‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 343 sur 436 · TKS DL BOL DON · texte numérisé non relu

TKS DL BOL DON

disait que ceux qui ne pensent pn.> en avoir, sont ceux qui en ont ilu plus fin. De saints évêques non-seulement n'ont point fait difficulté de prendre avis des religieux secrètement, mais ils le témoignaient hautement ; et saint Charles Borroniée menait avec lui un Jésuite, pour faire sous lui les exercices spirituels, h la vue d'un chacun. Nous avons vu messieurs les curés faire des retraites en des communautés avec grande bénédiction. J'ai été en des diocèses oii l'on envoie des billots pour le temps ne la retraite, que l'on y fait pour les ecclésiastiques : les ourés de ces diocèces y viennent de tous côtés, et cela sans aucune peine, de leur bonne volonté; et il n'en arrive qu'une grande édifuation, et Dieu tout bon y répand ses grâces abondamment : mais, dans ces choses, les prudents de la |)rudenee humaine ne sont [las a consulter. Je ne sais si je vous ai dit que dans une difficulté qui arriva parmi les Jésuites, il l'égard de quelques-uns qui, sous prétexte des emplois qu'ils avaient eus, n<' croyaient pas devoir se réduire à retourner à laVégencc, le P. de Saint-Jure et le P. Hainault demandèrent à aller être régents uans les basses classes parmi les petits écoliers; el etl'ectiveuient ils y régentèrent au moins une année, eux qui étaient des plus vénérables de la Compagnie et avancés en âge ; et on en fut édifié. Au reste^ je sais des curés, docteurs de Paris et curés de Paris, qui publiquement font la retraite sous des religieux. Il n'en va pas de môme de la hiérarchie angéliqne, et de la hiérarchie des ministres de Jésus-Christ ici-bas en terre ; car les souverains pontifes, qui en sont les chefs, sont môme obligés de prendre les lumières de leurs inférieurs et de simples prêtres docteurs, quand il s'agit de déciderdansl'Kglise;el de telle manière que ceux qui souliennent leur infaillibilité supposent toujours qu'elle ne leur est donnée qu'après avoir demandé les avis nécessaires, ce qui se fait par des assemblées i)ubliques.

A l'égard de vos paroissiens, il ne faut pas les aband(Minor quoiqu'ils vous laissent. 1,3 pasteur doit cfiercher la brebis égarée : le souverain [lasteur de nos âmes doit en tout servir de modèle et de règle. Hélas I que ferions-nous, s'il se retirait de nous, a]irès l'avoir tant rebuté, et le rebutant continnellonient '.' Cependant, s.ins se lasser, il vient toujours à nous avec des bontés inénarrable,>: il fra[i|)e toujours à la porte de noue cœur; et s'il n'y est jjas reçu en de certains temps par le défaut de coopération h sesdivinesinspi."ations, il en i)rend d'autres ])our y entrer. Il me semble donc que vous ne devez pas vous rebuter d'être rebuté, et quoique l'on en appelle d'autres pour la confession, cola ne doit pas exclure vos soins à l'égard de ces âmes : la nature n'aime (las cette conduite, mais la grâce la donne. S'il y avait même (pielque cho->e de considérable qui demandât que l'on donnât des avis aux confesseur^.je les leur donnerais ou ferais donner: il ne faut pas regarder la créa-

LEITI'.ES.

A M. I!()SGi:ER.\nD.

tiiro, nmis le Dieu de la créature ; M ijiiaïul on aura la vue de Dieu S(miI, on nouhliera rien (lour lAclier diî l'étahlir par sa divine vc'itu, i|aoi (]ue l'on nous lasse. Hélas! Monsieui', jamais il n'y a eu de pasteur jilus liuinilie que le Pasteur do tous les pasteurs, moins considéré, plu.-- relnilé, plus u)éi)ri>é, l'ius outragé r enliu lui (jui était venu pour sauver tous les liounues, il e>t misa mort l'ar lesliouimes; et, |)our punition, il leur laisse son corps en nourriture, jus(]ua la eonsomiuatiou des siècles. De jilns, quoique vous ne confessiez pas les malades, vous ■iivez lieu de leur dire tout ce que vous croyez nécessaire, et vous le devez môme. Plusieurs personnes tle grand mérite a>sislent les malades, (]uoiqu'ils ne les confessent pas, pour les |iré(iarer à une mort vraiment chrétienne. Mais un pasteur, indépendanmient de la confession, a droit de leur [larler en Père, qu'ils le veuillent ou qu'ils ne le veuillent [las. Si même on demandait un confesseur peu (uopro, il faut avertir avec prudence de l'importance de la cliose, marquant toujours le désintéressement comme il doit être, et ne les pas vouloir gêner. Quand ils se portent bien, je voudrais les visiter rarement, mais cependant y aller quelquefois, et poui- lors lâcherdeleur parler du royaume de Dieu.

La divine Providence me loge présentement chez Mme Fouquet, proche le Val-de- (ii'âce ; mais je crois qu'elle me fera partir pour Evreux, le li du mois prochain, le jour de la précieuse mort du bienheureux Jean de la Croix. Je salue votre bon ange, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Rouen, et suis, etc.

A Paris, ce 23 de novembre, dans l'octave de la fête de la dévoie présentation de Notre- Dame

LETTRE CCXXIL

Combien on est aveugle de s'occuper d 'autre chose fine de Dieu seul. Deciuraliun de Boudon i-n forme de testament.

DIEU SELL

Monsieur,

Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, etc. Oh! que tout le reste est vil âmes yeux! Je ne sais pas comment on peut estimer, comment on peut rechercher, désirer aulre chose, et s'arrêter à autre chose qu à Dieu seul. Hélas I faut-il que les chrétiens, qui sont appelés par l'Apôtre les enfants de lumière [1 Thess. v, 5), soient encore si [ilongés dans les ténèbres, qu'ils courent ajuès les ombres, et qu'ils s'empressent à prendre le vent ! Qu'il faut bien dire qu'ils connaissent peu Dieu, [luisqu'ils veulent autre chose que Dieu, et (|u'ils ne se contentent pas d'un Dieu qui se suflit bien à soi-même! Je vous avoue que c'est ce qui

me rend les conversations bien ennuyeuses et les entretiens bien dégot^lanls. Hélas! cependant souvent c'est là l'occupation continuelle des créatures! Aussi je me sens pressé de dire : Satisent anima nostra super cilio isto levissimo ^91'. Je me sens pressé de m'écrier : Ah mon Dieu! vous seul, vous seul, vous seul ! rien que vous, rien (]ue vous! il n'y a jioini aulre chose à penser, ni iloiit on doive s'occuper. J'ai de la peine (juaiid on me dit à l'ordinaire : Comment vous porlez-vous ! Ah! dis-je, c'est bien l?i cc(pii nous doit occuper ; nous avons bien d'autres choses à demander. Quand je me trouve en des carrosses de voilure où l'on est ]iliisieurs, c'est le lem|is (lour moi de l'aire l'oraison, que je fais très-mal; mais je ne la fais jamais mieux que dans ces occasions : car les occupations des hommes, qui ne sont ordinairement que des choses cjui jiassent, me jettent dans un étonnement inexplicable de l'oubli du grand Dieu des éternités qui est très-présent, et pour lors je m'en sens pénétré vivement. Je vous écris ces choses a la sortie d'une conver>ation qui m'ayant fait crier et récrier, Dieu seul, Dieu seul, je uie décharge le cœur sur ce |iapier.

Vous me mandez que la très-vertueuse Mère du Sainl-Saciemeiit pense bien ne pas aller en enfer, appuyée sur les miséricordes de Noire-Seigneur; mais qu'elle ciamt terriblement le purgaloire. Je vous assure que je suis saisi de frayeur à l'égard de l'enter, et que je vois bien que c'est tout ce qui ra'a|ipartient; que sans une miséricorde extraordinaire ce sera mon partage : cependant j'ai une certaine joie, pensant à la mort, dans la pensée (pie j'irai dans le pays de Dieu seul, dans lequel toutes les créatures connaitront clairement qu'il est le grand tout, et que tout le reste n'est rien ; et cela ou (lar amour ou par force.

Je ne fais jias de fond sur ce que madame Lefebvre a entendu, ni sur ce que j'ai entendu plusieurs fois ; et il y a déjà du temps que l'on vient frapper trois ou quatre coups à la porte de la chambre où je suis, sans qu'il y ait personne au dehors : je laisse tout cela a la divine Providence ; je fais fond .^ur ces paroles de mon divin Sauveur: iiyi'nle ita'jue, quia nescitis diem ncque horam (92'.

J'es[ière que la divine Providence, ma bonne et toujours irès-lidèle Mère, me fera aller achever nos visites jeudi prochain, jus- ((u'à la fête de saint Simon et de saint Jude, apôtres, et qu'ensuite elle iiourra me conduire à Paris après la fête de tous les saints.

Cejiendant je laisse une déclaration eu forme de testameni, par laquelle je déclare mes intentions, ou pluiùt, pour mieux dire, ce que je (lense être selon la volonté de Dieu, car je renonce pour jamais à toute [iropre volonté. Je déclare donc que je lais.-e entre vos mains tous les jiapiers manuscrits, dont il y en a bien qu'il faudra brûler, comme tous les recueils ou collections que

(91) Cette cliélive nourrilure naus fait soulin'er le cœur. (.Vum. wi, 15.;

(92) Yeittsz donc, parce que runs ne savez ni te jour ni l'heure, {ilutlli. \xv,15.)

ŒLVUES COMPLETES DE BOLDON

•onr,

j'ai faites, soit pour les livres que la divine Providence r.ous a fait donner au (lublic, swl pour d'autres choses. 11 y a quelques manuscrits qu'il faudra garder, connue ce qu'il y a du Père de Condren; un Traité en la'in de la communion : l'auteur est un Père jésuite, et j'ai cru que c'était le Père Bagot. Le feu Père Amelotte me pria de le lui prêter pour le faire décrire. 11 y a quantité de sacs de lettres que j'ai gardées ; et il y en a quelques-unes de saintes jicrsonnes, et des plus grandes âmes de notre siècle. Il y a aussi plusieurs pa|)icrs de dévotion qui lue regardent. Je vous laisse tout entre les mains, comme ce que j'ai de [ilus cher. Pour tous les imprimés, il les faudra donner a Messieurs du séminaire, afin (ju'ils soient conservés, car il y en a bien d'imjiortants au sujet de la doctrine. 11 y a aussi des [papiers qui regardent les archidiacres, dont je me serais servi, si la divine Providence m'avait laissé au monde, [lour en donner un Traité au public.

A l'égard de votre voyage à Evreux, il n'y avait pas de dilliculté jiour votre logement au ^émiTlaire ; et pour le reste vous auriez trouvé, dans la |)rovision de la divine Providence qui m'est donnée, tout ce qui aurait été nécessaire [lour votre nourriture. Si j'avais eu une chambre, je vous l'aurais aussi oti'erte de grand \olonté.

* Attendez en paix les ordres de la divine Providence sur vous. 11 est très-vrai que lorsqu'on s'abandonne entre ses mains, ne voulant rien par soi-même et ne refusant rien, elle sait disposer de toutes choses d'une manière admirable. Je salue votre bon ange, etc.

Ce jour de lu fêle de sainte Thérèse.

dence en prend! Toutes choses lui coopèn-iil en bien. Dieu, non content de lui donner ses saints anges pour garde, devient luimême son protecteur : elle est en sa charge, et il veille avec des amours infinis sur tous ses besoins sjiirituels et temporels ; elle n'a que faire de penser à elle, ni à rien ijui In rejjarde, car ce Dieu de toute bonté pense à elle pour elle; ses divins soins lui valent mieux que les siens propres, et que tous les soins des créatures ensemble. .Mais peu sont dans l'expérience de ces biens divins, parce que l'on en cherche encore de terrestres, parce que l'on ne se contente pas de ce Dieu seul, [>arcequela prudence de l'homme se mêle presque dans toutes les conduites. Olil que bienheureux les morts à toute la sagesse de l'homme animal !

Je prie notre bon Sauveur que son pur Esprit vous conduise et vous anime. S'il m'est permis dédire mes pensées au milieu de toutes les ténèbres, i! me semblerait qu'il ne demande pas de vous que vous preniez une prébende : les emplois qu'elle reiferme occupent d'une tout autre manière que la charge d'un curé, et donnent ordinairement moins de loisir; car régulièrement il faut être prescjue tout le jour au chœur, si l'on veut bien s'acquitter de son devoir. ^"ous verrez dans la suite les ouvertures que la divine Providence vous donnera de quitter votre cure, si elle le demande de la sorte. Je vous écris pressé, arrivant de mes visites , et devant y retourner demain avec le secours divin. Je salue votre saint ange, etc.

A Evreujr, ce 26 octobre, fête de saint Foulque, évê<iue, qui dans sa jeunesse était un pauvre mendiant.

LETTRE CCXXllI.

kV MÊME.

Combien il est rare, combien il est heureux d'être à Dieu seul. Devoirs d'une prébende plus onéreux que ceux d'une cure.

DIEU SEtlL.

Monsieur, Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, etc. Si son aimable (irovidence envoie des croix aux hommes, ce n'est que pour les séparer saintement de tout ce qu'ils ont d'imparfait, et jiour établir dans l'âme le règne de son jiur amour, qui demande une entière solitude, afin qu'il y soit seul, et qu'ensuite il soit l'unique. Tout en toutes choses. .Mais cette solitude est ce qu'il y a de plus rare dans notre terre : à peine trouve-t-ori quelque habitant en ce divin désert, l'amour-propre se glissant partout. Or, comme dans cette solitude sacrée il n'y a que Dieu seul, l'on n'y peut avoir autre chose, et toutes les vues humaines y cessent ; aussi n'y cherche- t-on rien de l'homme, et en n'y cherchant rien, on y trouve tout. Oh I qui [lourrait savoir com"bien une personne qui est à Dieu seul est puissante, et les soins admirables que la divi,ne Provi-

LETTRE CCXXIV.

Octave de la fête de la Conception. Prière pour les morts ne doit point être omise dans les visites des archidiacres.

DIEU SEUL

Monsieur,

Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Je jirie en toute humilité ce cœur divin, inlinimeni aimant et infiniment aimable , que vous trouviez en lui les reconnaissances que je dois à votre obligeante charité, et que je ne puis assez vous rendre.

Je suis tout à fait touché de ce que l'on pense à ôter l'octave de la fête de la sainte Conception de la glorieuse Mère de Dieu. J'estime à une faveur inestimable de ce que la divine Providence s'est voulu servir d'une chétive créature, comme je suis, pour faire célébrer cette octave dans la congrégation de Sainl-Maiir des Bénédictins. Ils ne l'a-

- - ■ il

valent pas reçue, et feu .M. Thiersauit pensant y en jiarlcr à la feue reine, ne trouvait personne qui le lui conseillât. Les PP. iémê.nes, quoiqu'ils .soient très-zélés

pe suites

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