LETTRE CCXC
Combien il est avantageux de concourir à l'ctablissement des missions dans les pays étrangers.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, etc. Je vous écris. Monsieur, le 20 de décembre, la veille de la fête du grand apôtre des liitles saint Thomas, et en même temps pour faire ré|ionse h ce que Mme votre épouse demande, savoir si Dieu tout bon sera plus glorifié qu'elle fasse un nouveau testament pour établir un missionnaire dans les pays étrangers, ou bien qu'elle s'en tienne à celui qu'elle a fait, et aux legs ]iicux qu'elle y a marqués. Il me semble qu'il n'y a point à hésiter sur ce sujet. Coopérer au salut d'une âme pour laquelle le grand Dieu des éternités, cette majesté intinie, a voulu mourir, est plus que si l'en assistait tous les fiauvres de toute la terrii pour subvenir à leurs besoins temporels. Mais établir un missionnaire pour les pays étrangers n'est pas seulement pour assister une âme, mais pour assister un si grand nombre d'âmes dans la suite des temps, que cela ne se peut expliquer. C'est pour détruire l'empire du prince du monde, du démon, qui règne dans ces pays-là; c'est pour y établir l'emiiire de Jésus-Christ; c'est j)Our l'y faire connaître, l'y faire aimer, l'y faire adorer : c'est aussi pour y établir l'amour et la dévotion de son immaculée Mère Merge, des bons anges, et des saints. C'est |iour aller au secours de ces aimables esjirits qui gardent ces pays étrangers, et les jiersonnes qui y sont : et si l'ange du peuple de Dieu a dit autrefois, que saint Michel l'un des premiers jirinces était venu à son secours {Dan. x, 3), l'on peut dire avec vérité que les missionnaires apostoliques vont au secours des saints anges gardiens de ces pauvres peuples. C'est pour délivrer des âmes des peines éternelles de l'enfer. Enfin c'est pour faire gloritier hautement la très-sainte Trinité, qui est la fin en toutes choses, en la faisant connaître, et de l'aimer durant toute l'éternité ; et c'est en cela que consiste sa gloire. Si la séraphique sainte Thérèse disait qu'elle aurait voulu souffrir les peines du purgatoire jusqu'au jour du uigement pour un seul degré de gloire de Dieu, que de millions de degrés de gloire ne [irocure-t-on pas à cette majesté suradorable en établissant un missionnaire?
Les personnes séculières, et particulièrement les femmes, ne sont pas en état d'aller prêcher le iainl Evangile : mais le laisant
LETTRES. — A M. THOMAS
tî3'J
prôchcr, np roopèrent-elles pas à la prédicnlion de l'Evangile? ne sont-elles pas en leur manière les apôtres des pays où il est annoncé? I.e Vénérable Béiie a appelé saint Grégoire l'apùlre de TAnglelerre, [larce qu'il y avait envoyé des missionnaires. Je sais qu'il y a (pielque dilTérence, mais cependant on peut dire dans un sens , que ceux qui i'ondent des missions dans les pays étrangers en sont les a|iùtres.
Ces pensées me viennent à l'occasion de Ja fête du grand apôtre de ces pays, le glorieux saint Thomas : et quoique tous les jours je ne manipie|ias au saintautel d'offrir le très-divin sacrifice en l'honneur des saints anges de la Naxic, et des lieux oiî a passé le bon Père jésuite qui y va, cependant avec le secours divin, je l'otlrirai demain trèsparticulièrement en l'honneur du glorieux apôtre saint Thomas, et do saint Jean l'évangéiiste, qui dès ma jeunesse , est le grand saint de ma dévotion la plus spéciale , et en l'honneur des- saints anges du pays, afin que le règne de Dieu y arrive, et alla que la très-suradorable Trinité répande abondamment ses j)lus saintes bénédictions sur le dessein de Mme votre épouse, que je salue très-particulièrement , ainsi que son bon ange, M. Courtin et toutes les personnes aifligées, avec leurs bons anges et le vôtre. Que Mme votre épouse s'unisse aux desseins de l'adorable Jésiis, à l'amour infini de son charitable cœur pour le salut des ûmes ; que dans cette union divine elle otfre son dessein au Père éternel en l'honneur de la charité inell'able du cœur de Jésus-Christ, en l'honneur du précieux cœur de son immaculée Mère Vierge.
Le P. Claude de Pans, Cajiucin, vient de m'écrire et me mande qu'on a lu le livre de la Dévotion à leur réfectoire au commencement de l'Avent , pour se disposer à la fête de la sainte Mère de Dieu ; c^ue leurs docteurs en théologie et tous leurs Pères le trouvent rempli de doctrine et d'une onction céleste : Soli Deo honor et gloria , nobis autem rubor confusionis.. J'espère que les livres que vous envoyez au Canada y auront une abondante bénédiction pour la gloire de Dieu seul, et les autres que vous avez envoyés dans les autres lieux. J'ai écrit au U. P. de Siainville qu'il priât Dieu pour vous et Mme votre épouse et M. Courtin. Vous ferez une grande charité daller voir le pauvre P. Feuillant. Vous avez bien fait de mettre votre argent entre les mains de M. Béchet ; il faut seulement veiller à ce qu'il soit sûrement en cas de mort, étant âgé comme il l'est. C'est une bonne pensée que la neuvaine en l'honneur de saint Jean l'évangéliste. La pensée qui me vient au sujet ûa pauvre M. Michalet que j'ai vu à Paris sans biens et qui en a tant amassé est (]ue:Filii hujus sœculi prudentiores filiis lucis sunt. {Luc. XVI, 8). Ah! si l'on s'appliquait avec autant de soins à amasser des trésors célestes 1 Et à son égard, Q«œ paravit, cujus erunt (Luc. \u, 20j? lui qui n'a pas voulu imprimer le livre De la dévotion aux saints
anges, l'en priant, par leur considération, do peur de trop tarder h gagner de l'argent.
J'ai écrit à M. Bouclier (>our une alfairo de Dieu. Je vous remercie de la réparation (jue vous m'avez envoyée , elle est bien. Si tant de personnes par tout le monde font tant de pèlerinages, de vœux , de dévotions l)Our la santé du corps et leurs intérêts, que ne devons-nous pas faire pour l'intérêt de Dieu? L"nissons-nous tous ensemble pour la dévotion du règne de Dieu: car enfin Dieu seul, les seuls intérêts de Dieu. C'est en lui que je suis avec bien du respect, etc.
Evreux, ce 20 décembre 1699.
LETTRE CCXCL
AU SIÈME.
La vie du Chrétien est mie continuation de la vie de Jésus-Christ : donc il faut penser, agir et souffrir comme Jésus-Clirisl.
DIEU SElt.
Monsieur,
Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus-Christ, le SauVeurde tous les hommes.C'est dans cette sainte union, et par cette divine union, que nous pouvons arrivera posséder ce Dieu seul ; la même parole divine qui nous apprend que Dieu sera toutes choses eh tous dans le ciel, et par suite qu'il y sera seul le grand et l'unique tout, la même nous enseigne qu'en cette vie Jésus-Christ est toutes choses eu tous, et si nos corps n'ont pas le plus petit mouvement qu'ils ne le reçoivent de l'âme, de môme nous n'avons rien pour Dieu , non pas même une seule bonne pensée sans l'esprit de Notre -Seigneur Jésus -Christ. Je bénis son aimable et divine Proviilence, ma toujours très-bonne et très-fidèle Mère, de ce qu'elle veut que j'aie fini l'année, et que je la commence en écrivant de cette vérité pour le livre que j'espère qu'elle nous fera donner au i)ublic. Nous écrivons donc en sa divine vertu que la vie du Chrétien est une continuation de la vie de Jésus - Christ. Oh 1 Monsieur, voilà une grande et admirable vérité, que Jésus-Christ soit notre vie, et ainsi toutes nos actions doivent être dignes de l'adorable Jésus, ce qui nous oblige et en agissant et en souil'rant de considérer et bien considérer l'adorable Jésus; aurait-il agi, aurait-il soull'ert, comme j'agis et comme je souffre , car c'est lui, son divin esjjrit, qui est le principe de toutes les actions et de toutes les souffrances chrétiennes. Cependant, à quelque prix que ce soit, il nous faut agir en véritables chrétiens, il nous faut cesser de vivre de notre propre vie, et pour cela il ne faut plus vivre que de la mort. Oh I mourir continuellement au péché, aux créatures et à soi-même, pour ne vivre plus que de la vie de Jésus, pour n'agir [ilus que par Jésus, pour ne plus souffrir que dans sa sainte union, comme il a agi et comme il a souffert, pour n'être plus rien à nous-mêmes, afin que Jésus- Christ y soit toutes choses.
Voilà le li de ce mois qui est la fètç de son
lîSI
W.LYRES COMPLETES DE BOLD
«aint nom tl'» Jésus, qui est le jour de ma naissance, et de ma renaissance par le saint baptême, que j'entre dans la soixante-dix-septième année de mon ilge. Aii ! qu'il est grand temps que je cesse de vivre à moi-même et de ma propre vie. Je me recommande aux prières, atin que l'adorable Jésus soit mon unique tout en toutes choses par l'avènement fie son règne. Je vous sujiplie de prier Mlle Auvray, Mlle du Tour et leur famille qu'elles communient ce jour-là pour ce dessein. Je me recommande aussi au saint sacrifice de M. Courtin, et je les salue tous et leurs bons anges. Je prie de la môme grâce Mlle Agathe, la saluant avec son bon ange, comme aussi vous, Monsieur, vous saluant, Mme votre épouse, que je n'oublie point tous les jours devant Notre-Seigneur et son aimable .Mère Merge, comme vous, tous vos bons anges, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Paris et 'iespersonnes qui y sont. Je vous écris le .3 janvier, fête de la grande sainte Geneviève, qui en est la patronne, l'invoquant en toute humilité et son bon ange, et bien toufhé de tous les secours que la divine Providence m'a donnés en celte ville. C'est un abîme de miséricordes où je me perds. Ici je me sens pressé de m'écrier avec le saint fondateur des religieuses de la congrégation de Notre-Dame : Oh 1 que nous avons un bon Maître, que nous avons une bonne maîtresse! C'est aussi le jour de l'Octave de la fête de saint Jean l'évangéliste, aimable saint, et plus aimable qu'on ne peut dire. Ah ! que je lui ai d'obligations ! Je me suis souvenu aujourd'hui particulièrement delaNaxie. Voici une lettre jjour une Ursuline de Sainl-Denis qui a promis au P. Sauger d'y aller, et elle y portera sa pension. Mais comme la chose est secrète, elle me prie d'adresser sa lettre à la Mère de Saint-Barthélémy, religieuse à Sain.te-Eli- .sabeth, près le Temple, afin qu'elle lui fasse tenir ma réponse en main jiropre. Ayez donc, s'il vous plaît, la charité d'envoyer celb; lettre à cette Mère.
La pensée de Mlle Rousseau est boime pour l'impression de ce qu'elle écrit pour la neuvaine de l'intérêt de Dieu; mais je pense qu'il se faut contenter d'une fois l'année, car il y aurait à craindre qu'en voulant la multiplier on ne se lassât. Mais comme ce ne serait que pour distribuer dans les communautés d'Angers ou très-peu d'autres, j'ai pensé que si l'on envoyait sept ou huit livres dit Purgatoire ou cette dévotion est assez ex[iliquée, cela servirait beaucoup plus à la gloire de TSotre-Seigneur et de son immaculée Mère Vierge et de plus pour le règne de Dieu dans lésâmes du purgatoire, et vous pourriez avoir l'intention dans celle oistribution de la faire pour l'âme de feu M. votre père, afin que le règne de Dieu lui arrive.
Je vous renvoie la lettre île Mile Rousseau, llyaaussi une lettre pour Ml le de Loinbillon, qui m'écrit sur les livres que vous lui avez adressés. J'espère de Dieu tout bon qu'il en
sera glorifié el sa très-sainte Mère et les bons anges. Le bon P. Claude de Paris, capucin du Marais, m'écrit qu'on a lu le livre De la Vierge dans leur communauté avec une singulièr-e bénédiction et une grande estime de leurs pères. L'on me mainle d'Anvers la même chose, et en particulier le livre De lu dérolinn aux saints anges. Mlle de Lombi!lon aura soin de prier pour nous el pour Mme votre épouse. Je lui écris qu'elle aille en dévotion à une chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours, qui est à un demi-quait do lieue de Nancy, \ oici aussi une lettre pour les Carméliles'd'Angers. Vous savez, .Monsieur, les jours qu'il les faut envoyer h la poste. Dieu seul, Dieu seul en trois |iersonncs, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus-Christ le Sauveur de tous les hommes el du béni cœur de son immaculée Mère Vier-ge ; c'est dans ces cœurs sacrés que je suis dans un jir-ofond r-especi, etc.
Evreux, ce 3 janvier 1700.
LETTRE CCXCII
l'ninn de prières dans un but commun; s'unir aux âmes dévouées ù Marie pottr soutenir ses intére'is.
D!EU SECL.
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personne.s, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ le Sauveur de tous les hommes. Je vous écris, .Monsieur, le lendemain de l'Octave de la fête du disciple bien-aimé de ce cœur infiniment aimant et infinirrjent aimable et adorable, et le jour de la précieuse mortde la bienheureuse Angèle de Foligny, l'unedes plus grandes amantes de ce cœur abîme d'amour et de miséricorde, saluant avec resfieet Mme voire mère, Mme votre éjjouse, .Sllle Agathe, vos bons anges, tous les bons anges el saints patrons de la ville et du diocèse de Paris et des personnes qui y sont. D'une grande volonté, je m'unirai avec le secours divin à la neuvaine que Mme votre épouse commence, le jour de la fêle de la sainte Epiphanie, etqui finira le quinzième jour dans lequel on célèbre dans l'ordre du Mont- Carinel la fête des noces virginales de la très-sainle Mère de Dieu et la Reine des vierges, avec son saint époux le grand saint Joseph vierge, et la fête de saint Paul , erniiic, le grand saint de Dieu seul , dans qui Jésus-Christ a été toutes choses dans sa séparation des créatures durant quatre-vingtdix ans, s'élant retiré dans le désert environ à l'âge de vingt ans, et y ayant vécu cent dix, comme les anges dans le ciel ; tous ceux qui aspirent à ne vouloir que Dieu seul, lui df)ivent avoir une grande dcvotion.
.Mlle Auvrav m'a écrit louchant le Neuf- Chàlel.
Vous ne pouviez mieux finir et commencer l'année qu'en travaillant pour la défense des inlérôts de notre grande Maîtresse. Ohl
fS33
LETTRES. — A M. THOMAS
que nous avuns un bon Maître, que nous ;ivuns uiio bonne Mailres;-e, on ne peut pas mieux soutenir le jietit oflice de son immaculée r.oneeiition, (|u"a lait M. le curé de Saint-Louis, avei' plus de l'orc'e et de netteté. J'éerirai h M. lleiirard, pr<^tre llamand de ^a rouuiiunauté, qui a un zèle admirable
Eour la très-digne .Mère de Dieu, quil aille ien de vous voir. Je crois que notre bon Sauveur, et son iumiaculée Mère Vierge seront glorifiés que vous soyez liés saintement en Noire-Seigneur. Il a vu M. Courtin. Les liabiludes qu'il a peuvent servir beaucoup à tlél'endre les intérêts de la très-sainte Mère de Dieu et de l'Eglise.
A l'égard de la fondation du missionnaire, surladillieulté qui vous est survenue, lapensée m'est venue que si vous la faisiez aux Jésuites, elle serait très-assurée, et ils en .-eçoivent. De [dus, l'expérience fait voir que Dieu a aciordé l'esprit a jiostolique à cette Com- )idgnie. Feu M. Arnaud, toutopposé qu'il leur fût dans les dernières années de sa vie, a écrit qu'ils avaient fait des merveilles dans quelques missions dont il parle; et de vrai ils y ont reçu une bénédiction admirable et eitraordinaire : conférez-en, s'il vous |)laî;, avec iM. Courtin.
Je crois que vous ne devez nullement penser à faire de fondation présentement. La divine Providence, notre toujours très-bonne t'I très-tidèle .Mère, vous a mis entre les luains une grande œuvre pour sa divine gloire. Quelquefois c'est une ruse du malin es|iiit de trop multi|ilier les choses, pour empêcher qu'aucune ne soit parfaite. J'en ai de l'exiiérience 'en ce que des personnes «l'autre (lart très-saintes ont fait, et qui y ont clé tiompées; ne vous pressez i>oint, Monsieur, sur les bons desseins qui pourraient vous venir ; la proposiiion de la condition )iour les missions étrangères n'est pas faisable. Dites, s'il vous plail, à Mlle Agathe, au nom et de la part de Noire-Seigneur Jésus-Christ et de son immaculée Mère Vierge Jlarie et de tous les bons anges et saints, qu'elle prenne bon courage, que notre bon Sauveur tirera sa gloire et son bien et trè.— grand bien de ses peines. C'est dans son tœur et celui de sa très-sainte Mère que je suis avec bien du respect, etc.
Vous m'avez fait un très-grand plaisir en Notre-Seigneur de m'avoir envoyé les preuvesdeM. le curé de Saint-Louis; car elles .serviront jiour la défense des intérêts de sa très-sainte Mère.
tvreux, ce k janvier 1700.
LETTRE CCXCin.
JJcvofion de Buiidou à la sainlc Xienje dès son enfance. Il recommande de fonder un établissement d' Ursulines au Canada.
DIEU SEUL
■Jifiii seul, Dieu seul en trois personnes, ei toujours Dieu seul dans l'union sainte du
sacré cœur de notre bon Sauveur le Sauveur de tous les hommes. Ma grande occu- ]iation. Monsieur, présentement, est de demeurer en lui, et le jour de ma naissance et de ma renaissance par le saint baptême, tiédie à son sacré nom de Jésus, sa miséricorde intinie m'en fit ressentir les effets, me semblant que je devais cesser de vivre, afin (lue l'adorable Jésus vécût entièrement en moi. C'est la grâce cependant de tous les Chrétiens bien peu connue, et la divine volonté me fait achever le livre qui est tout destiné pour la faire connaître, dans cette Octave de la fête du (irécieux cœur de l'admirable Mère de Dieu dont nous avons célébré la solennité à Evroux le 8 de ce mois lundi dernier. Car enlin la môme divine volonté me veut loul par la très-sacrée Vierge, et il me semble vous l'avoir dit. Mes compagnons d'école dans les classes en étaient si persuadés, que l'on m'y a appelé la Vierge; et dès le commencement de mes études,, tout jeune, ils disaient, ce qui n'était pas vrai, que la très-sainte \ lerge m'apparaissait, je ne sais pas par quel instinct.
Oh! que nous avons un bon Maître et une bonne Maîtresse. J'ai fuit mettre dans la chapelle où je célèbre le divin sacrifice une image delà très-sainte Mère de Dieu sous le titre de Notre-Dame de Bon-Secours. Je porterai les desseins du testament de Mme voire épouse que je salue, très-particulièrement, et vos bons anges, aux pieds de la saillie image, pendant quej'y oH'rirai le trèsdivin sacritice en l'honneur de son sacré cœur, atin qu'elle le bénisse de ses plus saintes bénédictions. Tout m'y paraît bien réglé pour la gloire de Dieu, et même ce dessein pour donner un titre à quelques pieux ecclésiastiques, et surtout lafondatioii à Saint-Nicolas où l'on ne donnera ce litre qu'à des personnes appelées et pleines de l'esprit de Dieu, car autrement quelquefois cela pourrait faire (ilus de mal que de bien.
La mère de Saint-Denis agit trop humainement en de certaines choses, mais les pensées de Dieu sont bien éloignées de 'celles des hommes. Tout ce qu'il a fait dans son Eglise depuis son établissement pour ses plus grands desseins a eu des commencements bien petits, où les moyens humains n'ont pas eu grande part ; car' il veut que l'on sache que c'est lui qui agit. Les Ursulines du Canada m'ont écrit pour un nouvel étaolissement qu'elles font, à qui l'on s'oppose, parce que l'homme ne voit pas assez de secours humains ; je leur ai mandé dès l'année passée qu'elles passent l'établissement au nom de Noire-Seigneur et de sa très-sacrée Mère, et elles m'écrivent que cela leur a donné une sainte joie. Notre bon Sauveur paraissant à sainte Thérèse lui dit : Oh 1 l'avarice du cœur humain; il semble que la terre lui manquera toujours.
Je vois bien le sujet qu'a M. Tiberge, à moins que cela ne se pût faire par d'autres, de se dispenser de parler pour la Nasie, à raison que c'est uue mi5»ion des
ÎB5
Pères jésuites; il faut donc; penser à d.'aulres voies. Mais je crois que Dieu sera gioriûô que l'on présente unlictum ù Mme deMàintcnoii, toujours cola ne peut faire de mai. Il y a plusieurs années, comme je vous l'ai mandé, que je me sens pressé iiour cela, et sans les guerres j'aurais tâché de le lui faire présenter, mais je croyais qu'il fallait attendre la paix. Si Mgr de"Chartres le voulait, il le pourrait bien taire, sinon il faudra chercher quelqu'autre voie. M. Doyen, que vous connaissez, présentement a habitude avec elle à cause (ie M. son frère, on pourraitprésenter un faclum à M. Doyen, et le prier d'en présenter un autre à Mme de Maintenon, mais auparavant il faut voir si Mgr de Chartres ne le voudrait pas bien faire. Il est bon iiour la gloire de Dieu que vous conduisiez l'alfaire de la Naxie secrètement à votre égard, mais cela n'empêchera pas que vous n'agissiez dans la nécessité; vous pourrez bien par les Pères jésuites agir sans que vous paraissiez.
J'avais eu la pensée de vous dire de [lar- 1er à. M. Tiberge pour M. le Pileur, car ils sont grands amis.
Assurément mes incommodités corporelles qui augmentent, demandent un secours particulier de notre bon Sauveur par sa trèsmiséricordieuse Mère, les bons anges et les saints, pour pouvoir faire mes visites. Je salue très-particulièrement M. Courtin, Mme votre mère, Mlle Agathe, M. Auvrayet toute sa maison et leurs bons anges. Je prie Mlle Auvray de communier une fois à Notre- Dame du Remède et les autres personnes qui le pourront, la sœur Gervaise et les sœurs Antoinette, pour avoir la secours dont j'ai besoin. Je salue aussi leurs bons anges, car je suis bien incommodé de ma descente.
Depuis que l'on a su. Monsieur, le dessein de quitter l'archidiaconatd'Kvreuï, plusieurs personnes m'ont offert très-charitablement leurs maisons. Mais je crois que la divine Providence, ma toujours très-bonne et trèsfidèle mère, vous a réservé pour son pauvre esclave, et cela me paraît, ce me semble, bien clairement; comme votre grande charité me donne lieu de vous parler en simplicité, je crois que vous êtes la personne qu'il me destine, et que c'est entrer dans ses desseins, et accomplir sa divine volonté que je vous regarde en cette manière, et qu'elle pourra peut-être me faire unir mes jours avec vous, qui ne peuvent pas être de longue durée, si elle me laisse encore en ce monde. J'espère donc avoir l'honneur d'aller chez vous après la Pentecôte, à raison qu'il faudra faire mes visites dans l'intervalle de cette fête et de celle de Pâques. AprèSi cela je ne saurais assez vous marquer combien j'ai de reconnaissance pour toutes vos charitables bontés. Je n'ai ])as besoin présentement , ayant reçu quelqu'aumône qu'on m'a envoyée de Paris. Mais je suis toujours avec bien du respect, etc.
A Evreux, ce 12 de février, dans l'octave delà fêle du très-snint cœur de la Mère de JJieu.
LKTTRE CCXCIV.
Boudon raillé de l'oblation qu'il avait faite de son archidiaconé à la sainte Tierge. Avantage inestimable des souffrances. Cot^ fiance singulière de saint Etienne de Graminont en la Providence.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur de tous les hommes. C'est dans cette union que je vous écris. Monsieur, le 15 de février, jour de l'octave de la fôte du très-doux et très-miséricordieux cœur de la Mère de Dieu, notre bonne mère. Oui en vérité ce me serait une faveur inestimable d'être dans l'opprobre pour sa gloire. J'ai déjà eu l'honneurd'être raillé à ce sujet il y a longtemps : on a môme fait une iinjiression de l'oblation que j'ai faite de l'archidiaconé d'Evreux à son très-saint cœur ; ])0urme rendre ridicule, l'on en a fait des plaisanteries parmi les savants, et enfin j'en ai passé pour fou : Nos stulti propter Mariam.
Ce qui a donné lieu aux menaces est que l'on a cru que j'écrivais contre M. Baillet; cependant je ne l'ai nommé en aucun endroit. Je combats certaines choses qu'il a soutenues, mais je ne parle pas des hérétiques qui les ont avancées, et je n'ai pas le dessein de dire qu'il les ait dites dans le sens qu'eux, étant catholique ; mais je ne parle [tas de lui. Je vous supplie, dans l'occasion , je dis dans l'occasion, d'avoir la charité de voir un peu les sentiments de M. le vice-gérant Chappelain, s'il en a lu quelque chose, c'est qu'il y a des gens ^iui approchent de Mgr l'archevêciue qui ne ma sont guère favorables, et je ne sais s'ils ne lui en auront pas dit quelque chose en leur manière.
^■ous pourrez dire, dans l'occasion, au P. de laBeaume, que l'article qui est après les associations des paroisses n'est pas de moi ; c'est l'ai)probateur qui l'y a mis de lui-même. Ce n'est {>as que je ne convienne des devoirs de la paroisse ; mais cela n'était pas nécessaire à mettre. Saint François de Sales en parlant des associations, n'en a rien dit, et de plus, à l'égard des écoliers cela ne convient pas. Je vous supplie aussi de dire à M. Courtin que M. Dolé, confesseur des filles de la Croix, est malade.
Je bénis la divine Providence de ce que M. Courtin se porte mieux. Tous les jours, et lui, et vous, et Mme votre épouse, et votpe fille, et celles qui sont affligées, m'êtes tous présents devant Notre-Seignour au saint autel. A l'égard de votre pauvre lille, il n'y a point à douter qu'il n'y ait de la vexation diabolique ; j'en ai des preuves convaincantes. Dites-lui, s'il vous plaît, de
LETTRtS.
A M. THOMAS
ma part, nu nom de iiotro bon Sauveur Jésus-Ctirist et de la glorieuse Vierge Marie, sa liieiilieureuse Mûre et des bons anges, que son mal, et très-grand mal, lui est un bien, et très-grand bien ; c'est pour elle un l)onheur ineoinparable. L'on l'ait le lodu mois la l'été de saint Aquilin, évoque d'Kvreux. 11 avait le don gratuit des miracles, et en jiarticulier de guérir les aveugles : il devint aveugle lui-môme, et il ne voulut pas se servir du don de Dieu à son égard. Il lit jilus d'élat de son mal qui lui était bien rude, (]ue de ce que l'on regarde comme un grand bien qui est le recouvrement de la vue. Je la supplie de jirier pour ma misérable personne. .\li 1 qu'il est bon d'être entre les mains de la divine Providence ; et d'y être en sa manière et comme il lui plaît! jamais on ne peut être mieux, quehiue mal que l'on soit : elle sait bien tirer sa gloire, et par une bonté incompréhensible notre propre bien, de tout ce qui nous arrive. Qui a jamais espère en elle, et est demeuré confus? {Eccli. ii, 11.)
C'est encore, aujourd'hui 15, l'octave de la fêle de saint Etienne de Grammont, l'un des saints les plus abandonnés à la divine Providence. 11 voulait que ses religieux n'eussent pas un denier de revenu, et en même temps il leur défendait de demander aucun secours par l'aumône. El ce qui lui est très-particulier, il les avait placés dans un désert hors de la vue de toutes les créatures. Il était bien persuadé de celte vérité : // suffit que voire Père sache vos besoins. (Matth. VI, 32.) De plus, il avait fait un statut par lequel il réglait, que s'il leur arrivait d'être trois jours sans manger, le supérieur pouvait pour lors envoyer quelque religieux demander l'aumône, "à condition qu'il prendrait garde de n'y [las envoyer quelqu'un de ceux qui paraîtraient les plus faibles et les plus abattus, de peur que leur vue ne donnât quelque compassion naturelle. Eiitin il ne voulait que Dieu seul : il ne voulait pas que l'homme se mêlât de le secourir ; il n'attendait son secours que de Dieu seuL J'ai eu la grâce de visiter la cellule qu'il avait dans son désert, (|ui présentement n'est plus comme elle était en ce teiups-là.
C'est une grande grâce que la conversation avec les saints anges, et si grande que lorstjue notre bon Sauveur voulut lirer particulièrement sainte Thérèse de ses défauts et l'élever à !a haute perfection où il l'a mise, il lui dit : Je ne veux plus que tu converses avec les hommes, mais avec les anges.
Je salue avec une vénération particulière celui qui vous garde ; tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Paris et des personnes qui v sont et spécialement des personnes de chez vous et suis. etc.
15 février 1700.
LETTIU- CCXCV.
Amour des souffrances dans Marie des Vallées, ttoudon (lonnc son avis sur une fonda-
tion d'un bénéfice.
DIEU SELL
Monsieur,
Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur, le Sauveur de tous les hommes. Je vous écris, Monsieur, le 23 de février, jour de la précieuse mon de la bienheureuse sœur Marie des Vallées ; je l'appelle de la sorte , parce que si la divine parole déclare bienheuieux ceux qui soulfrent , nous la |)Ouvoiis bien dire bienheureuse, ayant été l'incomparable dans les souffrances, faveur si précieuse que notre bon Sauveur lui dit que c'est ce que sa sainte Mère pourrait obtenir pour elle. Aussi , pour l'impétrer, elle allait h une chapelle hors la ville de Coutances, dédiée à Dieu sous l'invocation de cette grande Reine, se traînant sur ses genoux, même sur les pierres, et elle jeûna deux ans au pain et à l'eau pour avoir cette grande grâce. Lisez ceci, s'il vous plaît, à Mme votre épouse, que je salue Irès-singnlièrement, atin qu'elle estime le don que notre boa Sauveur lui a fait dans l'heureux état où elle est. Il me semble que le titre sacerdotal est bien, à l'exception de ce qui regarde la personne de la famille; car de préférer une personne sous prétexte qu'elle est de la famille à un plus digne, c'est contre l'honiieuf de Dieu. Je crois donc qu'il faudrait mettre que, s'il se présente quelqu'un de la famille qui soit aussi digne (jue les autres à ijui l'on penserait, qu'il serait préféré, voulant toujours ladite dame que Ton legarde à la plusgrandegloire de Dieu, indépendamment de toute autre considération. Un grand et saint auteur rapporte qu'une fondation ayant été faite d'un bénéfice ecclésiastique, à "condition que les personnes de la famille seraient préférées, Notre-Sei^neur révéla longtemps après que tous ceux de la famille qui l'avaient possédé, avaient été tous damnés; il y en avait un très-grand nombre. Enfui toujours Dieu seul.
Apparemment ce que vous avez dit à M. Tiberge louchant M. le Pileur aura eu un bon etl'et , et je crois qu'il sera bon [lour la gloire de Dieu, car c'est ce que nous devons regarder en toutes ciioses, que vous lui [larliez de la fondation pour les missions étrangères.
[Confidimus in Domino Jesu], (juia qui cœpit in vobis opus bonum perftciet. [Philip. 1. (i.) Il faut tout attendre de ses grandes et immenses miséricordes, et cependant n'oubliez rien [lour les all'aires de sa gloire Il n'est pas nécessaire, comme vous le dites,, dans l'état présent des choses, de prier M. Doyen de présenter le factum, il sulfit f]ue les PP. Jésuite^ s'en chargent. Je bénis la divine Providence que votre confé.-e.'u-e
se soil passée à un jour de samedi, à la très-sacrée Vierge.
Je n'ai point du tout d'idée de la pauvre femme que vous appelez Renée; je ne laisserai pas d'olTrir notre bon Sauveur pour son âme.
Je vous supplie, Monsieur, d'envo^'er cette lettre à la poste pour Bourgogne , qui part à midi le dimanche, mercredi et vendredi. Je remercie M, Coiirtin et toutes les autres personnes qui ont la charité de communier pour la gloire de Dieu dans ma misérable i)ersonne. Je les salue toates, tous leurs bons anges et tous les bons anges et saints patrons de votre paroisse de Saint-Nicolas, de la ville et du diocèse de Paris, et des personnes qui y sont. Il faut que je vous dise (jue j'ai été occupé des vôtres , de ceux qui vous gardent, madame voire épouse, madame votre mère, Mlle Agathe et vos domestiques d'une manière extraordinaire , en sorte que j'en étais étonné, car tous ces bienheureux esprits se présentaient à mon esprit comme d'eux-mfmes. Que la divine Providence, ma toujours très-bonne et trèslidèle Mère, en soit à jamais glorifiée. Cela m'est arrivé depuis que vous m'avez fait la charité dem'offrir votre logis, dont la divine Providence, qui vous l'a inspiré, saura IJien vous en tenir com[)te, et elle-même reconnaître ce que vous faites selon ses desseins. Il lui plaît de répandre ses bénédictions sur le livre de la Dévotion aux Esprits célestes, les ministres sacrés de ses ordres. C'est sous leur puissante et charitable protection que je demeure avec un profond respetc, etc.
LETTRE CCXCVI.
AU SIÈME.
Saint Jean de Dieu fou selon le monde, mais sage selon Dieu. Sagesse des mondains vraie folie ^ en comparaison de la sagesse des saints.
Œl VUES COMPLETES DE BOIDO.V,
dédié
UIEl SEUL.
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, etc. Je vous écris, Monsieur, le 8 du mois, fête de saint Jean de Dieu, fondateur de l'ordre de la Charité, qui a passé idusieurs années faisant des actions d'une folie apparente, qui le faisaient regarder comme un homme qui avait [lerdu l'esprit; et le voilà présentement dans l'élévation d'un état si glorieux, que les chaires sont pleines de prédicateurs qui |)rêchent ses grandeurs, et que les premières personnes du monde révèrent ses cendres : Dieu, dit l'Apôtre (/ Cor. I, 27), choisissant ceux qui semblent sans esprit, dans le monde , afin de confontlre les sages. Et, en effet, pour parler encore avec le même Apôtre {Ibid., 20) , où sont tes philosophes? où sont les docteurs de la loi '! où sont les curieux des secrets de la nature? Dieu n'o't-il pas changé la sagesse de ce fp.ondç en folie ' Et certainement qui voudra
bien considérer ceux que le monde regarde comme les grands esprits du siècle , de fortes têtes, dés sages politiques, et ce qu'ils sont après leur mort, je dis même dans le monde, verra clairement que leur sagesse a été une folie. Car s'ils ont ambitionné l'honneur, ou s'ils se sont procuré de gros biens temporels, que leur reste-t-il de toutes ces choses? leurs cendres, leurs tombeaux, leur mémoire est-elle honorée comme celle des saints, dont la vie a passé pour une folie ?
Cela m'a donné lieu de faire aujourd'hui une fête, et très-grande fête, en mon particulier en l'honneur de ce qui semble folie en Dieu et qui est plus sage que les hommes, comme parle l'Apôtre, magniliant le Seigneur en saint Jean de Dieu et en saint Paul le simple; dont la précieuse mort est le 7 du mois présent, c'est-à-dire hier, et dans les saints anges qui les ont gardés. Je fais encore cette fête en l'honneur du transport do joie de notre bon Sauveur [Matth. xi , 25), lorsqu'il vit que son Père avait choisi des jiersonnes aussi simples que des pêcheurs jiour faire les merveilles qu'ils opéraient, leur donnant la connaissance de ses grâces, et laissant les prudents et les sages dans l'aveugleraent que leur cause l'orgueil. O mou Seigneur et mon Dieu, qu'il fait bon d'être ]ietit , et très-petil, et bien anéanti! Je fais encore cette fête, pour remercier la divine Providence d'avoir été traité de fou et de ridicule, au sujet de la dévotion à la trèssacrée Vierge.
J'«ii une sainte joie en Notre-Seigneur de ce que M. le curé de Saint - Louis soutient si bien ses intérêts : c'est une chose assez surprenante que l'on trouve à redire à ces paroles. Domina, in adjutorium meum intende; tous les jours nous appelons bien à notre secours de viles créatures du monde ; et de mèrne à ces autres paroles : Domina, exaadi orationem. Tous les jours ne ilit-on pas dans le monde aux juges dont l'on a besoin : Ecoutez favorablement ma requête.
Que diraient donc ces messieurs de l'ap plicalion que saint Bonavenlure grand docleur aussi bien que grand saint, fait à la sainte A'ierge de tout le Psautier de'David. Je crois que vous avez agi pour la gloire de notre bon Sauveur, et de son immaculée Mère, d'avoir donné un livre de la dévotion à la sainte Vierge, au P. de Gourdan et de lui avoirfait voircequeM. le curé de Saint-Louis a fait pour le soutenir. 11 aurait été à désirer que l'on n'eilt pas mis qu'Innocent XI récitait son petit ollice de l'immaculée conception tous les jours, je dis tous les jours, car cela ne paraîtra [las croyable, il suffisait de dire qu'il le récitait, comme le saint homme évêque de la Chine l'a dit, et qui peut avoir dit tous les jours, mais il eût été mieux de ne le pas marquer, je dis cette particularité.
La divine Providence aura soin des atfaires de sa gloire dans la Naxie, il y faut mettre toute notre confiance, et aux bons an^os
ISil
LETTRES. — A M. THOMAS
iii'i
après la sainte Mère de Dieu, les exécuteurs (le ses ordres; j'ai rei ours tous les jours à eux pour cela. Je salue avec une vénération particulière Mme votre épousi; i\m a l)ien fait de mettre dans la ibinJation l'obligation de célébrer une fois l'iniiiéc la messe pourelle, toutelal'amille, M.Courtin/.tous vos bons anges,tous les bons anges et saints patrons delà ville et du diocèse lie Paris, et des personnes qui y sont; je me souviens jiarfaitement de la bonne Uénée, présentement, dont je n'avais pas connaissance pour son nom, j'aurai soin de prier [wur elle avec le divin secours, elle est bienheureuse d'avoir beaucoup sonlTerl. .\li ! qu'il t'ait bon être malheureux en ce momie.
Je demeure avec bien du respect, etc.
Ce 8 mars 1700.
LETTRE CCXCVII.
Amour des saints pour les humilialions.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésusclirist, le Sauveur de tous les liommes. Je vous écris. Monsieur, le 25 mars, "fête de l'anéantissement épouvantable d'un Dieu dans les entrailles de la très-sainte Vierge, et de l'élévation incomparable delà mémo A'ierge à la glori'euse qualité de Mère de Dieu, à laquelle tous les véritables dévots doivent prendre plus de part qu'il ne se peut dire. C'est aussi la veille de la précieuse mort du saint homme le P. Jean Chrjsostome dont la divine Providence nous a fait donner la vie au public, saint homme tellement anéanti à soi même, qu'il avait fait un vœu de jeûner cent jours en l'honneur de saint Joseph, s'il pouvait obtenir par ses puissantes intercessions d'être méprisé de tout le monde. De plus, il avait fait vœu de se faire mépriser, autant qu'il le pouvait, dans l'ordre de Dieu. Cet anéantissement l'avait tellement uni à Notre-Seigneur qu'avant promis à la feue Mère du Saint-Sacrement, de lui paraître après sa mort, cette Mère entrant dans un lavissenient, notre bon Sauveur lui parut et lui dit: Won serviteur s'acquitte de sa promesse, mais pour paraître, il faut que je paraisse, car il a été tellement abîmé en moi par ses anéantissements, qu'il est un autre moimême. Allant voir cette Mère qui était pour lors dans l'hospice de Villaud, près Paris, comme on pensait lui parler, pour toute réponse, on entendait sortir de sa bouche. Dieu, Dieu, Dieu, Dieu, Dieu 1 J'espère beaucoup en sa protection, et je vous l'ai mandé, j'ai un besoin spécial des secours de la divine Providence ma toujo^irs très-bonne et très-fidèle mère, quoi qu'il p\iisse arriver, jiour faire mes visites, mes infirmités cor-
porelles augmentent et en plusieurs manières.
Je crois que Mme Cécile a bien fait de suivre les avis qu'on lui a ilonnés, j'es|)èru que notre bon Sauveur et son immaculée Mère Vierge en seront glorifiés, mais il n'est pas nécessaire qu'elle me le fasse savoir. Ce n'est i>as la première fois, elle se détermine à faire les choses, et ensuite elle me les fait dire, on ne demande pas avis d'une chose que l'on a faite, et je ne souhaite pas qu'elle m'en demande avis, mais il .serait à souhaiter qu'i'llo prît quelque autre personne (]ue moi |iour sa direction, car son procédé est même contre le bon sens. Dans l'occasion je vous supplie de lui dire qu'elle prenne quelque autre personne, elle en trouvera avec le secours divin dans Paris et qu'elle pourra même consulter avec jdus de facilité.
Je crois qu'il faut s'en rapporter à ce que le P. Jésuite vous dit touchant la Naxie. Tout est entre les mains de la divine Providence ; i> faut se confier uniriuemiiient eu elle. Je salue très-particulièrement Mme votre épouse, toute la famille, M. Courtin, les personnes affligées, vos bons anges, tous les bons anges et saints patrons de la vdle et du diocèse de Paris et des jiersonnes ijui y sont. •
Je suis avec inen du respect, etc.
Ce 23 mars 1700.
LETTRE CCXCVIU.
Ses infirmilcs commencent à devenir presque continues : sentiments clirc'tiens qu'il témoigne à cette occasion.
DIEL'^SEIL
Dieu scu., Dieu seul en trois |)ersonnes, et toujours Dieu seul dans l'union, etc. Je vous écris. Monsieur, dans sa divine union, ne voulant rien faire à jamais qu'en sa divine et par sa divine union, le mardi jour que l'on consacre particulièrement en l'honneur des saints anges, ayant dessein de célébrer le très-saint sacrifice en leur honneur, et très-spécialement en l'honneur de votre bon ange, des bons anges de toute votre famille, et en particulier de l'ange gardien de Mme votre épouse, de celui de M. Courtin. et des bons anges de toutes les personnes aûligées, que je salue tous avec une grande vénération, comme tous les l)ons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Paris et des [lersonnes qui y sont. Le mardi est encore un jour que je destine toutes les semaines pour honorer très-particulièrement la divine Providence ma toujours très-bonne et très-fidèle mère. De quelque manière qu'elle dispose des choses, qu'elle soit à jamais bénie, louée, adorée,^remerciée, glorifiée des maux qu'il lui plaît de m'envoyer. Ils sont bien fâcheux et incommodes, liailont selon l'homme; -ils
ŒLVRES COMPLETES DE BOUDON
sont bien agréables et commodes selon Dieu. Hier la nuit je fus attaqué de mon mal deux fois, et trois ou quatre lois le jour; et à chaque fois il faut bien du temps pour remettre les choses en état : c'est une occupation outre le mal ; mais pouvons-nous être mieux occupés qu'à faire ce que Dieu veut que nous fassions?
Après tout je dis avec le Psalmisle : Votts êtes mon Dieu : mon sort est entre vos mains. Soyez-moi un Dieu protecteur, et un asile assuré où je trouve mon salut. {PsaL\\\,l5, '2, 3.) Car vous e'tes ma force, 7non refuge; vous e'tes mon espérance di's ma jeunesse. Je me suis appuyé sur vous dès que je suis venu au monde ; vous êtes mon protecteur dès le ventre de tna mère, j'ai été jeté entre vos bras dés que je suis sorti de ses entrailles. {Psal. fcxx. 5, C.) Ne vous éloignez pas de tnoi, parce que l'affliction est proche, et qu'il n'y a personne qui me secoure (ibid.,12); car je ne saurais trouver de soulagement à mon mal, pendant que tous les autres en trouvent. Mats vous êtes toujours le sujet de mes louanges. Que ma bouche en soit remplie, afin que je chante voire gloire et votre grandeur durant le jour. IVe me rejetez pas dans le temps de ma vieillesse; ne m'abandonnez pas lorsque ma force s'affaiblira. 0 Dieu, vous m'avez instruit dès 7)ia jeunesse et jusqu'à présent; j'annoncerai vos merveilles. O mon Dieu! ne tn'abandonnez pas dans ma vieillesse et dans l'extrémité de ma vie, afin que je fasse connaître la force de votre bras et que je publie totre puissance et les grandes choses que vous faites. 0 Dieu, qui est égal à vous ? Que ma vieillesse soit comblée de votre iniséricorde. Pour moi j'espérerai toujours, et j'ajouterai de nouvelles louanges à votre gloire. (Psal. Lxx, 6, 7, 8,9, 17, 18, 19, i>2.) O Seigneur! vous avez dit par votre Prophète, que les tnontagnes sont autour de celui qui se confie en vous, et que vous environnez vous-même votre peuple pour jamais. { Psal. cxxiv , 2. ) Ces montagnes, Seigneur, sont vos saints anges pur leur élévation glorieuse dans votre grâce et dans votre gloire. Je lève mes yeux vers ces montagnes, et j'en attends le secours : mais mon secours vient de vous, par ces aimables esprits, vous qui avez fait le ciel et la terre. [Psal. cxx, 1, 2.)
J'en demeure là. Monsieur. A l'égard de mes visites, on pourrait bien y commettre ; mais les curés auraient de la peine à v garder l'ordre qu'il a plu à la divine Providence d'y établir, et cela pour faire unchangement à l'égard de l'archidiacre qui me succédera. Une dame m'a promis sa chaise, et je louerai un bon cheval pour la tirer, et un homme pour la conduire : le tout sous le secours de la divine Providence. C'est en elle et par elle que je vous remercie au delà de ce que je peux vous dire, et votre bon ange, pour toutes les oiTres charitables que vous me faites. Je n'aurai pas besoin d'argent : ce que je recevrai dans mes visites me servira i^mr ttuii. U dépense uu'il ms faudra faire.
Ne dites rien à Mme Cécile. Je suis trcs-
éloigné de vouloir qu'elle s'arrête à mes sentiments, préférant et devant même préférer les sentiments des autres aux miens, et j'ai une grande aversion de vouloir assujettir les âmes et ne pas les laisser dans un© grande liberté ; ce que j'ai voulu vous dire, c'est que cette bonne fille, je ne m'arrête pas à cette dernière fois, fait les choses, et puis elle mande qu'elle les a faites : c'est contre le bon sens de demander avis d'une chose que l'on a faite.
C'est demain le jour que vous recevrez celle présente lettre, 31 de mars, avec le secours divin, la précieuse mort du saint homme le P. Moreau, minime, obsédé des démons durant 10 ans. L'on m'a mandé de Kouen qu'une personne qui était dans ces vexations diaboliques voyait qu'un saint homme l'assistait et le P. Surin. On peut les invoquer en })articulier et leurs bons anges et communier mêiue pour remercier Dieu tout bon de leurs grâces. J'oll'rirai deluain, avec le divin secours, le très-divin sacrifice, dans cette intention; on peut bien l'oU'rir pour le remercier des grâces d'une personne qui est encore en vie, et pour les personnes affligées. Je suis dans le cœur tout de miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ et du cœur de son immaculée Mère N'ierge aveo bien du respect, etc. 30 Mars 1700.