LETTRE CCLXXIII
Sur le même sujet.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personne*, etc. Je m'abantlonne sans réserve à son Saint-Esprit pour faire ce qu'il lui plaira, et en la manière et dans le tem|is qu'il voudra. Comme il a voulu par sa miséricorde infinie ([ue je fusse l'enfant de sa divine Providence , il est infiniment juste que je la laisse agir. C'est la grâce qu'il lui a plu me faire par une bonté incompréhensible dans les petits ouvrages que la même divine Providence m'a fait donner au ()ublic, car cela ne s'est jioint fait |iar un choix de tua volonté; et lorsqu'on m'a demandé d'écrire sur de certains sujets, je ne l'ai pu faire. Je le fais [lar un mouvement intérieur qui m'est donné tout à coup. Or, je me sens pressé d'écrire sur [ilusieurs sujets, quand la divine Providence m'en donnera le loisir; ainsi, je n'ai qu'une idée éloignée pour éiTire sur la dignité des archidiacres ; et comme me voilà dans un Age avancé , où je dois tous les jours attendre la mort, peutêtre que cela n'arrivera pas. Il est bon (jue vous n'ayez pas pris les mémoires de ce monsieur dont vous me parlez; ne lui eo parlez l'ius, s'il vous plaît.
A l'égani des livres de M. Beholte , j'en ai encore un en lalin , mais vous aviez pris la peine de m'en envoyer un en français qui regarde le droit des archidiacres, le droit cathédralique , je l'ai prêté à Mgr notre prélat ; et il ne sait plus ce qu'il eu a fait, si dans l'occasion vous pouviez en trouver un à Rouen, je crois cjue Notre-Seigneui' serait glorifié , si vous aviez la bonté de me le donner, sans parler de moi. >'ous f)Oui riez dans la suite du temps demander à ce monsieur où il a pris le sien, s'il est en frain rais ou même en latin. Celui qui me reste £i pour titi'e : De antiquojure procuratiomim, esp sacris canonihus Ecclesiœ collcclio pcr Adrianam Bcholiitm. Je ne trouve aucune dilîicullé à répondre à tout ce que vous me mar- (piez dans votre lettre au sujet des archidiacie>, et il est même trcs-aisé de le faire. Mais je crois que la divine Providence ne demande pas de moi présentement que jo m'occupe à ces choses. Seulement, en un mot, quand les archidiacres n'auraient jias eu les
lins
UF.UVRKS COMPLETES DE BOUDON
Il no
pouvoirsetlesobligationsqu'ils ont ihias leurs visites présentement (et il est vrai que dans les coiumencements leurs soins regardaient le temporel), les conciles ont eu le droit do les leur accorder et de les leur ordonner. Et a&n quon n'aille lias dire que ces ordonnances des conciles ne sont (ilus en usage , dans ces derniers teniiis-ci , les conciles tenus en France et hors de la Fiance leur ont renouvelé ces ordonnances, dont il y en a qui leur commanJent, en vertu de la sainte obéissance, d'empêcher que te troupeau de Notre-Seigneur ne soit plus exposé à être dévoré à raison de leur négligence. Mais enlin je vous répète ce que je vous ai dit; le dernier concile de la province, après avoir marqué tout ce que les évêques doivent faire dans leurs visites, dont il fait un assez long délail, déclare que les archidiacres et autres inférieurs visiteurs garderont le même règlement. Ce concile est approuvé par le Pape et re(;u au parlement de Rouen. Peuton dire que c'est une usurpation que de suivre les règles des conciles? et (juand dans le commencement les archidiacres auraient fait quelque usurpation , sans doute qu'elle cesserait de l'être d'ajirès les conciles qui ont droit de faire des lois.
Mais je vous prie encore, car je l'ai déjà fait, prenez la peine de lire ce que j'en ai écrit dans le livre Dr la sainteté de l'état ecclésiasticpie, au chapitre Des visiteurs, depuis la page 272. Les auteurs sont h considérer ; mais ceux qui ont traité ex professo, comme l'on dit, (les visites, disent tout le contraire de ceux que vous citez ; et de plus , c'est aux conciles à décider des choses. Les sentiments de quelques auteurs, dont plusieurs n'ont jamais examiné les choses à fond, ne sont que des sentiments particuliers. J'ai lu M. l'dljbé Fleuri, depuis que vous m'en avez parlé; je ne trouve point de difficulté en ce qu'il dit.
Dépuis que M. (le sainte Hélène est mort, il v a eu des archidiacres qui ont fait de jiari'ils mandements dans le diocèse de î'iouen ; mais je ne sais pas si on l'a fait dans le grand archidiaconé. Au reste, je ne sais point quel changement est arrivé dans le diocèse de Rouen ; mais je suis certain que cela n'est pas venu de la [lart des arclievèques, à moins que ce ne soil depuis que Mgr l'archevêque de Paris en est sorti, cl ce serait un changement bien nouveau (138). (^est lui qui m'a soutenu datïs sa chambre épiscopale à Uouen , que les archidiacres avaient droit de mettre des vicaires par provision en cas de nécessité; et lui ayant objecté quelques sentiments contraires, il demeura ferme, et me soutint toujours qu'ils le pouv.tient. Je vous parle de ce qu'il m'a dit à moi-même; et il n'est nullement dans le sentiment que les archidiacres ne se doivent pas mêler du spirituel. Mais à l'égard
de mettre des visiteurs par provision en ca> de nécessité , c'est une atlaire particulière que je laisse pour telle qu'elle est.
Pour ce qui regarde les livres (pie la divine Provi(Jence nous fait donnei- au public, il est vrai. Monsieur, que j'écris d'une manière bien simple et très-éloignée de ce qu'on appelle le beau style du temjjs. Je conviens qu'on n'y trouve pas ce qui plaît à l'homme; mais en vérité, je ne d(>sire |ias jilaire aux hommes; mais en vérité je ne désire pas plaire aux hommes. Je m'écrie do tout mon cœur avec l'Apôtre : An quœro hominibus pluccre ? [Galat. i, 10.) Feu M.Robert approuvant un de mes livres (il est mort pénitencier de Paris) , je le [)riai d'y laisser des mots qu'il ne trouvait jias bons dans notre langue; ce qu'il fit. Je demeure d'accord qu'il ne m'appartient qu'une vraie confusion, nohis autem rubor confusionis. Mais je me sens pressé pour la gloire de la folie de la croix, comme parle l'Apôtre , in insipientia dico. [Il Cor. xi, 21.) C'est aussi en cette manière que je parle , sans me regarder, par l'infinie miséricorde de notre bon Sauveur. Je dis dune que ces livres si peu polis, iuq)ri;ués eu mauvais caractères et sur de mauvais papier, tout jdeins de fautes d'impres.-ion, sont cependant reçus de telle manière qu'ils sont traduits en italien en plusieurs villes , et par 'des personnes savantes et en dignité, par des jésuites, par l'un des secrétaires de la congrégation des cardinaux, et que l'un de ces livres ayant été traduit ù Homo, l'impression s'en distribua aussitôt, qu'en peu de temps il s'est vendu cinquante mille exemplaires de l'un de nos petits traités; qu'ils sont traduits |iar les .allemands, les Es(.tignols, les Flamands, les Polonais; qu'ils sont même traduits eu latin; qu'à Ausgbourg , en Allemagne, le grand-vicaire me dit, que le petit livre du très-saint Sacrement traduit en allemand avait eu une telle bénédiction , que (juatrevingt mille iiersonnes, tant de la ville qui est lulhéiienne que des environs , avaient donné leur nom pour prendre une heure de l'adoration du très-saint Sacrement ; que des jiersonnes de haute qualité élant dans les royaumes étrangers, et ayant bien voulu marquer qu'elles connaissaient l'auteur de ces livres, on les en a congratulées et on leur en a manjué de la joie , comme elles l'ont témoigné; que des [)ersonnes considérables m'ont écrit, ayant lu nos livres , qu'elles avaient pris résolution avec leur directeur de venir en France ex[irès pour me voir, ce que je les ai prié de ne le pas faire , et c'était d'Italie que l'on m'écrivait (139). Je le répète, in insipientia dico : mais je [larle dt la sorte pour conlondre la sagesse humaim; et afin que toute hauteur d'esprit demeure captive, comme parle l'Apôtre [Il Cor.
X, 5), et que l'on apprenne que Dieu choisit ya choses qui ne sont rien pour abaisser ce
(138) François de llarlay, deuxicine du nom, ai- <'.lievi'(|iie de Koueii en IGIJ'l, lui iiuniiii'' arclicv(}i)iK' de i'iii'is en Hi7l.
(139) Toutes ces lettres et un grand nombre «l'adues sont en original an grand st^niiiniire d'E-
VJCll.V.
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LinruKS.
(jui est: it iinu glarieiur umnis car» in conspeclii ejus.
Je vous avoue que les permutnlions que vous me proposez ne nie paraissent point ^tre dans l'onlre de la divine Providence; rela sent trop l'esprit liuniain et point l'esprit de Dieu. J'en ressens un chagrin que je ne saurais vous expriuKîr; attendez en patience. II est assuré que si Dieu veut que vous quittiez votre rare, il vous en donnera des moyens conformes à son esi)rit.
Je ne' sais si vous trouverez à Paris les supérieurs du séminaire dans le temps (|ue vous devez y aller, on m'a dit qu'il devaieiit aller en mission; si cela est, je ne sais si elle sera faite.
Ju ne pensais pas vous parler davantage (les archidiacres; et si je m'en souviens bien, je vous ai déjà expliqué la dilTirullé qui arlive touchant leur ordre. II est vrai que dans les commencements l'archiiliacre n'ayant soin que du temporel, çn celle seule qualité il ne devait pas précéder les prêtres, et il n'était que le premier des diacres. Saint Jérôme a eu raison de trouver à redire à ceux-là; mais il est bien nécessaire de l'interpréter à l'égard même des archidiacres, car il dit qu'il ne doit y avoir qu'un seul archidiacre dans un dicjcèse, comme un seul évoque; et à l'égard des évêques , si on ne l'interprétait )ias en de certains lieux, on aurait de la i)eiue à excuser ses sentiments.
Mais depuis que les évêques se sont servis des archidiacres pour les aider dans leurs fonctions, (il y a des conciles qui disent, voc(ili in partem solticitudinis ,) c'est pour lors qu'ils ont éié appelés vicaires des évêques, et que le droit canon dit qu'ils sont les preipiers après les évêques. (De droit l'archidiacre est la première dignité; la coutume y a dérogé en plusieurs lieux). C'est ce qui est com|)atible avec la qualité de diacre, car en cette qualiié il y a eu des diacres qui ont présidé dans les conciles généraux: la qualité donc de diacre n'est pas incompatible avec celle de vicaire de l'évoque, puisqu'elle ne l'est pas avec celle de légat du Saint-Siège. Je vous l'ai dit, nous avons vu un olïïcial à Paris de notre temps simjiîe diacre; cela enipêchait-il sa juridiction, et qu'il ne fût le juge de tousies prêtres, et leur supérieui? Ce n'est pas en qualité de diacre à la vérité, mais c'est à raison de sa juridiction.
D'expliquer que l'archidiacie est le vicaire de l'évêque, parce qu'il n'y a que l'évêque de [u'être, c'est ceiiui ne se peut dire. 11 est vrai qu'il e.^t le seul prêtre ayant le caractère épiscopal: mais qu'il n'y ait |)as d'autres prêtres que lui dans la cathédrale et dans les diocèses , c'est ce qui est contre toute vérité. Or le droit canon dit : major pust episcopuin, et c'est en qualité de son vicaire et il l'est si bien à l'égard des prêtres, que le droit canon dit archi pi êtres qui sont les premiers prêtres : Scianl archipresbyleri îk omnibus ^ibi obediendum esse monitis siti archidiaconi tanquam monitis siti episcopi. Ce ne sont pas des diacres que les archiprètres, mais si les archidiacres ne sont vicaires des évoques
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qu'à l'égard des diacres , c'est une chose assez surprenante que dans leurs visites les curés y comparaissent. Mais comment le derniei' concile de la province dit-il que les curés rendront compte aux archidiacres de leurs prêtres"? Sont-ce-làdes comptes de marguillier? Le concile le dit en termes exprès ; il faut répondre au concili'. D'autres conciles disent, comme je l'ai dit : vicati in partem so//ifi/iK/iH(>-, en parlant des évêques. Encorn une l'ois, prenez la i)eine de lire le peu qao ijue j'en ai écrit.
Si l'on veut s'arrêter seulement <i l'ordre, il e^t certain qu'un prêtre doit précéder un cardinal diacre, et présentement les cardi iiaux précèdent les évêques depuis le concile de Lyon; et il est certain qu'à la cour on rend aux cardinaux des honneurs que l'on ne rend point aux évêques.
Le concile qui oblige les archidiacres de dresser des |irocès-verbaux de leur.s visites jiour les mettre entre les mains de l'évêque, ne prétend pas que l'on informe l'évêque seulement des niarguilliers, mais des curés, mais des prêtres , mais des désordres des paroisses; et c'est l'usage partout où les archidiacres visitent. Je veux bien , si l'on veut, que ce ne soit pas la coutume du diocèse de Rouen, que les archidiacres sus|iendent et excommunient; mais c'est donc depuis peu d'années. Il est toujours vrai que dans nos archives, il y a plus de quatre cents ans que l'évêqueRoduljiheditque c'est lacoutume de l'église métiopoiitainé. Il est vrai ce que je vous ai dit de M. Behotie qui avait suspendu le curé de *** : mais cela ne me regarde j>oint.II est vrai que la glose du droit canon dit , habent à consuctudine : ainsi cela est différent dans les ditrérenls diocèses; dans les cathédrales , les archidiacres ne jirécèdent-ils pas les chanoines qui ne sont jias en dignité? Les chanoines ne sont-ils pas prêtres? Comme l'on cite les évêques au sujet des visites des archidiacres, je ne sais pas les sentiments de Mgr votre archevêque d'à présent : mais je vous puis dire que j'ai été en plusieurs royaumes , que j'ai parcouru la France ; que je n'ai yu aucun archevêque ni évêque qui pensât que les archidiacres ne du-^sent pas se mêler du spirituel ; et qu'en ayant parlé depuis que vous avez écrit, on a de la peine à croire qu'il y ait des personnes dans ce sentiment. Je vous parle des lieux où les archidiacres visitent, car il y en a où ilsne visitent jias: ainsi c'est à eux que convient ce que quelques, auteurs disent ; ils ne sont plus que des dignités, comme le chantic, le trésorier, et autres.
De plus si les archidiacres peuvent et doivent prêcher, donc ils ont soin du spirituel: la [irédication regaide la distribution de la parole de Dieu , et dans l'un des statuts du diocèse de Rouen, il est dit qu'ils inslrui-. ronl et d'exemple et de parole dans leurii visites: il faut donc que les peuples s'y trouvent, et s'ils ne s'y trouvent pas, c'est que les archidia<:res ne font pas leur .devoir.
œL'VUES COMPl.ETKS 1>E BOL'DO.N.
Cesl uiio grande grâce de considt^rer les personnes dans leur abjection.
Je salue voire bon ange, tous les bons anges, et saints (lalrons de la ville et du diocèse de Kouen, et suis avec bien du respect, etc.
A Evrciix , ce 21 vmi , veille de la fête du Saint-Esprit-Dieu.
LETTRK CCLXXIV.
Ai: SIÉME.
Sur le même sujet.
DIEU SELL
Monsieur,
Dieu seul , Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré Cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur de tous les hommes.
Je vous remercie très-humblement; c'est vous dire tdut, que Dieu sera glorifié de la lettre que vous avez pris la peine de faire tenir. Je n'en ai jias eu de réponse; mais il sullit que cette dame donne ordre au dérèglement. Dieu seul et toujours Dieu seul. Je vous supplie encore de ne rien dire de ce que je vous ai marqué du promoteur, pour garder la charité. Il m'a rencontré et il m'a parlé irrité, disant que je l'avais [irêché publiquement, ce qui n'est pas vrai ; j'ai parlé avec le secours divin fortement de l'obligation des fondations, et que c'était une cruauté qui sur()assait celle des barbares de ne s'en jias acquitter, laissant les âmes brûler dans les feux allumés par l'ire de Dieu ou sa colère; mais je n'ai nommé personne. Il est vrai que parlant aux prêtres en particulier, je priai l'un des ecclésiastiques de l'avertir de son devoir, après avoir marqué beaucoup d'honnêteté pour lui. Il dit qu'il fait dire les messes ailleurs ou qu'il les dit lui-môme.
Je SUIS étrangement ]surpris des sentiments de M. de la Kocque. Je puis vousdire: qu'on lise tous les auteurs, je dis tous, et ceux qui ont pris à tâche d'abattre le plus les archidiacres, je suis assuré qu'il ne s'en trouvera pas un seul dans ses sentiments. Hélas! Monsieur, si ses sentiments étaient véritables, comment les évêques pourraientils se reposer des jiarties de leurs diocèses, qu'ils ne peuvent pas visiter tous les ans, sur les soins de leurs archidiacres? et dans la vérité ce serait d'étranges visites que celles qui se feraient dans cet esprit.
Il est vrai, Monsieur, que nous ne devons rien établir que sur l'autorité des conciles généraux et provinciaux; c'est aussi ce que je ne prétends jias faire. J'en ai un grand recueil pour le donner au public, si la divine Providence nous donne encore quel- \ques années (car elle nous occuiie jirésenf lement à d'autres choses), où nous parlerons par les conciles généraux et provinciaux, et par les souverains pontifes, qui condamnent bien les sentiments de ce monsieur. Encore une fois, les plus opposés aux archidiacres ij'uul jamais dit ce que vous lue mandeic.
Prenez la peine de lire daus le livreZ>f/a sainteté ecclésiastique seulement ce que j'ai marqué depuis la pag« 272.
J'ai un canon d'un concile qui dit que l'archidiacre sera déposé qui ne peut prêcher. Feu Mgr de Harlai, archevêque, veut qu'ils fassent leurs visites, rcrbo et exemplo. Celui qui a tant écrit contre les archidiacres, qui était curé dans le diocèse de Kouen , et qui fut obligé de quitté sa cure, reproche aux archidiacres de ce qu'ils ne s'acquittent pas de leur ministère, ne prêchant pas, et il leur en fait un devoir, bien loin de croire (pi'ils ne devaient penser qu'au lemiiorel. 11 est vrai que les premiers diacres n'avaient soin que du temporel ; mais depuis que les évêques s'en sont servis |iour les fonctions spirituelles, cela a tout à fait changé.
M. do la Rocque trouvera-t-il dans le droit canon d'autre vicaire de l'évêque quo l'archidiacre? Dans le titre de l'archidiacre, puisqu'il s'agit du droit canon, puisqu'il le le veut, il y a archidiaconus Vicarius episcopi, major post episcopum. S'il n'était que comme il le pense, ce serait un étrange vicaire de l'évêque. Qui dit vicaire, dit vice- (jrrens. 11 est, selon le même droit canon, le premier après l'évêque; aussi les canonistes conviennent que de droit, c'est-à-dire, selon le droit eanon, l'archidiacre est la première dignité; et c'est ceque plusieurs archidiacres conservent encore dans différeute.s cathédrales. J'ai vu hors du royaume des doyens de cathédrale me le céder en des lieux particuliers par une honnêteté bien grande , à raison que j'étais archidiacre, et (jneles archidiacres les précèdent. Mais il est vrai que l'usage dans la plupart des cathédrales y a dérogé , où ils ne sont que les troisièmes ou quatrièmes dignités. 11 n'est point nécessaire pour cela qu'ils soient prêtres , et il est vrai que le concile de Trent2 ne les y oblige pas. La juridiction n'est point attachée au sacerdoce, ni le soin des prêtres. Nous avons vu un oflicial à Paris du temps de Mgr de Uetz, qui n'était que diacre. Cela l'empêchait-il d'être le juge de tous les ecclésiastiques et des affaires ecclésiastiques? Mais n'y a-t-il pas eu des diacres qui ont i)réiidé à des conciles généraux en qualité de légats du pa[)e ? et dans ces conciles ne [larlait-on que du temporel? n'y décide-t-on pas de toutes les matières de la foi et de la discipline ecclésiastique? n'y juge-t-on pas les premiers ecclésiastiques mêmes?
Le droit canon dit en plusieurs endroits, (]ue les archidiacres f)euvent suspendre et excommunier. La difliculté est s'ils le font par commission de l'évêque, ou par le pouvoir attaché à leur qualité. La glose l'explique : Hahent a consuetudine. Il y a quatre cents ans et plus (jue tous messieurs les curés du diocèse d'iîvreux, omnes curati, s'étant soulevés contre les trois archidiacres d'Kvreux, il fut jugé que les archidiacres, (et nous avons des titres), possunt saspendere, ejrcommunicare, atiaravare, punire delicla: et dan^ le jugemcni, il est dit, est cou-
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LETTRKS. — A M. BOSOUKKAIID.
suetudo Mctropolitctnœ Ecclesiœ. Diins les inaïuJiMuciils de l'eu M. do Sainte-Hélène (et j'en ai), il est dit : Mundainus rnbis sub pœna susprnsionis : vl ensuite : tiuod clericos susprndemus, cl nlios rxrommunicabimus, si coram nobis non débile compunieiint. Feu M. Behotie nyiiiil susiiendti un furé, celuici en appela coninie d'alius, disant que les formes n'éiaienl pas observées. Le grand ai-cliidiaire avant fait évo()iier l'allaire au conseil privé, le roi présent, l'arrêt du parlement fut cassé (|ui ilisail que les formes n'avaient pas été observées, et le curé déclaré avoir encouru la peine de la sus|)ension.
Le concile de la [)rovi[ice dit (]ue les curés rendront com(ite de leurs prêtres à l'archidiacre. Il faut donc bien qu'il se mêle d'autre clioso que dutem|.orel. Mais enfin il déclare que l'arcliidiacre et autres inférieurs visiteurs feront la même chose que révê(|ue. A'raiment, s'ils sont ses yeux, il faut au moins qu'ils voient ce que l'évoque voit, qu'il visite donc les mêmes choses : quand il n'en ferait que le rapjiort, mais pour rapporter, il doit informer. 11 est vrai que les archidiacres ne sont plus comme ils l'ont été des vicaires généraux des évêques, quoique ])Our parler du droit canon il ne s'y trouve |)oint d'autres grands vicaires que lés archidiacres; mais du moins cette qualité leur est demeurée ;"! l'égard des visites, ipii sont l'une des priticipales fondations de l'évoque.
A l'égard du droit de procuration, il est certain qu'il leur est dû, soit par Messieurs les curés, soit par la fabrique. Je sais bien que quelques-uns'de Messieurs vos confrères l'ont pa} é à M. Gaude ; mais en cela il faut s'arrêter à la coutume; ou s'il y a du différent, "il faut juger à qui il appartient de payer la procuration.
On pourra dire à Rouen que l'archidiacre étant sur les lieux, n'en a pas besoin. Cependant le pape a jugé le contraire; mais les parlements ne s'arrêtent lias au droit canon, car le jugement est dans le droit canon. Je montrerai par le droit canon, et j'y ai lu exactement tout ce qui regardait les archidiacres, qu'il y a jilus de mille ans (ju'ils avaient des pouvoirs [dus étendus qu'ils n'en ont à présent.
A l'égard «le la visite du très-saint Sacrement, j'ai été en ditfèrents royaumes et partout j'ai vu que les archidiacres le visitent. S'ils ne le devaient pas, ce serait une chose bien étonnante que partout ils fissent |)aislblement une chose qu'ils ne doivent pas. Il me semble que ni les prélats ni les pasteurs ne sont pas si dépourvus de connaissances, qu'il ne s'en trouvât point qui s'y opi)osassent.
11 est vrai que leur juridiction est dilférente, leurs pouvoirs plus eu moins étendus. Mais les archidiacres ne se mêlent que du temporel, je crois que cela est inouï, je dis, dejiuis que les évêques se sont servis d'eux pour les fonctions s|iirituelles. Les archil'iêtres, selon le droit canon, leur doivent ol/eir comme à leur évèque. Voici les paro-
les du droit (anon : Seianl arclu'ftresbi/Uri in omnibus sibi obedicndum esse monitis siii archidiaconi, tamiuum monitis episcopi.lH il y a un grand nombre de diocèses où les "doyens ou archiprêtres ne visitent point du tout, ou ne font que la visite de l'extérieur, du tem|)orel , ù moins qu'ils n'aient une conunission spéciale de l'évêque : niais les archidiacres visitent de droit; c'est h eux qu'est dû le droit de procuration, comme étant visiteurs ordinaires. Quand les grands vicaires sont envoyés par l'évêque pour visiter extraordinairement, l'on n'est point obligé de les nourrir ni de leur donner rien ; ce n'est que par honnêteté. Ainsi, Mgr l'archevêque de Paris ayant envoyé des grands vicaires visiter la |i'rcmière année de son pontificat, il voulut leur donner de l'argent jiour leur dépense, ce qu'ils ne voulurent pas accepter, comme Mgr de Saintes, pour lors grand vicaire de Paris me l'a dit. Mais il n'y a que les évêques qui jiuissent exclure les archidiacres de leurs visites, quand ils les font eux-mêmes; ce qui marque qu'ils la font à leur place et comme leurs vicaires. Or s'ils ne visitent que le teuqiorel tous les ans, l'évêque devrait envoyer d'autres visiteuis, car jamais personne n'a pensé que es que l'on appelle visite dans l'ordre de l'Eglise, allât à l'exclusion de tout ce qu'il y a de iirincipal dans la visite. Certainement les saints docteurs qui ont marqué le dangeroù étaient les archidiacres et le coiutite cju'ils ont à rendre à Dieu, se seraient étrangement trompés, s'ils n'avaient soin que du tem|iorel. Mais les rituels des évêques où le devoir des archidiacres est marqué, leur ordonnent positivement tout le soin du spirituel, comme ceux d'Angers, de Bourges, et depuis peu celui de Reims, dont rarclicvêque fait profession d'une exactitude extraordinaire dans les matières ecdésiastitiues. Messieurs de saint Nicolas du Chardonnet qui se sont appliqués singulièrement à ces mêmes matières, dans le livre intitulé Le parfait ecclésiastique, dédié à Nosseigneurs les iirélats, ont fait un cha[)itre de la visite des archidiacres, où ils sont bien éloignés de penser et de dire que les visites ne regarilenl que le temporel.
Mais si les archidiacres n'ont soin que du temporel, d'où vient que selon le ponti(i(;al des évoques, ce sont eux qui répondent des personnes (jue l'on ordonne, et que l'évêque n'ordonne que sur 'leur témoignage?
.\insi on a vu un ordre de Mgr de Paris, pourlors archevêque de Kouen, affiché dans les rues, où il disait : Ordinabimus super testimonium archidiaconi. Ce sont même les archidiacres à qui il appartient de droit, l'évêque absent et qui n'est pas mort, quand ses vicaires sont décédés et qu'il n'en a pas nommé d'autres, de gouverner le diocèse. Arcltidiaconus de jure, episcopo absente, reyit Ecclesiam. Voilà ce que les canonistes disent. C'est ce que l'on a vu à Paris, quand le roi ne voulut [ilus fju'on reçut les ordres du cardinal de Ketz qui en était archevèi}ue. Le chapitre deceUe église prétend, non-,^e-u-
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aaVRES COMPLETES DE BOUDON.
If ment le siège vacant, mais l'évèque ab- .venl, avoir le privilège do prendre soin du diocèse. Il le fil donc; mais il lut obligé, dans les mandements que l'on donnait, d'y niar(}uer l'ordre des archidiacres, à raison que c'est à eux qu'il appai lient, l'évèque n'étant pas mon, de gouveinei' l'église.
On disait, il y a quelque temps, qu'un archidiacre faisant sa visite, se contenta d'entrer dans l'église, et peut-être en habit court) ne fit que se laeltre à genoux en regardant quelques chapelles, et sortit aussitôt. On en parlait avec étonnement : mais celui-là. dans le sentiment que vous marquez, aurait agi en homme très-éclairé, et qui sait qu'il ne doit se mêler que du temporel.
Je m'étonne que dans tous les procès que l'on a eu contre les arciiidiacres, oii non-seulement d'habiles curés, mais de trèssavants avocats ont paru, personne ne se soit encore avisé de remarquer qu'ils ne doivent |>as.... {Cette lettre n'est pus terminée, ou au moins la seconde partie a été égarée.)
A Evreux, ce 11 de mars, fête de saint Sofhroniiu