‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 355 sur 436 · LETTRE CCXLIV · texte numérisé non relu

LETTRE CCXLIV

Dévotion de Boudon à la divine Providence et aux saints anges. Son sentiment sur la direction des femmes. Son ardeur pour les humiliations. Décisions des conciles touchant les concubinaires.

DIEU SEUL

Monsieur, Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, etc. Je vous écris le 2 de mars, un jour

LETTRES. — A M. BOSCUEU.VRf).

(le mardi, que je destine toutes les seuiaitics pour taire en mon particulier la fôte de la divine Providence, (]ui m'a toujours servi dfi la nH'il'eure et île la plus lidèl« des mères, pour la remercier plus partiiulièremeiit l'ii ce jour de tous ses hieiilaits, et pour le spirituel el pour le tem|iorel, et lui faire ré()aration d'honneur jiour toutes mes énormes irigratitudcs : et comme aprcs la trèsmiséricordieuse Alère de Dieu, les saints anges sont les saints dont elle se sert le [dus pour faire le bien aux liommcs, je leshonoie aussi spécialement en ce jour ijui leur est dédié [lar l'Ei^lise. Je ne sais, mais j'ai une contiance merveilleuse en ces esprits célestes, et j'es|)ère de leurs i^randes et ravissantes bontés qu'ils m'obtiendront la grâce d'adorer, de bénir et de louera jamais la glorieuse et suradorable Trinité. Amen, amen, amen. Fiai, fiai, fiai.

Je ne dois pas me lasser de vous remercier de tous les soins que vous prenez, et en pailiculicr, de l'approbation que vous venez de m'envoyer de M. Auvray pour le livre de Dieu inconnu.

A l'éganl de ce que vous m'écrivez de celle (ille dont vous me parlez, il n'est nullement vrai que je la soutiens, ni que je l'aie soutenue, ni même que j'aie pensé qu'elle ne fût pas trompée ; car j'en ai été 1res- persuadé. 11 est vrai qu'en quelque occasion, et cela peut-être une fois ou deux, après cependant avoir dit mes sentiments sur ses illusions, j'ai dit que je lui avais de l'obligation, en ce que dans quelque rencontre elle avait parlé foit généreusement pour me soutenir, et (j^i'elle s'était offerte de me rendre les services qu'elle pounait quand j'irais à Paris; mais cela n'a rien de comuiun avec ce que l'on vous a dit : ces personnes là donc se trompent bien fort; mais je vous dis, bien fort.

Pour ce qui regarde le fait iiarticulier que vous m'alléguez de feu M. de Fermanel, jamais je n'en ai entemlu parler. Seulement je suis étonné que lui s'éiant beaucoup expliqué à moi toucbant cette fille, il ne m'en ait rien dit, tâcliant cependant de me dire les raisons qu'il avait de cruiie et île dire qu'elle était trompée. Au reste, je l'ai vu faire de tout son mieux jiour la faire connaître trompée, et même jilusieurs de Messieurs des -Missions étrangères y travaillaient dans les occasions. 11 en avait découvert les illusions, après avoir eu de l'estime pour elle dans les cimimencements, ainsi que les per.-onnes qui avaient conliance en lui : mais je vous puis dire sincèrement que Notre-Seigneur, [lar sa pure miséricorde , n'a j)oint voulu que j'aie été surpris. A l'égard de plusieurs autres tilles qui étaient avec elle, ce sont de bonnes personnes que j'estime, que j'ai estimées, el qui tâchentde servir Notre-Seigneur en chrétiennes véritables. Je vous en parle en général, car je ne les connais pas en particulier. Feu .M. de Fermanel m'y avait mené pour leur faire des exhortatio"ns.

Oh ! qu'il est vrai, Monsieur, qu'il faut

avoir de réserve avec les femmes, et particulièrement en fait de direction 1 c'est ce que je ne saurais jamais assez expliquer. Je n'ai pas toujours eu sur ce sujet les lumières qui me >onl données présentement. lùii ore une fois, c'est ce que l'on ne |ieut jamais dire. Je ne vois cependant pas ipio vous deviez pour cela ne jias jircndre soin de l'association que vous en avez dans votre paroisse. Seulement, il faut être beaucouj) retenu, el tâcher doucement de leur apjjrendre à plus jjrier qu'à jiarier.

Je connais le religieux Carme dont vous me parlez ; il avait une autre santé que la vôtre quand il s'est fait religieux.

Ce que le cardinal de ^'endùme a écrit du bienheureux Robert d'.\rbrissel, il l'écrit sur le bruit qui en courait ; mais ce que l'on objectait à ce saint honmie n'a pas môme de vraisemblance. J'ai eu la grâce d'aller deux fois en deux voyages exprès i)our adorer la glorieuse Trinité à son toiubeau, et toutes les deux fois j'ai eu la grâce précieuse d'y être humilié hautement. Partout l'humiliation me suit. La première, par un religieux de FoMlevrault qui avait demeuré h Chaise-Dieu, dans le diocèse d'Kvreux, qui jiensait avoir quelque sujet de plainte contre moi. 11 me traita dans l'église de Fontevrault publiquement, quelques religieuses l'entendant à leurs grilles, d'une manière bien humiliante; le second voyage, comme l'on apprit dans le monastère que j'étais à riiôlellerie, .Mme l'abbesse générale m'envoya prier de leur faire c.\hùrtalion ; j'obéis à ce qu'elle désirait. En y allaut, un religieux encore de ceux qui y demeurent, vint à ma rencontre, accompagné de quelques séculiers, me criant que j'étais l'ennemi de Tordre, et que j'avais p.arlé dans quelque livre de ce que l'on avait dit contre le bienheureux d'.Arbrissel ; je lui répondis que j'eji avais écrit connue du bienheureux Jean de La (]roix el d'autres saints hundliés, non pas pour leur attribuer ce que l'on avait dit conti-e eux, mais pour faire voir la grandeur de leur grâce dans leurs abaissements ; qu'il faudrait dans le seris qu'il le prenait que les évangélistes eussent été les ennemis de Nùlre-Seigneur, jiarce qu'ils en avaient écrit les opiiiobies, et que, bien loin d'êtie opposé au bieidicuieux d'.\rbrissel, je venais pour l'honorera son tombeau. Cela fut inutile ; il lit parlera .Mme la générale, même pendant l'exhortation que je faisais [lar son ordre, pour la faire soiiir publiquement de l'auditoire de sa communauté ; mais elle n'en voulut rien faire. Voilà, .Monsieur, le sujel assez ordinaire de mes aventures, pour (lailer de la sorte. Quid rclribuam Domino ! Quelle reconnaissance pourrai-je jamais avoir à la divine Providence pour une conduite si j)leine de miséricorde ! Aidez-moi à l'en remercier, el à inviter tout le ciel et la terre à joindre leurs actions de grâces. Ah ! oui, si je n'avais pas le cœui- si dur, il y a longtemps qu'il aurait dû mourir d'amour pour un Dieu si bon. O mon Se:; gneuretmoii Dieu! que vous ai-je fait pour

(«UVnv.S COMPLETES DE BOL DOIS.

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