‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 369 sur 436 · LETTRE CCLXIX · texte numérisé non relu

LETTRE CCLXIX

Patience et résignation de Boudon dans les souffrances qui précédèrent sa mort. Succès de M. Aineij. Histoire des cinq propoitions de M. Dumas.

DIEU SEUL

Monsieur, Dieu seul, Dleuseul en trois personnes, et

toujours Dieu seul dans l'union saintedusacré cœur de notre bon Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes. Je dois me perdre dans l'abime des miséricordes de ce cœur infiniment aimable et infiniment adorable, pour les conduites de sa divine Providence sur mon indigne et chétive personne. Je considère que les saints passaient quelquelois les nuits entières en oraison et ordinairement la plus grande partie; qu'ils s'abstenaient dans leur nourriture des choses dont les autres usaient ; et voici que mon aimable Sauveur vient à mon secours d'une manière infiniment miséricordieuse et pleine d'amour. Si je demandais avis s'il serait à propos que je passasse les nuits entières ou une grande partie sans dormir, et que je mo privasse de bien des choses jiour la nourriture, apparemment on ne me le conseillerait pas; mais Dieu tout bon et tout miséricordieux le veut faire par lui-même. Quelquefois mon mal m'a fait passer les nuits entières sans dormir du tout, et d'autresfois jusqu'à deux heures après minuit. 11 faut que je me jirive de bien des choses, et même des [ilus communes ; ainsi la divine Providence me fait l'aire nécessairement ce que je ne ferais pas si je n'y étais nécessité. Hier, je n'avais pu encore dîner jiiM|uu dix heu- T'S du soir, mon mal m'airélani sur un lit S'uis l'Oiivoirprendre de nourriture; tous les

jours je suis dans cet exercice. Je no doute point que ce ne soit la très-sainte Mère de Dieu, ma bonne mère et maîtresse, qui m'ait obtenu ces soutfrances pour me préparer à la nwTi.Quambonumhahemus Dominum! s'écriele bienheureux P. de MataincourI, quam bonam habcmus Dominam (131)1 Ah 1 je le crie avec lui de tout mou cœur. Aidezmoi, Monsieur, à les remercier pour leurs grandes miséricordes. Ah 1 qu'elles sont gramles, qu'elles sont grandes sur mon indigne personne ! mais |iriez-les qu^j'en fasse un usage très-chrétien et que je pratique ce que j'ai écrit pour les autres et particulièrement ce (lue j'ai écrit dans le livre Z>«CAir<^tien inconnu.

Ayez la charité, s'il vous plaît, de bien faire mes civilités à M. de laPinsonnière et à son bon ange ; je ne saurais oublier ces célestes esprits. Je ne sais duquel des deux libraires il veut parler, car ils sont tous deux à Paris qui ont imprimé le livre. S'il est encore à Rouen, vous me ferez charité de lui demander si c'est Varin au lieu de l'Epine dont il veut parler ; je crois qu'il est «bon que je le sache. A l'égard de l'impression des livres à Rouen, cela ne se peut pas, à raison du privilège, à moins que ce nesoienl des livres anciens ; encore je ne sais pas si on n'a jias fait renouveler le (irivilége ;. il faudra dans la suite voir cela.

Je ne sais ce que vous me dites en parlant des visites de mon successeur, mais voici ce que la très-sainte "N^iergfi a fait; j'ai do bonnes raisons pour le croire. Il est surjirenant de voir combien MM. nos curés en sont contents ; ils viennent me remercier, et ceux qui me faisaient de la peine ne lui en font point du tout ; au contraire, ils l'ont dans la plus grande estime. 11 a prêché dan* ses visites avec tant de bénédiction que les peuples en ont été touchés jusqu'aux larmes. J'ai bien sujet de bénir la divine PrO' vidence ; aussi est-elle toujours ma trèsbonne et très-fidèle Mère.

Je ne vois pas que mon mal rentre présentement, ainsi la présence de M. delajRocheme serait inutile. Si cependant je n'étais pas mort à Pâques, je pourrais, après Pâques, avec le secours divin, si jetrouvaisun cheval qiiiallât le pas doucement, faire un voyage à Rouen, et pour lors on verrait, car il faut un peu de temps pour prendre les mesures du bandage et pour l'essayer. Tout cela a été fait à Paris inutilement. Après tout, je vous rends mille glaces de l'offre charitable que vous me faites, et je prie notre bon Sauveur qu'il soit votre récompense.

J'aurais eu de quoi fournir à la dépense, si elle m'avait été utile; mais a serait un voyage tout à fait inutile, comme d'envoyer un de mes bandages; j'en ai de quoi, pour ainsi parler, fournir une boutique.

M. Dumas est un bon serviteur de Dieu et de la sainte Vierge, un zélé défenseur do l'Eglise. Je liens à grâce l'honneur de sa connaissance et de son amitié, il a la bonté de

■,lûl) Ab ! que nous avons un bon inailre! qui' iioi-s avons une bonne maîtresse!

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LETTRES. — A M. DOSGLERVHD.

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me venir voir à Paris, et de me pnrlor en confiance. Il m'a envoyé la copie de la lettre que le Pape lui a fait écrire.

Cependant messieurs du parti écrivent à Kvreux h des personnes qualitiées, (pie ce sont les Pères Jésuites qui font ces écrits; qu'il ne fait que prêter son nom; que dans peu Ton verrait encore un écrit du P. Daniel, sous son nom, en réplique à leur réponse. Il est vrai que l'on imprime sa réplique, qui est, je crois, môme achevée, et que c'est lui-même qui a avoué le tout (132). Aussi j'ai répondu à la personne à qui on écrivait ces choses, que c'était la dernière fausseté, et que je connaissais infiniment M. Dumas. On ne s'attendait pas à ce dernier. N'avaient-ils pas encore débité dans Paris qu'il était faux que le nonce lui eût parlé de la part du Pape? Ces gens-là ne font guère difficulté de mentir quand il s'agit de leurs intérêts. Ce[iendant, dans le fond. Messieurs du parti ont bien de la peine de l'estime du Pape pour M. Dumas; mais il a encore plus d'estime qu'ils ne pensent pour lui et pour ses livres.

Je ne sais pas; mais il me semble que les Pères Jésuites feraient mieux d'avoir patience, car l'issue du contraire serait à craindre.

Je salue votre bon ange, etc.

-■1 Evreux, ce 29 octobre, fête de saint Lucien, martyr.

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