‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 32 sur 436 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De son amour étonnant pour Vabjection , dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus- Christ.

Il n'y a rien de plus afl'reux h la nature que la vie abjecte, humiliée et méprisée, et il n'y a rien que la grâce désire davantage ; car enfin c'est une grande et constiuite vérité, que l'âme qui entre bien avant dans l'union avec son Dieu et son Sauveur, entre beaucoup dans ses inclinations : or quelles inclinations peut -on découvrir en Jésus- Christ plus fortes et plus tendres, que celles qu'il a eues pour 1 adjection et le mépris. Le P. Seurin disait sur ce sujet, « que les opprobres ont été les meilleurs morceaux de Jésus-Christ, et qu'ensuite les mépris et les rebuts des créatures étaient l'enveloppe

ordinaire ùu cordial aiuoar ses lidèles disciples. »

Mais il faut avouer qu'entre toutes les abjections que notre aimable Sauveur a bleu voulu soutlVir pour l'amour îles hommes, pour Tamour de vous, mon cher lecteur, ah! mon Uieu, ah ! mon Dieu, pour l'aïuour de luoi, ù iuira<'le ! ù prodige de l'amour! celle qu'il a voulu porter en (lassaiil [lour un l'on (fans la cour d'Hérode, est intiniment élonnanle ! Arréions-nous un peu ici, mon ûme, et laisjons-nous perdre dans un abîme dadmiraiion dont il n'est pas facile de revenir, à celui qui est dans la véritable lumière. Contemple un peu celui qui est traité de fou danscette cour, et considère qu'il est la sagesse du Père éternel, la sagesse même, la sagesse infinie; il est Dieu, c'est Dieu même; c'est un Dieu qui passe pour un insensé, non-seulement parmi une populace grossière, mais [larmi des gens d'esprit et les premiers de la terre : c'est chez un monarque où il est moqué, bafoué de ce prince et généralement de toute sa cour. O mon Souverain! ô Créateur de toutes choses 1 voilà où l'amour excessif que vous avez pour l'homme vous réduit 1 A quoi l'amour qu'il doit avoir pour vous ne devrail-il point le réduire? Après cela, ô homme, peut-il se trouver des humiliations assez profondes où lu ne doives pas t'abîmer ?

Ces vues ont pressé plusieurs des véritables amants de ce Dieu-Homme à embrasser un étal de folie apparente [)ar l'union à ses inclinations, et de plus, il fallait que tous les états de Jésus fussent honorés par l'application et môme par l'imitation de quelques personnes éminentes en sainteté. Saint Ignace, fondateur de la Compagnie de Jésus, dans ses commencements était traité de ridicule, et sa conduite assurément pouvait bien [lasser pour extravagante parmi les sages du monde : car n'était-ce pas une folie aux prudents du siècle, de voir un homme de qualité, un capitaine qui s'était acquis de la ré|Jutalion dans le» armées, un brave, un généreux se réduire volontairement à mendier son pain, à vivre et à couclier i)armi des gueux et des gens^ de la lie du peuple, marcher de (irime abord tête nue, sans chapeau, sans souliers, et avec un habit si ridicule, que passant même dans les campagnes, de ehétifs jiavsans qui ne doivent pas beaucoup être surpris à la vue d'un habit pauvre, ne jiouvaient pas s'empêcher de rire en le vovant ; n'était-ce pas une folie à ces prudents, de voir Ignace s'arrêter exprès lorsqu'il se voyait moquer, et demeurer toujours dans le lieu où il était traité de ridicule, jusqu'à ce que les personnes qui le bafouaient fussent lasses de se railler de lui ? Mais ses jHCmiers mouvements pour les Mus grandes abjections ne l'ont jamais quité. Lors môme qu'il eut fondé sa compagnie et qu'il en était général, il protestait qu'il auraitcouru volontiers les rues de Rome, habillé en fou, s'il n'avait pensé que Dieu pour lors ne uemandait pas cela de lui. Je ne m'élonne pas si dans la suite ce grand saint

iriVRES CO.MPLETES DE BOLDON

jue lui portaient avait pour niaxini

et s'il avait donné pour règle, de vivre dans la disposition d'être tenu l'our fou selon le monde, sans néanmoins en donner l'occasion; ce qu'il ajoute très-bien i)our la voie commune : car c'est une grilce extraordinaire de faire volontairement des choses par l'instinct du Saint- Es|)rit, qui nous fassent passer pour insensés. Je ne m'étonne pas s'il dit, « que la (dus grande étude des Chrétiens doit être aux |)lus grands mépris, et iju'il les faut aimer avec autant de passion que les gens les plus ambitieux aiment les honneurs. « Je nem'étonne |ias s'il ap|ielait le degré d'un état tout à f.iit humiliant le degré précieux de la vie spirituelle. Hélas! on lit les choses, on les écoule ; mais il y a peu de personnes qui les entendent, et encore moins qui les pratiquent.

Orlandin rapporte dans l'histoire de la société, des exemples bien forts et bien touchants des premiers Jésuites dont plusieurs faisaient des actions par un mouvement S()écial de l'esprit de Dieu, qui tendaient à les faire passer pour des extravagants. Mais le P. du Pont en la vie du grand serviteur de Dieu et de sa très-sainte .Mère, le P. Ballhazar Alvarès dit que cet homme dont sainte Thérèse (comme nous l'avons dit ailleurs) a rendu ce témoignagne, que Nntre-Seigneur lui avait dit de lui, « qu'il n'y avait personne au monde de son temps qui le surpassât en sainteté, » avait un tel désir et un si grand zèle pour l'état d'abjection dans lequel Jésus-Christ a voulu passer pour fou, qu'étant supérieur du noviciat, il ordonnait à ses novices d'aller courir par les rues traînant des charognes (luantes, et faisant d'au très actions d'une folie apparente; et Dieu tout bon comblait de tant de grâces le maître et les disciples, qu'ils sont arrivés à une éminente sainteté.

Il ne faut donc pas s'étonner des ardents désirs du P. Seurin pour la vie abjecte et méprisée, et en i)ariiculier jiour l'état d'une a(iparente folie. Voici ce qu'il en écrit à une jiersonne de confiance: « Je ne souhaite rien tant que d'être décrié et perdu de réputation, et que marchant dans les voies de Dieu avec fidélité je sois tenu pour un fou ou pour un méchant homme. » H aurait eu desagréments {)our cet état dès sa jeunesse, Dieu l'y disposant |iar l'estime qu'il lui en donnait. C'est l'ordinaire de la divine Providence de conduire les choses à leur fin par des moyens forts, mais suaves. Dieu qui destinait saint Jean Chrysostome à des croix extraordinaires, lui avait auparavant rempli l'esprit de lumières qui lui découvraient la grandeur et les avantages des croix; il en pariait, il en prêchait d'une manière incomparable ; il se surpassait lui-même quand il était question de traiter cette matière. Le P. Seurin étant tout pénétré de la haute sagesse cachée sous une folie apparente et portée par l'esprit de Jésus-Christ, il soupirait ardeûjment après cet étal ; il le demandait <i Dieu avec de ferventes prières, Je regardant pour lui (à

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