que vous avez de ne [loint rései'ver d'argent pour le doctorat, j'ai pensé. Monsieur, qu'il vous fallait vous laire recevoir docteur dans l'école du <;ie] où l'on apprend la science des saints, qui est la doctrine de notre bon Sauveur Jé^us-Chri.^t, remettante d'autre temji» à prendre le bonnet de docteur dans les écoles de la terre. Mon Dieu, Monsieur, vous avez pensé mourir, oh! qu'à la mort il fait bon être docteur de la science des saints, car le ciel reçoit avec joie les docteurs de son école. Saint Nicolas, votre bienheureux patron, était l'un des grands docteurs de cette école céleste, car ayant donné tout son bien «ux pauvres, quaiïd il fut fait évè(iue, il vendit encore ses livres qui lui restaient ]iour leur donner; et le grand serviteur de iJieu de notre siècle, le P. de Condren, ayant renoncé à l'héritage de son père, il vendit encore ses livres pour en donner le prix aux pauvres ; cependant ce n'était pas dans des temps de misères et de besoins comme ceux ou nous sommes. Voilà ce que le Saint-Esprit enseigne dans l'école de Jésus-Christ. Si j'étais donc en votre place, je donnerais aux l'auvres ce que vous réservez pour le doctojat de la terre. Je ne sais pas dans le fond ce que l'on dit à l'égard de ce que vous me mandez, mais au moins l'on fait bonne mine et l'on paraît bien content.
Ahl Monsieur, Dieu seul, rien que lui, rien que lui, rien que lui. Ne plus voir de créatures, s'oublier de soi-même, perdre de vue ciel et terre, ne plus voir que le seul Dieu du ciel et de la terre. Je salue votre bon ange, Monsieur, et suis avec respect voire très-humble et tout acquis serviteur,
A Evreux, ce 9 d'avril, jour de la précieuse mort de la bienheureuse Aiujélique Paule.