‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 357 sur 436 · LETTRE CCXLIX · texte numérisé non relu

LETTRE CCXLIX

Avantages des souffi'ances. Exemples de sainte Iledicige et de saint Clément d'Ancijre.

DIEU SEUL

Monsieur, Dieu seul, Dieu seul en trois personnes,

(108) Saint Gaétan, fumlaleurde l'ordre des Théatins.

OEUYUES COMPLETES DE BOLDON

IIU

i>lc. Ce que vous m'écrivez de Mlle delà Villette me dorme lieu d'adorer la conduite do la divine Providence , dans les maux qu'il envoie à ses créatures par une miséricorde inénarrable, faisant de ses maux des biens, et de très-j;rands biens , les destinant dans ses desseins pour délivrer ceux qui les soul"frent demaux incomparablement plusgrands, et s'en servant pour les élèvera une gloire incompréhensible. C'était avec bien de la iustice que ce séra|ihin terrestre, le bienheureux Jean de la Croix, paraissant a[)rès sa précieuse mort, a dit que les souffrances étaient ce qu'on estimait dans le ciel ; et certainement c'est ce que l'on doit estimer partout. Le grand Apôtre npus en donne des raisons invincibles, lorsque le Saint-Esprit lui fait dire que le moment court et le'ger des afflic lions de la vie présente (car la durée de toute la vie comparée à ce qui ne finira jamais n'est qu'un instant), produit en nous le poids éternel d'une gloire incomparable. {11 Cor. IV , 17.) Les sainls dans ces vues ont été insatiables de soutfiances ; ce qui faisait dire à sainte Madeleine de Pazzi : « Souffrir et ne point mourir. » Pati et non mori. Dieu tout bon a bieti voulu favoriser quel({ues ()crsonnesde celles qui lui ont été los (ilus chères, couuiie une sainte Hedwige (109) , de maladies perpétuelles jusqu'à la mort. C'a été dans l'excès de ses miséricordes qu'il a toujours continué à les aflliger, parce qu'il avait dessein de les plus glorifier. S'il avait cessé de les faire soutî'rir, il aurait cessé de les aimer de cet amour glorifiant, dont il aime ceux sur qui il a des desseins plus remplis de nnsériconle et de bonté. Durant vingt-huit ans au moins, il a fait sans cesse des miracles pour prolonger les tourments de saint Clément d'Ancyre (110), qui naturellement devait mourir en peu de jours par la violence de ses peines. C'est de la sorte qu'il traite ceux qu'il airuc davantage ; et de cette manière Mlle de la Villette a des sujets d'une consolation indicible, malgré toutes les oppositions des sens. Je l'ais faire une neuvaine à notre puissant [irotecteur pour elle : mais s'il ne la délivre pas de ses maladies, c'est pour lui iirocurer des biens incompiéhensibles; car enfin, c'est une vérité dans la religion chrétienne , que jamais l'on n'est mieux que lorsqu'on est plus mal. Je salue votre lion ange, etc.

LKTTRE CCL.

àU MÊME.

Dieu inconnu à l'homme. Péché de ceux qui mangent de la viande les jotirs défendus. Une supérieure peut-elle gratifier le confesseur au delà de ses honoraires 't

DIEU SEII,.

Monsieur, Dieu seul, Dieu seul en trois person-

nes, etc. 11 faut bien dire que le péclié fait d'étranges ravages dans le cœur de l'homme puisqu'après toutes les plus grandes lumières dont il est éclairé par la grâce du christianisme. Dieu est toujours pour lui un Dieu inconnu; ce qu'il fait voir hauteinent par l'estime et l'amour qu'il a pour les choses créées, dont il est tout occupé etapiès lesquelles il est dans un empressement qui ne se conçoit point par ceux qui marchent dans la vérité, c'est-h-dire. dans la vue du grand tout de Dieu, de Dieu seul et du rien de tout l'ôtre créé en sa présence surauorable. Ces gens dont vous me parlez, qui courent d'un bénéfice à l'autre, marquent bien qu'ils connaissent peu Dieu; ils le connaîtront à la mort, et il sera bien tard.

Il y a longtemps qu'un P. Feuillant fait du bruit pour le parti, et pour ses sermons ayant des qualités naturelles qui le rendent considérable devant le siècle; je sais qu'il passe pour un bon prédicateur aux yeux du monde, mais il n'en est pas ainsi aux yeux de Dieu; on l'a même éloigné de Paris pendant quelque temps, et des Pères de son ordre même y contribuèrent, et enfin on l'a fait revenir; si je n'avais |)0int peur de ma mémoire, j'assurerais qu'on l'appelle le Père N. (le nom est etlacé dans l'original) et il me semble même qu'il n'y a pas lieu d'en douter.

Mais, Monsieur, il faut regarder ce qui est arrivé à Rouen, comme un coup de la main de Dieu, afin de pouvoir apporter quelque remède ace que l'on a sujet avec justice de craindre de cet homme, car il sort quelquefois de Paris [)our peu de temps pour aller prêcher, et il le fait avec plus de liberté, car il craint présentement, quoique, dans la vérité, il fait toujours des sermons où ii y a bien à redire; or, voici ce qui me semble qui pourrait avoir un grand effet pour la gloire de Dieu et pour empêcher bien du mal. Les Pères de la compagnie pourraient en écrire au H. P. de la Chaise ; je ne doute point qu'il n'enait déjà reçu des plaintes, il y adu temps ; mais ces gens-là promettent merveilles pour être rétablis, à condition qu'ils n'en fontrien,si ce n'estdans quelques occasions oiî ils craignent d'être découverts. 11 n'a pas apfiorlé cette [)récaution à Rouen, mais c'est qu'il a cru que, ne tardant pas dans cette ville, les choses n'auraientpasdesuite pour lui; assurément comme ce qu'il a enseigné est une hérésie, si on le mande au R. P. de la Chaise, il y donnera ordre, etd'autantplus ([u'il y a déjà longtemps qu'il fait du bruit; après tout il est de la dernière conséquence pour la gloire de Dieu, car cet homme a beaucoup de cabale dans Paris, et l'on m'en a parlé plusieurs fois avec douleur, et d'autre part la chose n'est pas difficile à faire; en vérité il ne faudrait point se fier aux promesses de ces gens pour les rétablir, car, comme

(109) Sainic Hedwige, 'Inclicssc de Pologne et de Silésif, doiil on. fait la fête li; 17 Oilol)!»'. Sa vie, durant plus de iO ans, ne lut qn iinu longue sniiu

d'Infinnilés et d'austérités

(110) SaiiU Clément , Evénuc d'Ancyre , dont on célélue la «léiiioire le. 25 janvier, (juoiinron ne

LtTTIlES. — A M. BOSGUEUAKD

ll-iO

je vous l";ii .lit, il a iHt: ûloigiié de Paris durant un temps considéraDlc.

Pour c(ï qui rej;arde le déiTet du Pa|)e, les jansénistes n'ont pus sujet d'en élre contents, parce que, dans le décret, il est dit que les propositions sont tirées du livre de Janséiiius, et c'est ce qui leur l'ait peine ; car ils ne veulent pas qu'elles y soient. De plus le Pape déclare que les bulles des Pa[)esses prédécesseurs sont en vigueur; or, la bulle d'Alexandre VII re.i;arde le fait qui est en contestation. Innocent X avait condamné les cinq propositions, les jansénistes dirent qu'ils recevaient la condamnation, luais qu'elles n'étaient pas dans Jansénius. L'assemblée du clergé de France écrivit sur ce sujet à .\lexaudre qui avait succédé à Innocent, le priant de prononcer sur la dilliculté qui ne regardait que le fait, car tous convenaientdu droit; .\lexandre prononce et déclare que les profiositions sont dans Jansénius, et il ordonne le furmulaire dans lequel on déclare que l'on condamne les propositions de Jansénius. \'oilà le formulaire que les Papes ont ordonné de signer, et celui-ci aussi, le sens qui se présente, scnnus obvtus, est bien net, jiuisqu'on déclare et que l'on jure que l'on condaujue les propositions (Je Jansénius, c'est ce que le décret encore ordonne, que l'on signera sans restriction et que l'on fera le procès à ceux qui refuseront ; je ne sais pas comment ces Messieurs l'entendent ; s'ils ap|iellenl gagner d'èlre vaincus et qu'étant liien battu l'on a remporté la victoire, ils ont gagné en ce cas-là. Que leur a-t-on demandé ? de signer sans restriction le formulaire d'Alexandre, et tel qu'il e^t sans distinction de droit et défait, le formulaire déclarant nettement le fait, c'est ce que le dernier décret ordonne encore; je vous prie de vous enespliqueravecM. le chanoine régulier; lisez le formulaire ensemble et voyez s'ilyala moindre dilliculté, et dès lorsqu'on le signera sini|ilemenl et sans restriction tout le monde est d'accord au moins à cet égard. Le Pape a dit, sensus obvius, parce qu'il e^t tout clair et qu'ainsi on n'a [)as besoind'explication ; il ne faut que lire le décret, je crois que vous l'aurez vu et en môme temps qu'il déclare encore que les propositions sont tirées du livre de Jansénius, et c'est ce qui fait la difficulté de dire que les évoques de Flandre ont de la joie de ce que le décret est avantageux pour le parti, c'est une fausseté tout entière. L'archevêque de Malines, qui est l'évêque aes docteurs de Louvain, est celui qui les |ioursuivait à Kome; ainsi il n'aura pas [)u regarder le décret de cette manière. L'archevêque de Cambrai est opposé au parti, les évoques de Namur et d'Anvers y sont beaucoup opposés, j'ai eu l'honneur de les voir et de leur parler; celui de Gand, je ne sais pas s'il leur est bien opposé, mais je ne vois pas qu'il se soit déclaré pour eux ; mais il est vrai que l'archevêque de Malines, qui est mort, était entièrement

puisse pas coinpier entièrement sur ï-is actes qui nous reslenlde son mailyre , la célébrité <1e son culte dans l'Eglise grecque ne laisse aucun lieu île

gouverné par le parti, et la Providence a suscité celui-ci pour remédieraux désordres do ce diocèse ;il avait fait un formulaire particulier ; mais le Pape a voulu «lue l'on se contentAtdecelui qui est pour toute l'Kglise ; ils ont gagné en cela, sans cependant avoir rien gagné dans le fond ;dans l'occasion, s'il vous jilaîi, faites-leur connaître combien il y a de la fausseté à dire ce qu'ils allèguent des évoques de Flandre; je parle de ce que je sais, ayant prêché dans leurs diocèses et ayant eu l'honneur de les entretenir et de manger h leur table. Je voudrais bien vous dire ce que vous me demandez louchant ces cures, mais ce ne sont ]ias choses à mettre dans une lettre.

La rétractation du P. Feuillant n'aurait pas remédié à cet homme, dans l'occasion il en fera assez, le remède est d'en avertir le R. P. de la Chaise, et de lui faire interdire la prédication; il est homme a se rétracter, et à demeurer toujours tel qu'il est, c'est l'ordinaire de ces gens là. Je vous sujiplie de veiller à la chose ; encore une fois c'est un coup de Dieu ce qui eslarrivé à Rouen; j'es- })ère que la divine Providence nous fera commencer les visites de cet automne le lendemain de la fête de la Nativité de notre glorieuse Dame.

Quel péché fait un homme qui mange de la viande un vendredi, si ce n'est de désobéissance à l'Eglise? Comment appellera-l-on l'état de cet homme, s'il persévère dans cette désobéissance , si ce n'est un état de damnation. N'est-on pas damné pour la seule désobéissance à l'Kglise, et tous les catholiques qui désobéissent en fait de mœurs à l'Eglise seront-ils sauvés ?

Certainement c'est un abus et un trèsgrand abus, que la permission que l'on donne aux religieuses particulières de disposer de petits ouvrages qu'elles font ; tout doit aller dans le commun.

La supérieure, du consentement de celles qui l'assistent [leul donner quelque récomjiense au confesseur au-dessus ou au delà de ses gages ordinaires; et il le faut faire dans la vue de Dieu, aussi bien que tout le reste. C'est un grand malheur que la moindre action qui n'est [las chrétienne, qui n'est pas faite par l'esprit de Dieu, et uniquement pour Dieu ; dans catte vue il est bon de gratifier le confesseur. La supérieure doit regarder ce dont les constitutions lui permettent avec ses oflicières de disposer, car quelquefois il faut avoir le consentement de la communauté. Je salue votre bon ange, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Rouen, et suis, etc.

A Evreux, ce 1" de septembre, fête, à Louvain, du Recueil de toutes les fêles de ladmirable Mère de Dieu.

Page 1