‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 34 sur 436 · PART. II · texte numérisé non relu

PART. II

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|iai' ce que nous venons de ilire. .\pprene/. cela. Eh 1 iiiiul luoven de n'avoir |)us une saillie iias>ion pouc TiHat pauvre? Il est vrai ()ue tout le monde ne le peul |iasélreaclucileujent ; c'est une yrûce dont plu>ieurs ne

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înes ; mais au moins il faut être .•re d'alfection. Il faut, dans le sens de pôtre, que ceux qui sont riches soient uitssi peu enqatje's dans l'a/l'ccliun de leurs biens que s'ils n'en niaient point. (/ Cor. vu, ;}().) Il faut remarquer ici que souvent on s'y trompe ; que souvent plusieurs, pensant être fort détachés de leur argent et de leurs revenus, de leurs maisons, terres et rauuliles, ils les ont bien avant dans leur cœur. Certainement il faut dire que les richesses à l'homme vraiment chrétien sont beaucoup à charge. Feu .M. de Kenty, dont la vie a été donnée au public, se jetait quciquolois à genoux devant son directeur, lui disant : .\li t mon jière, n'y a-t-il pas moyen d'être pauvre? J'ai entendu diif au digne auteur du hvfe du Chrétien intérieur, que ses biens lui étaient insu[>portabies, et que si sa famille ne voulait pas les prendre (car elle avait de la peine à le voir réduit dans l'état de pauvreté), il les donnerait au premier venu ; et enfin il les quitta et se fit pauvre, pour suivre plus à l'aise Jésus pauvre.

Le P. Seurin avait reçu la grâce de la pauvreté par la profession de la vie religieuse; mais il n'avait pas re(,u cette grâce en vain ; il s'y était rendu fidèle. Cette grâce est un des privilèges de l'état religieux, mais il faut prendre garde à le bien conserver, à le bien soutenir, à n'en point souffrir la diminution |>ar des relâchements qui ne deviennent que trop communs et qui sont une source de grands maux dans les monastères. Les saints religieux ont toujours recherché à être les plus pauvres, soit dans leurs habits, soit dans leurs chambres, et enfin en toutes choses. L'on rapporte du bienheureux Louis de Gonzague, qui était jirince de naissance, et qui se fit religieux de la compagnie de Jésus, qu'il ne put souffrir dans sa chambre un livre qu'on lui avait donné pour étudier, parce qu'il lui paraissait trop beau. Car enfin l'âme qui est pénétrée de la pauvreté d'un Homme-Dieu, a toutes ses inclinations au plus grand dénûment, et extérieur et intérieur.

Le Père avait bien toutes ces sciences, et en tout il gardait une pauvreté vraiment apostolique. On l'a vu longtemps dans une chambre sans table, sans oratoire , ayant pour tout meuble un petit escabeau, et dans le reste il était également jiauvre, c'était par cette vertu qu'on le voyait dans une si grande indifférence pour tout ce qu'on lui présentait, étant content de tout, comme un jiauvre qui n'a rien que ce qu'on veut lui donner.

Or, cet amour pour la pauvreté lui donnait de grandes tendresses pour tous les pauvres; il avait un plaisir incroyable de prêcher aux pauvres de la campagne ; il en jrenait toutes les occasions avec joie, et était lavi quand elles se [irésentaient. Ses délices

étaient d'aller aux hôpilaus ; de visiter les plus abandomiés de secours humains, et do baiser leurs ulcères avec de grands sentiments de dévotion. Un jour, allant h la campagne, on lui avait donné ce qu'il fallait pour payer le jiassage d'une rivière; mais awint rencontré un pauvre, il ne put s'empêcher de lui donner ce (}ii'il avait; le qui l'obligea de supplier un bon ecclésiastique, qui m'a dit la chose, de lui payer son passage ; et comme cet ecclésiastique lui demandait si on ne lui avait rien donné pour le passage : « Oui, lui réjiondit-il, mais j'ai trouvé un |iauvre qui m'a demandé l'aumône, et comment serait -il possible d'avoir quelque chose, et de ne le pas donner à une personne qui est dans le besoin. » La compassion qu'i' avait pour les pauvres était si grande qu'il eût volontiers donné son sang pour les soulager dans leurs misères. « Si j'avais, disait-il quelquefois, de l'or, ou d? l'argent dans mes os, je les ferais de trèsgrand cœur casser ou briser, pour l'en tirer, afin de les assister. >> Il assurait d'autres fois, que la vue de leurs misères, et l'im- (luissance où il se trouvait de les assister, lui causait une des plus grandes peines de la vie, et le désir d'en sortir par la mort. Ce n'est pas que ces peines lui ôta^sent rien de sa profonde paix, qu'il assurait être trèsgrande, dans l'extrême pauvretéqu'il portait par un esfirit de grâce. L'amour qu'il avait pour la pauvreté lui donnait encore une dévotion très-spéciale envers les saints qui ont excellé dans celte vertu; ainsi, il en avait une très-particulière pour saint François d'Assise, le grand amant de la pauvreté; et il célébrait sa fête avec une sainte allégresse et des sentiments d'une piété extraordinaire.

CH.VPITRK X.

De son amour admirable pour les sou/frances, dans l'union avec Noire-Seigneur Je'sus- Cltrist.

Quand une personne parlerait la langue des hommes et des anges, il ne lui serait pas l'ossible d'exprimer les grandes et continuelles inclinations de l'adorable Jésus pour les souffrances. Saint Paul (lariant de Dieu Sauveur dans Vtpitre aux Romains (xv, 3), dit qu'il n'a jiris aucune complaisance en soi-même, comme nous l'avons déjà remarqué ; et comme cette proposition est universelle, elle s'étend généralement sur toutes les choses qui |iouvaienl lui douner de la satisfaction. .Mais comme le même apôtre l'enseigne aux Hébreux ( x.ii, 2), au lieu de la joie qu'il pouvait goûter, il a souffert lu croix, méprisant l'ignominie. En vérité, il faut avouer que voilà une étrange et surprenante pente pour les souffrances I refuser la joie qui lui devait arriver de la vue béatifique , dans sa partie inférieure aussi bien que dans la supérieure, pour donner la préférence à la vue et au souvenir de toutes les peines qui lui devaient arriver. Le Thabor nous donne un merveilleux témoignage de cette vérité, oii s'étant trans-

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figuré, et son corps étant tout inondé de joies ineirables qui parlaient de sa gloire

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pour de-

êsscntielle, il en divertit sa pensée, ne s"applii-}uer qu'aux tourments qu'i vait >outrrir dans son ignominieuse passion, et au travers de tant de beautés et de douceurs il ne soupire qu'après les horreurs de 'a croix

La voix du Père éternel se fait entendre sur celle sainte uiiHitjigne, qui le déclare son Fils birn-aimé (Matlh. xvii, 5); et au lieu de s'entretenir des grandeurs infinies que cette qualité lui donne, s'il fait entendre sa voix, c'est jiour parler îles tourments de sa rnort. La voix du Père éternel déchue, qu'il l'a glorifié, et qu'il le glorifiera encore {Joan. XII, iS), et en présence de tout le peuple qui est venu au-devant de lui, sur le bruit de la résurrection de Lazare, Jésus toniiuence un discours où il parle de sa mort. Nous li>ons en saint Lue (xii), qu'une grande foule de peuple s'étant assemblée autour de lui, en sorte qu'ils marchaient les uns sur les autres, ayant commencé un long discours, tout à coup il s'écrie en interrompant la suite : // y a un baptême duquel ji dois être baptisé. Oh! qu'il me tardequil ne s'accomplisse. (Li(c.xii,oO.) C'est qu'en ne soupirant ei ne res|iirant qu'après les soutTrauces, il ne pensait, et ne s'entretenait d'autre chose ; et il en était si fortement occupé et avec l'excès d'un amour si ravissant que ses transports étaient admirables ; c'est une chose étonnante, mais qui fait toujours bien voir la pente incomiiréhonsible qu'il avait jiour les croix. Cet aimable Sauveur, jiarlant à ses disci|)les, selon ses inclinations ordinaires, des tourments du Calvaire, et saint Pierre, par un amour de tendresse, lui ayant dit : A Dieu ne plaise ! Seiynei.r, cela ne vous arrivera point, il s'en tâcha de telle manière qu'il rap()ela scandaleux et Satan [Matlh. xvi, 23], parce qu'il n'entrait pas dans sa idus pressante inclination; il traite de la sorie son cher disciple, parce qu'il résiste a sa passion, et il ne laisse pas de l'aimer lorsqu'il ljlas|ihèiiie et qu'il le renie. O mon âme! il n'est jias possible de passer outre sans nous laisser aller à un amour si touchant. Arrêtons-iions ici par un amour capable d'arrêter tous les cœurs, et de les enlever entièrement. O mon Sauveur ! c'est de la sorte que vous aimez les croix ; mais c'est pour moi, c'est pour le reste des hommes que vous aimez ii soutl'rir en cette manière. O Chrétien 1 pourras-tu après cela te jiersuader que tu es uni à Jésus, sans être uni à ses plus lortes inclinations, sans avoir de lamour j.our ses souffrances? Je vois bien, mon adorable maître, la nécessité de la loi que vous imposez à tous ceux de votre suite, qui est de jjorter sa croix. Le P. Seurin, dans son union intime avec ce divin chef, ne pouvait s'empêcher d'avoir de grands mouvements pour les peines. Nous avons écrit, dans notre livre des saintes voies de ia croix, qu'il fallait soulfrir avec joie, avec éionnemeiil, avec actions de grâ. es. ccri-

vons-en présentomcnt la pratique dans le fidèle serviteur d'un Dieu crucifié.

Mais remarquons auparavant, que si les ardents dé.-iis d'une chose en marquent le grand amour, il faut dire qu'il a bien aimé les souffrances, puisqu'il les a souhaitées avec tant d'ardeur. Il ne faut pas conseiller (le les demander à Uieu dans les voies ordinaires, à cause de la l'a:blesse de la créature ; il sullit de les laisser enlièiemenl entre les mains de la divine Providence, pour souffrir sans réserve toutes les croix qu'il lui jilaira d'envoyer; car il est inliiiiment juste que Dieu soit le maître absolu de toutes ses conduites, et la créature (ioit toujours être prête à s'y soumettre sans aucune exception, le ]\Iais il y a des âmes généreuses qui, pardes instincts particuliers du Saint-Esprit, désirent et demandent à Dieu avec instance la grâce et l'honneur des soufl'rances. fJe parle de la sorte, car en vérité c'est un honneur incomparable.) Le P. Seurin avait raison de dire, « qu'il ne pouvait faire des prières pour la délivrance de ses maux ; ma:s qu'il en pouvait bien faire, et (|u'il en faisait effectivement pour en obtenir de la bonté miséricordieuse de Dieu. Il les appelait les biens de la vie, et les consolations que l'on }' l'eut goûter. C'est pourquoi il [/riait notre Seigneur de l'élever à la jiaute fortune de ses favoris, c'est-à-dire à tout ce qu'il y a

de jilus afiligeant à la naliiie. »

Il iioniniait les croix le festin délicieux oii étaient introduits ceux qui sont de la plus grande faveur aujirès (ie l'adorable Crucifié. 11 a écrit que dans cet heureux élat de souffrances, les sentiments du divin amour l'absorbaient comme dans un océan de biens ineffables. Ce qui lui semblait une félicité commencée. Il soiiÛ'rait dans des joies qui tenaient quelque chose de celles du paradis. Il écrit ailleurs : Encore que la langue et la plume ne puissent exprimer les délicieux plaisirs que les i:eines lui donnent , la béatitude de cet état est un bien si ravissant que si Dieu ne le bornait, l'âme s'y trouverait comme perdue et abîmée : c'est ce qui lui fait encore écrire qu'il ne peut représenter combien est suave l'état de son âme, quoiqu'il soit combattu |iar les hommes, par les infirmités de la vie , par ia privation des apj)uisque l'on y peut avoir, et des consolations que l'on y peut goûter; qu'il souffrait nonseulement en [laiience, non-seulement avec joie, mais dans une surabondance de joie. Ce fut dans le temps de ses jdus grandes peines, qu'il composa ses cantiques spirituels, et lorsque ie démon le tourmentait jilus cruellement , durant les intervalles où il avait quelque liberté; il en chantait de conformes à ses inclinations pour les souffrances, et qui mar.juaient admirablement bien les désirs véhéments d'endurer pour son Dieu.

Mais il faut remarquer, que la joie qui coulait quelquefois à toirenls sur sa partie inférieure, et par rapport à l'état de son divin raaitif sur le Tliabor, était ordinairement renfermée, comme celle ne cet aimable lié-

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