‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 350 sur 436 · LETTRE CCXXXV · texte numérisé non relu

LETTRE CCXXXV

Tie cachée de Jéfus-Chrisl , modèle de la vie du Chrétien. Sentiments dans lesquels nous devons souffrir les peines que Dieu nous envoie.

DIEU SEUL

Monsieur , Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur, le Sauveur de tous les hommes. Je vous remercie, au nom de ce bon Sauveur, de ce que vous avez travaillé à faire venir à lîouen des \'ies de son fidèle serviteur notre B. Père Jean de la Croix (c'est ainsi que je l'aiipelle) , car j'espère que la suradorable Trinité en sera gloritiée; et voilà tout ce qui fieut me consoler, me donner de la joie, et tout ce (]ue je prétends et désire. ^ ous aurez la bonté d'en prendre six exemplaires pour moi, et je vous tiendrai un com()te exact de ce qu'ils coûteront. Je vous supplie aussi defairedonneravisà la sœur Mane-H vacinthe, religieuse L'rsuline, du lieu où ils se vendront (juand la divine Providence les aura fait venir, et de tcicher d'en faire vendre, soit h quelques communautés, soil à des particuliers, pour la seule gloire de Dieu seul en trois personnes. Je bénis la même divine Providence de ce (|ue vous avez été reçu favorablrment par le prélat. Après cela , je cruis t]ue vous iioiirrez venir à Evrcux en liberté, et je vous assure que j'en aurai une joie particu-

lière en Notre-Seigneur; et je n'en connai» pas d'autre.

Assurément jamais jiersonne n'a eu tant de désirs de son Père et du salut des âmes afin qu'il y fût glorifié, et jamais personne n'a eu tant de grâce pour y travailler que notre Sauveur Jésus-Christ ; et cependant son Père éternel l'a tenu durant trente ans caché, sans vouloir qu'il prêcliAt ni catéchisAt. Après cela, chétives créatures que nous sommes, aurons-nous sujet de nous étonner s'il ne se sert pas de nous? 11 nous faut regarder une main invisible qui conduit toutes choses et qui se sert de différents moyens et de diverses personnes pour nous traverser, nous humilier et nous faire souffrir. Le grand mal dans les croix est qu'on y regarda les créatures qui nous les procurent; et dans cette vue l'on s'inquiète et se lourmenle, ne considérant pas l'excellence des croix, mais ceux dont on les reçoit. Un excellent sculpteur, un bon peintre font une belle croix : on ne s'arrête pas aux qualités du sculjiteur ou du [teintre, qui même quelquefois [)eut être un méchant homme, mais à la croix qu'il a faite, que l'on honore et que l'on aime. Mais n'est-ce pas une chose bien surprenante de voir que quelquefois on souffre, au moins à l'extérieur, doucement et paisiblement sans se plaindre, par des vues naturelles et des motifs d'intérêt, et que dans ces temps-là on n'aura pas Dieu en vue, ou bien qu'en d'autres occasions on ne souffrira pas de la sorte pour Dieu ? O mon Seigneur et mon Dieu ! que c'est une chose désolante de penser : je ferai quelquefois de certaines choses pour u.on intérêt, que je ne fais pas en d'autres occasions pour Dieu ! Oui, Monsieur , non-seulement tout n'est pas pierdu, mais tout est gagné, quand l'on perdrait non-seulement ua procès, mais un monde tout entier, si l'on portait cette [lerte dans res{irit de Noire-Seigneur qui a tout gagné, lors mêuie qu'il a [)erdu sa précieuse vie, qui vaut mieux qu'une infinité de mondes : Si exaltalus fuero a terra, omnia Iraliamad meipsum (9i).

Il est vrai que l'accommodement que l'on vous propose est fâcheux et j'aurais de la jieine à ne pas vous en dissuader sans la crainte d'un arrêt qui [leui-être serait à voire désavantage, mais je craindrais fort qu'il ne vous fût jjas favorable. Ainsi, Monsieur, voyez vosarais sur les lieuxet considérez s'il ne"setait pas mieux de ne pas réussiren quelque chose que d'avoir un arrêt contre vous.

J'espère que la divine Providence, ma toujours très bonne et très-fidèle Mère, nie conduira à Paris, pour le mardi dans l'octave de la fête du très-saint Sacrement, le 3 de juin, fête de sainte ClotHde ; elle m'a assisté d'une manière bien spéciale dans toutes mes visites, dans lesquelles j'ai été incommodé de la lolique tous les jours.

Je salue votre bnu ange, etc.

.1 Evreux, ce 13 de mai, fêle de Notrt- Dame aux Martyrs.

{'.H) Quand j'aurai e.e éicic de lu tcrrr, j'allircrat Ivut a moi. {.loan. m, 52.)

1117 LKTTKliS. -

LETTRli: CCXXW 1.

AU MÊMK.

(I lui annonce In mort de M. Preyssae.

A M. BObGLEUAllD.

«lis

Ullir SEIL.

Monsieur.

Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, etc. Je vous écris à la liAlo jiour vous faire savoir la précieuse mort de M. Preyssae. Je l"ap[ielle de la sorte, fiarce que dans les dernières années de sa vie, il a vécu dans les dispositions d'une sainteté aciiovée. 11 a été surpris de la mort, si on [leut parler de celte manière de la sienne, il a été surpris de la mort dans ces saintes dis|)Ositions, ayant été pris tout à coup ti'une es()èce d'apoplexie, qui l'a fait mourir en peu de temps. 11 est alléà Dieu aujourd'hui, sur les trois heures du matin. Je vous supplie d'avoir soin de son âme et de la recommander à tous ceux que vous pourrez, et en particulier aux religieux Carmes déchaussés de Dieppe, qui ont rendu des témoignages singuliers de l'édification rare qu'il a donnée chez eux.

Comme la divine Providence nous va faire Ijartir pour nos visites, et qu'elle ne nous en fera revenir pour un peu nous arrêter à Evreux, que le dimanche après la fêle de saint Matthieu, je ne vois guère le moyen de vous donner de nos nouvelles qu'en c-e tem|)s-là. Oh ! en vérité il n'y a que Dieu seul : quelle étrange illusion de s'occuper (lu néant de tout le reste !

Je salue votre bon ange, etc.

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