LETTRE CCCIX
AU 5IÊME.
// ne faut pas se laisser effrayer en vue des difficultés futures; à chaque jour suffit sa peine.
niEt; SEtL.
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur le Sauveur de tous les hommes. C'est en sa divine vertu que nous pouvons tout. Monsieur, comme nous ne pourrons rien sans son divin secours ; il ne nous faut donc pas seulement regarder nos faiblesses et notre im[iuissance dans les événements difficiles qui arrivent, mais considérer la force que nous recevons de ce Sauveur tout-puissant; ce qui fait que souvent la seule vue des diflicu'ltés donne plus de peine que les difficultés mômes, lorsqu'il les faut surmonter actuellement, parce que le temps des difticultés n'étant pas encore arrivé, nous n'avons pas encore la grâce qui nous sera donnée pour les porter chrétiennement. Oril ne faut pas s'embarrasser avant le temps : à chaque jour suffit sa malice, nous dit la divine pa?o\c{Matth. x,3i. que ne devons-nous pas espérer et attendre des miséricordes infinies de l'amour immense ducœur adorable de Jésus , notre bon Sauveur?
Assurez, s'il vous plaît. Monsieur, madame votre épouse, qu'en la vertu de notre bon Sauveur, j'en prendrai tout le soin possible de ce qui regarde l'intérêt de cet aimable,Sauveur en elle, soit en sa vie, soit après sa mort, si la divine Providence, ma toujours très-bonne et très-fidèle mère, fait que je lui survive. Je ne vous oublie pas non plus et toute la famille, que je salue avec, vos bons anges, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Paris et des personnes qui y sont ; je vous écris le 10, le lendemain de la fête du glorieux pa-
Iiri9
ŒUVRES COMI'l.ETKS DE BOIUION.
Iron de Paris, le grand saint Denis avec ses compagnons, el la divine Providence aie fait encore recevoir assez à temps votre lettre, l'tant sur le point de partir sous sa divine l>rotection pour achever mes visites.
Mlle Rousseau travaille elle-raôrac à un grand ouvrage Z>f /a dévotion à la très-sacrée Vierge. Ayant reçu le livre que vous avez eu la charité de lui envoyer, elle me manda qu'elle avait dessein d'en prendre iwur ineltre dans le sien, ainsi vous voyez bien (lue si elle le distribuait, cela lui ferait de la peine, car on verrait ce qu'elle aurait pris; c'est pourtant un très-bon dessein de madame votre épouse, mais il faudra l'apj)liquer à quelque autre chose. II y a du temps que j'avais dit à M. Michaict de faire quelque chose pour son bon ange, en réirajirimant le livre De la dévotion aux bons an- (jes. Le pauvre homme s'est rendu indigne de cette grâce par des vues temporelles. Hélas I (pie lui sert son empressement pour les biens de cette vie? Je ne savais ni sa maladie ni sa mort, je prierai avec le divin secours pour lui. Si sa femme ne garde pas sa boutique, comme il y a de l'apparence, les livres que la divine Providence nous a fait donner seront bien partagés a[)paremnient, et ceu.v qui en voudront avoir auront de la peine è les trouver, à moins qu'un seul libraire ne les achetât. La trèssainte volonté de Dieu soit faite en toutes choses. Je suis dans un profond respect, etc.
Evreux, ce 10 octobre ilOO.
LETTRE OCCX
Les infirmités de Boudon s'accroissent de jour en jour; sa confiance en la divine Providence.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul, Dieu seul en trois personnes et toujours Dieu seul dans l'union de notre l.'on Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes. Sa divine providence qui lae sert et qui m'a toujours servi de la meilleure et de la plus fidèle des mères, m'envoie des incommodités bien grandes au sujet de ma descente, qui continue et augmente, en sorte que présentement j'en suis tourmenté tous les jours, et quelquefois plusieurs fois, et la nuit ; cela pourrait aller i\ demeurer dans une chambre avec bien de j."» peine; et c'est ce qui me servirait d'ern^tage, ce que j'ai beaucoup désiré; à tout cela l'esprit humain doit perdre tout raisoQnement, pour entrer dans une soumission jia (faite et sans réserve à tous les états qu'il plaira à la divine Providence faire porter, a les adorer, à les aimer de tout son cœur, de tcuie son âme et de toute l'étendue de ses forces et à n'ouvrir la bouche que pour l'is bénir et les remercier el à en chanter les louanges. Pour moi, je dis avec le Prophète : i'jjO autem seinper sperabo, et adjiciam super
omncm laudem tuam: os meum annuntiabit justitiam tuam , tota die salutare tuum. « J'espérerai toujours et j'ajouterai de nouvelles louanges à votre gloire, ma bouche racontera votre justice, vos assistances salutaires durant tout le jour. {Psal. l\\, ih, 15.) » Deus, docuisti me a juvcntute rnea, et usque nunc pronantiabo mirahilia tua, et itsque in seitectam et senium, Deus, ne deretinquas me. « 0 Dieu, vous m'avez ijissruit des ma jeunesse et jusqu'à présent, j'annoncerai vos merveilles! 0 Dieu, ne m'abandonnez pas dans ma vieillesse et dans l'extrémité de ma vie. » {Ibid., 17, 18.) Je ne manque pas de saluer tous les jours vos bons anges, tous ceux qui gardent votre famille, que je salue avec respect, et en particulier madame votre épouse; Mme Lefebvrequi est bien h noire Seigneur, a communié pour elle à la fête de Saiid-Bruno, aiin que Dieu, tout bon, accomplisse en elle les desseins qu'il a sur elle d'une vie véritablement séparée des créatures. Je salue tous les bons anges et saints patrons de la ville el du diocèse de Paris et des personnes qui y sont. Je crois que no- Ire bon Sauveur sera glorifié de ce que M. l'oflieial est aussi grand vicaire.
Voici une lettre pour M. Boucher, écrite il y a du temps; ainsi elle n'est pas de ma main. J'attendais l'occasion de vous écrire pour vous l'adresser. C'est pour quelques désordres dans le diocèse de Cliartres. Mais je vous su|)plie d'avoir la bonté de le prier de ma part de marquer à M. Bouvet mes très-humbles reconnaissances et respects, et que ne pouvant lui en donner des marques jiar les effets, ce que je puis faire, c'est d'offrirmes pauvres prières, alin que notre bon Sauveur le comble de ses bénédictions. Il n'y a rien de pressé, il lira l'ouvrage à son loisir; nous conférerons ensemble s'il sera à propos, jiour la gloire de notre bon Sauveur et de son immaculée Mère Vierge, de le faire imprimer en mon absence.
Voici une lettre pour Mlle Liebaull; comme je doute que j'aie bien mis le nom de la rue où sont les religieuses du Saint-Sacrement, il me semble que c'est la rue Cassette. Je vous l'adresse pour lui faire tenir; elle demeure dans celte rue, à une porte cochère, tirant vers la rue qui conduit aux Carmes déchaussés. Je serais bien aise que vous la connussiez; elle esl pleine de zèle pour la bonne doctrine de l'Eglise, et elle a beaucou|) d'habitudes avec les personnes qui la défendent. Elle nie mande que le P. Quesnel a fait une critique de l'histoire des Cinq propositions, et que l'on a écrit trois tomes contre. Le P. Quesnel ne manquera pas de réfionses.
Je bénis la divine Providence de ce que vous avez vu M. le Beau et la sœur Moulier, et du livre que vous lui avez donné De la dévotion à la très-sacrée Vierge ])Our la communauté.
Le livre des Avis catholiques touchant la dévotion à la très-sacrée Vierge a été im(irimé à Rouen, -chez un libraire nommé le Boullanger. Vavin en avait fait venir; je ne sais
LKTTRES. — A M. THOMAS.
e'il en a encore. On l'a aussi imprimé en Flandre, et il a jilu à notre bon Sauveur y répandre bcaurouji de bénédictions, en sorte qu'il y a eu des gens, iiii^me du parti ou qui favorisent le parti, qui ont dit que j'avais bien expliqué les <;lioses; sans y jiar- 1er contre personne, il répond aux avis salutaires des faux dévots de la Vierge, et il V » autant de sentions que dansée livre-là i peu près. Je l'ai fait par un mouvement intérieur, en ayant été pressé, et il me semble, après avoir célébré les saints mystères dans la chapelle des saints anges, aux Feuillants du faubourg où sont les Chartreux. Je suis dans le cœur de notre bou Sauveur et de son immaculée Mère Vierge, dans un profond respect, etc.
Je vous écris le 15 d'octobre, fête de la grande et séraphique Thérèse. Les Pères carjnes déchaussés de Flandre m'appelaient l'enfant de leur sainte Mère, pat, pat. Oh! plût à Dieu que je fusse l'un de ses véritables enfants ! elle qui était toute perdue en Jésus-Christ; en sorte que regardant son âme qui lui était montrée comme un miroir pur et éclatant, elle ne s'y voyait pas, mais Jésus-Christ. Je vous dirai encore que Mme Lefebvre, à qui il a plu à notre bon Sauveur manifester plusieurs fois ce qui me regardait, il y a déjà du temps, m'entendait plaindre, comme une personne fort malade, au milieu de la nuit, comme si j'avais été présent dans sa chambre, étant trùs-réveillée, et même elle s'éveilla au bruit de mes plaintes. L'état présent fait connaître ce qui lui fut montré pour lors.
^ Que Dieu seiil soit à jamais béni dans l'union du cœur de notre bon Sauveur!