I.IKIMVIE I)i: RIKII. - PAUT
isail) comme une uxrclluntL' lui-
ro qii 11 lune.
Lu ciel à qui l'on adresse peu souvent de paroiik's prières, se rendit iavoiable îi ses vœjix, et les ro(;utavec liieiidu plaisir, eoiuiiio on le pourra jui^er par les heureuses suites. Le Père en eut une coniiaissanee surnalurelle dans une retraite. Il lui fut révélé que ses vœux avaient été acreplés de sa divine majesté, qu'elle lui accorderait sa demande, et le conduirait par une grande et longue humiliation. Il s'en ouvrit [lour lors h une personne de conliance.etlui marqua même heaii- (■ou|)de particularités que l'on a vues arriver ell'ectivemenl.
Depuis ce temps-lh il devint un grand [irolilôme jtar les choses surprenanles qui lui arrivèrent ; et pour lors Ion pouvait bien dire aussi bien (jue de son maître: // y avait un grand murmure à son sujii, Ir^ uns ilisant f/u'it l'iuil possède, el les autres (/u'il était fou. [Joau. \, -l'ô.) Il est certain que les démons lirent tous leurs etforts pour ell'eclivement le rendre fou, ou au moins pour en doinier la cro.vance par ce iju'ils lui lirent souH'rir dans sa [lossession. Ils déclarèrent dans les exorcismes (Dieu le iiermettaiit de la sorte) (ju'ils lui avaient fait pi-endre en dormant un breuvage dont ils expliquèrent la composition, (]ue les médecins assurèrent être tout propre à troublerlejugement. Alais cette entreprise fut sans eflct, Dieu le lui avant toujouis conservé bon au milieu de toutes les extravagances que ces esprits d'enfer lui faisaient faire.
Cependant Dieu, qui voulait faire de son serviteur un spectacle d'humiliation aux anges et aux honnnes, [teriuil aux démons de le violenter exiérieurement par quanlité de mouvements et d'agitations qui le pouvaient faire passer pour un véritable insensé; il dis|iosaces choses de telle sorte par l'ordre de la divine Providence sans laquelle rien n'arrive, et ce qui doit être une consolation inetfalile h tous ceux qui ont la foi, que ces agitations violentes commencèrent à paraître 1-e jour du vendreili saint, Dieu voulant marquer par celle conduite le dessein qu'il avait de fîiire du Père une image vivante de son Fils dans les opprobres de la croix; aussi les démons l'avaient menacé qu'ils lui feraient bien faire la solennité de la passion. Cette humiliation lui arriva dans une maison où il était logé avec les autres Pères à Loudun, en leur présence et en celle de quelques olliciers de monsieur de Laubardemont, commissaire député du roi pour le [irocès d'Urbain tirandier, prêtre et l'un des curés de ladite ville, accusé aêtre l'auteur de tous les sortilèges et nialélices faits aux religieuses ursulines.
Mais ce fut bien une humiliation plus graïKle, lorsque les démons, à la vue de toutes les personnes qui venaientde toutes parts aux exorcismes à Loudun, se saisissant desa personne, le jetaient par terre, el le faisaient rouler sur le [lavé avec des contorsions effroyabhjs, et le contraignaient de jeter des cris lamentables avec des frémissements ler-
OKuVRKS COMI'L. DK wOVl>0>. IlL
ril)les;ce qui lui arriva en présence des évoques et de monseigneur le duc d'Orléans Irèrc du roi Louis XIII, et de toute sa cour': car parlant à son altesse royale, après avoir cliasaé l'un des démons qui iiossé.laient la mère Jeanne des Anges, et ayant enioie son surplis, il fut tout à cou|) renversé par terre; voulant se lelever, il fut de muiveau relancé sur le pavé. Ses humiliations le rendaient ridicule non-seulement devant h'S hommes, mais donnaient sujet aux démons do le railler etdeilireen se moquant de lui : At fait-il pas lieau voir cet homme monter en chaire et /irècher les peuples ? el mille .unies insolences.
Cet étal ayant obligé les supérieurs île le retirer pour un tom|is de Loudun, il y retourna ensuite ; et après son voyage du lombeau de saint François de Sales, étant h IJ'udeaus, les démons leconlraignirent de nouveau de faire quantité d'extravagances. Ce qui obligea lessupérieurs à le tenir enfermé par une conduite très-judicieuse. Mai s comme ces extravagances étaient grandes et fréquentes, et qu'elles lui ont duré une partie de sa vie, on peut bien juger les humiliations qu'elles lui ontcausées;ce qui luifaisaitdiro quelquefois : «Nous avons demandé du mé- |iris à Dieu, et il nous en a donné à pleines mains. »
Jamais il ne s'en est lassé, comme il a témoigné lui-même dans une leltre qu'il a écrite les dernières années de sa vie, oii il dit ces paroles : « Le souverain faîte de la grandeur où j'ai aspiré toute ma vie, est d'avoir de la pari des hommes peu de réputation, et de la part de Dieu un humble emploi |iour son service. Nous en sommes par sa grâce en possession, et je m'y trouve si délicieuseusement que je désire y[iasserle reste de mes jours. » Il disait encore : « Mourir dans les dernières humiliations c'est le comble du plus grand bien où peut arriver le [lur et divin amour. >^ C'était où tendaient les (dus forts mouvements de son cœur; on ne peut dire jusqu'à quel point il a saintemeni passionné les plus grands mépris qui puissent arriver dans la vie. Parlant d'une ]>ersonne qui les aimait, voici comment il en écrit, une année ou deux avant sa mort : « Je la tiens fort heureuse; Notre-Seigneur lui ayant dit au cœur celte vérité (il veut parler de l'amour de l'abjection), qui est la plus précieuse de toutes celles que je sais de la doctrine de Jésus-Christ : aussi saint Ignace noire fondateur parlant de ce degré de la vie spirituelle, par lequel l'àme est désireuse de ce qui la rend méprisable devant le monde, la nomme le degré précieux. Cette disposition me lie vraiment à son âme. Notre bon Sauveur m'a donné diverses impresr sions d'estime de trois choses, la pauvreté, le mépris et la douleur. L'âme qui parvient à les aimer, a trouvé la clef du cabinet do Jésus où il tient ses [dus iiréeieux joyaux, qui ne sont pas les visions, les révélations et contemplations spirituelles, mais la conformité avec lui. L'âme, pour s'y rendre, conforme, se plaît davantage dans ics trois
œiVRES COMPLETE^ DE BOLDON.
choses qu'en toutes les faveurs que peuvent ilouner le ciel et la terre; aimer à être traitée connue une gueuse, comme une folle qui manque de bon sens, et qui se rend ridicule «u sens des sages du moride, et mettre son plaisir en cela comme dans la plus belle parure dentelle pui>se être ornée, voilà ce qui i.'appellc sagesse de Jésus-Christ ; et pour son amour, dites-lui: Ma chère mère, que je la tiens heureuse, quoique la sagesse humaine en puisse dire! Il écrit dans un autre lieu : 11 était bienséant et convenable aux \eox de Dieu (comme l'enseigne l'Apôtre aux Hébreux [u, 10]) de consommer et de remire l'auieiu-du salut des hommes parfait })ar sa passion. Ainsi iaut-il dire de ses enfants, conformes à i'imatje de son Fils {Rom. VIII, ^0), c'est-à-dire tirés sur le premier original. Il faut qu'ils soient perfectionnés par les mêmes moyens. » Saint Bernard entendant parler d'une personne très-vertueuse, mais qui était bien peu humiliée : « V oilà ce i;ui lui ujanque, » ilit ce saint; « elle est à plaindre jusqu'à ce qu' elle arrive à cetie douce coiifurmilé. » — « Quand on se plaint de n'être pas estimé, disait encore le P. Seurin, cela vient d'un esprit ennemi des voies de Jéïus-Chrisl; jusqu'àce que l'on mette sa joie dans son imitation, on en est toujours bien éloigné. Ceux qui lui ont du rapport par l'état d'une vie abjecte et méprisée, doivent |iasser pour être de la grande faveur auprès de lui. » Voilà les solides leç^onsque la grâce donne. Donc, le plus grand soin du Chrétien et sa plus grande étude, doit être le plus grand mépris et le plus grand renoncement de soi-même ; ensuite on doit s'y plaire, et enfin le rechercher. Voilà l'étude des saints. Oh! la belle philosophie et la sainte théologie ! Que ceux qui sont savants par une bonne et longue étude des voies humiliantes de i'Hoiiuue-Dieu, sont de grands et éclairés docteurs! (ju'il est bon de faire un bon cours de cetle jjhilosophie et de cette théologie dans la classe du Calvaire. Bienheureux au jour de leur mort ceux qui en auiont de bonnes attestations et qui auront fait un véritable progrès dans cette science!
« Knfin, disait le P. Seurin, il faut se (lersuader entièrement et non à demi, que l'on épouse l'état de la vie humiliée avec Jésus- (^hrist comme l'ohjet le plus cher de son cœur, puis il s'écriait : Qui me donnera une voix de trompette éclatante, ou plutôt d'un tonnerre, pour jiouvoir faire entendre aux âmes de quelle importance est l'amour de l'humiliation, et combien la connaissance (le cette vérité est nécessaire. Je ne sais comment si jieu legoûtent ; il me semble que je mourrais content si je voyais plusieurs personnes qui en fussent bien persuadées. Mais tous les Chrétiens ne sont-ils [)as obligés de croire que Jésus qu'ils tiennent pour leur Dieu et |iour leur Sauveur, et qui l'est en etlet très-véritablement, a sauvé les homlues et ( enfondu la sagesse du monde par la l'ilie de la croix ? »
CHAPITRK IX.
i)e son amcitr pour In faurnté dans l' union (inv i\otre-Sei(jncur Jcsas-Chrisl.
Les amours de Jésus |)our la pauvretésont inconcevables ; au môme moment que le divin Sauveii-r se fait voir au monde, il y |>araît vêtu tles liviées de cette vertu. 11 y entre par sa plus rigoureuse pratique, n'ayant jiour maison iiu un antre ou une étalile, pour tous ses meubles qu'un peu de paille et des pierres; il en sort tout -nu sur une croix; il y passe sa vie dans la (letiie bouticjue d'un pauvre charpentier, exerçant même le métier d'un chétif artisan, ou il se met dans la dépendance des aumônes et libéralités di's bonnes ilmes, dans le temps de ses divines prédications. 11 a révélé à sainte Thérèse, que bien des fois il a couché au >eiein sans avoir aucune maison [lour se retirer; mais l'Evangile nous apprend que si les oiseaux ont des nids et les renards des tanières (lour s'y retirer, il n'avait pas où reposer sa tôle. Cette vérité prononcée parla bouche du Dieu de toute vérité et éternité, nous découvre par son exjiression, que la pauvreté du Fils de Dieu ne peut soutl'rir de coin(iaraisons. Laissons-nous aller ici à la douleur, aux regrets et aux soujiirs dans la vue de ce qui se passe dans le cliiistianisme parmi un [leuple fidèle qui le croit ^o^Dieu, et qui croit qu'il est très-préseiu dans le sacrement adorable de l'Eucharistie. C'uusidérons-le souvent dans de chétifs tahernacles. où de chétifs ciboires et calices d'un étain noir et hideux, ayant à peine un coriioial raisonnable pour y jdacer son divin corps, et voyons s'il n'est [las bien juste de dire, dans nos jours, que les |iaysans,tout pauvres qu'il sont, ont des maisons pour se loger, ont de la toile pour se faire dcschemises, etqu'il setrouve parmi les Chrétiens des gens riches qui ont même des pots d'argent ijui servent à c(f qu'il y a |)ius vil en la vie : et le souverain de loutes choses n'a |ias où mettre son divin corps décemment. Biches bénéficiers (jui trouvez si bien dans le révenu des pauvres qui fait votre subsistance, de quoi avoir des chevau-x et des carrosses, de quoi habiller si proi>rement vos laquais, et de quoi avoir de si beaux meubles, ne trouverez-vous jamais de quoi placer honnêtement le corps ue votre maître et de celui qui sera votre juge, dans tant de cures et de cha()ellesqui dépendent de vos bénéfices? O l'horreur des horreurs! si l'Ecriture nous assure que celui qui n'a pas besoin de ses domestiques a renié la foi, el csC pire qu'un infidèle (I Tint, v, 8), quelle apostasie ! quelle infidélité dans les bénéficiers, dans ces seigneurs de paroisse, dans ces gens accommodés qui négligent si pitoyablement le corps de leur Dieu I Ah 1 au moins donnez-lui une petite partie de ce que vous donnez à vos chevaux. Vous le verrez bientôt au jour de votre mort, et pour lors (|uel sera contre vous son eflTioyable jugement?
Jésus a donc été l'incomparab'e en sa pauvreté ; il en porte encore un état extrême
(il