‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 330 sur 436 · LETTRE CXCIX · texte numérisé non relu

LETTRE CXCIX

Les chanoines doivent chanter à l'office. On ne doit permuter qu'avec celui qu'on croit le

plus diqne. Paroles remarquables du P. de Condrenau Ht de la mort

DIEU SKLL.

Monsieur,

Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, etc. Après vous avoir remercié trèshumblement et la divine Providence qui se sert de vous, de tous vos soins, voici une lettre pour le Père confesseur; mais je ne sais s'il ne faudra pas payer le port jusqu'à Paris, s'il est parti; car on le |)aye pour les lettres qui passent cette ville. Si cela est, je vous su()plie encore de me faire celte charité. Vous laites bien de tenir bon, autant que vous le pouvez, au sujet de vos trésoriers; mais s'ils savent l'arrôt , ils pourront vous faire de la peine. En vérité, il est de la dernière justice que MM. les curés jugent de la capacité de leurs prêtres pour les fonctions qu'ils exercent dans leurs églises; et ce n'est pas l'allaire des séculiers.

Il est vrai qu'il y a quelques personnes qui semblent décharger les chanoines de l'obligation de chanter régulièrement, par la raison, disent-ils, (ju'ils donnent des gages à des chai)elains jiour chanter à leur place : mais les conciles crient foi temeni contre cet abus, et ordonnent aux chanoines de chanter ; c'est leur-fonction, et ils sont fondés {)Our cela.

La grande difficulté de la permutation est de trouver des gens qui non-seulement soient dignes, mais entre les dignes les plus dignes, digniori: c'est une obligation i)récise et étroite. Il n'y a pas moins d'obligation de regarder à qui on donne le soin des âmes qui ont coûté le sang d'un Dieu, quand on permute ou qu'on résigne, que quand ou donne le bénéfice ; et cependant on ne saurait dire combien peu y pensent de ceux qui permutent ou résignent : il y a sur ce sujet un aveuglement incom[iréhensible, et assurément c'est ce qui rend la chose très-difficile.

Il faut une santé bien forte pour travailler après que l'on s'est acquitté des fonctions du chœur durant la plupart du jour. Les chapelains d'J'Areuï chantent toutes les semaines sans interruption. 11 n'y a pres(|UB jioint de missionnaire qui puisse iravailler comme M. de la Puisannière , quelque fort que l'on puisse être.

Je serais facile de la mort de AL le curé de Saint-Sauveur; mais il faut bénir et adorer la divine Providence avec soumission sans réserve en toutes choses.

Le moyen que vous avez donné de la dévotion à la très-sainte Vierge, et de la fré-

(85) Ceux çiii mettent leur confiance dans le Seigneur sont inébranlables comme lu monlague de Sion. Celui qui demeure dans Jérusalem ne sera jamais {branlé. Jérusalem est entironnce de monlaynes. [Psal. cxMV, L)

(85') La montagne de la maison du Seigneur sera dffermie sur le sommet des monts. {Isa. ii, -1.)

(8t)) J'ai levé mes yeux vers les montagnes , d'oii me 4oii venir le secours. {Psal, cxx, 1.

(87) Le Seigmur est tout autour de son peuple. {Psal. cxxiv, 2.)

(88) Hoii secours tient du Seigneitj nui a fuit le ciel et la terre. {Psal. c\x, 2.1

(8!)) Je dirai au Seigneur: Vous êtes mon défenseur et mon refuge; oui, il est mnn Dieu et j'itspérerai en lui... Il a commandé à ses auges de vous gwder dr.us touy:s vof r/.ki. [Psal. xc, "i, 11.;

DEUVRES COMPLETES DE BOUDON

qnenle communion, pom- ne fias passer pour janséniste, est bon; ce[ieii(l;iiit il n'est pas convaincant, car ils se servent aussi de ces piatiques à leur manière. Les vrais moyens sont lie ne pas garder le silence quand on parie contre cette doctrine, et même de déclarer hautement et sincèrement, non-seulement que l'on n'est pas janséniste (car c'e^t ce que plusieurs font, disant môme qu'il n'y en a point), mais cpie ce jiarti-là est condamné par l'iiglise, et qu'il faut s'en donner de garde, comme leP.de Condren, cet homme apostolique , le dit à la mort aux Pères de TOratoire qui l'assistaient. Je le sais du P. de Saint-Pé, qui était un de ceux qui étaient présents à la mort de cet liomme de Dieu seul. Il m'a assuré qu'il leur dit : Donnez-vous de yarde du Port-Royal. Cela est encore plus fort, car cela marque nettement le parti. 11 n'y a rien au monde de plus aisé que da faire voir qu'on n'en est pas : et d'où vient que tout le monde savait que le feu P. Amelotte et le feu P. de Saint-Pé n'en étaient point? el que le P. de Rcincerli vivant n'en est pas, etc.? Pourquoi ignore-t-on la môuie chose de la:it d'autres?

Je vous supplie de ne point encore rien dire au Père recteur des Jésuites de Taifaire <iue je vous ai mandée. Userait aisé de conjecturer d'où cela pourrait venir et la suite n'en irait i)as à la gloire de Dieu, mais pourrait causer du mal. Je crois donc qu'il n'en faudrait parler de longtemps et d'une manière qui ne put faire conjecturer les choses.

A l'égard de la personne dont vous me }iarlez, il n'est pas nécessaire de la gagner ; car elle l'est entièrement, et c'est leur élève ; ne me citez pas. Je salue votre bon ange, etc., et suis avec bieu du resjiect, etc.

A Evreux , cela de juin, jour de la précieuse mort du B. Bernard de Menton, archidiacre pendant 42 ans.

LETTRE ce.

Amour des humiliations. On dit que saint Auquslin est favorable aux jansénistes.

Difficulté au sujet d'une fondation.

DIEU SEUL

Monsieur,

Dieu seul, etc. Je vous écris dans cette divine union, car je renonce |)0ur jamais à ne rien faire que dans cette union sainte , pour vous remercier de la lettre qu'il vous a plu de m'écrire , et que j'ai reçue dans l'intervalle de mes visites. O mon Dieu, Monsieur, que j'envisage avec amour et une estime inexplicalile la grâce de mourir sur un gibet , étant accusé faussement ; voila à mon goût une faveur au delà de toutes les faveuis ; à l'égard de la jiersonne dont il s'agit, je n'en sais pas la vérité , ou de l'innocence ou du crime.

Toutes les Immiliations me paraissent infiniment aimables. Celle de Mgr de Cam-

brai lui servira d'occasion h le sanctifier hautement ; il s'est soumis comme un enfant, et sa soumission édilie toute l'Eglise ; ce|icndant j'apjirends'que l'on s'assemble au (>lergé pour sou sujet, a()parpmment c'est pour faire publier sa C(mdamnaiion.

LePère (le nom est eUacé dans l'original) est d'un avis qui n'est guère reçu de ceux de sa Compagnie, car il estime que saint Augustin en de certaines choses, comme dans la manière d'expliquer la grûce, est du môme sentiment que les jansénistes. Mais il dit qu'en cela il est contraire aux sentiments des autres Pères, et qu'ainsi il s'est trompé. Quand le Pape Célestin a approuvé ce Père , la réserve qu'il fait, quoad quœstiones difficiliorcs, marque assez qu'il ne l'a pas approuvé en tout, et il déclare que l'Eglise s'en réserve la connaissance ; ce que l'Eglise a a]ijirouvé en ce Père , est la nécessité de la grâce pour les bonnes actions que nous ne l'Ouvons faire par nos propres forces. Cel)endant, communément, les théologiens ne sont pas de l'avis du P. Petau, et ils expliquent saint Augustin , dont il y a longiem|)s que les hérétiques se servent mal à l'ropos, aussi bien que de l'Ecriture. Calvin écrivant contre Pighius, docteur catholique, lui dit : ]etis, nolis, Aufjuslinus totus meus est. Les lettres de la morale pratique des jansénistes sont fortes.

Si on répond à la lettre du P. Bénédictin , vous ferez charité , si le pouvez, de m'envoyer la réponse. Je bénis la divine Providence de ce que vous êtes allé à Magny.

Je vous supplie d'adorer toujours avec moi l'arrêt de mort prononcé par notre souverain Juge, et que je dois subir sous peu , étant Agé de 76 ans.

Je donne cette lettre à une bonne dame nommée la Petrelle, qui est une couturière d'Evreux; elle a souhaité que je vous écrive pour elle, el en voici le sujet. Une personne lui a donné cent écus pour faire une fondation à saint Thomas. Elle l'adonnée en conliaiice à (le nom est elfacé) ; cette somme a été employée pour les taxes de la fabrique; ensuite cette femme demande, pour l'assurance de la fondation, que la fabrique s'oblige à la faire par un contrat, puisque l'argent a été employé à son protit. Monsieur le curé dit qu'il l'a écrit sur le registre de l'Eglise, mais on lui dit que cela ne suffit . pas, que dans la suite des teuips, n'y ayant j'oint de contrat , la fondation périra ; il réj)ond c|ue le contrat coûtera de l'argent , et que c'est à celui qui fonde à fournir aux frais; il demande que cette femme le fasse, qui gagne sa vie à coudre, et que cela ne le regarde [loint, sinon que l'argent lui a été mis entre les mains. ; c'est une proposition insoutenable. Mgr l'évoque trouve à propos que l'on cesse une année à faire le service , et que l'argent qui serait donné pour le service, soit em|iloyé ]iour faire le contrat ; car il vaut bien mieux cesser une année ii exécuter la fondation, que de l'exposer dans la suite du temps ii être perdue. Monsieur le curé ne le veu( j>as; on l'a fait venir à l'of-

loer,

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