LETTRE CCX
Réflexions sur la Vie dubienheiueux Jean de kl Croix cl celle du P. Surin. Comment
f//f* sont accueillies. I<tt'yliycnce que l'on met à approuver quelques autres e'crits.
DIEL SELL
lOTG
Monsieur,
Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union de noire bon Sauveur Jésus-Clirist. Son aimable providence m'ayanl ramené de mes visites, m'engage à partir aujourd'hui pour accompagner monseigneur notre évéque qui va faire les siennes, le souhaitant de la sorte.
C'est à cette aimable Providence que je m'abandonne sans aucune réserve pour faire et ne pas faire, jiour écrire et ne pas écrire, qu'elle se glorifie en la manière qu'il lui plaira; cependant je trouve quelque difficulté à n'écrire, du bienheureux Jean de la Crois, que ce qui en a été écrit; il me semi)ie que sa vie, composée en espagtiol, suffirait bien, si quelqu'un voulait la traduire autrement qu'elle ne l'est, et que l'on en retranchât quelque chose de quelques discours qui y sont en de certains lieux, que je goûte beaucoup, mais ils ne sont pas au goût de la plupart des lecteurs; il y a bien des religieux qui ont de la peine que d'autres personnes qu'eux écrivent de ce qui les regarde ; je l'ai éprouvé au sujet de la Vie du saint homme le P. Chrysostome, à qui la divine Providence ne m'a appliqué que par les prières que quelques religieux pénitents m'en ont faite, et quand on l'a imprimée, comme Je leur avais laissé le soin de la corriger, n étant pas à Paris, ils n'y mirent pas mon nom; mais le libraire, dans la suite, s'en étant aperçu, l'y mit; ils n'en ont pas pris pour leurs maisons, comme ils l'avaient jiromis, et, à ce que j'apprends, ils ont dessein que l'un de leurs religieux l'écrive. Ils y ont pen?é après qu'elle a été écrite, car la divine Providence en a ainsi dis|)Osé, voulant me faire cette grAce. Comme la Vie du saint homme le P. Surin a été imprimée secrètement à Charîres, et qu'il n'y avait personne pour la corriger, car ce n'est pas moi qui l'ai fait imprimer, voyant en ce temps-là que les PP. Jésuites, au moins le P. Gertamont, qui était provincial, avec plusieurs autres, ne le souhaitaient pas; elle est toute jileine de fautes : de[)uis ce temps-là, la pluj>art des jésuites en ont été bien aises, et ils l'ont même fait lire dans leur réfectoire, en »pielques-unes de leurs maisons; ce n'est (ju'uii abrégé des choses admirables que la divine Providence a opérées dans cet homme inconr.iiarable, que je n"ai pu écrire, n'en ayant pas les ruoyens. Je crois c[ue les rP. Jésuites sont dans le dessein d'y travailler amplement, quoi(^u'ap])aremment ils passeront sous silence bien des choses ; ce saint homme avait lui-même écrit sa vie, maisje ne l'ai pu avoir, quand la divine Providence m'a fait composer celle que j'ai faite. Il aurait été, ce semble, pour la gloire de Dieu, <iue la vie de la sainte mère Elisabeth eût été im(;riraée en France, mais je n'en ai jjas vu le uioyen à Paris, car les approbateurs se rendent trop difTiciles sur ces sujets.
Je vois même que la contradiction, qui m'accompagne partout, semble présenteme.'it iii'arriver à l'égard de mes livres, ce que je n'avais pas encore éprouvé. Il va environ lieux ans que l'un des approbateurs de M. le chancelier en a un entre les mains, qui est De la profanation des éqlises, qui est un sujet qui n'a |)oint de difficulté, et il me le gaide toujours sans l'approuverjj'ai quelque conjecture d'où cela peut venir, et du changement de ce monsieur l'approbateur qui est le théologal de Paris, qui, de prime-abord, me reçut avec toutes sortes de civilités et de cordialités, et dans la suite je n'en ai eu que des rebuts. J'ai sujet de conjecturer la jiersonne qui lui inspire ces mouvements, car j'ai d'autres expériences. La divine ]*rovidence nous a fait encore composer un Traité de la sainteté ecclésiastique que j'avais donné au libraire, lui recommandant de prier ,M. le chancelier de donner pour celuilà un autre approbateur, et le libraire a fait tout le contraire, de sorte qu'il est encore renvoyé au même, et apparemment le libraire" est aussi gagné, mais il faut voir une Providence dans toutes ces choses, s'y soumettre sans réserve; l'adorer, l'aimer, la remercier et la glorifier de tout son cœur. Je salue votre bon ange, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Rouen, et suis. Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur, Boiîdon, le imuvre serviteur de l'admirable Mère de Dieu, toujours vierge et immaculée en sa toute sainte conception, vérités pour lesquelles je voudrais mourir de bon cœur avec le divin secours. Il ne faut plus parler à ce bon Père de la Vie qu'il a composée.
A Evreux, ce 29, fête de saint Marc l'évangéliste.