LETTRE CCCXXVII
Etant concitoyens des saints, notre conversation doit être avec Dieu et avec les anges. Dévotion de Boudon pour les états qui paraifsenc abjection et folie à la prudence humaine. Malgré ses incommodités, il se dispose à faire ses visites.
DIEU SEUL
Monsieur,
Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, etc. C'est dans cette divine union, Monsieur, que j'ai reçu votre lettre, dans laquelle vous m'écrivez ces saintes paroles du livre de V Imitation de notre Sauveur Jésus- Christ : Soli Deo et angelis ejus opta familiaris esse: que c'est avec Dieu seul et avec ses anges qu'il faut désirer une sainte familiarité. C'est ce que l'Apôtre nous insinue aux Ephésiens, où il crie gue nous ne sommes plus étrangers, rnais concitoyens des saints et domestiques de Dieu. {Ephes. u, 19.) Nous sommes donc citoyens de la même ville que les saints; ainsi nous devons participera leur société avec Dieu et avec ses anges. Notre conversation, dit encore le même Apôtre, est dans les deux. [Philipp. m, 20. ) Le saint bajitême nous a transférés dans un étal surnaturel, (jui nous tire hors de la nature: nous ne devons plus avoir decoramerceaveu sa corruption, avec ses désirs, son estime et ses affections; notre commerce doit être avec Dieu seul et ses anges.
Il est vrai que la sainteté de Dieu et la grandeur de sa njajcsté infinie sembleraient
LETTKES. — A M. THOMAS.
ma
un obslaclo à ce commerce divin avec de riiétives créalures conuiie nous sommes ; mais l'Apôtre nous apprend encore : Que par Jésiis-Chrisl nous avons coufiance en Dieu et accès libre auprès de lui par la foi en son Fils. ( Ephcs., m, 12. ^ C'est en (juaiité de membres de ce Fils adoraUle, el comme étant laits une môme chose avec lui, que nous osons nous i)résenter en sa présence suradorabie, et converser de [ilus avec lui. Maisô aveuglement des hommes et insensibilité de leurs cœurs ! Dieu tout bon et tout miséricordieux leur voulant bien faire l'honneur de converser avec eux, et leur en donn.'inl une facilité admirable, étant présent en toutes sortes de lieux, et par coiiséqtienl étant aisé partout de l'entretenir, les Chrétiens le laissent là ; et le trouvant partout, partout on ne le regarde pas même. On le néglige jusque-là que de ne pas seulement regarder, de même que s'il était bien éloigné de nous : partout on ne voit que des créatures, la terre et les choses de la terre : les conversations ne sont remplies que de discours de la terre ; les esprits et les cœurs en sont tout occupés. Oh ! combien cela donne d'horreur du monde, et qu'il est avantageux d'en être séparé 1
C'est une des plus grandes grâces qu'il ait faites à madame voire épouse, que nous n'oublions jamais devant Notre-Seigneur, par les maladies qu'il lui a envoyées. S'il lui redonne la santé, il faut qu'elle prenne garde è faire un saint usage d'une grâce si précieuse, continuant autant qu'elle le pourra dese séparer des.créatures. Oh! qu'il est bon d en être séparé d'une grande volonté en cette vie, avant que la mort ne nous en sépare de force ! La retraite a une bénédiction singulière pour converser avec Dieu et avec ses anges. Les divins solitaires, dans Itur séparation des créatures de la terre, conversaient familièrement avec Dieu seul et ses anges. Pour cela, les personnes qui sont engagées par leur condition à la société civile des hommes, doivent ménager de certains temps pour s'en séparer, atln d'avoir l'honneur d'entretenir quelquefois les trois Personnes divines qui sont partout, quelquefois leur bon ange. Le P. Hubi, jésuite, uont on a donné la Vie au imblic, à ce que j"a[iprends, disait que quelque seuls que nous lussions, nous étions toujours cinq [lersonnes, les trois Personnes divines, notre bon ange et nous; voilà une belle compagnie. Je vous l'ai dit, je me sens [)lus pressé que jamais de converser avec les bons anges, et c'est là le grand moyen de converser avec Dieu, dont ils voient toujours la face [Malih. xviii, 10), comme nous l'enseigne noire grand Maître. Aussi ces paroles de l'Imitation tpie vous m'avez écrites m'ont donné une joie toute particulière en Notre- Seigneur, et je ne sais point d'autre joie. Commençons, Monsieur, commençons dès ce monde-ci ce que nous devons faire éternellement, par les miséricordes intinies de notre bon Sauveur Jésus-Christ, le Sauveur de tous les hommes.
OlIuVBfcS COMPL. DE BoCKOJi. 111.
C'est dans l'union de sa charité que jo vous remercie de celle (jue vous. avez pour le p-mvre M. Fortin, dont les peines intérieures le rendent un sujet bien digne de miséricorde : voici une lettre, s'il vous plat», pour lui. Kn voici encore une pour M. le chevalier de Pontcarré, pour les intérêts de notre bon Maître. Comme je ne sais pas où il est présentement logé, jo n'ai pu la lui adresser; il me semble que c'est vers Saiiit- Merry, mais toujours on pourra le savoir chez -Mlle Abeliy, dans le cloître Saint- Merry, à une porte cochère, vis-à-vis de la petite porte (le l'église.
Le 19 de février, jour de la précieuse mort de la sainte sœur Catherine de Jésus, Carmélite, dont le cardinal de liérulle a écrit la Vie, la divine Providence m'envoya une attaque de mon incommodité, qui me dura (c'était à un samedi jour dé.liéàialrès-saorée Vierge), ue[)uis le samedi au soir jusqu'au dimanche 20, vers le midi : on a|)|(elle cela un éti-anguillon de boyaux, qui fait mourir quelquefois dans un "jour. Je rejetais tout ce que je prenais. Les médecins m'étant venus voir, et m'ayanl trouvé en danger de ma vie, me laissèrent là. M;iis vers le midi les boyaux se dénouèrent. J'attribue ce secours, n'en ayant [loinl d'humain, à la très-sainto Vierge invoquée sous la qualité de Notre- Dame du Remède. Vous aviez eu la bonté de m'écrire qu'on lui faisait une neuvaine, et si la neuvaine a été continuée, le secours sera arrivé le dernier jour. Je dis en coiiliance à celte mère de miséricorde que la divine Providence m'ayant fait dcnui-r au. public un livre de ses grands secours |iar la très-sainte Vierge, sous la qualité de Notre- Dame du Remède, il semble que je doive attendre de son inexplicable bonté qu'elle m'en fasse ressentir quelques etfets. Nous voilà donc toujours en danger de mort, car cela peut reprendre. Mais, Monsieur, je vous le répèle, car je vous l'ai déjà écrit : Soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes au Scit/nenr. (Rom. xiv, 8.) Les médecins m'abanàonnèrent sans m être revenus voir : je vous assure que l'appui en Dieu seul me suffit bien. Je serais bien fâché d'avoir seulement la moindre ombre du petu apjiui sur quoi que ce soit de créé.
Cette lettre était écrite quand j'ai reça voire dernière hier. J'ai reçu celle dan^ laquelle vous me mandiez que vous avez donné les mémoires. Il faut prendre garde que celui qui vous reste ne soit vu. D.ins la uernière lettre vous m'annoncez les livres et les autres imprimés de piété que vous enverrez au Canada. C'est assurément, avec le secours divin, ce qui rendra une grande gloire à notre bon Sauveur, à son immaculée Mère Vierge, et aux bons ange>, et de cette manière vous coopérerez fortement eu la vertu de Notre-Seigneur, aux missions du Canada, ce qui est une grande aOaire et très-grande ail'aire. Vous aurez bénédiction pour les soins que vous prenez du livre Du Chrétien inconnu. Si vous eu avez reçu la première épreuve le 8 de ce mois, c'est Te
an
jour de la fêle de saint Jean de Dieu, qui, en J'aisanl le fou devant les hommes, est arrivé .«( la vt'ritai)le sagesse devant Dii-u. J'ai une «in?ulière dévotion aux états qui paraissent faiblesse, abjection et folio à la prudenre humaine.
J'ai ofîerl aujourd'hui le très-divin sacrifice pour la sœur (îorvaisp. C'est le 9 mars, jour de la fôte de sainte Françoise, l'une des personnes qui a renversé le plus familièrement avec les saints anges; et l'Eglise demande dans son oraison, par ses intercessions, pour les lidèles la compagnie de ces célestes esprits. C'est sous leur protection, et |iarticulièrement sous celle de la puissante Mère de Dieu, que je me prépare à f.iire mes visites après la fête de la glorieuse Annonciation, qui doivent durer jusqu'à rAscenslon admirable de Notre-Seigneur.
Levavi ucculos meos in montes, unde vcniet iiuailium mihi. [Psal. cxx. 1.) J'espère à ma confusion que l'on me prêtera un petit carrosse. Je vous écris actuellement incommodé.
Je salue bien, mais très-particulièrement Mme votre épouse, M. Courtin, Mlle Du Tour, Mlle Auvray, toute leur maison, tous vas bons anges, tous les anges, tous les anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Paris et des personnes qui y sont. Jo crois que Notre-Seigneur sera glorifié de ce que M. l'abbé Bignon est conseiller d'Etat, et je demeure dans un profond re.spect dans les cœurs de Jésus et de Marie
9 mars 1701.
LETTRE CCCXXVllI.
AU UÊME.
La grâce tend toujours à nous soparer des crenlures: ce qu'on doit entendre par les tnonlagnes du Seigneur. Dévotion à saint Joseph.
DIEU SEUL
et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur de tous les hommes. Mais ]it)ur établir sa demeure dans ce sacré cœur, il ne faut plus demeurer dans le nôtre; c'est il cette bienheureuse sortie que tendent les opérations du divin amour. Mettons, Monsieur, toute notre confiance en l'adorable Jésus qui les fait. Ceux, dit le Psalmiste, gui mettent leur confiance au Seigneur, sont comme la montagne de Sion [Psal. cxxiv, IJ, c'est-à-dire qu'ils sont intrépides et fermes comme une montagne; car ils sont appuyés sur celui qui ne change et ne peut changer. Le Psalmiste ajoute, que les montagnes sont autour de lui, « Montes in circuitu cjus. » (Ibid , '2.) Ces montagnes sont la figure de la très-sacrée Vierge, de tous les bons anges et saints dont ilssont environnés de leur puissante protection ; mais la divine Providence, tomme l'enseigne notre 11. P. Jean de la
Croix, c'est ainsi que je l'appelle, se sert des jilus sublimes de ces montagnes entre les anges, c'est-à-d'.re des séraphins, pour jeter des dards du par amciir Jans le cœur do ceux qui se sont appliques plus saintement h l'oraison et à la mortification- ceia a paru d'une manière éclatanie dans la séreohique sainte Thérèse, un séraphin lui ayant peicé le cœur d'une flèche divine; ceia marque assez l'union que nous devons avoir avec ces célestes esprits, et la dévotion que nous devons avoir pour eux. •
Je vous écris le 19 de mars, jour de la fête du grand saint Joseph et de l'admirable entre les [il us grands saints, dont le culte et la dévotion ont été établis par cette grande sainte, la divine Providence lui réservant cette grûce, car le dévot Gerson y avait beaucoup travaillé, en écrivant même aux prélats, mais avec peu d'effet. La sainte disait qu'elle n'avait jamais demandé rien à Dieu par son intercession qu'elle ne l'eût obtenu, et une très-sainte âme de notre siècle a dit qu'il lui avait été révélé que lorsque l'on demanderait quelque chose à notre boa Sauveur par les services qu'il lui a rendus pendant sa vie, qu'il l'accorderait volontiers. Je viens fie célébrer le très-divin sacrifice en son honneur , où je ne vous ai pas oublié, nimadame votre épouse, ni M. Courtin et toutes les personnes de notre connaissance. Je salue très-particulièrement tous vos bons anges, tous les bons anges et maints patrons de la ville et du diocèse de Paris et des personnes qui y sont, rendant beaucoup d'actions de grâces à M. Courtin et son saint ange, de l'application qu'il donne au livre Du Chrétien iiiconnu. Les saints anges donc, et en particulier les séra(ihins qui sont autour de ceux qui se confient au Seigneur, sont destinés pour leur percer amoureusement le cœur. Mais le Psalmiste dit encore : Que non-seulement les montagnes, mais le Seigneur environnera son peuple depuis ce temps jusqu'à jamais. (Jbid.) Ahl qu'il est doux, avantageux et glorieux de servir un si bon Seigneur, qui sera autour de nous jusqu'à jamais 1 A jamais être environné de Dieu, à jamais être environné de Dieu 1 Or ce Seigneur de toute bonté et de toute miséricorde veut quelquefois lui-même faire des plaies de son divin amour dans les cœurs des hommes, comme il a fait à sainte Gertrude, e* ces divines plaies causent dans l'âme une sainte haine d'elle-même; il devient le cœur de notre comr, et pour lors il y établit sa demeure. Unissons-nous tous ensemble pour lui deraandei, une si sainte grâce, et oU'rons au Père éternel la prière qu'il lui a faite en notre nom; disons-lui avec lui et dans la divine union : O Père, sanctifiez-nous en vérité, nous séparant véritablement de nous-mêmes et de toutes les choses créées.
Ce qui fait que son royaume n'est pas du monde, c'est que le monde est tout jilongé en lui-même, dans l'attachement à ses propres intérêts et à la terre; ainsi il ne peut i)as môme recevoir son Saint-Esprit,
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LETTRES. — A M. THOMAS
Spiritnt tanctut quem mnndus non jxitett acciptre {Juan, siv, 17); ce (]ui assuréinf.ril lionne du tourment, qunmi l'on so rencontre nvecce monde. Je ne sais si je vonsai écrit que feu M. l'abbé île la Trapiie, en mourant, avait dit <|ue l'une des grandes peines des suiiérieurs des maisons^ religieuses, est d'y recevoir et entretenir les hôtes, h raison do leurs sentiments et de leurs entretiens.
Je vous rends beaucoup de gi'âces pour la neuvaine que vous avez faite îi Notre- Dame du Remède, et à mademoiselle Agathe aussi et à vos bons anges. O Monsieur 1 que nos cœurs puissent être tellement bles- .«és du divin amour, que jamais ils n'en guérissent!
M. Courtin a eu raison de vous dire que .M. Fortin n'était pas propre à la jilace dont vous me parlez, à raison de ses peines.
Hriilez, s'il vous plaît, Monsieur, le papier dont vous me parlez et la lettre oii il en est parlé, et si l'on vous en a dit quelque chose dans quelque leitre, au moins il faudrait effacer ce qu'il y en a ; je crois que la gloire de notre bon Sauveur et de son immaculée Mère Vierge demande cela.
Je viens de recevoir une lettre d'une re- Jigieuse Récollette, qui présentement sont de l'ordre de l'Immaculée Conception de Noire-Dame; elle s'appelle Marie-Thérèse de Saint-Philbert; c'est à la rue du Bac, faubourg Saint-Germain. Elle prie qu'on lui donne le livre De la dévotion aux neuf chœurs des Ions anges, pour la conmiunauté. Si vous voulez bien avoir cette charité, je crois que notre bon Sauve.ur et son immaculée Mère et les bons anges en seront beaucoup glorifiés. Elles ont le. livre De la dévotion à l'immûculée Vierge; elles l'ont lu dans leur réfectoire. Si yous voulez y ajouter le livre De Dieu inconnu, ce sera une augmentation pour la gloire de Notre-Seigneur et de sa très-sainte Mère ; elles ont grande dévotion à distribuer des passeports de l'immaculée conception. J'ai rapporté une nouvelle qui en est arrivée, dans le livre De la très-sainte Vierge, à l'égard du père d'une personne qui logeait chez elles. Si vous voulez leur en donneret des autres oraisons im[irimées, je crois que la sainte Mère de Dieu en sera bien honorée.
Je ne sais ce que cela veut dire, je me prépare, avec le secours divin, pour mes visites le lendemain de la fête delà glorieuse Annonciation de l'admirable Mère de Dieu, contre vent et marée, comme l'on parle, avec des incommodités notables, et cependant je le fais sans peine et dans une grande paix, notre gros lot, l'apiiui en Dieu seul; c'est en lui que je demeure dans uu profond respect, etc.
Evreux, ce 19 mars 1701.
Les Récolleltes offrent une communion de toutes les communautés en l'honneur de l'immaculée conception, pour mes visites. Madame Lefebvre vous salue et madame votre épouse avec beaucoup de respect. Dans ioc\î:ion, je vous supplie, faites bien mes
civilités au lion Père dont vous me |.'ulp/ dans votre lettre. Depuis ma lettre ni'hevée et avant de In fermer, j'ai été très-mal. 1^ divine Providence, ma très-bonne et trèslidèle mère, soit remerciée, adorée, aimée, bénie et glorifiée sans réserve en toutes ciioses et pour toutes choses.
LETTRE CCGXXI.\.
Nécessité d'écrire la vie de Buurdoise.
DlEl! SEIL.
Monsieur,
Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul, etc. Sa (livln(^ gloire nous (iresse. Monsieur, de faire nos efforts en sa divine vertu, que l'on donne au public la vie de l'un de ses granils serviteurs, feu M. Bourdoise, mais sans y retrancher ses sentiments à l'égard de la nouvelle doctrine; il y va de l'intérêt de Notre-Seigneur et de son ÎEglise, que le public soit informé de ce que les personnes d'une éminente sainteté ont jugé du parti de Port-Royal ; cela peut servir à plusieurs que l'on y engage malheureusement, sans qu'ils en connaissent la malignité, et c'est pourquoi tout le parti n'oublie nen pour l'empêcher.
M. le vicaire de Saint-Nicolas m'objecte à cela que le séminaire est dans la jiaix, et que cela pourrait faire du bruit. Mais, Monsieur, il y a une paix que le Fils de Dieu nous assure n'être pas venu apporter en terre : Non rcni paccm mitlcre, sed gludium. Un enfant qui voit que l'on maltraite son fière, et qu'on l'outrage et le bat en sa présence, gaidera-t-il le silence, sous j^rétexte de ne pas faire de bruit ? Des gens qui voient le voleur entrer la nuit pour les [liller et tuer, ne diront-ils mot? Ceux qui voient une maison en feu, ne crieront-ils point? Dans quelque heure de la nuit que cela arrive, l'on crie au feu, l'on éveille tout le monde, l'on sonne les cloches, et laisseraiton brûler une ville de peurde fairedu bruit? Or, Monsieur, l'Eglise est notre Mère qui est attaquée fortement jiar les sectateurs des nouvelles doctrines; ils y entrent comme des voleurs : Qui non intrat per ostium, ille fur est et latro. [Joan. x, l.] C'est la maison de Dieu qui est en feu. Après cela, les catholiques se tairaient-ils pour conserver une fausse paix?
Je vous supplie d'en conférer avec le R. P. Doulein, à qui vous présenterez, s'il vous plaît, mes respects, et voir si l'on ne jiourrait [las trouver quelque moyen de gagner ce M. le vicaire et les autres qui peuvent s'op(ioser à cette impression, pour voir ensuite à faire donner le livre à quelquesuns des docteurs les mieux intenti(jiiiiés, (jui sont destinés par M. le chancelier. Il uie semble que M. Bourut est bien intentionné, mais enfin on verrait cela.
l'"t après pour l'impression, on pourrait
Iil'3
(FXVRES COMPLETES DE BOL' DON
bien trouver les i.uoyens de la faire; mais, s'il était nécessaire, ne pourrail-on pas se servir de l'aulorilé du roi? Sera-t-il dit que le jansénisme s'établira toujours, et il s'établji tous les jours de plus en j'Ius, et que l'on n'aura pas la liberté de parler contre? Si, à la vérité, le parti s'était assujetti et qu'il ne remuât plus, c"est ce qu'il pourrait demander; mais on voit tous les jours le contraire.
Il est boa d'attendre après Pâques pour parler à M. le vicaire; mais, je vous l'ai dit, il faudrait chercher quelques movens de le gagner; de la façon dont il m'a parlé, j'y servirais de peu. Conférez-en avec lo R". p. Doulein, et prenez la j)cine de lui lire ce que je vous écris.
Je vous ai dit : .M. Fortin n'est iiac propre }>our Sainte-Reine, et de plus son exeat finira dans quelque tem|)s.
Je vous écris le 21 de mars, le lendemain (lu jour destiné h la fêle de saint Joachim, le père de la Mère de Dieu. L'union que cette glorieuse cjualitélui donne avecNotre- Seigneur Jésus-Christ le jilace à une gloire incomparable et à un pouvoir qui lui est particulier entre les saints, particulièrement a l'égard des personnes souffrantes. Une •sainte âme, qui a eu des croix les plus terriules, et au milieu de ces croiî a porté des ])rivations éjiouvantables; il lui semblait luême que tous les saints se retiraient d'elle, mais elle vit que saint Joachim restait le dernier. Une abbesse, en Normandie, faisant célébrer tous les ans sa fôte comme l'une des i)lus solennelles, et y faisant prêcher, eut le bonheur de mourir ce jour-là. Cependant la dévotion à ce saint est rare, et je crois que ceux qui lui en ont une particulière, en recevront une protection trèssingulière. Je conseille à madame votre éjiouse d'honorer s])écialement ce grmid saint, la saluant à même temps, son bon ange et le vôtre, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Paris et des personnes qui y sont.
Un docteur du parti, ayant parlé à une Carmélite de la rue Chapon assez confidemment, elle m'en écrivit; je lui mandai que les témoignages du feu P. de Condren, de M. Vincent et de M. de Renty, qui marquaient la malignité de ce parti, étaient bien considérables, étant des personnes désintéressées et (l'une éminente sainteté; que l'on n'en pouvait [las douter, à moins de dire que ce fussent des calomniateurs, et dans cette aflaire de telle conséquence, et qu'étant moit dans ces sentiments, ils seraient sans doute damnés, ce qui n'était- oas croyable. Elle me manda ensuite que cela avait l'ait impression sur l'esprit du docteur, à |ilus foite raison donc sur l'esprit de tant de jiersonnesqui ignorent la malignité du parti. C'est pourquoi il est tout à fait de la gloire de Notre-Seigneur et du bien de son Eglise, que l'on donne au public les sentiments des saintes personnes sur ce sujet.
Je suis avec bien du respect, etc.
A Evreux, ce 21 mars 1701.