‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 310 sur 436 · LETTRE CLXXII · texte numérisé non relu

LETTRE CLXXII

Ai; MÊME.

Sur les grades nécessaires pour être nommé à une cure ; comment on doit entendre cette nécessité.

DtEt; SELL.

Monsieur, Dieu seul, etc. La difficulté que nous avons présentement de trouver des personnes à Evreux (jui aillent à Kouen, et d'autre part le temps qui presse d'envoyer à Paris le petit traité Du purgatoire, pour la gloire de la très-sainte Trinité, notre seule dernière fin en toutes choses, méfait vous supplier de jirendre lapeine de l'envoyer par le messagerd'Evreux.Mais pour cela, comme c'est peu de chose pour être envoyé par le messager, et qu'il courrait risque d'être perdu, je vous supplie de faire un petit pa-

quet, n'importe de quoi, soit de quelques vieux papiers qui ne servent à rien, ou de quelques méchantes liardes, et de le mettre dedans, et de mettre au-dessus du jiaquet l'adresse de Mme deP.ouves, car je nesaissi je suis bien dans les bonnes grâces de fi\. Girard. A'ous auriez ensuite la bonté de nie faire savoir, par un [letit mot, quand on l'aura mis au messager, afin qu'on l'allât prendre de la part de Mme de Rouves.

Je vois bien, Monsieur, ce que ce monsieur l'avocat vous a dit touchant la loi, et j'en vois bien la difliculté ; mais voici, ce me semble, ce que l'on peut dire, et qu'il n'a pas assez examiné. On ne doute point que l'on doit être gradué, mais la difficulté est, s'il est absolument nécessaire qu'onlef soit auparavant que de recevoir la collation du bénéfice; car la loi n'est-elle pas accom- ]>lie, quand la {)ersonne a ce qu'elle demande pour faire les fonctions du bénéfice? Quatre jours, ou une semaine, ou quelques-unes, em|iêchent-elles la capacité requise dans lesquelles on ne fait encore aucune fonction du bénéfice ? Notre prélat croit même que M. Foret, enseignant la rhétorique dans un collège, a quelque chose qui supplée aux grades, qui ne sont retardés que de quelques jours, car il les prit aussitôt. Je crois que le R. P. de la Chaise, qui sait beaucoup les matières bénéficiales, a conseillé à un de nos curés qui n'était pas gradué, et il disputait une cure pour laquelle les grades étaient nécessaires, de les |)rendre, supposant qu'il suffisait, pourvu qu'il les prît.

L'instance que je fais est forte, car il faut garder la loi, comme il est juste ; il est sans doute que la loi divine est tout d'une autre obligation que toutes les lois humaines ensemble; il n'y a point d'autorité qui puisse dispenser delà loi divine, ce qui se fait à l'égard des lois humaines. Or, un curé pour l>oavoir être curé, je veux dire en exercer les fonctions de droit divin, doit être prêtre en quelque lieu du monde que ce puisse être. Il n'en va pas de même des grades ; une infinité de curés n'en ont point, et tous les jiremiers pasteurs et les apôtres n'en avaient point. Ce sont les hommes qui ont obligé d'avoir des grades, et cela seulement pour de certains lieux. Si ce[iendant on peut recevoir la collation d'un bénéfice-cure sans être prêtre, à quoi la loi divine oblige, pourvu que l'on reçoive le sacerdoce ensuite, pourquoi ne pourra-t-on pas la recevoirsans être gradué, se faisant aussitôt graduer ensuite V N'est-ce pas avoir égard à la loi humaine que d'y avoir égard comme à la loi divine? Autre assurément est la science, autre le caractère ; mais toutt la science des anges et des hommes, renfermée dans une seule personne sans le caractère, n'en peut pas faire un curé; mais un homme avec le caractère ayant quelque capacité le peut bien être; et les saints a|)ôtres avaient-ils de la science des gradués? Un homme qui aura quelque étude de philosophie peut être gradué; qu'e.>^t-ce que cette science-là pour les

I,r;TTRE3. — A M. nOSf.UERARD

IV'nrlions curinlos? Un liommc qui enseigna la rliiHoii(]ue a (iiielque chose de hieuiilus que les jji-ailuésordinaiies. Je ne laisse pas de iiien vniila ilillirultu. Mais, dans le fond, un honiuic qui est gradué quatre jours ou environ ai>rùs une collation, je ne vois pas ce (jui lui manque, et qu'on ne le puisse pas bien considérer connue un gradué sans blesser la foi. Je salue votre lioi! ange, etc., et suis voire Irè'S-Imnible et tout acquis serviteur, BocnoN, le pauvre jirôtre de l'admirable Mère de Dieu, toujours Vierge et inimai-ulée en sa sainte conception, vérités pour lesquelles je voudrais mourir de bon cœur avec le divin secours.

A t'vreux. ce 20 d'août, fête de saint Bernard le Grand, dévot de la très-suintc Mère de Dieu.

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