‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 383 sur 436 · LETTRE CCCXL · texte numérisé non relu

LETTRE CCCXL

Les Pères jésuites ont à se réjouir des contradictions qui leur arrivent.

DIKO SEUL.

Monsieur,

Dieu seul. Dieu seul en trois personnes et toujours Dieu seul dans l'union sainte du .sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur de tous les hommes. C'est toujours dans cette divine union que je vous écris. Monsieur, le 2o octobre, le lendemain de la précieuse mort de la grande servante deNotre-Seigneur Jésus-Christ dans l'humble état des servitudes , appelée la fille du divin amour et de la Providence, Armette, pauvre servante dans la basse Bretagne.

Certainement je dois bien reconnaître cette même divine Providence pour ma toujours très-bonne et très-fidèle! mère, et 'attendre uniquement d'elle tous les secours nécessaires dans mes infirmités corporelles, qui continuent et augmentent tous les jours, sans voir aucun moyen humain qui y puisse remédier. Enfin notre gros lot est l'appui en Dieu seul.

Les Pères jésuites, dans toutes leurs contradictions, ont sujet de se réjouir en Noire-

Seigneur. Le glorieux saint Ignace leur a dit qu'ils craignissent lorsqu'ils n'en auraient ()lus : ils n ont pas encore sujet d'avoir peur en ce sujet.

Je vous lemercie au nom et de In part ae notre bon Sauveur Jésus-Christ, pour les livres que vous enverrez pour sa gloire.

Mme Lefebvre vous salue respectueusement, et Mme votre épouse et vos bons anges ; elle vous assure tous deux de ses prières.

Quand vous voudrez voir Mlle Thibaut, il faut aller l'après dîner, et que ce ne soit pas un jeudi ou veille de dimanche et fête, car elle peut sortir ces jours-là. Je loue la divine Providence de la réce[ilion de la personne qui était à Saint-Nicolas, et de la bénédiction qu'elle a donnée au voyase de M. Courtin que je salue, et toute la famille et les personnes qui vous sont unies en Notre- Seigneur, et tous leurs bons anges, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Paris et des personnes qui y sont. Voici une lettre pour Monbaud, que je vous supplie envoyer k la poste qui part les mercredis et vendredis à midi. Je suis dans un profond resfiect, etc.

Evreux, ce 25 octobre 1700.

LETTRE CCCXn.

At MÊME.

Les infirmités de Boitdon deviennent continuelles ; on fait courir le bruit de sa mort. Sa reconnaissance pour ses amis.

Monsieur.

Dieu seul, Dieu seul en trois personnes et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur de tous les hommes. Bénii> soit son aimable et divine Providence, ma toujours très-bonne et très-fidèle mère. Elle continue mes infirmités corporelles tous les jours et toutes les nuits et elle les augmente d'une manière bien fâcheuse au corps, mais d'une manière infiniment agréable à l'esprit, puisqu'il lui )ilaîl d'en disposer de la sorte. Car enfin. Dieu seul et toujours Dieu seul, la seule et uniijue gloire en toutes choses, quoi qu'il puisse arriver. Oh I Monsieur, qu'il est toujours aimable et adorable qu'il soit seulement glorifié , et voilà tout ! Voilà la fin unique que nous devons avoir en tout ce que nous faisons, en ce que nous souffrons, dans toutes nos prières. Je vous remercie avec bien de la reconnaissance des dévotions que vous faites à Notre-Dame du Remède pour ma misérable et indigne personne et toutes les personnes qui y sont unies, et en particulier Mme votre épouse, des soins charitables qu'elle prend d'y envoyer Mlle Agathe. Je vous salue tous avec bien du respect, vos bons anges, tous les bons anges et saints patrons dt; la ville et du diocèse de Paris ei dos personnes qui y sont. Ces bienheureux esprits pourront peut-être m'obteuiravecleur grande Reine, notre grande maîtresse, la gnVe d'avoir encore le bien de vous voir après Pûqu* s,

t*:UVRES COMPLETKS DE BOL DON.

quelques nouvelles qui courent île ma mort ou de l'exlrémitéde mon mal. A peine avaisje achevé mes visites que le bruit courut parmi nos curés que j'étais morl. Des religieuses m'écrivent qu'on leur a dit que l'on lu'a tenu plusieurs heures mort. L'on écrit de Basse-Normandie que je suis en grand danger. Mais entîn, toujours Dieu seul; soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes à lui.

Je vous écris le 8 de novembre, jour de l'octave de la fête de tous les Saints et dans l'octave du grand saint Charles. C'est le jour de sa fêle que la divine Providence m'a fait recevoir la lecture cléricale et le saint habit de la religion du clergé, c'est ainsi qu'il est appelé dans le Pontitical, des mains de Mgr le nonce qui y était pour lors et qui depuis a cté cardinal , le cardinal Bagnv, dans la cha|ielle de la congrégation de Notre-Dame du noviciat des P. jésuites. Car enfin la divine Provitlonce veut que la très-sacrée Mère intervienne toujours en tout ce qui nous regarde, et la môme divine Providence m'a fait la gr;ke de n'avoir j'amais quitté ce saint habit, la soutane, un seul jour, quoiqu'elle m'ait fait voyager dans les pays hérétiques. Elle m'a môme fait la grâce, dans une maladie extrême, de recevoir le saint viatique et l'extrême onction revêtu de ma soutane. Que ses miséricordes soient louées à jamais. J'écris par la poste aux braves religieuses de YAve, Maria. Je me souviens toujours particulièrement de Mme votre épouse et de vous devant notre bon Sauveur et son immaculée Mère Vierge, et suis dans leurs cœurs tout de miséricorde et avec un profond respect, etc.

Evreux , ce Snovcmbre 1700.

LF.TTRE CCCXm.

Infirmités croissantes de Boitdon , en Dieu seul.

son appui

DIEL' SEUL

Monsieur,

Dieu seul, etc. C'est dans l'union de la divine charité que je vous adresse cette lettre pour Mme Cécile Lemaison ; elle m'a écrit sans me donner l'adresse pour lui répondre. Ce[)en iant comme dans le monde les amis, c'e^t comme on les appelle, s'écrivent pour se faire part de ce qu'ils nomment leurs lionnes aventures , et les rencontres particulières des divertissements extraordinaires qui leur sont arrivés, il faut que je vous dise que le jour de la fête de saint .Martin, qui est une fête de joie dans toute la France , la divine Providence, ma toujours très-bonne et très-fidèle mèie , me l'a l'ait fêter magniliquement. Comme j'allais dîner, ma descente arriva et m'obligea d'être sur un lit jusqu'après six heures du soir, dans l'application continuelle de la faire remonter; ainsi je ne dînai qu'après six heures du soir. Je vous écris h un samedi, jour dédié à la très-sacrée Vierge, le 13 de no-

(143) Cette lettre a été écrite par M. C'hanoijie secrétaire de Boudoii dans ses iiifirmilés, ainsi que les trois suiv.uitcs.

vcmljre, fête de saint Didace, religieux convers de l'ordre de Saint-François, jour de la fête de tous les saints de l'ordre de Saint- Benoit, et la veille de la fête de tous les saints de l'ordi'e de Notre-Dame du Mont- Carmel, ne faisant encore que de sortir du lit dans la même apjilication qui ra'occujie les jours et les nuits, sans voir du secours du côté des moyens humains; mais nous avons notre gros lot, ra|)pui en Dieu seul, et il me vaut mieux que toutes les créatures ensemble, et une inliiiité de t:réatures, si elles étaient. Je salue liicn particulièrement Mme votre épouse, tous nos amis, vos bons anges, tous les bons angeset saints patrons de la ville et du diocèse de Paris et des personnes qui vsont, et suis avec bien du respect, etc. Ce i3 novembre i'iOO (U3).

LETTRE CCCXIV.

AU Mr;ME.

Il recommande un bon prêtre à la cJnrité

de M. Thomas.

DIEU SEUL

Monsieur,

Dieu seul, Dieu seul en trois [lersonnes , et toujours Dieu seul dans l'union sainte de notre bon Sauveur Jésus-Christ le Sauveur de tous les hommes. C'est dans l'union. Monsieur, de sa charité infinie envers les hommes à qui il ne se lasse jamais de bien faire, et en l'honneur de la charité du cœur de son immaculée Mère, que je vous écris cette lettre, pour honorer aussi la charité des saints anges, saluant le vôtre, celui de Mme votre épouse, et tous les bons anges et patrons de la ville et du diocèse de Paris et des personnes qui y sont, et pour une grâce que je crois (jue la divine Providence vous réserve qui est grande : car il s'agit de secourir une personne dans le dernier besoin et de lui procurer à même temps un établissement. C'est un bon prêtre que M. le vicaire de Saint -Paul veut placer dans la communauté et à qui il a la charité de procurer un long manteau ; mais il lui faut une soutane. Si j'avais pu lui donner la mienne, je l'aurais iait; je l'adresse donc à votre charité, et si vous le trouvez à propos , il sulfira d'en faire acheter une à la frijieiie pour la lui donner; c'est un bon prêtre qui soutire beaucoup par des peines intérieures, et qui est venu exprès à Evreux d'un lieu éloigné de près de cent lieues pour me faire une confession générale ; je vous écris celle-ci, vous en envoyant une autre par la poste que vous aurez apparemment reçue . Je suis dans un profond res()ect, etc.

21 novembre 1700, le jour de In fête de très-dévote vrésentation de Notre-Dame.

LETTRE CCCXV.

Joie de Boudon dans ses souffrances.

DIEU SEUL

Monsieur .

Dieu seul , Dieu seul en trois j/ersonnes',

LETTRES. — A M. THOMAS

etr. Ne cessons jamais, Monsieur, ilo magnifier ce Seigneur de timte honlé. et d'exalter et surexalter son saint nom pour toutes les eonduites tie son aimahie iH'ovideueo , toujours intiniment adorable, toujours inlininient aimable dans toutes ses eotuiuiles. Elle m'oljlige de me servir de la main d'un de mes amis pour vous écrire, gardant le lit Iiour quel(jues jours, îi raison du mal (lu'ello ui'a envo.ye, mal qvii avec toutes ses incommodités et toutes ses suites m'est un g;aiul bien, et un si grand bien qne je le jirérérerais, de toute l'étendue de ma volonté, i\ lous les biens tem|iorels, pour qui le monde a de l'estime, et qu'il recherche avec le i)lus d'empressement. O mon Dieu! Monsieur, que je me trouve bien comme je suis 1 et que la divine Providence m'est toujours très-bonne et très-fidèle mère 1 Je voudrais

iiouvoir l'aimer infiniment; mais l'adorable ésus est notre soafi'rance en toutes choses : je l'aime dans l'union des amours infinis do son divin cœur infiniment aimant.

Je le prie. Monsieur, ce cœur tout de miséricorde, que vous trouviez en lui la reconnaissance qui vous est due , et à tous nos amis, particulièrement à Mme votre épouse , pour votre grande charité envers mon indigne et chétive personne. J'avais dessein d'offrir, samedi prochain , le très-divin sacrifice pour tous , en môme temps que vous offrirez vos prières pour nous aux pieds de l'autel de Notre-Dame du Remède; mais nous serons obligés apparemment de garder encore le lit ce jour-là : cependant c'est ce que nous ferons, avec le divin secours , un autre jour.

En vérité, Monsieur, vous m'avez donné une sainte joie en Notre-Seigneur, et je n'en connais point d'autre, de m'avoir congratulé sur le sujet de mes croix : je crois que, parmi les Chrétiens, c'est ce que tous doivent faire. A l'égard du projet de M. Ti-olé , il est bon et saint; mais comme vous ne pouvez pas tout faire, Dieu vous réserve pour des choses plus grandes fiour sa gloire. Disons ici avec le glorieux saint Ignace : Ad majorem Dei (jloriam. Les missions sont d'une étendue incomparablement iptus grande pour sa gloire, que tous ces desseins, et il serait dilhcile d'expliquer combien les suites en sont glorieuses à la très-sainte Trinité. Je suis, etc.

A Erreux , le 18 novembre 1700 , la veille de la fête de l'humble et incomparablemenC glorieuse sainte Elisabeth de UotKjric.

LETTRE CCCXVL

Boudon se réjouit de vivre forcément dans la retraite, à cause de ses infirmités. Il s'occupe de répandre de plus en plus ses livres dans les communautés religieuses.

DILU SEUL.

g Monsieur,

Dieu seul, Dieu seul en trois personnes et loujouis Dieu seul dans l'union sainte

du sacré cœur de Jésus-Cln is(, le Sauveur de tims les hommes. Oh 1 que bienheureux est le détachement absolument nécessaiic pour être à Dieu seul , mais ipio bienheureuse est la séparation mémo extérieure des créatiues , l'un des grands moyens pour y arriv(!rl je ne saurai me lasser de le dire h Mme votre épouse que je ne puis oublier tic vaut Notre-Seigneur, aussi bien que vous. Oli ! si elle savait le don de Dieu , il me fait la grûce d'en goûter quelque chose dans la retraite i|ue sa divine providence, ma toujours très-!)onne et très-lidèle mère, me fait garder , m'arrôtant au lit [lour mes infirmités; elle est admirable dans ses conduites. Il y a longtemps qu'elle me l'ait goûter ce don de Dieu; c'est, comme je crois vous l'avoir dit, ce qui m'avait ilonné la pensée de me retirer danslaforôtde Sennaar, et depuis peu, un ermite qui à peine me connaît, ne l'ayant vu que deux fois, m'a écrit m'oU'rant une chambre à feu, c'est comme il parle, dans la solitude où il est avec huit autres ermites, me promettant de prendre toutes sortes de soins de ma chétive personne; tout cela est conforme à mon attrait, et cependant la divine Providence en dispose d'une autre manière, ne laissant pas d'accomplir ses desseins, me faisant trouver mon ermitage au millieu de la ville d'Kvreux; m'ayant inspiré le désir d'être religieux de Sàint-Franyois dans ma jeunesse, et ayant été pressé même d'en faire le vœu, sans jiouvoir le faire, ayant commencé mes études dans cette vue, elle a accompli ses desseins, sans m'en faire porter l'habit, par l'état de pauvreté où elle m'a engagé. Qu'elle soit à jamais bénie pour toutes ses conduites infiniment miséricordieuses 1

Je lai bien invoquée aujourd'hui , fête du grand saint Nicolas qu'elle avait engagé dans le même état de pauvreté dès la jeunesse, pour M. Courtin, Mlle Auvray et toutes les personnes de sa maison cjue je salue avec leurs bons anges, les remerciant toutes de leurs charitables prières. La divine Providence me loge aussi à Evreux dans une chambre qui est dans une paroisse de saint Nicolas à qui je dois avoir une particulière dévotion.

Je vous sup[>lie, dans l'occasion, dédire à la com])agne de la sœur Laurence qu'elle doit retirer, autant qu'elle le pourra, toutes les personnes qui vont au confesseur dont il est question , faisant le tout cependant avec [iiudence ; je les salue toutes les deux et leui'S bons anges.

Je crois, Jlonsieur, que notre bon Sauveur et sa sainte Mère seront glorifiés du livre que vous avez envoyé à Nancy, et des actes que vous yavez joints; j'avais promis de leur en envoyer, et je m'étais oublié de vous en parler ; la divine Providence parle moyen de ces livres, vous fera faire l'olfice de" prédicateur sans l'être et avec d'autant plus d'effet que les livres demeurent , et sont comme de continuels j>rédi-

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caleurs. Voici encore une o.casion qui se présente d'exercer votre zèle. Mnie i'abbesse de Monlmarlre m'a écrit une lettre fort obligeante (lour me remercier des livres quelle a reçus, me priant de lui en donner encore d'autres , après en avoir • connu la valeur , c'est comme elle parle, et sa communauté est très-grande et très-célèbre, et l'une des plus considérables de France. J'avais donc pensé. Monsieur, à vous proposer encore, si cela ne vous incommode point, à lui envover \e Malheur du vwnde, Dieu inconnu. L'amour de Jésus au Saint-Sacrement, et le petit livret De la gloire de la sainte Trinité dans lésâmes du pwgatoire, qui peut beaucoup servir, avec le secours divin, pour le soulagement de ces â'mes. Celte abbesse me parait être bien à Dieu. Je remercie aussi la sœur Gei vaise et la sœur Toinette de leurs prières; je les salue et leurs Dons anges.

M. le confesseur des sœurs 'de la Croix m'a écrit que M. Bouvet , professeur de Sorboime et le supérieur de ces sœurs, lui a témoigné qu'il était beaucoup satisfait du livre Du Chréteen inconnu; qu'il l'a approuvé volontiers, et qu'il l'a remis entre les mains de M. l'abbé Bignon , qui lui avait donné pour l'approuver. Je vous supplie donc. Monsieur, à votre commodité avec M. Courtin, de prendre la peine d'aller chez mon dit sieur l'abbé pour vous prier de vous le rendre , et à même temps de lui faire bien mes compliments, et de le bien remercier de ma part. J'avais pensé a en différer l'impression après que la divine Providence m'aurait fait retournera Paris; mais peut-être serai-je mort dans ce temps là, ne pouvant y aller, si elle me conserve la vie , que dans cinq ou six mois, et de plus le retardement en priverait Notre-Seigneur de la gloire qu'il en peut recevoir, élant plustùt imprimé; mais voici la difficulté que j'ai tniiclwnt l'impression. J'avais promis à Varin , en quelque manière, de lui donner, et cela [>ar charité; mais cependant je ne sais s'il sera bien en état d'en faire une grande et bonne im[)ression, et de plus, ce qui est considérable , il a peu d'habitude pour le ftiire distribuer dans les provinces et dans la Flandre où Notre-Seigneur donne une bénédiction particulière; c'est cette habitude qui en faisait beaucoup vendre a feu Michalet qui en envoyait jiartout; car ce qui se distribue à Paiis n'est pas grande chose de jilus ; il faudrait qu'il m'en donnât deux douzaines pour la Normandie et deux douzaines pour être donnés à Paris. Toutes ces cho.^es me font difficulté pour lui donner le livre; cependant , Monsieur, je ne manque [las de bonne volonté pour lui rendre service ; mais outre ces raisons que je vous .illègue, j'ai peur même qu'il n'y trouve pas sou compte; ayez , s'il vous plaît, la charité de lui faire voir ces raisons.

D'autre part il semble qu'il serait mieux pour la gloire de Dieu que ce livre fût imj'rimé )iar le successeur de feu Michalet,

parce que, ayant presque tous mes autres livres, on s'adressera à lui pour les avoir, et de plus il est en état d'en faire une bonne im[)ression, étant accommodé; il paraît fort lionnôte et raisonnable, et en devoir mieux \iser que feu Michalet. 11 est venu me prier chez vous de continuer à lui donner mes livres. Je vous su[)plie avec M. Courtin tle considérer ces raisons devant Notre-Seigneur, et ensuite sous la protection maternelle de son immaculée Mère Vierge et de ses bons anges et saints ; on les ferait imprimer oiî vous le jugeriez à propos. Je crois que M. Courtin en corrigerait bien les exemplaires, et s'il n'en avait pas le loisir , M. le confesseur des tilles de la Croix, qui est docteur de la faculté , le ferait volontiers. J'espère que ma lettre partira demain, la veille de la fête de l'Immaculée Conception de notre glorieuse Dame et Reine, le lendemain fête de son grand privilège; vous la recevrez, ce que j'estime à une providence particulière; le neuvième est le jour de la précieuse mort du saint homme le P. de Mataincourt, fondateur des religieuses de la congrégation de Notre-Dame et l'un de ses grands dévots. Je salue avec une grande vénération tous les bons anges et saints patrons de la ville et diocèse de Paris et des personnes qui y sont, et suis avec bien du respect, etc.

Ce 6 décembre 1700.

LETTRE CCGXVII.

Boudon félicite M. Thomas d'avoir revêtu h pauvre prêtre qu'il lui avait envoyé.

DIEU SECL.

Monsieur,

Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur de tous les hommes. Vivons, Monsieur, et mourons dans cette divine union ; c'est cet aimable Sauveur que vous avez revêtu en la personne du pauvre jirêtre que je vous ai adressé. Je bénis la divine Providence, notre toujours très-bonne et très-fidèle mère, de la grâce qu'elle vous en a faite; qui est uu grand honneur qu'elle fait à la créature, voulant bien se servir des biens qu'elle lui a domiés. Cet ecclésiastique m'a écrit, me témoignant que vous l'avez reçu avec une charité vraiment chrétienne; il e^t tout à fait digne de compassion , à raison des peines intérieures qu'il porte, et (pii peuvent même embarrasser ceux qu'il consulte; je ne sais ce qui en arrivera en sa retraite à Saint-Lazare, h moins que le Seigneur ne lui calme son esprit; il n'est |!as en état d'assister le prochain ni d'être religieux ; ainsi il ne > eut pas entrer dans la communauté de Saint-Paul ; mais comme il peut avoir la rétribution de ses reesses à

LETTUES. — A M. THOMAS.

Saint-Josse, el que votre cliarilé lui veut ilonner celles que vous faites célébrer à Sainl-Ktienne, il aurait toutes les seuiaines soixante et quinze sous, tiont il pourrait dépenser soixante sous et léservanlles quinze sous toutes les semaines, il lui resterait environ 30 livres ou 39 livres h la tin do l'année dont il payerait sa chaïubro au rolléjjo Le Moine, ue 28 livres, et les 19 serviraient pour avoir souliers, faire blanchir son linge el autres petites dépenses. 11 n'est pas à propos, s'il vous plaît, de lui dire ijue je vous ai parlé de ses peines, car les personnes peinées se (icinenl de tout; il est bien digne de [)itié, car il a grande envie de servir Dieu. J'ai été un temps considérable dans Paris où la divine Providence ne me donnait que vingt sous pour vivre par semaine, je vivais de pain et d'eau, et pour deux liards de potage par jour, que je (irenais à la gargoterie, à l'exception du dimanche, que j achetais pour deux sous de viande; et cependant me voilà arrivé tantôt à la 78' année de mon âge. Il l'eut vivre avec son écu qui est trois fois davantage que je n'avais ; apparemment on pourra vendre des portions dans le collège, et il trouvera quelque gargoterie oiî il pourra prendre à manger et le porter à sa chamljre. De [ilus, c'est enatteniiantqu'il puissetrouver mieux; c'est une double charité que l'on fait, quand on assiste les personnes peinées.

Je vous écris le jour de l'Immaculée Conception de Notre-Dame, jour dans lequel j'espère que vous aurez reçu la réponse que j'ai faite à votre autre lettre, vous recommandant beaucoup et Mme votre épouse que je salue particulièrement en Jésus-Christ et son immaculée Mère, saluant vos bons anges avec beaucoup de vénération, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Paris et des personnes qui y sont et particulièrement de nos bons amis, demeurant dans un profond respect, etc

8 décembre 1700.

LETTRE CCCXVHI.

Impression du livre Le Chrétien inconnu; établissemenC des Ursulines au Canada :

choix d'une supérieure toute abandonnée à la Providence.

C'est dans l'union de ce divin amour que i'ai reçu hier votre lettre le 19 de décembre, lourde la sainte fête de mon bienheureux P. Jean de la Croix, et je vous y fais réfionse le jour de la sainte octave de la glorieuse fête de l'Immaculée Conception de notre grande Dame, incomparable reine, puissante [irotedrice et très-ûdèle avocate, notre très -douce et très -miséricordieuse mère, l'admirable Mère de Dieu. Je regarde comme un effe't de la divine Providence , (jue le livre Du chrétien inconnu vous ait (lé mis entre les mains dans la sainte octave

de ITmraaculée Conception de notre l)onne Maîtresse; car entin la très-sacrée Vierge se trouve toujours dans ce rpii nous regarde. Je suis étoimé de l'étrange hardiesse de M. Varin, qui était saisi do l'exeniiilaire d^, ce livre, ayant desstîiu tie le faire im[)rimer. et commençant à s'apfiliquer pour ce sujet à le faire décrire , sans m'en avoir rien fait savoir, ni vous en avoir parlé. En cela il marque bien son peu de conduite ; car enliu que pensait-il ? Peut-on furtivement et sans en avertir l'auteur faire imprimer un livre ? Quand i! aurait déjà commencé à faire de la dépense, n'était-il [las à ma liberté de le lui ôter"? Je vous assure que j'ai été quelques heures dans ce dessein ; cependant , la charité souffre tout: Omnia sulfcrt, o.nnia sustinet. (I Cor. xui , 7.) J'accorde donc qu'il imprime le Uvve Du Chrétien inconnu, sijpposé que cela soit utile pour sa famille. H s'en faut bien qu'il ait les habitudes de feu M. Michalet; non-seulemeut il en est bien éloigné, mais il n'en approche en aucune manière , et cela est cause assurément que les livres ne se distribuent pas comme ils feraient. C'est moi qui ai fait connaître le livre de la Vierge en Lorraine et en Flandre; mais, par défaut d'habitude, il s'en distribue peu , comme dans le reste des provinces. Je vous recommande, Monsieur , le soin de l'impression de ce dernier livre pour l'honneur de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère; puisque M. Courtin veut bien prendre la peine d'en corriger les exemplaires, il faut, s'ij vous plaît, qu'on lui apporte toujours deux' épreuves, car ordinairement la première épreuve étant corrigée , il se glisse encore plusieurs fautes dans la seconde.

^"ous m'avez consolé. Monsieur, beaucoup en Notre-Seigneur, et je ne sais [loint d'antre véritable consolation , en m'en voyant 1 1 lettre du H. P. Sauge, que je vous renvoie; elle vous peut faire connaître le grand honneur que la divine Providence vous fait, voulant bien se servir de vous pour l'élablissement des Ursulines dans l'île de Naxie. Que votre âme en loue le Seigneur; qu'elle en loue le Dieu de tout') bonté : i\'on fecit tatiter omni 7ialioni. Il y a une infinité de gens à qui Dieu ne fait pas la grâce de vouloir se servir de leurs biens, quoiqu'il les leur ait donnés. Il faut espérer que la divine Providence achèvera la bonne œuvre qu'elle a commencée en Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu'elle y enverra des Ursulines. La mère que vous connaissez , outre qu'elle est déjà avancée en âge , no m'y semblel pas propre, parce qu'elle e.^t trop dans les moyens humains. Il faut prendre des filles chrétiennement généreuses, saintement désintéressées , et qui mettent tout leur appui et leur confiance en Notre-Seigneur Jésus-Christ et sa sainte Mère En cas qu'on n'en pût pas mener , ce que je ne crois pas, [lour lors , avec le secours divin , je vous écrirai mes petits sentiments, touchant le rapport que le P. Sauge souhaite que l'on ait avec le couvent dont il parle.

ŒUVRES COMPLETES DE BOUDON

Il y a plusieurs années (lue je me sens pressé de l'aire tenir l'imprinié à Mme de ^laintenon, touchant l'île de Naxie; j'altenilais la paix, pour le pouvoir l'aire plus^finctueusement. Je crois ([u'on doit lui faire voir cet imprimé, et en même temps lui faire connaître que, coopérant à l'u&iivre de Dieu dans l'île de Naxie, elle deviendra heureusement la mère de toutes les âmes qui se donneront îi Dieu; elle deviendra leur libératrice, ces âmes étant préservées de l'enfer; elle servira divinement à la gloire que Dieu recevra de l'établissement de son véritable culle dans celte île-là , et to'jt cela pour avoir une suite jusqu'à la consommation des siècles.

Je ne puis jamais assez dire que tout mon appui est en Dieu seul. Pour ce sujet, dans plusieurs de mes livres, je n'y ai point cherché d'autre approbation que celles quiétaient nécessaires pour les faire imprimer; que d'autres cherchent les éloges pompeux et magnifiques, que les approbateurs donnent à leurs livres ; pour nous il nous est bon de nous ap[)uyer sur Dieu seul, et de mettre en lui toute notre conûance. C'est pour ce sujet que je n'ai point cherché d'autre approbation pour le livre Du Chrétien inconnu, que la nécessaire à l'impression. Cependant M. Louvel a donné une approbation qui, en peu de paroles, dit beaucoup, est obligeante, charitable, chrétienne et forte. C'est une providence toute pure que ce livre soit tombé entre ses mains. J'en ai aussi prié M. le confesseur des sœurs de la Croix, de le bien remercier de ma part.

Les personnes [icinées dont vous me parlez, me sont tous les jours présentes devant Dieu, et leurs bons anges que je salue toujours.

Je vous remercie très-humblement de la peine que vous avez prise de porter les livres à madame l'abbesse de Montmartre.

J'espère que Notre-Scigneur et sa trèssainte Mère en seront glorifiés. Je crois que c'est une providence que l'ecclésiastique ne soit point entré en retraite à Saint-Lazare, et il faut vous dire qu'il a fait 600 lieues pour aller à Rome et en revenir afin de s'y confesser , et que son pauvre esprit n'en étant pas plus tranquille , il fli encore l'année passée 200 lieues à aller et venir du lieu oii il était, pour venir faire une confession générale. 11 est bien digue de pitié.

Je ne dois pas faire grande estime de mes sentiments, mais je vous les dis tels qu'ils sont: le changement de demeure oiî vous êtes, pour aller dans celle dont vous me parlez, me [laraîl venir de la créature do l'homme et du conseil de l'homme, dans lequel le démon se môle, et nullement de l'esprit de Dieu «(ui est un (vsprit de sanctitication, c'est-à-dire, selon l'Fcriture, de séparation de la créature, comme l'esprit de la nature et de l'homme [lorle toujoursùs'y ergager. Je regarde. Monsieur, comme un effet singulier de la protection spéciale de la sainte Vierge à la fêle de son grand privi-

lège sur vous et sur madame votre épouse c]ue je salue toujours très-paiticulièrement, lie n'avoir pas succombé au- combat ; vous y auriez] beaucoui) perdu et madame votre épouse. Je salue vos bons anges avec une grande vénération , tous les bons anges.ct saints patrons de la ville et du diocèse de Paris, des églises et des personnes qui y sont.

C'est encore aujourd'hui la précieuse mort de la bienheureuse Victoire, fondatrice des Annonciades, que l'on appelle célestes, parce que, entre les instituts des filles, c'est celui qui est le plus séparé des créatures. C'est encore la fêle de saint Valérien , évêque et martyr, qu'un roi hérétique a fait mourir de faim . couché dans les rues , âgé de 80 ans; je lui ai une dévotion singulière. Je crois que la divine Provideme vous fera recevoir cette lettre vendredi, 17 du présent mois, jour de la fête de saint Lazare , l'ami de Notre-Seigneur; de la mère Marie Paule, décédée en odeur de sainteté, religieuse de Notre-Dame du Refuge, fille de la bienheureuse mère Marie-Elisabeth de la Croix, fondatrice dudit ordre, et la veille de la fête de l'allente du divin enfantement de la trèssacrée Vierge, qui est le 18. Je demeure avec bien du respect , etc.

Evreux, ce 15 décembre 1700.

LETTRE CCCXIX.

// change d'avis sur l'imprimeur du livre Le Chrétien inconnu.

Monsieur,

Dieu seul. Dieu seul en trois per.onnes et toujours Dieu seul dans l'union sainte de notre bon Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes. C'est dans celte union , Monsieur, qu'après vous avoir écrit hier.j'ai f.iit encore rétlexion sur le livre />« Chrétien inconnu, el quoique j'aie une grande pente à assister Vurin, si ce livre lui peut être utile, cependant, au-dessus de toutes choses, il faut regarder ce qui glorifiera le plus Notre- Seigiicur et sa sainte Mère; il me semble qu'il le serait [ilus si le successeur de Michalet l'imprimait, à raison, comme je vous l'ai dit, qu'ayant la plupart de tous mes autres livres, on s'adressera à lui pour les avoir et (jue la chose même en sera mieux faite. C'est pourquoi si vous n'avez encore rien dit à Varin, car si la chose est faite il n'y faut plus penser, il faudra le donner au successeur de Michalel. J'en viens d'en recevoir une lettre la plus honnête du monde; mais j'attends à lui faire réponse, quand vous aurez eu la charité de me mander ce que vous aurez fait; car si vous êtes engagea Varin, je lui monderai que le secrétaire de M. l'abbé Bignon lui a donné mon livre à mon insu et^sans ma participation, et que j'aurais été bien aise de lui donner. Je salue Miailame votre épouse, vos bons anges, tous les bons anges et saints patrons de la ville el

LETTRES. — A M. THOMAS

du diocèse do Piiris el des ]iersoiiiies qui y sont, et suis dans uu !)roiViiul respect, etc. i

Voici la dévotion de l;i neuvnine du rèt;ne de Dieu qui a|i|iroche et (jui eonuuence à la fêle des Innocents ; il est bon d'y unir ]>lus de personnes que l'on pourra ; je vous prie d'en faire avertir .M. Lonvier, et si vous le jugez à propos, do lui donner le jietit livre De Dieu présent partout dont la secomle jiartie est pour celto dévotion, afin qu'il le donne aux sœurs de la Croix pour faire celte dévotion. Je suis avec respect, etc.

18 décembre 1700.

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