LETTRE CCCXX
Nouvel incident relativement à l'impression du Cîirétien inconnu.
DIEU SEOl.
Monsieur ,
Dieu seul, Dieu seul en trois personnes rt toujours Dieu seul dans l'union sainte de noire bon Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur lie tous les lionimes. C'est dans cette divine union, Monsieur, que je ne saurais me lasser d'admirer, d'adorer, d'aimer, de remercier, de magnifier les conduites de la divine Providence, ma toujours très- bonne et très-tidèle mère , sur son pauvre et indigna esclave; elle m'a pressé, ces jours derniers, d'avoir recours au Saint-Lspiit sous la protection spéciale de la Irès-sainte Vierge, notre bonne maîtresse, Mère d» Dieu et des bons anges, afin que cet Esprit infuiiment adorable inspirât et donnât les moyens pour faire l'impression du livre Du Chrétien inconnu pour sa plus grande gloire ; et c'est sans doute ce qu'il a fait dans l'inspiration qu'il vous a donnée et à M. Courtin d'unir ensemble les deux libraires ; il ne se pouvait rien de mieux. J'écris par la poste à M. de rEsf)ine, pour répondre à la lettre la plus honnêle du monde qu'il m'a écrite; que la charité ilonc, Monsieur, de Nolre-Seigr.eur Jésus-Christ et le zèle de sa gloire et de sa sainte Mère vous engagent à continuera prendre le soin de cette im[)ression. Je pense qu'il vaut mieux quelle soit différée d'un mois plus tard, ou à peu près, et qu'elle ne se fasse pas dans le temps de la gelée, car j'ai appris que l'impression n'est pas bonne durant ce temps -là ; cependant les libraires doivent mieux savoir cela que moi , il faut leur laisser le soin d'avoir le jjrivilége. J'ai encore admiré que la résolution de l'impression du livre s'esl terminée samedi dernier 10 du présent mois de décembre, qui est la fête de l.'Expecl.ition ou de l'attente du divin enfantement de la glorieuse Vierge, Exspectatio partus beutœ Yirrjinis que l'on célèbre en Esfiagneavec grande solennité ; car enlin, coniine je vous l'ai déjà marqué, il faut que la tiès-sainle Vierge se trouve dans tout ce qui me regartie. J'ai lu ces joars-ci, dans une Relation, que M. l'abbé Bignon [iréside dans l'Académie des Miences , je ne sais si c'esl I ri.ii-làquej'ai l'honneur de connaître, ^■oici
une lettre pour M. Fortin; il n'y a rien qui presse, dans l'occasion vous aurez la charité de lui donner. La Naxie aura grande part avec le secours divin à la nouvaine jiour le règne de Dieu, et j'espère demain, avec le secours divin, offrir le très-divin sacrifice jiour vous. Monsieur, et mailame votre épouse que je salue très-particulièremenl avec les bons anges, et en actions de grâces de ce qui s'est concerté pour l'impression du livre. Je viens de chauler dans la chambre oij je suis, le psaume Laudate Dominum, omncs (jentes, pour en glorifier la très-sainie Trinité, rimmaculée A'ierge, Mère de Dieu et les bons anges. Nous avons gardé le lit un mois d'.ivant et cela nous a servi de retraite jusqu'à la fête de la très-sainte \'ierge samedi dernier qu'elle a lini ; je n'ai commencé à soilir que d'hier, i)our célébrer les divins mystères et me renfermer dans la chambre èù la divine Providence m'a mis, pouvant à peine marcher. Je salue bien M. Courtin, son bon ange , tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Paris et des personnes qui y sont, [lariiculièrement de celles qui ont rapport avec vous. Je v(>as l'ai écrit, il faut, s'il vous plait, qu'il se fasse donner toujours deux épreuves. Je suis dans un profond re^- |iecl, etc.
Evreux, ce 20 décembre 1700.
LETTRE CCCXXL
Ncuvaine de l'intérêt de Dieu : délachemendes créatures. Quoique très -infirme, lioudon lit toutes les lettres qu'on lui adresse et il répond aux consultations.
DIEU SEtL,
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur de tous les hommes. C'est dans celle union. Monsieur, que je vous écris, élarit actuellement dans la douleur de mon mal et désirant de m'y unir avec notre bon Sauveur souffrant ei la très-sacrée Vierge, la mère de douleur, le 27' de décembre, le 1" jour de la neu vaine de l'intérêt de Dieu , jour de la fête des Innocents qui ont été sacrifiés à la gloire, en l'honneur du saint Enfant Jésus. Ce divin Enfant nous fasse la grâce de nous y sacrifier avec eux, et pendant que toute la terre est pleine de créatures qui ne cherchent que l'intérêt de la créature, oublions -nous saintement de tout autre intérêt que celui de Dieu seul. Le propre intérêt est res[)rit dominant dans les hommes, et si universellement que l'Apôtre dit, sans exception, que tous les hommes cherchent leurs piO|)res intérêts, et non pas ceux de Jéjus-Christ, c'est-à-dire presque tous les hommes. C'est pourquoi l'évèque de Toulouse, répondant au Souverain Pontife, qui lui demandait ce que c'était, parlant de saint Dominique, que cei homme qui faisait
ŒL'VUES COMPLETES DE BOUDON
tant de bruit pnr ses sermons, le prélat crut distinguer le saint d'une manière très-singulière, en disant qu'il était sans intérêt; il o>t bon de remarquer aussi qu'il se distingua par une dévotion très-singulière à la Mère de Dieu. Pour nous. Monsieur, disons avec le Psalmiste : Introibo in potentiax Domini, et memorabor jtistiliœ tuœ solius. (Psal. lxx, 16.) Entrons dans la forte du Seigiieur, et ne nous souvenons plus que de ce qui est dû à sa grandeur infinie; tous nos intérêts se réduisent aux seuls intérêts de Dieu seul. Hélas! je pensais CCS jours-ici à l'attrait que Dieu tout bon et tout miséricordieux m'a donné pour la dévotion à ses divins intérêts; ses miséricordes soient à jamais bénies de m'y avoir appliqué il y a si longtemps ; cela a donné lieu il plusieurs personnes h penser à Dieu seul , en voyant ma misérable personne et fiassant par une ville. Ion y dit que Dieu seul y avait passé , et puis dire avec le Psalmiste, que tout le jour ma honte est devant moi et que la confusion me couvre le visage (Psal. xliu, 16), quand je considère le mauvais usage que j'ai fait d'une giâce si précieuse. Cependant il y a près de cinquante ans que je vais de temps en temi^s au sacré tombeau du saint homm^ le P. de Condren, l'homme vraiment de Dieu seul, pour demandera Dieu |iar ses inti rcessions et mérites la grâce de l'anéantissement chrétien, atin qu'il n'y ait plus que Dieu seul en tout ce que je suis, en tout ce que je fais, en tout que je soutfre dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ. Dans la neuvaine de l'intérêt de Dieu, dans l'avènement de son règne, je n'y oublie pas la Naxie, et toutes fois que je célèbre les divins mystères, j'offre toujours le divin sacrifice en l'honneur des saints anges tutélaires de l'île , des personnes qui y sont et des personnes qui se mêlent du grand œuvre de Dieu dans ce pays-là; je vous réitère ce que je vous ai écrit, il est h jiropos, pour la gloire de Dieu, lie présenter h Mme de Maintenon l'impriaié que l'on a fait, et de lui faire connaître qu'en coopérant à l'établissement des Ursulines, elle deviendra la mère de toutes les personnes qu'elles instruiront, et coopérera à l'établissement de la fui dans tout le pays.
Vous pouvez dire à Mlle Aubry que je lis moi-même les lettres que l'on m'écrit, et qu'il est facile d'y répondre par la main d'un autre, la priant d'en dire la réponse à la personne qui me consulte et qu'elle connaît bien, et ainsi je [mis répondre à ceux qui me consultent, sans les nommer.
11 est vrai. Monsieur, il faut prier que M. de Fort.sa ne quitte pas la (:(jngrégation de Notre-Dame. La très-sainte Mère de Dieu mérite bien ipie l'on fasse quelque chemin |J0ur elle; je le recommanderai à Notre-Seigneur et à cctie miséricordieuse Mère et .Mme votre fille, mais très-particulièrement Mme votre épouse que je ne saurais oublier, saluant vos bons anges.
J'ai plus de reconnaissance que je vous puis dire, Monsieur, pour l'offre charitable que vous me faites d'argent ;] mais la divine
l'rovidence, ma toujours très-bonne et trèstidèle mère, m'en donne présentement pour mes besoins. Dieu lui-môme sera votre trèsgrande récompense, et bien abondante, erit mcrces tua magna nimis. {Gcn. xv, 2.) S'il est nécessaire. Monsieur, queje cède le privilège deM.lechancelier pour le livreaulibraire,jo vous prie de leurcéder comme en ayant la procuration de ma part. Je vous supplie aussi, comme il y a de grandes et fortes vérités dans le livre, qui [lourront étonner quelques personnes, et qui sont cependant fondées sur la parole de Dieu, c'est pourquoi j'ai cité partout à la marge les lieux de l'Kcriture, de [irier M. Courtin de [irendre garde si, dans les é[ireuves, les citations sont conformes au manuscrit. J'ai bien encore à vous remercier et Mlle Aubry et les autres bonnes personnes des dévotions que vous faites h Notre-Dame du Remède pour ma misérable personne; une autre fois, avec le secours divin, je vous écrirai sur ce sujet. Cependant je salue tous vos bons anges avec une singulière vénération et confiance, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Paris et des personnes qui y sont, et suis avec bien du respect, etc. Ce 27 décembre 1700.
LETTRE CCCXXH.
Souhaits de bonne année. Neuvaine du règne de Dieu. Pauvreté extrême de Boudon dans sa jeunesse.
DIEU SELL
Monsieur,
Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, etc. Voilà, Monsieur, ce que j'ai à vous souhaiter et à madame votre épouse, que jo salue très-particulièrement, sans jamais oublier vos saints anges, au commencement de cette année et pour toujours, à jamais, à jamais Dieu seul en trois personnes. (,)ue sa divine gloire, ses sacrés intérêts nous occupent sans cesse en toutes choses, dans un vrai et profond oubli de tout le reste, qui n'est rien.
Il lui a plu donner sa sainte bénédictian à la neuvaine que l'on a faite à Evreux pour ses divins intérêts dans l'avènement de son règne. Dans une seule maison bourgeoise l'on a répété environ cinq mille fois : Advenial regnum tuum. IMatth. vi, 9.) Une pauvre servante de la campagne disait qu'elle répétait pendant toute la messe ces divines paroles; ce qui est assez singulier à une jiersonne comme celle-là. De jeunes gens les répétaient en montant les degrés de leur maison. Il s'y est trouvé une personne qui les répétait trois cents fois ])arjour.
■j J'ai offert le très-divin sacrifice pour vous et [)our madame votre épouse, dans la fête de saint Etienne, priant ce grand saint et premier martyr de Jésus-Christ de vous tenir sous sa protection particulière, demeurant dans une paroisse qui est consacrée à Dieu en son honneur. Cela m'a donné lieu,