‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 354 sur 436 · LETTRE CCXLIII · texte numérisé non relu

LETTRE CCXLIII

Ai; MÊME.

Anéantissement de Jésiis-Christ et des saints doit nous inspirer le désir d'être anéanti en toutes rhoses.

DIEi; SEUL.

ei toujours Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Ses anéantissements, qui sont infinis, et qui sont par con- .séquent incomiiréhensibles, quand au moins ils sont un peu pénétrés , ne laissent plus d'envie que d'être anéanti en toutes choses ; car si un Dieu s'est anéanti lui-même, exinanivit semetipsum {Philip, ii, 7), hélas! oii se mettra la créature qui n'est rien? Certainement , en la vue de cet Homme-Dieu anéanti, il ne faut plus pensera être quelque chose, il ne faut plus [)enserqu'à n'être rien; et dans toutes sortes d'esprits et dans toutes sor'es de cœurs il ne faut i)lus avoir de place. C'est ce qui a donné aux saints pleins de i'Es|)rit de Jésus-Christ des désirs insatiables d'opprobres et d'humiliations, qui sont les aimables moyens de notre anéantissement.

La divine Providence vous donnait une heureuse occasion de vous humilier sur ce i)U(( l'on disait de votre famille. 11 est vrai que cet homme n'avait pas raison de vous ]iarlcr de la sorte : mais. Monsieur, y avait-il de la raison quand Noire-Seigneur a été rassasié d'oi)probres? Saturabitur opprobriis. [Thren. m, 30.) Les saints ont eu de saintes industries; ceux qui ont été d'une grande naissance, pour la cacher quand ils ont pu ; et les autres qui étaient d'une basse condition , prenaient plaisir à le dire et à le faire tonnaiue, en recherchant et s'en procurant

toutes les occasions. Après tout, ces bienheureuses occasions dans lesquelles nous manquons, nous doivent encore servir a l'anéantissement chrétien , car elles nous font voir que nous sommes bien dans nousmêmes, que nous aimons encore notre pro- |ire élévation, et qu'après avoir tant parlé, tant médité sur l'esprit d'humiliation, on en est encore bien éloigné; ce qui doit nous lonfondre, nous grandement humilier, et nous faire connaître qu'à la mort nous verrons en nous bien des choses 0[)posées à l'Esprit de Notre-Seigneur. Je tremble quand je [lense à ce que j'ai dit et redit, et ré|iété tant de fois. Dieu seul. Oh ! que cela est bientôt dit, mais (jue la pratique en est rarel

Au sujet du séminaire, je ne sais si ce serait un lieu qui vous fût propre. Je crois, si la divine Providence en dispose delà sorte, que vous pourriez faire le voyage de Paris après Pâques, et là vous verriez MM. Brisacier et Tiberge, et vous vous informeriez des choses ; et assuréiyent il y a de la diflîculté. Je crois, comme je vous l'ai dit, en cas que vous quittiez votre cure, qu'il faudrait avoir un bénéfice simple d'un revenu capable de vous faire subsister. Si vous n'y aviez que les croix qui vous y arrivent, ce ne serait pas une raison jiour la quitter, mais vous en avez d'autres.

Je bénis la divine Providence de ce que vous annoncez les vérités de Jésus-Christ aux pauvres lilles de Sainte-Claire. En vérité, leur vie demande de la vénération et de l'estime : je suis tout plein dé respect pour elles.

11 ne faudrait jias à l'égard du sérainaii'e vous informer su(ier!iciellement des choses, mais à fond. J'ai connu des personnes , je vous dis cela en secret, qui en sont sorties et qui étaient des meilleurs sujets après y avoir demeuré longtemps, qui avaient de grands talents, qui jouissaient d'une grande estime dans Pans, même parmi les personnes de la première qualité et qui étaient grands directeurs.

J'ai bien de l'obligation à votre charité, de vouloir bien vous informer de ma misérable santé : elle est présentement assez bien; je vous en remercie très-humblement, je sais que l'on ne devrait pas penser à ce qui me regarde.

Je salue votre bon ange, etc.

A Evreux, ce 18 de février, la veille de la précieuse mort de la sainte sœur Catherine de Jésus, Carmélite à Pans.

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