‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 386 sur 436 · LETTRE CCCXXVI · texte numérisé non relu

LETTRE CCCXXVI

Abandon complet à la Providence des religieux de Saint - Etienne de Grammont.

Uumiliations de Boudon.

DIEU SEUL

Monsieur,

Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainleidu sacré cœur de notre bon Sauveur Jésu.s-Christ, le Sauveur de tous les hommes. C'est toujours, Monsieur, dans celte divine union qu'il nous faut toujours être, toujours tout faire, toujours lout souffrir. Je vous écris le 13 de février, jour de la sainte octave de la fête de saint Etienne de Grammont, le grand saint assurément de Dieu seul, el c'est avec bien de ia justice que l'on a mis au haut de son image que l'on a f.=iil donner au public, ces deux paroles : soli Deo. Ce saint admirable a établi son trône dans un désert ; j'ai eu la gr<5ce d'y aller adorer la très-suradorable Trinité en ce saint, présentement c'est toujours un lieu retiré, un village sans aucun revenus, el sans faire aucune quête, eu sorte, qu'ils y étaient lui el ses religieui comme les oiseaux du ciel que le Père céleste nourrit, sans qu'ils sèment ni ne recueillent. Saint Gaétan avait fait la même chose à l'égard de son ordre; mais ses religieux étaient dans des villes oii ils prêchaient el confessaient, où ils étaient connus, et saint Etienne était dans un désert, en >orfe qu'il était difiicile de lui donner même du secours qu'avec grande peine, car

ŒliVRES COMPLETES DE BOUDON.

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il fîtllait faire bien du chemin, et de plu?, on oublie fai.-iiement des gens que l'on ne voit pas. De plus, par ronstitution, il ordonne que ses religieux ne demandent janiais l'auraône. qu'après avoir été trois jours sans manger, et, en ce ras, que le supérieur prenne garde de ne pas envoyer des rcligieuï dont le visage abattu ferait voir leur nécessité, mais ceux qui |)araîlraient avoir jilus de vigueur, de pour qu'on ne leur donnât l'aumùne, en ce cas-là, par quelque compassion naturelle, car il ne voulait que Dieu seul ; je vous avoue que je lui ai une dévotion très-singulière.

C'est encore l'octave de la fête de sainte Marine, qui, s'étant travestie par une ins()iration extraordinaire, a été dans les dernières humiliations jusqu'après sa mort trèsprécieuse, une malheureuse lui avant donné un enfant qu'elle nourrit, comme si el:e en eût élé le père, et la vérité ne fut connue qu'après sa mort, lorsque l'on eût découvert son ^exe. La divine Providence, ma toujours très-bonne et très-fidèle mère, m'a donné quelque petite part à ses humiliations, lorsque l'on m'a atiribué que j'avais eu une fille travestie qui me servait de valet; ce qui n'est pas vrai, n'ayant jamais eu ni de valet ni de servante; ma"is il est vrai que cette sainte fille me rendait quelque service, et dont l'on n'a aussi découvert le sexe qu'après sa sainte mort.

C'est encore la sainte octave de la grande fête du très-saint cœur de l'admirable Mère de Dieu. J'ai passé pour fou, pour lui avoir dédié l'archidiaconat d'Evreux, ce que j'estime plus que je ne peux dire. A'oici une lettre pour le P. dom Olympe, religieux théatin, qui m'aécritque leur Père, qui était supérieur à Paris, qui présentement demeure en Italie, y traduit en italien le livre De la dévotion à l'immaculée Vierge Mère de Dieu; j'en bénis la divine Providence, espérant que notre bon Sauveur et sa trèssainte Mère en seront glorifiés. Je vous supplie de lui envoyer la lettre, et celle de Mme Cécile qui ne m'a pas donné son adresse. J'espère que la connaissance du P. de Stainville et des autres bonnes âmes, comme celles du Canada, vous sera en bénédiction, et à Mme votre épouse que je n'oublie jamais au saint autel, non plus que vous ; assurez-la bien, s'il vous plaît, de mon souvenir devant Dieu. Je prends tout à fait part h la bénédiction que la divine Providence, notre bonne mère, donne au remède qu'elle jirend ; je n'en savais rien. Je salue avec beaucoup de vénération vos bons anges , tous les bons anges de votre famille, tous les bons anges et saints patrons de la ville, du diocèse de Paris, et des personnes qui y sont.

Je vous remercie avec bien de la reconnaissance de la neuvaine que votre charité vous inspiie de faire j)our ma chétive uersonne, ou plutôt pour la gloire de Dieu, dans mon indigne personne et toutes les autres personnes qui la font, comme la sœur Laurence, sa couquigno, les sœurs Gervaise

et Toinetle, Mlle .\uvray et Mlle Du Tour, et Mlle l'révùt, dont je ne me souviens [)oint. En vérité, mon appui est bien en Dieu seul, car je ne vois fias tle remède du côté des moyens humains, et je ne sais comment je [louirai faire mes visites.

Il faut attendre en patience que vous ayez achevé de lire le livre DuChréiien inconnu: ETspectans, exspeclavi Dominuin : « en attendant, dit le Psalmiste./aîa»en(/a.» Je pense qu'il est mieux que les livres soient séjiarés. Je ne sais si le libraire a encore beaucoup de livres Des saintes voies de la Croix, mais quand l'impression sera vendue , il faudra le corriger pour la nouvelle impression, et cela est nécessaire, il en faudra avertir ; ce livre-là, avec le secours divin, se distribuera toujours.

11 faut bénir la divine Providence de toutes choses; le R. P. Doulcin aurait été bien nécessaire à Paris, pour de grandes affaires de la nouvelle doctrine qui, présentement, est plus dangereuse que le calvinisme, à raison de ses suites. Je demeure dans un profond respect, etc.

Ce 13 février, 1701.

C'est encore aujourd'hui la fête de saint Aquilin, évèque d'Evreux, et la veille de la précieuse mort de la sœur Marie-Angélique, delà divine Proviiience, dont je crois que vous avez lu la Vie en manuscrit.

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