‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 364 sur 436 · LETTRE CCLXI · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXI

Précisait livre intitulé : Le Chrétien inconnu.

OIEU SF.l'L.

Monsieur,

Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, «te. Oui, Monsieur, toujours Dieu seul dans «ne entière séjiaration de l'être créé, mais Dieu seul plus que jamais dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Christ. Car il n'y a point d'autre nom dans lequel nous devions être à Dieu seul. Son aimable et divine Providence, ma toujours très-bonne et très-fidèle mère, a voulu que j'achevasse l'ouvrage qu'd me semble qu'elle m'a inspiré, qui traite de cette vérité, sous k; titre du Chrc'iicn inconnu, dans l'oftave de la fête du très-saint Cœur de l'aimable Mère de Dieu ; car enfin depuis que j'ai commencé d'être, durant tout le cours de ma vie, et jusqu'à présent dans ma grande vieillesse, la même divine Providence s'est toujours .servie de la irès-sacrée Vierge, pour tout ce qui me regarde, et des saints anges. Je salue ti-ès-respectueusement celui qui vous gai de, tous las bons anges et saints jiatrons de la ville et du diocèse de Rouen, et des personnes qui y sont.

J'ai appelé cet ouvrage, Le Chrétien inconnu, 1 ar en vérité la grâce du christianisme n'est presque point connue. Qui estce qui entend bien (jue le Chrétien ayant la grâce et l'honneur d'être l'un des membres du corps de Jésus-Christ : Vos estis corpus

(.'hristi (1 (or. xii, -21}, n'a plus, en<)u(iiiié de ("hrétien, d'autre esprit (jue celui de Jésus- Christ? et (jne comme toutes les parties du corps naturel ne sont animées et ne reçoivent aucun mouvement que (xir la môme Ame, de mémo c'est le seul esprit de Jésus- (^hrist qui nous doit animer? Aussi notre vie est une continuation de la vie de Jésus- Christ, ce qui fait dire au grand Ajiôlre t Jn vis: mais ce n'est plus moi qui fis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. {Gnlatx II, 20.) C'est donc lui (]ui y 0[>ère, (jui y soutfre, et qui y fait tout ce qui s'y ftiit chrétiennement. M faut donc que toutes nos actions et que toutes nos soulfrances soient dignes de la grandeur et de la sainteté de Jésus-Christ. Il faut donc, quand nous agissons et souffrons, tjue nous puissions penser, c'est Jésus-Christ qui agit et qui soutfre en moi. Il tant parler comme Jésus-Christ, prier comme lui, manger comme lui, et en* fin en toutes choses agir et souffrir comme lui. Voilà une élévation admirable et ineffable de la grâce chrétienne, mais qui esl bien peu connue. Je me sens présentement pressé d'en jiarler à ceux à qui j'écris, mais beaucoup plus pressé d'en remplir les obligations en vertu du même Sauveur. Ahl Monsieur, que je cesse d'être, afin que Jésus soit I que je cesse de vivre, aiin qu'il vivo en moi 1 que je ne sois plus rien, aûn qu'il soit toutes choses en tout ce que je suisi Christus omnia in omnibus (Coloss. m, 11), s'écrie l'Apôtre. Certainement ou il ne faut plus vivre, ou il ne faut [ilus vivre (jue de la vie de Jésus. Mais pour vivre de la vie de Jésus, il faut, écrivait saint François de Sales à la sainte mère de Chantai, ne plus vivre que de la mort. Mourons donc au |iéché, aux créatures, et à nous-mêmes : Moriar ut vivat, moriar ut vivat, moriar ut vivat (121).

L'on m'écrit de tous côtés de la France, l'on m'écrit de plusieurs lieux hors du royaume, et pas une lettre n'est perdue par la |)oste ; je suis surpris de ce qu'elles se perdent venant de Rouen. Le chanoine ne prétend pas avoir aucun droit de dire la messe [•aroissiale; c'estqu'il l'a dite se rencontrant dans le village, le curé étant mort et celui qui desservait ledit village le voulant bien. Le |>rocès est, à ce qu'on prétend, particulièrement à raison qu'il y a publié des bans, qu'il devait être autorisé par l'évèque, et qu'un curé n'a pas droit de faire dire la messe paroissiale, spécialement quand on publie des bans, par une autre personne, sans la [icrmission de l'évèque. On poursuit le chanoine à l'olllcialité pour ce sujet.

Je vous su})plie de ne pas oublier, dans l'occasion, de témoigner à .M. votre promoteur que j'ai plus de reconnaissance que je peux dire pour l'ofl're obligeante de sa chanté ; mais apparemment, je ne pense pas aller jamais à Rouen.

Notre petite disposition est, par l'infinie miséricorde de notre bon Sauveur, sous la protection de son immaculée Mère Vierge

(1-2! I yni- jr niiMiri", qu> je meure, afin i|iie Jé^iH-Cliiiat ^ive en mol.

Mc:

(*;i VRES C.î'iMPLETES DE «OL'DON

l'.iller voir, <ioiis l'occasion, qui nous auraient le plus

Il lis

et (les saints, les iiersonnes

désobligé; et d'iine grande volonté j'aurais mangé, j'aurais conversé avec ceux qui ont fait les libelles contre moi, je les aurais prévenus, je les aurais embrassés de tout mon cœur; car enfin [lerte de vue, sa:is réserve, de riiomme et de tout l'humain. Dieu seul. Dieu seul en trois (lersonnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus-Christ. C'est en lui que je suis, dans un ()rol'ond respect, eli'. A Evreux, ce samedi, jour dédié à la trèssainte Mère de Dieu, le 20 février 1700.

LF/nUK CCLXH.

AU MÊMt;.

Eloge de saint Jean de Dieu. Boudon ne peut estimer que Dieu seul. Il se réjouit d'être abandonné.

DIEU SELL

Monsieur,

Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, etc. Je vous écris le jour de la sainte mort du bienheureux Jean <le Dieu, l'une des liersonnes qui lui a été le [ilus unie |)ar son anéantissement, que l'on [leut dire avoir été jusque dans la racine en linéique sorte :£'j"înanite usque ad fundamentum in ea (121*) ; car il semble qu'il ne reste plus rien à l'homme qui passe ]iour un fou et un insensé, et qui est traité comme tel : c'est une destruction générale de toute sorte d'estime. Or c'est l'état de cet aimable saint qui a fait le fou pendant plusieurs aimées, et qui a été traité, battu et outragé comme tel. Mais qu'il fait bon servir Dieu, Monsieur! Oh 1 que nous avons un bon Maître ! Ce fou, après les derniers abaissements oij l'on puisse se trouver sur la terre, est présentement honoré dans toute l'Eglise; on célèbre sa fête, on prêche ses grandeurs, et les premières personnes tiennent à iionneur de se prosterner devant ses saintes cendres.

C'est aussi aujourd'hui la veille de la fête de sainte Fran(;oise, la grande amie des anges, en cela même digne d'un particulier respect. J'ai commencé le 1" de ce mois, autrefois dédié en l'honneur des bons anges gardiens, à honorer celui qui m'assiste avec des soins si charitables, et des miséricordes que l'on ne peut expliquer; dans le dessein, avec le secours divin, si la divine Providence, ma toujours très-bonne et trèsfidèle .Mère, me laisse encore en cette vie, de l'honorer plus spécialement jusqu'au 16 de mai, ce qui fera soixante-seize jours, }iour la remercier de ses bontés qui pussent toute expression, sur une si indigne et si misérable créature comme je suis, durant soixante-seize années de ma chétive vie. C'est une dévotion bonne dans la pratique, et par conséquent bonne à conseiller.

Je ne sais comment je suis fait; mais je

ne saurais estimer que Dieu seul, ou ce qui le glorifie : toutes les choses de ce monde me (laraissent des ombres et des figures, ou, I)our mieux dire, des riens; et je regarde comme un grand rien ce que l'on estime davantage dans ce siècle, comme les talents naturels, l'éloquence, le liel esprit, dont Dieu fait si peu d'état, qu'il les laisse auxdémons ses cruels ennemis. Heurt'ux qui lient dire avec l'Apôtre : Je ne sais plus rien que Jésus, et Jésus crucifié! (I Cor. ii, 2.) La jiersonne dont vous m'écrivez a de ces talents naturels; je crains bien qu'il ne soit suspect en la doctrine : c'est une chose lamentable comment les nouvelles doctrines s'établissent tous les jours.

J'aimerais mieux passer pour fou, comme saint Jean de Dieu, que tous les a|iplaudissements des plus éloquents prédicateurs du monde. Après tout, me disait un jour ce saint homme, le P. Bajot, dans lequel j'ai connu et vu des vertus admirables : Ama nesciri et pro nihito reputari (122). La première chose que l'Apôtre nous apjirend d'un Dieu fait homme, est qu'il s'est anéanti lui-même: Exinanivit semetipsum. (Philip, ii, 7.) Que j'estime une grande et précieuse grâce de vivre présentement caché dans ma pauvre chambre, comme un solitaire dans le désert, sans être visité, sans visiter, sans avoir part à tout ce qui éclate 1 J'apprenais ces jours derniers que l'une des personnes les |)lus considérables d'Evreux |iour son mérite, et qui est le [)lus dans l'estime, j'apprenais, dis-je, avec joie, qu'elle ne m'aimait guère et qu'elle m'était opposée : Merito in me armaretur, omnis crcalura (123j. Voilà une des meilleures nouvelles que je puisse apprendre. Le livre du P. Quesnel se vend et se distribue de tous côtés, et l'on n'y remédie point; ce serait bien ces livres que l'on devrait s'appliquer à défendre.

Saint Ignace était bien éloigné de penser que sa Compagnie se détruirait |'ar les contradictions et les humiliations, qu'au contraire il a dit que dès lors qu'elle cesserait d'être persécutée, on aurait sujet de beaui;ou() craindre.

Un docteur me mande de Paris que M. de Cambrai a écrit une dernière lettre à M. de Meaux, sur la charité, et qu'elle lui parait un chef-d'œuvre.

Les lettres dont j'aurais besoin seraient celles que le P. Daniel a écrites au sujet de la doctrine spéculative et pratique des jansénistes, si vous pouvez les avoir. J'espère que notre bon Sauveur en serait glorifié, car voilà tout et rien autre chose. J'ai les lettres contre le P. Alexandre. Si vous avez aussi celles contre l'édition des Pères Bénédictins, je ne sais ce que c'est que la la lettre de l'abbé de Saint-Yvan, vous [)Ourrez aussi les envoyer dans un jiaquet par le messager, m'en donnant avis. Ce que vous m'écrivez de Mgr de Chartres et de l'abbé

(121*) Détruiaei-tà -usqu'aux fondements. {Psnl. cxxxvi. 7.)

(12^1 Aimez à être inconnu et à être compté four

rien. (Deimit. Cliriiti, 1. i , c. 2.)

(125) Toutes lus créatures auraient raison de s'ar mer contre moi.

»tS9

de FuiJe est consiiii'TJilile.

pris si les noies sfintdiiP.

contre. Il n'est pas cepeii criro contre l'imniaruléi; tomber dans les «'usures d point su d'i)ù vient i]ue les Sisitation ont fait cette ani sermons à la l'ôtc de saint 1' Je salue votre bon ange, A Erreur, ce 8 de tmirs fête de saint Jean de Dieu.

LETTRES. — A M. BOSGIEUAUD.

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