‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 397 sur 436 · I.LTTIIES. — A M. THOMAS · texte numérisé non relu

I.LTTIIES. — A M. THOMAS

Dcvolion à l'imimnulee Vierfje, Hlvre de Dieu. Il faudrait inôinn ôler ce (]ue j'ai dit que le grand odice n'étant pas condamné, Ji plus forte raison le petit; car c'est ce qui nest pas bien expliijiié, et c'est ce qui ne iirouvo pas; car on peut condamner le petit sans condamner le grand. J'ai voulu parier de celui qui se récite dans tout l'ordre de Saint- François; mais tout cela n'est pas bien expliqué.

L'on a tant d'opposition pour la sainte Conception de Notre-Dame que l'on me mande de Rouen que l'on a remaniué ({ue l'un des grands vicaires et grand archidiacre (il a un frère prés de Mgr de Ueims), n'avait pas voulu dire la messe le jour do la fête dernière, et que. ne l'ayant dite qu'une fois ilans l'octave, le jour de sainte Luce, il avait dit, jiour mémoire: Dcii>i qui de bcatœ virgittis Miiriw -utero, sans dire r(jraison de la Conception qu'il devait dire; car on en fait l'ottave à Rouen. L'on a pensé me faire une affaire à Evreux touchant le Livre de la dévotion an saint esclavage de l'admirnlde Mire de Dieu. L'évoque en est saisi ; mais l'on n'a |ias réussi, il m'a dit que le livre ne contenait rien moins que ce que l'on avait objecté; il m'a paru content. Je lui ai dit ensuite que loin de le distribuer présentement, je l'avais fait effacer du catalogue de mes livres. Dites cette nouvelle à M. Dumas. Partout l'on voit une opposition étrange au culte de la Mère de Dieu, et l'on parle publiquement et hautement contre. Je suis dans un profond respect, etc.

A Evreux, le 19 décembre 1701.

J'ai oublié à vous faire souvenir de la neuvaine particulière de Dieu qui commence le jour de la fêle des saints Innocents. Vous en trouverez la dévotion dans la seconde partie du petit Livre du purgatoire. Nous ne pouvons mieux commencer et flnir les années que par l'application à l'intérêt de Dieu. Parlez-en, s'il vous plaît aux bonnes âmes. Je n'ai vu des miracles, comme je vous l'ai mandé, que la première fois qu'on la fît. J'étais encore séculier lorsque la divine Providence me l'inspira.

LETTRE CCCLllI.

Lu vie d'un Chrétien, à l'exemple de celle de Jésus^CItrist, doit être un sacrifice continuel.

DIEU SEUL

Monsieur.

Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, etc. C'est dans cette divine union. Monsieur, que le Chrétien doit èire dans l'esprit d'un continuel sarritice, car c'a toujours été l'esprit de son chef adorable, qui s'est sacrifié en môme temps qu'il a commencé d'être formé dans les pures entrailles de son immaculée Mère Vierge, qui a continué cesacrifice durant tous les moments de sa très-sainte vie, qui l'a finie par un sacrifice capable de jeter l'épouvante dans toutes lescréalures, qui le

c'jnlintioencore surnos autels jusqu'à laioiisommation des siècles, en autant de lieux que l'on y célèbre les redoutables niystères. L'esprit de sacrifice est donc jiroiirement l'esprit du Chrétien : c'est [lourquoi notre grand Maître donne iiour première leçon à tous ses disciples le renoncement à soi-même, et ensuite de porter tous les jours la croix.

Mais ce sacrifice est un sacrifice d'holocauste, dans leq'.iel toute la victime est consumée et anéantie. Il ne souffre aucune réserve, ni à l'égard des bien>i, ni à l'égard des plaisirs, ni ù l'égard de l'honneur. .Mais quelle leçon, Monsieur, notre divin Maître nous fait-il sur ce renoncement! 11 est plus pauvre que les oiseaux, car dans le désert ils avaient leurs nids, et iln'avaitpas oii reposer sa tête; ce qui lui est arrivé bien d'autres fois, comme il l'a révélé à sainte Thérèse. Il est appelé l'homme de douleurs {Isa. LUI, 3), n'ayant été, dit le saint livre de l'Imitation, aucun tem[)s sans souffrances. Les larrons et les homicides lui omété préférés. 11 n'y a donc rien que nous ne devions être [irêls à sacrifier, quun'd il s'agira de sa gloire.

En cela, il faut autant que l'oapeut regarder son ordre , sans s'arrêter aux événements (jue l'on peut prévoir : car cet adorable Maître savait bien que les Juifs ne i)rofileraienl pas de ses exhortations, et il ne laissait pas de les faire, quoi tpi'il dù\. lui en coûter, même la mort. Il lui sullisait de se tenir dans l'ordre de son Père; et c'est cet ordre qu'il faut tâcher de découvrir, s'iiumiliant pour recevoir sa divine lumière.

Je me confie au Seigneur Jésus, que celui qui a commencé l'ouvrage des îles de l'Ar'diipel, l'achèvera. Tous les jours j'ai recours aux saints anges de ces lieux-là et des personnes qui y sont, et des personnes qui se mêlent de cette œuvre de Dieu, que je n'oublie jamais au saint autel, non plus que vous et madame votre épouse , et vos bons anges que je salue très-particulièrement.

Je regarde comme une faveur bien singulière de la très-sainte Vierge, cette mère de miséricorde, les maux et incommodités que la Providence me fait souffrir. J'ai commencé cette. lettre hier, joui' de la fête do l'aimable saint Jean l'Evangélisle, qu'il faut invoquer jiour les îles de l'.Xrchipel, comme en étant le iirotecteur particulier; et je fus obligé de la laisser à raison de mes maux, qui, le jour de Noël, ne me laissèrent la liberté de dîner que vers cinq ou six heures du soir. Ils me réduisent à ne plus manger ni veau, ni bœuf, ni mouton. C'est un exercice et pour le jour et pour la nuit : cepentlant je le regarde, comme je viens de vous le dire, comme une faveur très-spéciale de ma bonne maîtresse, pour me préparer à la mort. Ah! si la même grâce m'était accordée qu'à mon bon patron le bienheureux Henri de Suso, qu'après avoir dit tant de fois Dieu SELL, à l'instant de ma mort il n'y eût plus que Dieu seul en ma chétive personne I

A l'égard des indulgences, je crois qu'il

0! IVRES COMJLETF.S DE BOLDON

est nécessaire de les faire imprimer avec r/liiï,qui est aussi Irès-iiécessaire. La plupari des personnes , et presque toutes, ne pensent pas à rapplicalion de ces indulgences auï âmes du |iuri;atoire ; elles n'en eonnaissenl ni l'obligation ni rim|)ortance. Vous rendrez un grand service à ces pauvres âmes ; et c'est la grande charité que l'on puisse faire, à raison qu'il n'y a point de maux pareils à ceux qu'elles soutTrent, sans pouvoir ni y remédier, ni même demander du secours.

Enfin il est vrai. Monsieur, que notre bon Sauveur vous fait un honneur inestimable de vouloir se servir de vous pour rétablissement de sa gloire, de celle de sou immaculée Mère, des bons anges et des saints. Ah 1 que vous avez sujet de le remercier d'une grâce si précieuse I dans mon petit sentiment elle ne se peut expliquer. Vivez et mourez dans une Juste reconnaissance de ses miséricordes et Ue ses bontés infinies. Je crois que vous servirez à leur gloire d'entretenir toujours une sainte union dans le Canada. L'on me marque qu'on vous y a bien de l'obligation ; et M. Gla:idelet, présentement doyen de la cathédrale, désire en >otre-Seigneur avoir toujours une union chrétienne avec vous.

J'achève cette lettre h 2S décembre 1701, le premier jour de la nemaine du rèyne de de Dieu.

Je suis, etc.

LF.TTRF CCCLIV.

Dans quels senlimenls un Chrétien doit commencer l'année.

DIEU SELL

Dieu seul. Dieu seul en trois persojines , et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus - Christ, le Sauveurde tous les hommes. C'est dans cette divine union que nous devons commencer cette année, et que nous devons continuer tous les jours , les semaines , les heures et les moments qui nous restent de la vie, pour y demeurer et vivre éternellement, éternellement , éternellement. Mais commençons dans cette sainte union une vie nouvelle, mourant à notre projjre vie, ne vivant que de la mort à nous-mêmes et h toutes les choses créées, afin que nous puissions dire une bonne fois en vérité avec le giand Apfttre : Je vis; mais non je ne vis plus, c'est Jésus-Christ qui vit en moi [Gai. ii,'20), et par conséquent qui y agit, qui y soutfre, et qui par conséquent nous faù faire des actions et porter des souil'rances dignes de lui. Ahl ce sera pour lors que nous commencerons quelque chose de celte vie bieiilnureuse, dans laijuelle Dieu étant toutes choses en tous [I Car. xv, 28), comme nous l'enseigne la divine jiarole, il ny aura plus que Dieu seul.

J'invoque l'iminai niée Vierge, Jlère de

Dieu, notre grande reine, notre fidèle avocate, notre bonne maîtresse, notre sainte médiatrice, notre puissante protectrice, notre très-douce et très-miséricordieuse mère, pour qu'elle vienne nous secourir. Elle est appelée avec justice, et elle l'est en effet, Notre-Dame de Ban-Seot)urs. C'est la créature de Dieu seul par excellence, en ayant la plénitude plus que tout le reste des créatures.

J'invoque tous les bons anges, les créatures de Dieu seiil , en ayant toujours été rempli et l'ayant toujours aimé uni(piemenl. Oh 1 qu'ils sont heureux de ne s'être jamais aimés 1 Le malheur inexplicable des anges, apostats n'est venu que de l'amour d'euxmên>es. En particulier, j'invoque vos bons anges gai-diens, le vôtre et celui de madame votre éfiouse, vous désirant mille et mille des plus saintes bénédictions du ciel à tous deux. J'invoque aussi les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Paris et des (lersonnes qui y sont, spécialement de toutes les personnes que son saint amour nous unit le plus , tous les saints et singulièrement les saints de notre dévotion, qui ne sont saints que parce qu'ils n'ont cherché que Dieu seul, dans la fuite du firopre intérêt. Qu'ils s'unissent tous , afin que, par la multiplication de leurs su/frayes, comme s'exprime l'Eglise , Dieu tout bon nous accorde l'abondance de ses miséricordes, et qu'il n'y ait plus que Dieu«enl.

Assurémçnt vous contribuerez beaucoup à sa divine gloire et à l'honneur de la trôssainle Vierge, des bons anges et des saint'^, d'envoyer des livres de piété en Canada. On me mande de ce pays-là la grande reconnaissance que l'on y a des sentiments que la divine Providence vousins|)ire |iour eux. Il y a un j)etit nombre de communautés à qui vous pouvez envoyer Le Chrétien inconnu. J'ai pensé, si cela ne vous incommode pas, que ce serait un excellent moyen pour établir le règne et la gloire de la très-sainte Trinité dans les âmes du [lurgatoire, d'y envoyer aussi un nombre de ces petits livres, et dans la suite du temps en Lorraine : c'est une charité j»lus grande que de fonder des hôpitaux. Je vous en ai dit les raisons, et je crois que vous agiriez d'une manière très-sainte dans la suite des temps d'en distribuer en plusieurs lieux; je parle du petit livre de la gloire de la très-sainte Trinité dans les Ames du purgatoire ; il est l'un des moyens des plus ellicaces pour }■ èlre peu ou d'en être délivré. Car enfin c'est une vérité indubitable , à la même mesure que nous aurons mesuré les autres, l'on nous mesurera. Ce sont les paroles de la vérité même du Fils de Dieu.

L'on a imprimé en Flandre le livre du Triomphe de la croix en la mère Marie - Elisabeth. Un libraire en ayant fait venir quelques-uns , aussitôt ils furent achetés avec beaucoup d'estime. J'avais pensé que notre bon Sauveur serait beaucoup gloriné, sa sainle Mère et les bons anges, si on l'iml'rimait à Paris; elr pendant que je inc sens

LETTKLS. — A M. THOMAS.

pressé lie ce désir, une demoiselle vient de me venir |)urler, à 'lui le liiiraire d'Kvreux ayant dit, î» qui elle en av;iit déniandé, qu'il n'en avait |ilus, que Variii lui en avait demandé un, s'il en avait, pour l'inipriincr à Paris ; mais je ne sais s'il faut s'ariéter à ce qu'il dit. 11 m'avait aussi demandé le livre de la vie du bienheureux Jean de la Croix pour l'imprimer, je lui en avais donné un et il n'en a rien l'ait ; cependant. Monsieur, avez la bonté de le voir sur le livre du Triomphe de la croix, sans lui [>ar!er de l'autre, car ce serait trop pour lui à la fois, et en cas qu'il le voulilt, vous auriez la bonté, si vous en avez un, de le présenter à M. l'abbé Bignon, jiour l'adresser au docleur qui a approuvé Le Chrétien inconnu, lui demandant par grâre celui-là. ensuite pour obtenir le privilège, disant à Varin que vous prendriez la peine de tout cela, ■pour lui lever toute dilHculté. C'est un livre .'i qui Dieu a donné une bénédiction abondante, et c'est Mme la princesse de Vaudé- Biontqui l'a fait imprimer en Flandre. Vous pourriez le dire, si vous le jugiez à propos ; il renferme de grandes vérités, et il serait d'une grande bénédiction pour toutes les personnes qui ont des resatiens diaboliques ; ce leur serait un secours que vous leur donneriez, dans le peu de personnes qu'elles trouvent propres pour les secourir. Si Varin ne voulait pas, vous pourriez en parler à rE[)ine, et, à leur défaut, je penserais encore à quelque autre avec le secours divin. Si vous n'aviez pas ce livre , je tâcherais d'en trouver un pour vous le faire donner. Je bénis la divine Providence de la bénédiction qu'elle a donnée à la réception des livres de M. Dumas.

Notre bon Sauveur fait bien des grâces à M. Martin. Je suis consolé en ce bon Sauveur, et je n'ai point d'autre consolation, de ce que vous l'avez vu et le R. P. du Parc, à qui vous avez donné des livres du Chrétien inconnu ; Dieu tout bon et son immaculée Mère en seront glorifiés.

J'attends à vous envoyer les lettres du Canada, et il n'y a rien qui presse, car mes incommodités ne me donnent pas toujours îe temps d'écrire , et il y a bien des réponses à faire. Je ne sais si la gazette de Hollande dit vrai, mais elle dit que le Pape envoie un légat a latere, et je pense même que la nôtre le dit, pour porter le jugement du Pape; et ce n'est pas pour informer, si cela est de la sorte ; mais je ne crois pas que cela soit de la sorte.

Ayez la bonté, dans l'occasion, de dire à la sœur Laurence, au nom de notre bon Sauveur Jésus-Christ et au nom de la glorieuse Vierge Marie, son immaculée Mère, des bons anges et saints, saluant le sien et celui de sa compagne de notre part, que notre bon Sauveur permet que la tentation dont vous m'avez écrit lui arrive pour l'humilier et lui faire connaître de plus en plus sa faiblesse et son rien, car c'est une tenlalinn de folie, et voilà ce dont nous sommes capables; mais qu'en s'en humiliant, elle

doit la mépriser et éviter d'y faire des réilexions volontaires et recouiir h notre bon Sauveur, notre force et notre tout. Je suis, avec tout le respect possible, etc.

Ce n'ot pas sans providence ipie je vous écris le 3 de janvier, fêle de sainte Geneviève, patronne de Paris, ville dans laquelle la Providence , ma toujours très-bonne et très-tidèle mère, m'a lait ex|iéiimenter, et continue de le faire toujours , des soins de la meilleure des mères, en tant et tant de manières.

Je crois encore qu'il sera bon, si l'on veut, d'imprimer le \ivve au Triomphe de lacroix, de marquer que je n'en demande pas m\ seul pour moi, pour faciliter encore la chose.

-•1 Evreux, ce 3 janvier 170-2.

LETTRE CCCLV.

Désirs ardents de Boudon de ne plus vivre que pour Dieu seul. Livre du Triomphe de la croix.

DIEU SEUL

Monsieur,

etc. J'entre, Monsieur, dans la 79' année d& mon âge : mais que j'y entre dans l'union démon divin Sauveur; qu'il me soit tout en toutes choses : Christus omnia in omnibus. [I Cor. xv, 28.) Ah! que je dis et que j'écris ces paroles d'une grande volonté ! que je ne compte plus des jours de l'homme, pour parler avec un prophète : Diem hominis non desidcravi. [Jer. xvii, 16.) Mais avec un autre, je dis de tout mon cœur : Comme le cerf soupire avec ardeur après les sources des eaux, ainsi mon âme soupire après vous, mon Dieu. {Psal. xu, 1.) Mon âme a une soif ardente pour Dieu : Stlio, sitio, sitio. J'ai une soif dont je no désire [las être délivié, do son service, de l'adorer en esprit et en vérité, de l'aimer, de le remercier et de le glorifier. Je me suis souvenu de ces choses, et j'ai répandu mon âme en moi-même, dans, l'attente que les jours qui mn restent seront de ces jours que le Seigneur fait : Hœc dies quam fecit Dominas [Psal. cxvii, 21); de ces jours pleins dont parle l'Ecriture : Dies pleni invenientur in eis [Psal. txxii, 10), pleins de la plénitude de Dieu seul. O Dieu seul. Dieu seul, Dieu seul ! à jamais , éternellement, éternellement, éternellement, Dieu seul, dans l'union du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus-Christ , le Sauveur de tous les hommes.

J'espère que notre bon Sauveur et son immaculée Mère Vierge seront beaucoup glorifiés, si l'on peut faire imprimer Z,«;r(o;n/jAe de la croix en la mère Marie-Elisabeth de la Croix. Je ne sais si vous en avez lu la vie ; mais elle renferme de grandes vérités, et ' bien utiles aux âmes qui souffrent et en particulier des vexations diaboliques. Elle pourra aussi servir, avec le secours divin, à plusieurs directeurs qui ignorent ces voies. Je

OEUVRES COMPIXirS DK DOUDOX.

pense qu'il est bon de la proposer à M. 1 dbbé Bignnn, le suppliant de donner le même approbaluur que pour Le chrétien inconnu; et de lui dire qu'il a plu à Notre- Seigneur y répandre sa bénédiction, que i:':\ été Madame la princesse de ^"audément qui l'a fait imrimer en Flandre.

Que Dieu seul dans l'union du sacré eœnr de Jésus et de Marie vous bénisse et madame votre épouse, de la sainte Sion, et que vous puissiez voir et recevoir les biens de la céleste Jérusalem tous les jours de votre vie. Benedicat vobis Dvinhius ex Sion, et rideatis lona Jérusalem omnibus diebusvestris. {Psal. cxivii, 6.) Je ne manque pas tous les jours de vous envoyer la bénédiction du saint autel.

Mme Lefebvre, dont la divine Providence, ma bonne mère, se sert toujours pour m'assisier avec une charité incroyable dans mes besoins, vous présente ses respects et à madame votre épouse, et à vos bons anges.

Je vous écris le li janvier, fête du saint nom de Jésus.

Je suis avec respect, etc.

LETTRE CCCLVI.

Sur la mission de Vile de ?iaxie : à cette occasion il parle de la confiance ferme et absolue que l'on doit avoir en Dieu. Exemple de saint François Xavier.

Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, etc. C'est toujours, Monsieur, dans cette divine union que nous vous écrivons avec une grande ;,oie, rjaudio mwpio valde {Mi.Uth.n,iQ), a'a|)preudre les nouvelles que vous nous mandezdel'accroissementdu règnede Dieu dans ]'Ethio|jie et lesautres lieux, ^'oilà les seules nouvelles consolantes : toutes les nouvelles de la terre ne sont que terre ; et entîn il n'y a que Dieu seul et sa seule gloire à considérer.

Vous me marquez en même temps les difficultés que Ion vous a proposées à l'égard de la Naxie. Celles qui regardent les sujets du pays pour garder la clôture, ne doivent pas empêcher les desseins qu'il a plu à la divine Providence, notre toujours très-bonne et très-fidèle mère, d'inspirer pour y envoyer des religieuses. Ce qui se [)asse dans les' pays dont on vous [larle, n'est pas une conséquence à laquelle on doive s'arrêter. Les Pères Jésuites qui demeurent sur les lieux en sont mieux infrirmés ; et les témoignages des premiers des habitaiits, et leurs fervents désirs, comme l'on [leut voir dans l'imprimé, font voir tout le contraire (lio.) Toujours quand les religieuses ne feraient autre chose que d'élever des Qlles sans clôture, qui instruiraient la jeunesse, ce serait un très-grand bien. Il y a des habitations dans le Canada, où il y a des filles qui ne

sont pas reliitieuses, qui instruisent «vec une grande bénédiction. 11 y en a d'autres en d'autres lieux, et dans le commencement de l'Eglise, il n'y avait ni cloîtres, ni personnes qui y fussent renfermées.

A l'égard des corsaires qui peuvent descendre dans l'île, ordinairement ces corsaires ne sont pas en grand nombre; les habitants du lieu ne se défendraient-ils pas? «juand il n'y aurait que quelques maisons fortes, et l'Église même, des gens renfermés ne pourraient-ils pas bien se défendre contre des gens qui ne font que i>asser?

Jlais ce n'est pas où je m'arrête ; c'est à Dieu et à la protection toute-puissante de sa divine Providence. Ah! si les hommes savaient ce que c'est que de ne chercher que sa gloire, ils en expérimenteraient des secours au delà de tout ce qui peut se penser. Saint pierre s'y lie; il marche sur les eaux comme sur la terre ferme : la peur le ))rend, il enfonce dans la nier. 0 bienheureuse espérance I s'écriait l'homme de Dieu seul le B. Jean de la Croix, qui obtenez autant de Dieu que vous y espérez. On regarde trop la créature, on s'arrête trop aux moyens humains. Si les saints ne s'étaient élevés audessus de ces vues, toutes les plus grandes affaires de la gloire de Dieu seraient demeurées. Saint François Xavier apprend qu'il y a un pays d'infidèles où l'on n'a pas prêché l'Evangile : il y veut aller. Tout le monde l'en dissuade : c'étaient des gens qui se nourrissaient de chair humaine ; leurs campagnes étaient couvertes des cendres des corps qu'ils avaient brûlés, en ayant plus qu'ils ne pouvaient manger; on voyait des espèces de petites montagnes d'ossements de ces corjis : quand ils ne pouvaient pas prendre des étrangers, i]s se tuaient les uns les autres : ils se servaient souvent de poison pour faire mourir les hommes. Tout cela n'ébranla pas le cœur apostolique du grand saint François Xavier, à qui l'on remontrait fortement qu'il allait il la mort et ainsi qu'il allait abandonner toutes ses missions. 11 prit un peu de conti'e-poison pour satisfaire à ses amis : mais, étant dans le navire qui le passait, il le jeta a l'eau, ne voulant que Dieu seul pour tout secours : et ce Dieu seul fit bien voir combien il fait bon se confier seulement en lui seul ; il ût des uierveilles [larmi ces barbares, et jamais il n'a reçu plus de consolations célestes ; jamais il n'a tant versé de larmes d'une sainte joie.

Le Seigneur est mon appui, dit le Psalmiste ; je ne craindrai point ce que l'homme me pourra faire. {Psal. cxvii, G.) Le Seigneur est te prolcclcur de 7na rie, de quiuurai-jc peur? Quand je serais assicyr'. par une armée campée à l'entour de moi, mon cœur ne sera point dans la crainte. Quand une ijuerre s'étèverait contre moi, j'espérerai dans le combat. {Psal. XXVI, 2 et seq.)

Jl est vrai. Monsieur, l'homme de Dieu seul, à proportion des dilTicultés qui se pré-

{li'6) Voy. le Mémoire sur la mission d<; Naxie, t. 1 lion, p. 56.

(les Leiirei édifiâmes et curieuses, nouvelle éAi

LETTRES

A M. THOMAS

stntcMil, sont sa confiance aiiu;mciilcr. Elles iiL' servent c|u'à j^iossir, à entier son c(jfcur, (|ui jamais n'esjière <l;ivanlage. lUen n'esl (■a|iaL)le li'ainollir la teiiiielé de son emiia^e t(ur deviunt invincilile en celui qui peut tout et qui est tout son apiiui. Ceux, dit la divine ]uno\o, (/itimctlent leur coiilianceuu Sciyneur, sont cummc la montaijnr de Siun. Lus iiunilaynes sont uulour de celui qui se confie. (Psal. ox\iv, I, 2.) Ces monldi/ncs représentent les saints auges, qui lui font connue un eoi'ps de garde, eux dont un seul serait ('apal)le de faire mourir tous les liounues, si i;i divine Providence le lui coinmarKlait. Cette vue tenait en assurance le prophète i;iisée dans une ville assiégée pour le jirendre, et il disait à son serviteur qui était dans la peur: Ne craigne: pus ; ceux qui sont avec nous sont en plus <jrand notnhre que les soldats de l'armée ennemie. {IV lieg. vi, IG.) 11 voulait parler de ces célestes esprits. Non-seulement l'iiomme de Dieu seul a ces montagnes qui l'environnent, mais le Seigneur, dit la mêuie divir.e parole, l'enviroiineru depuis ce temps jusqu'à jamais. Jamais il n'en sera délaissé.

S'il laisse sainte Ursule et ses compagnes au pouvoir lU's corsaires, ce n'est que pour leur faire rem] orler le glorieux triomplie du martyre, qui est une grâce la plus sjjéeiale de sa divine Providence, et qui leur a été plus avantageuse mille fois que toute autre j)rotection. Entin, notre Dieu n'est point sujet au changement : Ego Deus et non mutor. [Malach. m, 6.) Sa divine Providence ne manquera jamais à ceux qui s'y conlicnt. Rien ne tarit davahtage les sources fécondes de ses bénédictions que le moindre doute; rien ne lui est plus désagréable. En véril.'', notre mère la sérajihique sainte Thérèse s'y confiait (larfaitemeut; mais, dans une diîliculté à l'égard de la pauvreté d'une maison, elle euti]uelque inquiétude. Pour lois Ncjtre- Seigneurs'éenaen lui parlant :« O avarice du cœur humain! il pensera toujours que la terre lui manquera. Combien defoisai-jecouchéau serein, n'ayant jias de maison pour me retirer! » \o\\h ceiju'il a appris à cette séraphique sainte. Mais que ce bon Sauveur aurait bien plus sujet de s'écrier, et même à beaucoup de personnes qui font profession de piété : O la défiance du cœur resserré des hommes, qui soin toujours dans la iieurque les moyens humains ne leur manquent!

Tous les jours j'otfre le très-divin sacrilice en l'honneur des bon anges de la Naxie et des personnes qui y sont et de celles qui se mêlent de cette mission. On a dit avec bien de la justice que la chose la |ilus divine de toutes les choses divines, Omnium divinorum divinissimuni, est de coojiérer au salut des âmes. Kéjouissez-vous, Monsieur, en Notre-Seigneurde la part qu'il vous y donne. Mlle Agathe, que je salue et son bon ange, ne peut mieux, employer l'aumôue qu'elle l'ail.

Je vous écris le 25 janvier 1702, jour delà précieuse mort du bienheureux Henri de Suso. religieux Dominicain. Comme c'ejt un

de mes patrotis, j'ai dit de bon cœur, je vous assure, en la vertu de notre bon Sauveur, ce (pie nous disons tous les jours au très-divin sacrilire, dans le canon : Nobis quoque peccatoribus : (jue ce bon Sauveur me doiin;U (pielque part avec ses saints qu'il nous d(jiiue pour patrons de cette vie.

Je suis avec, etc.

LETTUE CCCLMI.

AU MÈMlî

Bonheur des soulfrances. Approbation de ses livres.

DIEU SEUL

Monsieur,

Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur do tous les hommes. C'est dans cette divine union, Monsieur, que le grand saint Jean Chrysostome, et nous vous écrivons dans la même union, le 27 janvier, jour de sa fête, a eu sa vie et sa mort pleine (le croix ; ce ipii fait dire de lui, en la messe de sa solennité, que bienheureux l'homme qui soutire des tentations ou épreuves. O bienheureuses soutl'rances , bienheureuses humiliations! No re bon Sauveur vient ije me faire la grâce d'otl'rir le très-divin sacrilice iiour remercier la suradorable Trinité des croix qu'il lui a plu de m'envoyer; je les mérite bien, les regardant comme descliâtimenls; mais cependant, j'en suis bien indigne, en ce qu'elles sont toujours des miséricordes de Dieu tout bon, de quelque manière que sou aimable providence, notre toujours très-bonne et très-hdèle mère, eu dispose.

J'estimerai à grande grâce si M. Dumas veut bien a[>prouver le livre du Triomphe de ces croix en la personne de la vénérable mère Marie- Elisabeth de lu Croix. Je vous supplie de lui uire que je n'aurais pas osé prendre la litjerlé de l'en prier, ce qui aurait été entièrement selon mon attrait, de peur de rimpiortuner, s'il ne m'en avait témoigné sa bonne et charitable volonté. J'espère une grande bénédiction de notre bon Sauveur et de son immaculée Mère Vierge sur tous ceux qui coopéreront à faire donner cette Vie en France; car je me contie en leur bonté ([u'elle servira beaucoup à leur gloire ; reste à savoir si M. Bignoii a le pouvoir de Mgr le cliancelierde choisir tel docteur qu'il voudra, sans s'arrêter à quelques-uns eu liarticulier ; car il faut, pour l'impression, que l'on marque que c'est pour Mgr le chancelier.

L'imprimé qu'il vous a plu m'envoyer est très-bien, et je bénis la divine Providence des autres imprimés dont vous me parlez , qui serviront beaucouj) à la gloire de notre bonne maîtresse. Vous êtes bienheureux , Monsieur, d'y contribuer, aussi bien que j>ar les livres que vous distribuez, qui sont, comme une mission permanente que vous faites faire. Avec le retours divin, j'eiv,-

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ŒUVRES COMPLETES DE BOL' DON

verrai des imprimés h idiisieurs séminaires de Nurmamiie, et j'en dislribiierai en d'autres lieux, dans plusieurs communautés et à ditrérentes personnes.

J'ai pensé que si vous envoyez dix livres Du purgatoire, ie les ferai tenir aux séminaires pour la gloire de Dieu dans les pauvres âmes qui y .«^outfrent, y envoyant en même temps l'imprimé des indulgences , vous exerceriez une charité la plus grande ijue l'on i>uisse faire en ce monde à l'égard des besoins où l'on se trouve.

Je vous enverrai, avec le secours divin, les observations sur les Cérémonies de la sainte messe et l'administration de la sainte communion qae la divine Providence nous a fait imprimera Evreux, pour être envoyés en Canada avec les lettres que j'y adresse par le carrosse; j'en lerni un petit pai]uet,et ensuite vous aurez la charité de nous adresser par la même voie, c'est-à-dire jiar un voyage d'une autre semaine votre paquet.

Je pense que notre bon Sauveur et son immaculée Mère seront plus glorifiés que le livre du Triomphe de la croise soit distribué tel qu'il esta un plus ))etit nombre de personnes, qu'à un plus grand nombre, en retranchant. Mais si M. Dumas trouve quelque chose qui lui fasse peine, je le supplie de le mander, afin de l'ôter, quand je lui aurai dit mes raisons.

Dans l'occasion, je vous supplie de bien saluer les RK. PP. Daulein, leTellier etMarlines. J'estimerai à grâce de m'entretenir du royaume de Dieu avec le R. P. Martines, que je n'ai pas encore eu l'honneur de voir.

Nous continuons toujours nos prières jiour vous et Mme votre épouse, que nous saluons aussi toujours très-particulièrement, nos amis, vos bons anges, tous les bons anges et saints patrons de la ville et du diocèse de Paris, et des personnes qui y sont, etsuisavec beaucoup de respet, etc.

À Evreux, ce il janvier 1702.

La lettre partira demain, jour de la fête des grandeurs de Jésus et de la fête de saint Cyrille, le grand défenseur de la maternité de la Mère de Dieu, et vous la recevrez avec le secours divin le jour de la fêle de saint François de Sales.

LETTRE CCCLVIIL

Estime qu'un Chrétien doit faire des croix.

d;eu sEr;L.

Monsieur, Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union de notre bon Sauveur Jésus-Clirisl, le Sauveur de tous les hommes. Je vous écris. Monsieur, dans cette divine union. Ah! qu'à jamais ses inlinios miséricordes nous y fa>- .seni demeurer invinciblement et unifjiieraent, le 2 février jour de la sainte Présentation au lemp:e,dans laquelle le Père éternel

a trouvé le sacrifice digne de lui, tons les honneurs et amours qui lui sont dus, ce qui nous doit donner une parfaite joie «lans la part que nous devons prendre à ses sacrés intérêts. Le jour de la fête de la Purification de Notre-Dame et bonne maîtresse, la plus pure de toutes les créatures, exempte d'aucune tache soit originelle, soit actuelle, jour précieux dans lequel saint Simon, plein du Saint-Esprit, ne prophétise ni au Fils, ni à la Mère que croix, que contradiction, qu'un glaive de douleur. Certainement c'est bien le propre de cet Esprit-Saint de ne promettre autre chose. Ainsi, le grand Ajiôtre s'en allant en Jérusalem, dit qu'il ignore ce qui lui doit arriver, sinon que le Saint-Esprit lui proteste que les chaînes et les tribulations lui sont préparées, que c'est à quoi il doit s'attendre. La Vie de la vénérable mère Marie-Elisabeth de la Croix est une grande détuonstration que les croix sont les grands dons de la divine Providence. Comme dans la vie des saintes personnes que la divine Providence me fait écrire, elle ne me donne pas seulement le dessein de faire un simple narré de leur vie, mais d'animer fortement à la pratique des vertus par leurs exemples ; c'est ce qui nous oblige d'y traiter des vertus. C'est la grâce qifelle m'a faite en particulier dans la Vie de la sainte mère Marie-Elisabeth.

Je vous le répète, Monsieur, j'estimerai à grâce particulière, si M. Dumas a la charité d'appr-ouver cette Vie, et s'il y a quelque chose qui fasse peine, on aura la bonté de me le faire savoir, et il faudra l'ôter. Il y va de rtntérôtde Dieu que les livres lui soient donnés, ou, s'il y a quelque opposition, que la toute-puissance de la divine Providence la fasse lever. En voilà assez pour l'intéresser saintement auprès de notre bon Sauveur, de son iiumaculée Mère Vierge, les bons anges, et |>aiticulièrement les bons anges de tous ceux qui y doivent avoir quelque part. Il faut particulièrement avoir recours à eux.

La compagne de la sœur Laurence m'a témoigné tant de charité à Paris, (jue je suis bierTobligé de pr-endi-e soin d'elle devant notre bon Sauveur et son immaculée Mère Vier-ge, et j'ai aujourd'hui offert le très-saint sacrifice à son intention, dans lequel je ne vous ai [las oublié vous et Mme voire éjiouse que je salue toujours très-s[)écialemenl, vos bons anges, ceux de nos amis, les Ijons anges et saints [latrons de la ville et du diocèse de Paris, et des personnes qui y sont.

A l'égard de l'élat que la sœur Laurence jiorte, comme il ne dépend pas d'elle, elle doit s'abandonner à la divine Providence pour le porter tant qu'il lui plaira, et cependant le souffrir dans la paix de Notre- Seigneur (juer'ien ne doit troubler. J'olfrirai le très-divin sacrifice, avec le secours divin, le jour de la fête de sainte .\gatlie pour MWe Agathe que je salue et sou bon ange. L'on en fait dans la cathédrale d'Evreux fêle triple ou de juemière classe avec une procession générale en actions de grâces de ce que celle ville a été délivrée ce jour-ià des

l.ETTRKS. — A M. THOMAS.

eiineiDis qui Tassié^i'oieiit et les rlcfs de la ville trouvL^es au pied de la sainte iuiage qui est dans la catliédr.de.

Vous m'avez eonsuié en Notrc-Seigneur, el je ne sais ni ne veux aucune nuire consolation, de me parler de notre saint (iaud, qui a quitté son évôchépour se retirer dans un ermitage.

Il faut vous ménager et ne pas vous accabler; mais si cela ne vous incommode point, j'avais eu la pensée de vous supiilier de m'envoyer sept à huit livres Du purgatoire avec les imprimés, pour être distribués dans les séminaires de la province, pour gloritier la sainte Trinité dans les pauvres flmi^s du purgatoire, et insinuer la dévotion à la nenvaine de l'intérêt do Dieu ; l'on me mande de plusieurs lieux qu'on l'y a faite.

Mme Lefehvre vous salue et Mme voire épouse très-respectueusemenl. Je ne saurais assez admirer les soins de la divine Providence, ma toujours très-bonne et très-lidè!e mère, sur ma chétive et indigne personne, dans la charité infatigable qu'elle lui inspire à mon égard, pour m'assisler les jours et les nuits dans lues maux qui continuent et augmentent ; elle prend soin de tout, de mes hardes, du linge, de m'achetcr ma nourriture, de la faire cuire, de me l'apporter, en sorte que les personnes du monde dont les maisons sont jileines de serviteurs, ne sont pas si bien servies que je le suis, moi qui n'ai et qui n'ai janiais eu ni valet ni servante; car je n'ai soin de rien. Oh! si les hommes savaient ce que c'est que d'être entièrement abandonné aux soins de la divine Providence! Que je dis de bon cœur avec le Psalmiste, poùrujoi, il m'est bon de m'attacher à Dieu, et de mettre en lui toute mon 3spérance ! Que les hommes ne savent-ils un peu ce que c'est de servir et d'avoir un si bon Seigneur et Maître! que ne savent-ils les torrents de paix qui inondent les cœurs de ceux qui mettent tous leurs soins à l'adorer en esprit et en vérité ! C'est en lui que je vous suis avec bien du respect, etc. Evreux, le 2 février 1702.

LETTRE CCCLIX.

AU MÈJIE

Eslimc de Bondun pour l'evér/ue de Québec. La distribuliun des livres de piété esc w/ic œuvre bien pncieuse. Sea maux augmentent de jour en jour.

UIKi. SEUL.

Monsieu.",

Dieu seul, Dieu seul en trois personnes et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur de tous les hommes. Ah! Monsieur,que ce cœur, abîme de miséricorde, nous fasse la grAce de revivre toujours, et de mourir dans sa sainte union. C'est dans cette divine union que je salue votre bon ange, celui de Mme votre éi)ousc à laquelle v^us continuerez, s'il vous plaît, de témoigner mon souvenir devant Dieu fans inter-

missioii, comme parle l'Aiiùlie. Jesahioaussi Irès-parliciilièroment M. Dumas, M. C(jiirtin, M. (lauthior et toutes les personnes qui nous sont unies en Noire-Seigneur, leurs bons anges, tous les bons anges et saint-; jiatrons de la ville et du diocèse de Paris el des personnes qui y sotU. Mme LeI'ebvre vous salue respectueusement, et .Mme votre épouse et vos bons anges.

Je vous écris le samedi 11 de février, jour de la Irès-sacrée Vierge, et dans l'octave; de la fête de son sacré cœur notre refuge. Demain j'enverrai avec le divin secours un petit paquet de livres d'observations pour le Canada; ayez la bonté de le faire prendre au carrosse d'Evreux devant Saint-Eustache, c'est-à-dire dans la rue prochaine , je pense qu."on i'apjielle la rue du Jour; mais vous savez qu'il faudra l'y faire prendre mercredi jour de la sainte octave du très-[)récieux cœur de la Mère de Dieu. 11 faudra, s'il vous plaît, garder les ordres de Mgil'évêque de Québec. Je vous su[iplie, je dis dans l'occasion, quand vous le reverrez, de lui témoigner de ma part que je suis l'une des personnes du monde ([ui l'honore davantage, et en vérité j'en suis tout à fait édifié.

Je continue à vous le dire, Dieu tout bon et tout miséricordieux, sous la protection de son immaculée Mère Vierge, des bons anges et des saints, se sert de vous, el ce vous est une grâce singulière, [)0ur plus faire par la distribution des livres et des matières de piété, que plusieurs missionnaires, pour faire des biens qui ne passent pas, mais qui sont pour durer autant que les livres dureront, et encore après par ce qu'ils auront établi.

Je ne sais si Mlle Rousseau est encore nu monde, n'en ayant [loint eu de nouvelles depuis un longtemps.

Je vous remercie des livres el imprimés que vous avez eu la bonté de m'envoyer; je les airegus, et la distiibation s'en fera avec le divin secours pour sa gloire. Je salue aussi spécialement Mlle Libeiix; dans l'occasion, je vous supplie de lui témoigner que je me tiens bien son obligé de l'iinprimé qu'elle m'a envoyé par vous ; j'otffirai mes faibles prières |)our Mme Uaify. Si l'impression du livre du Triomphe de la croix es*, aussi correcte à Bruxelles, qu'à Liège, il n'importe pas laquelle des deux imjiressions vous donniez ; cependant je crois qu'il sera plus à propos que vous donniez celle de Liège.

Avec le secours divin je mettrai en ordre Yoraison que vous m'adressez; et avec le même secours je vous la renverrai; il me faut prendre le temps que la divine Providence, ma toujours très-bonne et très-fidèlo mère, me donne, car les maux qu'elle me donne, à la faveur de ma bonne maîtresse, augmentent. Je fus bien mal hier, le jour et la nuit, et je ne pus pas célébrer le très-divin sacrifice. Je me sens encore de la colique en vous écrivant. Je n'oserais quasi jilus manger de rien, sans en être incommodé. L'on m'avait fait accommoder un poulet rôti, j'en

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ai seulement niante les cuisses, et il faut laisser le reste, l'ii poulet uie dure trois jours sans uiauger autre chose; n'osant [ilus manger ni bœuf, ni mouton, ui venu, et tous les soirs je ne prends plus qu'un bouillon. Je n'oserais plus manger non plus d'œufs Irais qui me causent des v(miissements, quasi filus de iioisson.si ce n'est du merlan dont il faudra se contenter ce carême. Je jette quantité de bile ; à tout cela. Monsieur, le nom du Seigneur et de sa très-miséricordieuse Mère soient liénis à jamais, que je chante éternellement ses miséricordes, car elles me font la grâce d'être très-content, et si je n'en étais puissamment soutenu, assurément que le chagrin ne me manquerait pas.

A oici un paquet de lettres pour le Canada. Priant la divine Providence qu'elle vous comble do ses plus saintes bénédictions, aussi bien que Mme votre épouse, vous étant à tous les deux avec un profond respeçi. etc.

Ih-rcux, ce II fcvrier 1702.

Il ne faut jias manquer d'écrire en Canada que c'est par Tordre de Mgr l'évèque que vous envoyez, et donnez ces livres aux communautés," car on n'y doit lire que les livres qu'il trouve h propos. Si vous envoyez le livre du Chrciien inconnu à Angers, vous le feriez connaître en ce pays-là

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