LETTRE CLXXIII
Sur le livre de Baillet, ayant pour litre : Dévotion à la sainte Vierge.
DIEU SEUL
Dieu seul, etc. C'est dans cette divine union, et il nous y faut toujours èlre, vivre. agir, soutfrir et mourir, que je reçois votre lettre assez à temps encore auparavant que la divine Providence, ma toujours très-bonne et très-tidèle mère, me fasse partir pour nus visites, d'où j'espère qu'elle me fera revenir rour la fête du prince de la milice céleste, l'archange saint Michel, c'est comme l'Eglise l'appelle, pour restera Evreux jusqu'au 12 d'octobre, et continuer mes visites jusque environ la fête des bienheureux ajiôlres saint Simon et saint Jude, et ensuite, si elle me laisse en cette vie, rester à Evreux jusqu'après Pâques.
On ne saurait troj) veiller sur la jiersonne dont vous me parlez; elle a une physionomie affreuse; mais le dérèglement au moins passé de ses mœurs deman.ie qu'on la laisse un très-longtemps dans l'épreuve ; il serait à souhaiter qu'elle demeurât le reste de sa vie dans l'état où elle est, sans passera d'autres ordres. Monsieur votre frère remue tout pour la faire renvoyer. Je ne vous citerai eu rien, avec le secours divin.
Ne me citez pas non plus, et prenez-y garde, s'il vous plaît, sur ce que je vais vous dire de Baillet. Son livre de la dévotion h la Vierge est un livre très-pernicieux contre la dévotion à la sainte Vierge, qui y est plus maltraitée qu'en plusieurs des livres mêmes des hérétiques ; il est censuré à Rome, et, quand feu Mgr l'archevêque de Paris est mort, il avait [iris le dessein de le censurer, et la censure était déjà préjjarée. 11 faut adorer les jugements de Dieu: et n'est-ce pas une chose surprenante que ce livre se vende parmi les catholiques, et se débite mieux que les livres les plus orthodoxes de la dévotion à la Mère de Dieu? On voit assez que la secrète malignité qni se fflis^e dans notre siècle contre la dévotion à la sainte
OElVRES l-.OMPl.. DE BOUCOS. 111.
Vierge commence à paraître insolemment.
L'on a encore, je ne sais si je vous l'ai écrit, prèilié publiiiueinciit, mais d'une manière impudente, contre r.Vssomption de la Mère de Dieu, à sa dernière lôte. Des docteurs de Sorbonne et en dignité dans l'Eglise ont dit que j'avais bien ré|ioiidu à Baillet, et que c'était une providence divine qui m'avait fait écrire. On trouve le livre fort et docte.
A Dieu seul la gloire : Soli Deo honor et (jloria. [I Tim. i, 17.) Je n'ai cependant pas nommé Baillet une seule fois, et je n'ai point parlé de lui du tout ; dans la crainte oh lui ou ses amis en étaient, ils enécrivirent à notre prélat une lettre pleine de menaces contre moi, si j'attaquais ledit Baillet. Apparemment quelques-uns du parti, s'imaginant que je le devais nommer, lui en avaient donné avis. Vous voyez bien qu'il ne me faut citer là-dessus à personne. 11 faut attendre ; si notre libraire envoie de lui-même quelques-uns des livres de la dévotion à la sainte A'ierge, je vous en donnerai avis pour lors, et (lu nom du libraire.
Si vous allez au Trésor, je vous supplie de vous informer de ce que l'on y peut savoir du P. de Léjunay de l'Oratoire, curé présentement de BretàgnoUe, dans le diocèse d'Evreux : si l'on ne sait [loint pourquoi il a quitté la supériorité de la maison de l'Oratoire où il était, et à même temps curé ; si l'on ne sait point qu'il ait été mal avec feu Mgr l'archevêque de Paris; si le feu P. de lloncesle n'a point agi contre lui ; si l'on n'en a point parlé au R. P. de la Chaise; s'il n'a point eu d'autre défense pour ne jilus aller au Trésor ciue celle de l'abbesse. il serait bien nécessaire de savoir ces choses présentement pour la g'oire de Noire- Seigneur et de sa sainte .Mère. Je vous supplie encore de vous informer à Magny, sans marquer aucun des.sein de ce que le P. jésuite y a dit touchant la dévotion à la sainte \ ierge et les livres du P. Poiré et d'autres livres jiareils, et en marquer le détail ; car on a envie de lui en faire faire la correction, et me marquer son nom, tout cela secrètement. Les jugements de Dieu, Monsieur, sont bien impénétrables aux hommes, mais ils sont toujours inlinimentadorableset aimables. Je connais une personne qui, par grande charité, voulant assister des possédées, est possédée elle-même; mais Dieu, tout bon, en tire une très-grande gloire. Ces possédées-là sont conduites par des personnes de condition et d'une singulière vertu, qui les voient très-souvent. La possession subsiste toujours : il y en a une qui ne s'est pu confesser depuisplusieurs années. Je les ai vues fouler aux pieds les choses saintes d'une manière horrible. Jésus-Christ a bien permis aux Juifs de crucifier son corps. CepenUantce sont des personnes bien à Dieu ; il y a eu de saintes personnes possédées jusqu'à la mort. Je salue votre bon ange, etc., et suis dans un profond respect, Jionsieur, votre très-humble et tout acquis serviteur, Bocdon, le pauvre prêtre de l'admirable Mère de Dieu tou-
ŒUVRES COMPLETES DE BOUOON
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jours Vierge et immaculée eu sa toute saiute conception, vérités pour lesquelles je voudrais mourir de bon cœur avec le divin secours.
A Evreujr, ce \2de septembre, dans la sainte octave de la ylurieuse Aalivité de la trèssainte 1 ierye