‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 351 sur 436 · LETTRE CCXXXVII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXXXVII

Toir Dieu dans tous les e'vénements, source d'un c'ilme inaltérable. Succès des ouvrajes de Boudon. Eclaircissement sur la censure du litre de Dieu seul. Reproches humilinnts qu'on lui fait à l'onlevrault.

DIEl SEUL

Monsieur,

Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, ei toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- (-hrist, le Sauveur de tous les hommes. C'est dans sa divine union que je vous remercie de la [leine (]ue vous avez prise de parler h M. le promoteur et d'envoyer la lettre. Je vous remercie aussi de ce que vous m'avez mandé louchant ce qui se passe à Kouen.

11 est vrai que c'est pour vous une chose rude et fdcheiise, ipje le bâtiment que l'on a élevé proche de votre presbytère; mais, Monsieur, ce qui vous doit donner un grand calme en cette occasion, c'est que rien n'arrivant sans l'ordre de la divine Providence, cela n'a pas été fait sans sa conduite. C'est ce que vous devez uniquement regarder, sans vous occuper de la vue de la créature, pour en murmurer ou vous en plaindre. En vérité, c'était un grand outrage à David qui était roi, de se voir poursuivi par l'un de

ses sujets avec injures, malédictions, et à coups de pierre {IJ Reij. xvi) ; et il lui était aisé de punir avec justice un attentat si criminel, ayant encore six cents braves soldats (]ui l'accompagnaient : mais ce roi regardant la conduite de Dieu dans cet atténua, bien loin de s'en plaindre, dit hautement qu'il fallait laisser cet hoiivne sans lui rien faire, et que c'était par l'ordre du Seigneur qu'il agissait. Cette vue de la divine Providence en toutes choses met dans un repos immuable. Ecce talis homo ingreditur fines pacii!. Quand toute la terre se renverserait, on serait inébranlable , on vit toujours content, et tous les hommes et les démons ensemble ne peuvent altérer un moment la paix divine dans le fond de l'âme d'un nomme qui veut tout et qui ne veut rien, tout ce que Dieu veut et rien de ce qu'il n'ordonne pas. Or, quoique Dieu ne puisse vouloir le mal du péché, il veut le mal de la ])eine qui en arrive, et les incommodités qui suivent. Après tout, comment savoir un Dieu-Homme qui dit de lui-même qu'il n'a pas où refioser sa tête, pendant que les oiseaux ont des nids et les renards des tanières [Matth. vni, 20), et vouloir encore être bien logé? Je regarde comme une grâce infiniment précieuse, inliniment estimable, de n'avoir aucun logement à moi, ce qu'en vérité je ne voudrais pas changer avec, les palais les plus magnifiques du monde. N'esl-il pas vrai que 'e [iremier logement du grand Dieu des éternités, dans le teraj)s, a été une pauvre crèche dans un anlre?

Comme M. Preyssae est mort , je crois qu'il ne faut plus penser à discuter ses accusations : ce que je vous en avais mandé était seulement [lour faire rétlexion sur les grandes miséricordes de notre bon Sauveur, et sur l'extrèine besoin que nous avons de veiller sur nous avec crainte et tremblement.

Il me semble que les Pères dont vous me parlez n'ont pas eu sujet d'être mécontents en rien du tout de votre sermon; ce que vous avez dit de saint Xavier et de ses compagnons est entièrement à leur louange ; pour ce qui regarde l'estime que vous y avez faite de messieurs les missionnaires des pays étiangers, elle est juste, et, dans la connaissance que j'ai eu la grâce d'avoir, et très -intime, des premiers, je sais que jamais ils n'ont été opposés à la Compagnie, bien au contraire; s'ils ont eu des ditférends, ce n'a été qu'à l'égard de quelques particuliers, et que les supérieurs ont voulu soutenir. Ce ne sont pas per.-onnes à lournir mémoires contre eux; il est vrai cependant qu'ils les regardent comme leurs grands adversaires; cependant il me semiile que ces messieurs vivent bien jirésentement avec eux, et, lorsque la dernière troupe des Pères jésuites partit pour ces pays étrangers, étant avec Mgr de Léoniie, nommé évêque jiour ces lieux, devant le P. de la CluHse, ce Père leur avait dit qu'ils tlcwiienl vivre en union; i-orame ils ua!-

OELVIŒS COMPLETES DE BOUWN.

laienl en ces missions que pour Dieu, tous généralement se mirent à genou\ devant Mgr de Léonne, lui deniaïuiant sa bénédiction, et c'est le 1'. de la Chaise qui a demandé au roi l'abbaye qu'a présentement M. Brisacier, ])Our lui, et qui la lui a fait obtenir. 11 n'est pas néanmoins pour la gloire de Dieu que vous j'arFiez de cette action humble des Pères jésuites devant Mgr de Léonne, de peur ipje l'on ne crût que l'on voudrait s'en prévaloir, ce que ces messieurs ne font pas, car ils me l'ont dit confidentiellement en particulier, il me semble que vous ne devez jias aller voir sitôt le Père recteur des Jésuites, mais dans la suite des temits. Je crois que Notre-Seigneur et son immaculée Mère seront glorifiés ({ue vous y alliez, car il est do leur gloire que vous ne soyez pas mal avec eux : Honore invicem prœvenientes, a dit l'Apôlre.

J'espère que la divine Providence, ma bonne et très-fidèle mère, me conduira à Paris au commencement de la semaine prochaine; je verrai si l'approbateur du livre Du respect dû aux églises, qu'il a depuis plusieurs années, ne veut point l'approuver; il ne tient pas à lui, mais, selon toutes les apparences, à une personne imissente qui l'en empêche, et qui m'em[ièclie de bien d'autres choses; cela ne vient nullement du quiétisme, c'est bien une autre cause, mais il ne se faut plaindre de personne, 11 m'était déjà venu à l'esprit de vous écrire , j'aurai soin de le faire de Paris, avec le secours divin, après que j'aurai su les choses; il faut être content de tout et très-content. Ce bon Père a grande raison de dire (jue j'ai mal écrit. C'est en cela que la divine Providence fait éclater les vertus de la croix, ne laissant pas de donner une grande bénédiction à nos [lelits ouvrages, et même dans la Compagnie, dont plusieurs Pères ont traduit de ces ouvrages en ditl'érents royaumes, avec une satisfaction, à ce qu ils ont dit, toute singulière. Un provincial de la Compagnie, en Pologne, après avoir traduit en leur langue celui de la Dévotion aux neuf chœurs des anges, s'est encore obligé par vœu de le traduire en latin. On m'a donné la copie de son vœu. Le Père recteur du noviciat des Jésuites du Paris, au moins celui qui l'était les années passées, ayant appris qu'on avait dessein de faire la Vie du saint lioiume le p. Seurin, et dans celle que la divine Providence m'a fait donner au public j'ai marqué que ce n'était qu'une attente d'une autre, a témoigné qu'il garderait toujours celle qui est faite dans 1 estime qu'il en fait. On la fait lire au réfectoire dans quelques-unes de leurs maisons, avec satisfaction des religieux, comme ils me l'ont témoigné. Je ne dis pas ces choses pour combattre le sentiment du P. Neveu, mais pour dire que Dieu tout bon se sert des choses viles et faibles pour faire connaître sa divine vertu.

Je croyais vous avoir mandé qu'on a censuré à Rome le livre de Dieu seul, iinpnnié à Milan, c'est-à-dire l'impression de Milan, dans laquelle apparemment on a ajouté (]uel-

(]ue chose, comme j'ai vu en Flandre, où l'un avait ajouté un chapitre tout entier dans l'un de mes livres, sans avertir que l'on y eût fait la moindre addition. On me mande aussi de Flandre, où ils reçoivent toutes les censures des congrégations des cardinaux, que celle du petit livre de Dieu seul n'y a pas lieu, par la rai>on qu'elle n'est donnée qu'à l'égard de l'édition do Milan : et ea etfet, s'ils avaient voulu censurer le livre, ils l'auraient fait absolument, et d'autant plus qu'il s'imprime et se vend à Uouen, traduit en italien par un secrétaire de la congrégation, ap[irouvé par le maître du sacré palais, et qu'il y est en estime, ainsi que dans l'Italie.

Il est vrai qu'on y a censuré le Chrétien intérieur, mais ces censures n'ont aucun lieu en France, et iiarticulièrement [larce que la doctrine en est très-saine et trèssainte; mais il y a plusieurs censures qui ne regardent pas la doctrine, mais seulement l'abus que l'on fait des livres; dans le siècle dernier, on défendit la lecture de l'Ecriture sainte en langue vulgaire, à raison des abus que les hérétiques en faisaient. Ainsi ]>résentement, à Rome, ils défendent grand nombre de très-bons livres, de peur qu'ils ne servent d'oci^asion d'erreurs aux quiétistes. A l'égard des éditions de l'Ecriture sainte même, combien y en a-t-il de censurées?

Dans le livre Des saintes voies de la crois, j'ai dit quelque chose de l'épître du cardinal de \ endôme au liienlieureux Robert, au sujet des calomnies que les saints ont souffertes ; ce cardinal lui écrivait sur ce qu'on lui avait dit : ce que j'en ai rapporté a été comme ce que j'ai écrit de jilusieurs autres saints, à qui l'on a imputé plusieurs choses. Cependant, allant en dévotion au tombeau de ce bienheureux à Fontrevrault, j'y fus attaqué publiquement par un religieux, qui me Ut Jilusieurs reproches et des reproches liumiliants. Je lui répondis que je ne croyais pas avoir fait tort au saint fondateur, fkiur avoir écrit qu'il avait été calomnié, non plus que les évangélistes n'ont [las fait de tort à notre bon Sauveur, pour avoir écrit ce qu'on lui a im|iuté; et en vérité, je ne l'ai écrit que dans la même vue. Ensuite madame de Fontevrault m'ayant prié de leur faire une exhortation, on lui envoya dire au milieu de l'exhortation de se retirer, comme étant l'ennemi de l'ordre. Elle ne voulut jias le faire, disant qu'elle ne le croyait pas, à ce qu'on m'a appris. J'y suis allé encore une autre fois, et un autre religieux m'insulta encore jinbliquement, me disant que si on y eût (lensé, on m'aurait peut-être empêché d'y célébrer le divin sacrifice, moi qui n'y allais que pour honorer le bienheureux fondateur, ce que peu de jiersonnes jieutôlre font. Il est vrai que celui-ci avait quelque ressentiment de ce que je ne l'avais pas, à ce qu'il lui semblait, assez bien reçu dans le diocèse d'Evreux, où ils ont une maison, pendant que j'étais grand vicaire. Mais il faut que la contradiction me suive partout,

LKTTUF.S. — A M. BOSGUtRMlD

ce (]ue j'esliiiie une giaii'le grAce. Jo snlue votre bon nnge cl Ions les bons anges, cic.

A Evreux, ce 29 octobre, fête de sainte Ervieiunde, vierge.

Page 1