‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 371 sur 436 · IIS · texte numérisé non relu

IIS

LETTRES. — A M. nOSGUERARD.

ii;io

trois aussi qu'il sera bon de donner une couronne de (leurs à la niorl à celles qui auront persévéré dans le célibni. Il me semble qu'il y aurait encore de la dilHcullé de les laisser en probation jusqu'il quarante ans, et qu'il est plus conforme 5 l'usage présent de l'Eglise et à l'esprit des conciles de les recevoir connue vous faites.

Il n)e paraît que voIim; poitrine n'est pas bonne, eiqiie vonsavez besoin non-senlement d'un bon réj^ime h l'égard du boire et du manger, pour réparer ses forces et les i;on- .server, mais de plus qu'il est nécessaire que vous vous modériez à l'égard du [larler, (!t qu'autrement vous [lourrez la ruiner, quoique vous n'en sentiez oas le mal silùl. Je croirais donc qu'il est bon, [iremièrement, d'attendre encore quelque temps h faire les conférences : vos jirônes et quelques sermons extraordinaires vous doivent sufFire. Qu'en second lieu, vous avez toujours besoin de vous ménager, et qu'ainsi, outre vos [iiônes, il sufllrail dans la suite. rue vous lissiez une conférence, une fois le mois, dans votre église, où vous traiteriez des matii^-res plus conmiunes. Vous en pourriez faire aussi de temps en temps aux maisons religieuses, mais sur des sujets qui fussent [iropres à leur état : elles ont des sermons qui ne leur conviennent guère, et on leur parle peu de l'esprit de pauvreté qui s'en va bien, et oiJ je remarque de tous rôtés une étrange diminution de|iuis trente années; de l'esprit de silence, de retraite, d'éloignement d'esprit du monde, de parfait dégagement, d'oraison, d'union avec Notre- Seigneur, et de la dévotion à son immaculée Mère, aux bons anges et aux saints, et autres pareils sujets.

A l'égard du procès de M. Blouët, archidiacre, avec l'un de MM. ses curés, il avait été commencé dès le temps de son prédécesseur, et je ne sache point que l'on ait encore disputé la chose dont il est question, ni en Normandie, ni autre part, je veux dire dans tout le pays de France. Il ne s'agissait pas de deniaïuler de l'argent après que l'on a été nourri : M. Blouët ne le demande en aucun lieu où il mange, il n'en a point demandé de cette manière; et |)ar!ant généralement, ce n'est point l'usage présentement, ni en Normandie, ni dansia plupart des diocèses des autres provinces, de prendre de l'argent où l'on mange. Ce qui était en question, était le refus que ce curé faisait de payer aucun droit hors le repas même, parce (ju'il prétendait (jue le droit de procuration, qui est le droit de la visite, qui consiste ou en vivres et [)0ur le reste de la dépense, ou en argent pour la nourriture et les autres dépenses qui arrivent dans le temps de la visite, étant suflisamment payé, parce 'que les archidiacres sont nourris tout le long du jour, on ne leur devait plus rien. 11 avait raison, si les archidiacres n'avaient point d'autredroitque celui de la visite. M. Blouët donc, de son côté, prétendait que ces droits que l'on paye hors des rettas, servent pour entretenir ('archidiacre selon sa dignité en

d'autres temps, el qu'ils font partie des revenus de son bénéfice; el il alléguait Ihdessus la coutume générale de toute la Normandie qui nesoulfrait jias même de contestation ; et c'est aussi la coutume dans les autres jirovinces. M. le curé répondait, comme ont dit ces messieurs que vous me maripiez, que cet usage était une usurpation injuste. Cependant le parlement ne l'a pas jugée telle, puisqu'il a jugé en faveur de M. Hlouët, à l'exception de tpielques années dues qui ne regardent pas le fond de l'affaire, et qu'il a ordonné que l'archidiacre sera |iayé quand il ne mangera pas : aussi M. le ciiré est condamné aux frais de l'arrêt. Pour ce qu'il a prononcé que l'on ne payera rien quand on mange, cela ne regarde point M. Blouët, et peu d'archidiacres. On a voulu marquer cela, de peur que l'on n'étendît l'arrêt jusque-là. M. Blouët a gagné sans doute son procès, et il est content : il ne prétendait pas autre chose.

Cet arrêt nous regarde, nous (]ue l'on paye, quand même l'on mange : nous en avons titre et possession immémoriale. Je ne sais aucun auteur savant dans les matières ecclésiastiques, qui ne demeure d'accord que, quand cela se rencontre, il est de la dernière justice de maintenir la chose. Ce n'est point le droit de visite que l'on nous paye : c'est une pension qui nous a été donnée jjour vivre le long de l'année, que nous recevons faisant la visite, que messieurs les curés autrement étaient obligés d'apporter; on l'a fait pour leur commodité, et on jieut bien croire que s'il n'y avait pas eu de véritable droit, jamais une usuri)ation pareille n'eût pu être établie dans tout un archidiaconé. Il se trouve toujours de messieurs les curés qui ne sont pas si aisés, et avec raison ; plusieurs ne le sont guère même en des choses très-justes. Nous avons donc, M. du Vaucel et moi, des sujets particuliers que les autres archidiacres n'ont pas. Ceux d'Orléans, au moins quelques-uns, ont un droit pareil ; ceux d'Angers l'ont aussi.

Ce qu'un a allégué des archidiacres de Paris, ne faisait rien au sujet, ce n'est qu'un usage; mais l'arrêt donné par le |iarlemeiit de Paris, qui a été im()rimé, y fait entièiement; il regarde le fond de la question, pour ce qui nous touche. Un curé du diocèse d'Angers ayant été bien des années sans recevoir aucune visite de son archidiacre, refuse de lui payer toutes ces années. L'archidiacre prétend que ces droits ne regardaient point la visite, il y eut procès. Le parlement de Paris prononce [lar son arrêt, que ce droit-là ne regardait pas les visites, et qu'on le devait payer à l'archidiacre indépendamment. Il faut avouer qu'à l'égard des matières ecclésiastiques, l'on est jilus instruit au parlement de Paris ; et je sais que plusieurs des magistrats et des plus fameux avocats du parlement de Rouen, en certains sujets, ne les entendaient nulleinent. Les plus fameux jurisconsultes ont déclaré nettement que l'on pouvait iireiidrc, outre :e droit de procuration, desdroiisqvii sont du*

OKUVRES COMI'I.KTKS DE BOUDON.

d'autre pari dans la visite. Les souverains pontifes l'ont jugé île la sorte, et ils en ont Blême écrit à des évoques qui avaient ôté ce droit à leurs archidiacres, les obligeant de les rétablir. Après tout, messieurs les curés eux-mêmes, ne reçoivent-ils pas plusieurs droits dans les paroisses où il y a des dîmes et de grosses dîmes? Cela empôche-t-il leurs obligations et l'honoraiie qu'ils reçoivent pour les baptêmes, les enterrements, les mariages?

Je ne laisse pas de voir que cet arrêt (136) pourra nous faire peine. Si en vertu do cet arrêt on voulait nous disputer notre droit, il faudrait avoir recours au conseil f)rivé du roi, car il n'y a pas de(]uoi vivre, si l'on ôle ce droit : or il n'y a [loint de bénéfice ayant des charges, qui ne doive avoir un revenu au moins pour vivre Irès-petilement. Il y a plus de dix ou douze ans que je n'ai pas reçu un denier des déports, ne sudisant qu'à payer les décimes. Si le roi donc veut être payé, il faut qu'il assigne quelque revenu, et il y en a d'autres à assigner que celui que l'on prend en faisant les visites; et sur ce droit il faut payer le louage d'hommes et de chevaux, et pour moi d'un cheval et d'un homme.

Voilà quelque chose pour le droit en général : mais, à notre égard, ce nous serait une grande douleur, si nous étions obligés de soitir de notre pauvreté que nous estimons plus que toutes les richesses de la l'rre. Jamais l'on ne donnera trop d'arrêls pour nous y maintenir et pour l'augmenter, l'n bénéfice où il y aurait du revenu, nous serait insuppoi table. C'est une des grandes et inestimables faveurs de la divine Providence, de m'en avoir procuré un qui ne me tire pas de l'abandon sans réserve à ses divins soins; c'est une bonne mère que je ne désire changer pour quoi cjue ce soit. Que les autres soient sages, et sages même en Jésus-Christ, usant de la précaution ordinaire pour subsister; qu'ils aient des revenus pour cela, et qu'ils s'en seivent: pour nous, nous sommes fous en Jésus-Christ, ne prenant point ces mesures. Que les autres soient forts; nous sommes faibles, ne nous munissant (las de la (>rudence humaine. Qu'ils soient nobles, et nous des personnes obscures. Cependant nous nous écrions avec le grand Apôtre : Nous sommes pressés, mais nous ne gommrs pas opprimés ; nous sommes dans la perplexité, mais non pas sans espérance.-nous sommes persécutés, mais non pas ^ibundunnés ; nous sommes abattus, mais non pas réduits à la mort, [tl Cor. iv, 8.) Je dirai au Seigneur : Vous êtes mon protecteur et mon refutje; il est mon Dieu; je mettrai €n lui ma confiance ; j'espérerai sous ses ailes. [Psal. \c, 2.j Sa ti ès-puissaiite Mère me couvre des siennes dès le commencement de ma vie.

Je salue votre l>on ange, tous les bons

<t5fi)L'ariél(lu p.irtemciil du Rouen dansTafTaire «k M. liloiiei.

<^lâ7; Les (li-iix prniiiè.''i'S pagrs de ciUIi: litlif oui

anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Kouen, et suis, Mon'^ieur, votre etc. A Evrcux, ce 23 d'arril, fête de saint Robert, fondateur de l'ordre de Citeaur, et le grand dévot de l'immaculée Mère de Dieu.

LETTRE CCLXXII (137j.

Sur le même sujet.

DIEU SEUL

Monsieur,

Pour parler des visites de l'archidiacre, j'en ai connu un en Bourgogne, qui les faisait avec tant de piété et de bénédiction, que les jours ouvriers étaient comme (ies fêtes, lorsqu'il visitait. On y chantait la messe solennellement, on y prêchait, on y disait vêpres, et on y confessait depuis le matin jusqu'au soir; et c'est ce qui arrivait tous les ans. C'était une mission perpétuelle que tout le cours de ses visites, il a un successeur (pii continue les visites de la même manière. Voilà l'ellet de l'esprit des visites bien établi. Dans le traité De la sainteté de l'état ecclésiastique, au chapitre des visiteurs, j'ai dit quelque chose des abus qui s'y commettent.

Messieurs nos curés, à Evreux, me reçoivent processioniiellemerit, et presque tous avec la croix. Nous chantons le Yeni Creator ensuite, et dans les campagnes le Laudate pueri en allant aux fonts : puis nous faisons les prières pour les morts, ce qui ne se devrait jamais omettre. Comme je suis le firemier qui ai introduit l'usage de l'étole, car on ne la portait point de temps immémorial, dans l'archidlaconé d'Evreux, ni à la ville ni à la campagne, ces messieurs, de leur côté, m'ont accordé ce qui ne s'était pratiqué qu'en quelques lieux et à l'égard de quelques archidiacres, et je crois que notre bon Sauveur est plus glorifié de cette manière. Messieurs du Vaucel et de dauville ne |)ermettent à personne de porter l'étole ; aussi on les reçoit sans aucune cérémonie, et d'une manière, ce me semble, qui ne marque pas assez l'esprit de l'Eglise dans les visites. 11 y en a encore quelquesuns dans l'archidlaconé d'Evreux, qui aiment mieux ne point porter l'étole et ne point observer de cérémonie, d-isant qu'ils veulent faire comme par le [lassé. C'est ce qui est en leur liberté ; je ne saurais agir plus doucement que de leur laisser le choix: mais il y a des doyennés où il n'y a plus qu'un seul curé de cette humeur; ainsi il n'y a presque plus personne qui n'observe les cérémonies. 11 me semble que c'est la très-sainte Vierge à qui j'ai dédié de primeabord l'archidiaconé (ce dont j'ai été heureusement bien raillé, et que j'estime à grand honneur], qui y a obtenu cette bénédiction, ainsi que les bons anges et les saints.

éléégaié's. Ou ne trouve dans l'original tjue la suite que nous éditons ici.

LETTRES

A M. DOSCLEllARO.

Il'it

r.ar cela est arrivé dntis ]r. (pni|is que mon évoque m'était entièrement (>|i(m),si', et que j'élniscoiilieditdO to\itcs iiaris, ainsi sansappiii humain et ilans l'atijeclion, et sans pouvoir. Lapidcm qurm reprohaverunt œiUjicantis, hic factus est in raput aïKjiili. A Domino foctum est isttid, et est mirabile in ovulis uostris. (Psal. c.wii, 22, 23.)

Je croi-s, Monsieur, que si vous ne pouvez pas garder votre logement, vous en iiouvez prendre nii autre pour les raisons (jue vous dites; mais je ne saurais entrer dans le sentiment que (-c soit pour avoir un logis plus honorable. Les l'apos sont princes tein|iorels présentement, ce (|ui les obligea garder certaines mesures extérieures. Mais, Monsieur, notre grand exemple est celui li'iin Dieu (jui n'a eu qu'un antre pour se loger dans son entrée au monde, lui qui est le grand pontife et l'évoque de nos ame>, et i]ui dans la suite déclare qu'il n'a j'as co que les animaux de la terre et les oiseaux du ciel ont, un lieu pour reposer sa tête. Ah! combien de fois, dit-il à sainte Thérèse, ai-je été ol)ligé (ie dormir au serein et sur la terre. Certes saint l'iiarles a eu une chambre même sans lit. Ses ornements étaient beaux pour le service do Dieu, dans l'église, mais non pas dans sa maison. Saint Fiançois de Sales n'avait point de carrosse, et M. Bourdoise, cet honnne de Dieu, m'a dit que l'accom|iagnant pour aller prêcher à Saint-Nicolas des (iiiamps. à Paiis, jamais il ne voulut se servir d'un carrosse cpi'on lui voulait prêter. La |>rudcnce liuniaine ?i'aurait guère aji-prouvé qu'un évéïiue allAtà pied, dans les boues de Paris et sans suite, ayant jiour comj)agnon un jiauvre prêtre. Il est niort à la maison d'un jardinier, où il voulut loger, (lendant qu'il \ avait tant d'autres maisons honnêtes dans la grande ville où il était. Il faut que le raisonnement de l'Iiomme cède à l'exemple d'un Dieu. Hélas I le bon saint Martin allait en si pauvre éqtiipage, qu'il fut battu et maltraité par des gens (jui ie prenaient pour un homme de rien. Je ■ salue votrt^ bon ange, etc.

P. S. J'ai oublié de vous dire que [ilusieurs de .Vicssieurs nos curés me donnent à manger à ma visite , mais ils n'y sont pas obligés ; c'est la fabri(jue, connue je vous l'ai dit, qui paye.

Je sais qu'on a reçu M. de sainte Hélène avec la croix, et en'chantant dans vos paroisses : mais je ne sais pas quand : je crois même présentement, que ce fut vers la lin qu'il obtint cela de Alessieurs les curés, par les raisons (ju'il leur en dit.

Comme vous avez déjà pris la peine, Monsieur, de me mander que les grands-vicaires à Rouen , dans le Synode , n'y tiennent pas rang au-dessus des archidiacres, et que Mgr l'évêque de Bagneux m'a dit que ses grands-vicaire? n'avaient que faire où il était, voilà déjà deux diocèses de la province. Je vous supplie , si vous jiouvez savoir ce qui se passe sur le même sujet dans le diocèse de Lisieux , par le moyen do quelques-uns de vos amis, de me le mander. ÛElvbk? cojjpl. de Iîoldon. 111,

J'espère que notre bon Sauveur et sa sainte Mère en seront gloriliés. Si vous pouviez encore trouver quelque moyen junir Séez, vous travailleriez |iour la même gloire, (^e-st pour terminer le différend d'entre les grandsvicaires et les archidiacres d'Evreux , que notre prélat a dit vouloir décider selon l'usage de la province. Mais, s'il vous plaît , il faut toujours demander (]uand l'évêque est jirésent au Synode, car il n'y a nulle difliculté que les grands-vicaires présulent en son absence.

Page 1