‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 39 sur 436 · I.IIOMME DE DIFAI · texte numérisé non relu

I.IIOMME DE DIFAI

l'AUT. II.

la Vie (lu P. de Coiulren, célèbre par ses a très-bien remarqué dans

cette vie que ce n'est pas assez h un Cluétieii des"appli(pier!i Hiou, qu'il faut de (ilus s'étudiera laconsiiléralion de la vie et des mystères du Sauveur du monde, n'y ayant point d'accès aupiès du l'ère (|ue par le Fils, point de vraie piélé ni Je salut (jue [lar l'invocation de la grAce du môme Fils. Ft ce Fils bienaimé du Père éternel ne nous a-t-il pas enseigné lui-même celle vérité par ces paroles qu'il adresse à sou l'ère : La vie éternelle confistr à rouss totinaUre , n^iis f/iti êtes te seul Dieu, et Jésus-Christ que vous avez envoyé. {Joan. xvii, 3.) Connaître et aimer Dieu, c'est vivre dans l'obéissance de Dieu connue principe de notre êlre ; mais ce n'est pas lui porter l'amour (jue nous lui devons, comme au Père qui nous a régénérés par son Fils, c'est le servir comme des hommes, et non pas comme des Chrétiens.

Il faut ici considérer ce que nous avons dit ci-devant dans le chapitre de l'amour que le P. Seunn avait pour Jésus-Christ, pour voir dans une grande et évidente lumière que c'était la plus chère et continuelle application de son esprit et de son cœur. « il s"é('riait qu'il ne i>ouvait jamais se lasser den parler et d'y [lenser; il disait qu'en toutes ses paroles, actions, et dans ses souffrances, tous les mystères de son enfance, de sa vie cachée, do sa vie conversante, de sa très-douloureuse passion, faisaient le sujet du culte de l'FIglise, et qu'il devait être de la dévotion de ses enfants; que le tout avait éié l'olgrt de l'amour, de la vénération des saints et des Pères de l'Fglise; qu'il le devait êlre de notre application , de notre zèle, lie nos respects; qu'il y fallait mellro notre goût: que ce devait être le sujet de nos entretiens; que nous devions nous estimer heureux si rien ne nous en divertissait; que nous les devions considérer comme noire refuge; que hu'squ" les forces nous manquaieni , il fallait demeurer prosternés aux pieds de Jésus » Nous avons dit qu'il en caressait les images avec des tendresses inexplicables, et qu'à la vue d'un crucifix qu'il avait il enlrait dans des senlimenis duu amour qui ne jieut s'exprimer. Je ne saurais ici concevoir l'élat de certaines personne» qui disent qu'elles ne peuvent jamais penser à Nolie-Seigneur ni dedans ni hors le temps de l'oraison, toute leur occu- (latioii étant >ine vue abstraite de la Divinité. .Ma raison est que ces personnes, nonobstant leur occupation intérieure , pensent trèsbien aux créatures leurs semblables, parlent lié>-bien avec elles, s'entretiennent de chose.- fort communes tous les jours , dans les u. casiuiis. Après cela , comment est-il pos- .smle (ju'il n'y ait que Jésus à qui elles ne puissent penser? Ces personnes se souvien- III ont bien tie l'obligation qu'elles ont à de ruéi.ves créatures comme elles; comment lie pourront-elles pas s'appliquer à un hi)iniiie-Dieu, à qui elles sont redevables de luul ? La grande amante de ce divin Sauveur, vaiule Thérèse, avail bien lai.-on de les trai-

ter d'ingrates. Elle s'élonnait avec grand sujet qu'on ne le regardât que dans ses grandeurs et ((u'on le laissAt seul plongé dans une mer de douleurs et d'opprobres, soulfrir toutes choses pour l'amour de ces gens ipii disent qu'ils n'y peuvent pas mCme penser.

Il est vrai, comme le rem.-'niue encore très-bien cette séraphique sainte, (pie plusieurs n'y peuvent pas penser par la méditation ou oraison du discours; mais qu'on ne le puisse faire |iar un simjile souvenir, par un simple regard ou au moins une vue confuse, c'est ce qu'elle n'a jamais pu comprendre, h moins que Dieu n'en retire la pensée, comme il a été dit qu'il arriveciuelquefoisdans son union intime; ajoutons, ou si ce n est que par un attrait de grAce particulière l'on ne soit appliqué à la nue présence de Dieu en toutes choses, à ses aitributs, ou h (]uelque vérité chrétienne ; mais cela ne doit jamais exclure dans les autres temps le souvenir d'un Dieu incarné. Je dis de plusqu'il peut arriver un état de peines où l'on en perd encore la jiensée, comme il se voit en la vertueuse mère de Chantai ; mais ces privations ne la font perdre que pour la mieux donner ensuite.

Répétons encore ce qui a été dit : le P. Seurin portait tout le monde à la méditation ou contemplatiun de Notre -Seigneur Jésus- Christ et de ses mystères; je dis à la méditation ou contem[ilàtion,car il faut avoir égard aux voies différentes des âmes; ceux-là se tromiient grandement qui veulent mener toutes les âmes par l'oraison du discours; les autres se trompent qui les veulent toutes les conduire par la conteuqilalion. Saint Ignace enseignait très-bien que les directeurs sont dans une haute illusion, qui veulent faire aller les âmes par une même voie ; J'esjiritde discernement qui leur est nécessaire consiste à reconnaître celle par où l'esprit de Dieu les attire, et s'ils n en ont pas des lumières, les renvoyer à ceux à qui le Saint-Esprit en a donné l'intelligence; autrem(!nt iis leur nuiront beaucoup, au lieu de les aider, et rendront un compte bien sévère au jugement de Dieu, de la gloire dont ils l'ont privé par leur mauvaise conduite.

Il y a bien des personnes qui ne peuvent méditer par les qualités de leur esprit, et ainsi elles sont dans une impuissance naturelle; mais il ne faut pas pour cela qu'elles soient privées de la grâce d'oraison, puisqu'en général n'étant autre chose qu'une élévation de l'esprit à Dieu, il n'y a personne qui ne le puisse faire. L'on trouve de simples gens qui s'arrêtent à Notre-Seigneur ou à quelqu'un de ses mystères par un simple regard, et demeurant doucement dans cette vue accompagnée d'amour, font de grands progrès dans les voies chrétiennes. IJ faut remarquer sur ce sujet (jue cette oraison d'une contemplation active est au [louvoir ordinaire avec le secours commun de la grâce ; ainsi que ce n'est nullement d'elle (iue les maîtres de la vie spiuluclleparleuts,

mais bien de la conlomplalion passive, quand ils disent que c'est présomption de s'y vouloir introduire de soi-raônie. Il y en a qui ne doivent plus méditer, parce que ralliait de Dieu les lire de leurs opérations ordinaires, pour les élever h une ofiération où ils sont mus do î-on esprit d'une façon spéciale, et c'est la contein|ilation passive.

Mais que doit l'aire l'âme dans toutes les •voies différentes de la j^rAce, sinon de suivre celle où Dieu l'appelle? Ainsi, que celui qui nianj^e ne méprise point celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange (loint ne méprise pas celui qui mange; que le méditatif honore le contemplatif, et (jue le contemplatif honore le méditatif. Le P. Seurin conduisait ordinairement par les exercices de saint Ignace, qui ont produit des biens inestimables dans toute l'Eglise universelle, et qui font tous les jours de grands effets de grâces. Le Père assurait que Ton y trouvait des trésors qui ne seront connus que par ceux que Dieu éclaire [larticulièrement, ce qu'il faut avouer, spécialement si on les faisait, comme au tem|)s de saint Ignace, durant un mois. Car enfin il faut employer quelque temps considérable pour ilonner lieu à la grâce de nous éclairer, de morlilier nos passions et de changer nos anciennes habitudes. 0 mon Dieu 1 quel temps ne donne t-on pas pour iin procès, pour les affaires temporelles, pour rétablir la santé du cor[is, quoique toutes ces choses doivent bientôt passer pour ne revenir jamais! Et pour l'éternité et le Dieu de l'éternité on aura de la [leine à employer quelques semaines 1 Hélas! à peinedonnerat-on huit ou dix jours.

Le P. Seurin remarquait judicieusement que plusieurs personnes qui ne peuvent ruédiler fiouvaient encore se servir des exercices de saint Ignace, employant les puissances de leur âme avec grande simplicité à la vue des personnes, des paroles et des sentences qui y sont proposées, pesant par de simples regards les objets sans se servir de beaucouj) de discours, et y ap|)!iquant les sens intérieurs pour eiUrer en admiration et en ferveur. Il remarquait encore que l'Ame arrive quelquefois à une oraison où elle n'a plus qu'une notion générale; qu'il y a une certaine noblesse dans cette not on qui rend une grande gloire à Djeu;([u'une marque que cet attrait vient d'un principe divin, c'est iju'il [lurifie notre esprit et le rend sini|ile ;quece[)endant l'Ame jouit en ce repos des |)lu5 délicates onctions delà grâce; que c'est une erreur de penser que l'âme soit oisive dans cet état ; que ceux qui troublent les personnes, ou qui se troublent eux-mêmes par le recours aux actes distincts ne font autre cho^e que de se tirer de leur vrai repos, et que celte notion générale tient l'âme attentive à Dieu ou à Notre-Seigneur Jésus-Christ par une vue confuse. 11 assure qu'à la lin de sa vie il était en cet état d'oraison, et les auteurs de la vie de saint Ignace rapportent i[ue cet admirable saint n'agissait plus selon ses anciennes méthodes, mais ne faisait [dus que souffrir et

OEUVUES CO.MPLETES DE BOUDON. lCt>

se laisser conduire aux mouvements de l'esprit divin.

Il estimait que tous les états de la vie spirituelle se terminent h l'état de pure foi, (jui est très-indépendant des lumières, des goûts et des sentiments; que c'était un vrai état , imisqu'il subsistait toujours même avec ce ([u'il y a de plus contraire, comme sont les tentations contre la foi ; nu'il n'est point sujet à ralternative de consolations et et de désolations; que Notre Seigneur le donne sans aucunes visions précédentes, sans révélations ni paroles intérieures, à ceux mêmes qui paraissaient dans une vie commune; mais que c'est un bien qui ne se peut comprendre. « Il dirait (|ue quand le Saint-Es|irit se donne |iar ses [ilus divines communications, [)Our lors les présences sensibles sont ûtées; qu'ordinairement les extases cessent ou arrivent peu. » Il avait appris cette haute doctrine dans la rencontre du hcrgor si éclairé dont nous avons parlé en la jireiuière partie de cet ouvrage, qui lui dit (pie les extases où il avait été sujet étaient des iinpeifeclions dont Dieu l'avait délivré.

C'est pour cela qu'il écrit que « son oraison en cet état était une oraison de pure foi ; que c'était par la pureté de cette vertu qu'il allait à Dieu presque sans discerner l'extraordinaire de l'ordinaire; qu'il ne s'arrêtait jilus à toutes les choses particulières qui lui arrivaient, qu'il en était en repos au-dessus de toute sorte de sentiment et d'opération ; qu'il avait une chose Itien éloignée des sens, qui était de servir Dieu jiar la foi, comme l'enseigne l'Eglise à ses fidèles, et qu'il s'en tenait là ; qu'il n'avait plus ses mouvemenls forts et impétueux; qu'autrefois Notre-Seigneur lui donnait le vin nouveau, mais qu'à présent il lui donnait le vin vieux. » C'est une comparaison qu'il avait prise de l'Evangile dont il se servait fort à propos; voici comme il l'expliquait. Tout de même plus le vin est nouveau, plus il est impur et bouillant; en sorte qu'il sort hors des vaisseaux ou les fait crever, et, comme dit Notre-Seigneur en saint Maiihieu, qu'il irjuble si on ne le boit avec Jiscrciion, quoùjuc jamais il ne soit plus doux. {Muith., ix, 17) ; ainsi la grâce dans ses coinuiencements est impétueuse; elle paraît et sort au dehors; on a de la peine à la contenir ; elle met dans des fcrveui's sensibles ; elle cause de grandes douceurs qui dans la satisfaction qu'elles donnent souvent [lar le mélange de l'amourjiroprc, piodnisent beaucoup d'im|ierfeclions dans l'àiiie, et lui ùtent ou diminuent sa paix intérieure. .Mais comme le vin, après quila Ijouilli est plus fort, qu'il en est l)lus sain et plus pur, quand ii est tout à fait vieux, aussi la grâce produit peu à peu des mouvements |ilus tranquilles, et à la fin n'a plus toutes ces sensibilités et ces consolations qui se répandaient sur la jiaitie inférieure, mais demeure dans le fond de l'Ame dans une grande pureté. Il ajoutait encore, que comme il y a de certains vins qui se lurtilicnt et deviennent p'ius excellente ipiaml

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