LETTRE CCLXX
Cette lettre et les quatre autres qui suivent, traitent des droits et prérogatives des archidiacres ; de leurs devoirs ; de la manière dont Us visite's doivent se comporter à leur égard ; des cérémonies qui s'observent dans les visites de quelques archidiacres, et notamment dans celles de Boudon. C'est par cette raison que nous avons réuni ici ces cinq lettres, quoique écrites dans des temps différents, et antérieurement à celles qui précèdent.
DIEU SECt.
Monsieur,
Comme je sais que messieurs vos confrères vous demandent avis touchant nos visites, et qu'ils vous ajjpellent dans les délibérations qu'ils font à ce sujet, j'ai pensé que Dieu serait glorifié que je vous mandasse mes sentiments, ou, pour mieux dire, les sentiments de l'Eglise, et par vous à ces Messieurs, en ce qui regarde le principal et le plus essentiel tiesdites visites.
Et pour ce sujet, premièrement, il me semble que MM. les curés, aussi bien que leur archidiacre, ne doivent regarder que le pur intérêt de Dieu seul et de sa sainte Mère, dans leurs visites; et je vous jiuis protester avec grande sincérité, que, de ma part, je n'y veux jamais voir autre chose, avec le secours de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; et que
s'il V allait d'un seul degré de la gloire de Dieu que les archidiacres fussent anéantis, non-seulement j'y consentirais, mais je le désirerais de tout mon cœur.
Secondement, que pour discerner, sans se trom[)or ni les uns ni les autres, l'inléiêt de Dieu, dans ce qu'il y a de plus essentiel eu ces visites, il faut s'attacher aux sentiments des personnes illustres en doctrine et en sainteté, et à ceux des conciles particuliers et généraux, et des Souverains Pontifes.
Troisièmement, que ce serait une haute illusion et un abus manifeste de mépriser ou abandonner les sentiments des conciles et des Papes, pour s'arrêter aux pensées que l'on pourrait avoir, tant de la part des archidiacres que de celle des curés.
Agissant donc sur ces principes qui sont incontestables et désintéressés, nous pouvons dire que l'intérêt de Dieu, dans ce que la visiteade plus essentiel, se doit prendre : 1° du côté de la fin de ces visites ; 2° de ce que les visiteurs y doivent faire; 3° de la manière dont les vi"sités se doivent comporter.
I. Je trouve dans les anciens conciles généraux et les plus modernes, dans les conciles provinciaux, dans les sentiments des Papes, que les visites des arehidiaiTcs, aussi bien que celles des évêques, ont pour fin non-seulement la réformation du clergé ou son avancement dans le culte de Dieu, mais encore la réfôrmation des peuples ou leur progrès dans le servie e de Dieu ; et cela conformément au droit qui assigne aux archidiacres la sollicitude des paroisses : SoUicitudo parochiarum. C'est pourquoi Hincmar, archevêque de Reims, très-savant dans la police ecclésiastique , dans les règlements faits pour les archidiacres vers l'an 87i, leur adressa ces paroles : It non occasione victus parochias circumealis, sed ut verbo et exemplo non solum presbyteros, sed et laicos inslrualis.
Pour m'arrèter dans notre France, et ne point sortir des règlements de l'Eglise gallicane, l'un des célèbres conciles de Tours, que je puis bien citer dans le lieu où nous vivons, puisque saint Charles Borromée s'en est voulu servir dans l'Italie pour donner de l'autorité à ses visites; ce concile, dis-je, enseigne, avec une clarté que les ténèbres d'aucunes ré[)Onses mal fondées ne peuvent obscurcir, cjue la fin des visites, et des visites des archidiacres, ne regarde pas seulement les ecclésiastiques, mais les peuples. En voici les propres termes : Non solum ut ecclesiastici, sed eliam ut laici reformentur. Quapropter, dit le concile ensuite, districte prœcipimus urchidiaconis ut singulis annis suas Ecclesias visitent, non segniter aut perfunctorie. Mais que peut-on dire déplus exprès sur ce sujet que ce qu'un concile tenu en Gascogne a dit en ces termes : Ad excusutionem vero nostram apud Deum et horninés, omnibus archidiaconis nostris in virtute sanctœ obedientiœ districte prœcipimus qua-
(I52i Celle réplique 1701, 111-12.
■t ^lour titre: Défense de l'Histoire des f/;.( propositions de /aittAiiHs. Liëgç.
trv'.is diliijeiHiamadhihcant, ne prople)- corum incuriam (jr^x Doniiiii cxpundiiir ullcritts luporum dd'munum faucihns dilaninnctus.
Mais aliii qu'on ne s'iiiiagint' pas que dans nos derniers temps l'Eglise ait riiangé de conduite, il est aisé de remarquer le même esjtrit dans nos derniers conciles tenus en France. Le concile de Reims, tenu l'année 15CV , parlant îles visites des archidiacres, s'exjirime ainsi : Yii^ilalionum siiarum hune habiant scopiim, ut in primis sanam doctrinam comnundcnl. cliri ac tuliua populi mures explorent, et (luidqaid deprainmui fuerit corrùjimt, cirrum citm populo cohortalioni- 6iM et adnwnilionibus ad religionem, pacem, att/ue innocentiam accendunt.
Mais peut-on parler sur cette malièreplus fortement que le dernier concile de notre jirovince, qui, ayant décrit tout ce que l'évêque doit l'aire en visite, dit, en parlant des arcliidiacres, ou autres inférieurs visiteurs que l'on (ommet, qu'ils garderont pareil règlement (133)? Le concile a-t-il dit la moindre parole qui pût donner lieu de soupçonner qu'il fallait, il l'égard des archidiacres, en excepter les [jeuples? Aussi Gaventus, dont l'on sait assez l'érudition dans les matières dont nous parlons, après avoir parlé de ce que doit faire l'évéque dans sa visite, ce qu'il explique ilans une longue suite de pages, parlant des visiteurs inférieurs, dit qu'ils feront les mêmes choses, exceptis ponti/ïcalibus, ce qui s'entend assez ; car l'on n'ignore pas qu'ils ne donneront iioint, par exemjile, le sacrement de coîitii'mation : aussi le concile de noire province n'a pas cru devoir y apporter cette exception, qui est presque inutile.
Dans ces derniers temps, l'on a tellement considéré que les archidiacres faisaient les ■visites à la place des évêques, et, par conséquent, prenaient soin des mêmes choses qu'eux, qu'on leur a ôlé le jiouvoir de déléguer pourleurs visites sans le consentement de l'évéque; ce qui cejiKndant est contre la loi des ordinaires, tels que sont les archidiacres dans .leurs visites, qui ne les font pas ■par commissiorï, comme chacun sait.
Innocent IV a déclaré ce que nous soutenons, que les archidiacres doivent veiller en leurs visites sur les mômes choses que l'évoque. En etl'et, s'ils sont les jeux de l'évéque, oculi episcopi , ils tloivent voir tout ce que l'évéque voit. Qui a jamais oui dire que les yiiuxd'un homme ne voient pas tout ce qu'il voit? Les archidiacres sont-ils appelés les yeux de l'évéque à l'égard seulement du clergé ? Eh 1 pourquoi les Pa|ies les appellent-ils non-seulement oculi episcopi, mais encore, ce qui est hien considérable, anres, cor, anima?
C'est jiourquoi l'arcliidiacrc, dans le droit, est appelé vicurius episcopi; et cette qualité lui est gardée dans le droit qu'il a de faire les visites à la place de l'évôquc : ainsi il y fait ce que Tévôque y doit faire, comme son vicaire.
IL Je dis donc, en second lieu, qu'il y a une oliligation très-étroite de la part des archidiacres (pii visitent, de veiller non-seulement sur le clergé, .mais sur le j)euple;car ils sont obligés détendre à la tin que les Faites et les conciles leur prescrivent dans leurs visites. De Ih vient que Denys le Chartreux dit très-bien qu'ils sont institués pour le bien commun. Innoteseil demuin, dit ce savant et saint docteur, ex prœinduclis quam periculosum existât seipsum ad archidiacondtus susceptioncm inycrere uut offerre, nisi Spiritus sancti instinrtu occulta fiât propter bonum commune ; ai si cela se fait autrement, dit-il ensuite, /ioc e«/ inejfabililer ddmnabile, lit scribit snnctus Bernardus.
Fulbert, célèbre évêque de Chartres , reconnaît tellement que l'archidiacre doit veiller sur les peuples dans sa visite, que, se plaignant de Lysiardus, archidiacre, il le traite comme un apostat (ce sont ses termes), de ce que, cum deberet esse oculus episcopi sui, catechizator insipientium, factus est episcopo sua quasi clavus in oculo, dux erroris insipientibus. Or, quand " il dit qu'il doit catéchiser les gens de peu d'esprit , il entend sans doute les peujiles.
Pierre de Blois, assez connu pour sa profonde érudition , était bien |)ersuadé de ce devoir, lorsque étant archidiacre de Londres et se plaignant qu'il n'y avait quasi pas de revenu, il disait : Vere super ventum asccndi ; ille enimhonor est in solis et puris intellectibus : ce|)eiidant, ajoute-t-il, ego tamen supra vires meas currectioni et eruditioni tam cleri quam populi anxia et indc fessa sollicitudine me impendo. S'ils ne le font pas, dit Denys le Chartreux, ils s'en vont dans une damnation assurée et terrible. C'est pourquoi il ilit, parlant de l'archidiacre, et de l'archidiacre qu'il suppose avoir un bon revenu [qui pro peragendo officia copiose procuratur). Si ces archidiacres, ditil, a morte peccali, ab infernalium ore luporum animas curare, eruere, prœservare non studint, nec lotis virilius enituntur, quale judicium, quanta damnatio imminet (alibus !
Ce n'est donc [las sans raison qu'un auteur moderne a avancé ces |iaroles : Taies itaque esse dehent archidiaconi qui ad corrigendum subditorum excessum, maxime cle^ ricorum, et rcfurmandum mores, prudcnler ac diliqenter intendant, nec sanguis eorum de manibus eorum requiratur. Il ( ite ces paroles du concile général de Latran.
N'est-ce pas |iour cela qu'on les appelle, vocati in parlem sollicitudinis, en parlant des évêques ? et les archevêques et évêques, dans l'assemblée de Melun, n'ont-ils |;as dit, en parlant de la jiartie du diocèse dont chaque archidiacre [irend soin, ne i'onl-ils pas, dis-je, appelé une chose commise à la fo' e' aux soins dudit archidiacre ? Archidiaconi prirtem diœcesis curœ ac fidei suœ credila)ii.
(453) Ilancprœpoiilum visitandi regubmi ohàen-nbunl. Concile inovimial lic Rouen, en. 1581.
IlSf,
LETTRKS. — A M. BOSGl'ERAP.l).
DSC
__Or, puisque rnrchidiacie doit jirendre Vinlérêt de Dieu dans le clergé et dans le jienple en ses visites, il doit corriger les défuuls qu'on y trouve, comme juge môme ; car c'est ain>i tiue les Pajies et les conciles t;énéraux en ont parlé, et cette prali(iue est si ant'ienne, qu'elle est rapportée dans le concile de Chalcédoine. L'on tioiive un acte par lequel il a été jugé (jue les [laroissiens d'une paroisse du diocè>c de Paris jiouvaient être punis par leur archidiacre ; et l'année liOo, le parlement lie Paris donna un arrêt en faveur d'un archidiacre qui l'avait fait.
Mais laissant la pratique ancienne, parce qu'il y a été dérogé en partie | ar le dernier concile général, cjui a ôié le jugement des grandes causes aux archidiacres, comme les causes qui regardent les mariages et les crimes les plus airoces, il est aisé de voir j)ar la diminution (jue le concile a faite des jugements des archidiacres, que le jugement des causes leur est demeuré, à l'exception ("le celles qui leur sont otées. S'ils n'étaient que juges référendaires, on n'aurait pas excepté de certaines causes dont ils ne jugeraient pas ; car ces causes dont on leur ôte le jugement, on ne leur en ôte jias le rapjiort : au contraire, il leur est ordonné.
Et alin de [larler nettement sur ce sujet, l'éclaircis^emeut en est facile par ies ordonnances de l'assemblée de .Melun. Or, voici comme I assemblée parle au nom de l'Eglise gallicane : Arckidiacotti yruvicra ijiup eurum auclurilale.emcndari non polcrunt, ad urdinarium référant ; cela n'a pas besoin d'explication. L'autorité royale a bien voulu soutenir cette pratique de l'Eglise, nos rois séant dans leur conseil privé ayant jugé que les archidiacres pouvaient punir nonseulement les clercs qui sont en faute, mais les peuples, et ayant cassé ce que quelques parlements avaient jugé au contraire en de certains cas jiarticuliers.
Un auteur, qui a tâché de diminuer l'autorité (îes archidiacres (ce qui a obligé les auteurs modernes qui ont écrit sur le même sujet de dire lie lui, deprtsse oninino de archidiaconoruinauctoritale Ui(juilnr ., ne laisse }ias de reconnaître qu'ils ont quelque sorte de juridiction légère; encore ajoute-t-il que c'est quand ils n'en ont pas de plus granue jiar titre, privilège ou prescription. Ainsi, selon môme cet adversaire des archidiacres, ils ne sont jias juges référendaires par la disposition ordinaire de l'état présent des choses ; je dis par la disposition ordinaire, car c'est de la sorte qu'il s'exftrime, et il y est obligé ; ce qui le contraint d'avouer qu'ils peuvent avoir une grande juridiction par titre, privilège ou prescription : et de fait, il y a plu^ieurs archidiacres qui ont leur justice conientieuse, leur ollicialité, leurs olliciers; et si Mgrl'évêque de Noyon n'en avait pas été persuadé, s'il avait cru
que son archidiacre n'eiil été que juge référendaire, il ne lui aurait |)as assigné cent écus de rente , ['Oiir lui céder le droit d'ofllcialité ([u'il avait, comme il a fait.
Mais pour nous arrêter au diocèse d'Evreux, leurs archidiacres y ont leurs droits [larticuliers qui sont conservés dans les archives du cha[)itre, sous le titre de Jura archidinconorum, reconnus [lar la déclaration de l'évèrpie, i ar le consentement du chapitre et des curés du dioi'èse. Après une contestation qui s'était émue parles curés contre les archidiacres, dans l'attestation du chapitre il est porté formellement ()iie les droits que nous avons ne nous ont pas été accordés par l'évéque de ce temps-là, jiuisque les archidiacres firent casser sa première déclaration, comme il se voit jiar ces l'arolesau sujet de ladite pieiuière déclaration, arc/i(diafoni//)«/;/s modis eam expuijnaverunt et tandem cassari fccerunt : il ne fait donc que les déclarer; et ce|iendanl il va plus de quatre siècles.
ISous voyons dans les mêmes archives, dans la suite des lem[is, la continuation desdits pouvoirs. Or, l'un des pouvoirs qui y est marqué, est : Polcrunt suspcndere, excommunicare , agtjravare, punire delicta, modo non sint de majoribus ; cela est tout conforme à la disposition des derniers règlements. Or, il est certain que l'on ne siisjiend pas, que l'on n'excommunie pas, qu'il n'y ait au moins un crime ou délit qui aille au péché mortel, soit par la qualité de l'action, soit par la désobéissance du sujet, quand une chose lui est commandée sous peine de susfiension ou d'excommunication, et que la chose est juste, comme à un ecclésiastique de se rendre présent à la visite, ou à un laïque trésorier de rendre ses couii4es ; et c'est ce qui a été jugé par arrêt du conseil privé, le roi étant en jiersonne, contre un arrêt d'un parlement qui avait jugé abusive la sentence d'excommunication fulminée [lar un archidiacre contre un marguillier, s'il ne rendait son compte dans le temps qu'il lui prescrivit ; et ledit marguillier fut condamné aux dé(iens par cet arrêt du conseil privé.
Si donc les archidiacres d'Evreux peuvent excommunier et aggraver, il faut qu'ils soient juges des délits qu'ils punissent, et non-seulement les référendaires, comme ils le sont à l'égard des plus grands crimes et des causes matrimoniales; et ce qui est bien remarquable, c'est que ces pouvoirs nous sont attachés, durante cursu visitalionis, noa pas d une paroisse, mais durant toute la visite générale que nous faisons, en sorte que' pendant qu'elle dure, nous pouvons relever, et juger. '
Feu Mgr Boutault (I3i} ayant gagné la cause contre les chanoines de Vernon, qui prétendaient avoir quelque droit de punition dans leur cliai)ilre sur leurs sujets, et m'en ayant (larlé, on lui apporta les droits
(I5i) E\éiiuc (l't.vi-ux, 111(11 1 cil Illtjl.
(El'VnES COMPLETES DE BOLDON.
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que nous avons cl (jiii sont il.Tiis Ips archives du cliapilri- ; et quoiijti'il fût assez ému en cette occasion, et qu'il tût évêque, cependant il demeura d'accord de notre pouvoir, et avoua que nous pouvions juger et punir. Je suis saisi d'une permission ample que Mgr de Péricard (135) a donnée, où il reconnaissait que les archidiacres d'Evreux ont droit de suspendre et d'excommunier.
Jll. En troisième lieu, il faut donc avouer que les personnes visitées devant tendre à la fin de la visite avec les visiteurs, selon l'esprit de l'Eglise, qui est l'esprit de Dieu, ils doivent aïsisteraux visites autant ([u'il leur est possible. Car comment l'archidiacre leur enseignera-t-il la doctrine de la foi, comme le veulent les conciles anciens et modernes? coiument les exhortera-t-il îi la pénitence, s'ils ne s'v trouvent pas? comment vaquera-t-il à la correction de leurs mœurs? comment les enflaramera-t-il de l'amour de la j)aix et de l'innocence? comment réconciliera-t-il ceux qui sont divisés? Toutes ces choses leur sont ordonnées par les conciles : mais comment pourra-t-il savoir si les paroisses sont bien gouvernées, les sacrements bien administrés, si les peuples sont bien instruits? Les [jasteurs défectueux marqueront-ils eux-niômes tous ces défauts? Mais quel exemple les premiers des paroisses donnent-ils au reste des peuples, s'ils n'y assistent pas, en ayant jdus de loisir, et leur présence n'y étant plus nécessaire , puisque souvent ils peuvent beaucoup coopérer en bon ordre? Je demande ensuite avec quelle conscience, vous autres messieurs, vous avez pu solliciter les premiers de vos paroisses de ne se pas trouver à vos visites : je vous demande avec quelle conscience vous pouvez résister aux ordres des Papes et des conciles, et, par conséquent, au Saint-Esprit, et quel compte vous en rendrez au tribunal de Dieu. Je vous^ demande encore avec quelle conscience, vous autres messieurs, vous traitez vos archidiacres, et certainement vos évoques dont ils sont les yeux, les oreilles, le cœur et ['âme, dans le sentiment des Souverains Pontifes, d'une manière dont une jiersonne un j)eu civile ne voudrait pas traiter une [lersonne égale, ni même une personne inférieure; et cela par vous-mêmes ou [lar (juelques gentilshommes ou dames que l'on a sollicités d'insulter et en leur maison, et dans l'église même, à des personnes qui vous sont supérieures. Pensezvous que le mépris établisse et puisse établir un légitime usage? Nous avons souvent, par la- miséricorde de Dieu, dissimulé ces mépris et des ecclésiastiques et des laïques; quelquefois nous en avonsdit quelque chose et l'avons même fait signifier : mais il suffit que toute l'Eglise réclame, en allt-ndant le temps que la divine Providence a destiné, où des personnes su[iérieures. et à vous, et h nous, parleront, et parleront avec k-s Pa-
nes et les concile.»:, et par conséquent, avf« l'esprit de Dieu. 11 y a des choses où j'insiste peu quand elles vont au mépris; et Monseigneur en ayant oui parler de quelques-unes, et m'àyant dit plusieurs fois, cela va au inépris, cela va au mépris, je n'ai pas voulu l'en faire souvenir [lour en parler, comme je le vovais en disposition de le faire.
A[)rès cela, .Monsieur, je vous prie et MM. vos confrères, de m'inslruire, de me donner des lumières sur la fin des visites : donnez-moi des conciles, des Papes, qui nous assignent d'autres fins que celles (juo j'ai mar(juées, qui nous donnent d'autres règles [>our nous acquitter de notre devoir; car je vous proteste que je ne veux chercher que le seul intérêt de Dieu seul : dès lors que l'on me le fera voir, avec le secours divin, je veux m'y rendre de tout mon cœur, quelque mal et quelque anéantissement qui me jiuissent arriver, et je vous aurai la plus grande obligation de me le découvrir, soit vous ou les autres messieurs vos confrères, cette lettre étant aussi pour eux.
Je trouve dans les conciles que les archidiacres ont éié blâmés d'une domination tyrannique ; je trouve qu'on les a blâmés d'avarice, de dissimulation à l'égard des vices de leurs sujets, de négligence ; on les a blâmés de se servir de leurs pouvoirs injustement ou mal à propos. Je blâme et je condamne de tout mon cœur ces choses; car que pouvonsnous et devons-nous faire autre chose que suivre l'esprit de l'Eglise, qui est animée de l'esprit de Dieu en toutes choses?
Je me recommande à vos saints sacrifices pour ce sujet, demeurant parfaitement avec une estime particulière de vous et de tous messieurs vos confrères et avec une sincère amitié en Notre-Seigneur et sa très-sainte Mère. Monsieur, votre très-humble, etc.
A Paris, ce samedi, jour dédié à la très' sainte Vierge, 16 de janvier 1677.
LETTRE CCLXXL
Sur le même sujet,
I>IEU SEUL
Monsieur, Dieu seul. Dieu seul en trois personne», etc. Ses seuls divins intérêts, et vien davantage. Pu-isque (ilusieurs personnes considérables, par leur piété et leurs lumières, trouvent de la ililliculté dans la règle qui parle de la fin de la congrégation des filles de Notre-Uame de Pureté, et que l'on pense que Dieu tout bon serait plus glorifié qu'on l'exprimât de la manière que vous le marquez, j'entre avec bien du respect dans ce sentiment ; et je crois qu'il sera mieux poi.r les intérêts de notre bon Maître et de notre bonne maîtresse d'agir de cette sorte, comme aussi de les recevoir vers la douzième ou quatoizième année de leur vie; il me semble qu'il j aura plus de gloire de Dieu. Jo
(IÔ5) Evéque d'Evreiix.