LETTRE CCLI
Décret du Pape Innocent XII, concernant les
douter qu'il ne doive être mis au rang dos plus illiisUes mailvrs.
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OEUVRES COMPLtTiiS UKIiOlDON.
prvpiisitioiis de Jansénius. Esprit de Jcsiif-Christ, esprit de douceur et de patience.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, etc. Je vous réitère encore ce que je vous ai dit, f[iie je ne sais pas ce qu'attendent encore MM. de Port-Royal après le décret dernier. (111). Nous convenons tous du Z>roi7,que les cinq propositions sont à condamner en quelqv.e lieu qu'elles se trouvent ; la difficulté n'est (|uedu /'(nV, savoir, si elles sont dans Jansénius, ces messieurs disent qu'elles n'y sont pas. Les é \ èqucs assemblés en France écrivent à .Mexanure ^'II sur la difficulté. Le Pape donne une (Constitution reçue dansitonte l'Eglise, dans laijuelle il prononce (jue les propositionssont dans Jansénius; il lait dresser un formulaire pour signer dans toute VKglise, dans lequel i-l est dit que l'on condamne les cinq [)ropositions de Jansénius. Les jansénistes qui le signent, le l'ont avec restriction, disant (ju'ils ne prétendent iioiiil .s'obliger, en le signant, à ce qui regarde \efai(, qui cependant est contenu formellement dans le formulaire. Les docteurs de Louvain vont pour cela à Korae. Le Pape donne un décret, dans lequel il déclare que les propositions sont tiréi's du livre de Jansénius, exccrptas ex libro Cornclii Jansenii. Il prononce que les constitutions de ses jjrédécesseurs sont dans leur vigueur; or, celle d'Ale.vandre ^'iI a déclaré que les propositions étaient dans Jansénius : il veut que l'on signe sans restriction, et que l'on fasse le procès à ceux qui voudraient signer aviîc restriction; qu'est-ce qu'il y a plus à attendre ? Dans le formulaire, qui est en vigueur selon le décret, l'on, condamne les propositions non-seulement en général, mais comme de Jansénius. Sensus obvius, le sens qui se |irésente, peut-il être autre chose, à moins ()ue d'user de restriction|?Et encore la restri'tiun ne peut pas tomber sur le sens qui est tout net, puisqu'on comlamne les propositions comme de Jansénius : la restriction ne tombe que >ur l'intention de ceux qui signent, et le Pape ordonne qu'onfera le procès <i ceux qui voudront signer avec restriction. 'N'oilà pourtant uniquement ce que les Jansénistes prétendaient, car ilsconviennent de la condamnation des propositions en elles-mêmes.
Les Pères Jésuites veulent bien écrire au P. lie la Cliai.ie ; cela se peut faire sans qu'ils [laraissent. Il sulfit qu'ils fassent savoir la vérité. Le P. de la Chaise sait quel est le P. Gosme. Les premiers supérieurs de son ordre avaient même donné lieu à son éloignement. Après tout, c'est un coup de Dieu; et il est de la dernière conséquence [lour l.i la gloire de Dieu qu'on ne néglige pas cette allaire. Dieu a [lermis que cet homme se soit assez aveuglé pour parler comme il l'a fait dans une ville telle ([ue Uouen. 11 faut que
(Hl) M. noiiclon pailo ici du décret porté par le Pape lniioi;CJit XII, le 28 j.iiivicr 1691, et <lu bref
ces gens soient connus. Le doyen de Douai avait fait une rétractation grande de ses erreurs; en apparence il n'y avait rien de plus soumis, et cependant un peu après, il soutint plut forteuient que jamais ce qu'il avait condamné, ce qui a donné lieu h son exil. Le roi a dit très-judicieusement, il y a quelques années : Les jansénistes ne reviennent point; ce P. Cosme est très-riangereux ; il ne faut pas laisser perdre cette occasion.
J'offrirai mes pauvres prières pour les Pères Carmes de Diepjie ; il n'y a pas de lieu oii il n'y' ait à soutfrir, puisqu'il n'y a point de lieu où l'on ne doive porter sa'croix, et un évangéliste dit : quotidic.
Je [irie la divine Providence de vous accompagner dans votre voyage de Caen, et de vous y servir de tout appui ; et en vérité c'est en elle seule qu'il faut mettre loute notre confiance. Je prie la très-douce Mère de Dieu de vous y servir de mère, et les bons anges de vous y garder dans toutes vos voies. Apparemment vous serez parti quand je reviendrai de mes visites au 25 du mois avec le secours divin , et je ne sais si vous serez de retour quand j'esjière que la divine Providence me conduira à Paris vers le 26 d'octobre.
K l'égard de ce que vous me mandez touchant la difliculté que vous avez eue, il n'y a point à craindre pour la suite, car une action pareille ne donne pas de droit qui puisse vous préjudicier; et c'est là le seul motif qui vous obligerait à faire quelque poursuite. Cela étant de la sorte, je vous dis ce que je ferais, si j'étais en votre place : je n'agirais qu'avec douceur, car c'est l'esfirit «e Notre-Seigneur. Il est dit de lui, quil est comme un agneau qui se laisse tondre sans crier, et qu'il n'a pas ouvert la bouche. (Isa. LUI, k'2.) Il dit à ses ajiôtres qu'il les envoie comme des a'rjneanx [Luc. x, 3); et lorsque, par zèle, iU ont demandé quelque punition, il leur dit : Vous ne savez pas à quel esprit vous appartenez. (Luc. i\, 55 ) C'est à lui à abaisser ceux qui s'élèvent ; pour nous, nous devons toujours nous tenir bien petits. Plusieurs de Messieurs noscurés m'ont dit des injures dans mes visites; notre bon Sauveur ma fait la grâce de les laisser dire doucement, et de n'en être [las ému. Une fois l'un de ces curés me disant des injures atroces, en [irésence néanmoins d'un autre curé, celui-ci pensant que je poursuivrais co traitement outrageant, et que je le ferais venir en témoignage, me ait qu'il aimerait mieux être |-endu que d'avoir 5 déposer contre l'autre : j'étais bien éloigné de penser à en faire quelque poursuite. La même année, ou à ])eu [irès, ce curé fut condamné à mort, à raison qu'il s'était trouvé dans une compagnie où un homme avait été tué.
Enfin notre divin Maître a un si grand éloignement de toute sorte de disputes, qu'il nous enseigne là-dessus une doctrine que les plus sages de l'antiquité, par la raison la plus éclairée, n'ont jamais connue. Moi, je
.idressé aux évéqiics de Fbiidrc, le 6 fevii r siiivaut, lequel accomp^tgn.iit le deciel.
LETTKES. — A M. UOSCl KR VUD.
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vous dis que vous ?ie n'fiatiez point, t/uaiid vn vous fera du mal : mais si (jwliiu'uv vous donne un soufflet sur lu joue droite, pri'senlez-lui encore l'autre. I\l si quelqu'un vous veut faire vn procès pour votre robe, abandonnez-lui encore votre manteau. El si quelqu'un veut vous ohliijer à faire mille pas avec lui, faiies-cn encore deux autres mille. (Matth. V, 39 et seq.) Voilà res|iril de notre bon Sauveur, bien au-dessus du raisonnement de l"es|'irit humain ; et quand on en est bien pi''nélré, on se croit et on demeure audessous des pieds de tons les liommes. 1! n'y a que la seule oh ii;ation de soutenir un droit, que l'on est oTiligé dans l'ordre de Dieu Je défendre, qui nous puisse donner lieu de dis[)iiter, et en ce cas l'onsouflYe beaucoufi; car le Chrétien qui doit avoir renoncé h soi-même, est alors comme tiré de son centre. Je salue votre bon ange, etc.
A Evreux, ce 8 de septembre, jour de In précieuse mort du bienheureux Alain de ta Roche, d'une dévotion admirable à la Mère de Dieu.