‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 398 sur 436 · LETTRE CCCLX · texte numérisé non relu

LETTRE CCCLX

7/ exprime d'une manière admirable sa re- C'innaii-scnice des maux par lesquels Dieu l'éprouvait. Oraison à la sainte \ ierge, aux anges et aux saints.

DltL iECL.

Monsieur, Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, et toujouis Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur lie Jésus-Christ, le Sauveur de tjus les hommes. C'est dans cette divine union, Monsieur, que je vous parle de mes maux, pour vous parler de mes biens ; c'est de la sorte que je considère mes peines, qui sont de très-grantls biens que la divine Providence, ma toujours très-bonne et très-lidèle mère, me fait, par une miséricorde bien singulière, à la faveiir de notre bonne uîaitrcsse, rimmaculée Mère de Dieu, toujours vierge, des bons anges et des saints. En vérité mes biens sont grands. Ah! qn'ai-je fait au Seigneur mon Dieu et mon Sauveui-, [lour en être gratilié avec tantd'aljoridance ! Ceuxlà se trompent bien qui ne portent [las l'esprit de mortilication , même extérieure, autant qu'ils le peuvent. Cependant je vous l'ai dit, à ce que je pense; qui m'aurait conseillé celles que la divine Providence m'impose à79ans?qui m'aurait conseillé ces longues veilles de la nuit en soutîrant un rude exercice, exercice qui dure aussi des j(jurs entiers? Hier je ne (His jias dîner, à

(1 16) C'est celle orîiisiin hile par Boiidoii (|ni se trouve 'i^ lu fin île noire ci'llecliyii de «es leltres.

raison de mes incommoilités ijui m'arrôlèren( depuis environ midi jusqu'à onze heures du soir dans un exercice pénible; et je ne pus prendre qu'un sim[)le potage, et ensuite encore demeurer dans la peine. Autrefois l'on ne prenait le repas du jeûne qu'ajirès le soleil couché, et je ne l'ai pris qu'un peu avant minuit, et ce n'est pas un bon relias. Certainement voilà de grands biens que la divine Providence m'accorde et avec abondance, dans une libéralité et une miséi'icorde intinies. Aidez-moi, s'il vous plaît, à l'en remercier, vous et Mme votre épouse que je salue toujours très-particulièroment, M. Courtin, et tous nos amis en Notre-Seigneur.

Mme Lefebvre vous salue pareillement, et Mme votre épouse, et vos bons anges. Elle m'a dit qu'elle se souvenait tous les jours de vous deux devant Noire-Seigneur. La pauvre tille a une jiatience bien extraordinaire pour m'assister sans se lasser, et si assidÛEuent dans mes rudes exercices. Voilà les e'tfets de la divine Providence sur mon indigne et misérable personne.

Je crois que c'est une gi-àce de Notre-Seigneur, que la liaison jiaiticulière que vous avez avec M. Dumas; et je la regarde de la même manière à mon égard. Soyez tidèle, s'il vous plaîl, à la iiien conserver.

Vous me ferez charité de voir M. Bouret de ma part, et de lui bien faire mes civilités et à son bon ange. Je crois (jue vous devez mander à la bonne mère du Canada, qu'avec le secours divin vous lui enverrez le livre du Triomphe de la croix, l'année [irochaine, ce livre n étant pas imprimé en France.

Voici votre dévotion au très-saint cœur de I admirable Mère de Dieu que je vous renvoie, avec une antre que la divine Providence m'a fait faire (14-6); mais cette dernière est un peu longue: choisissez laquelle des deux vous ferez imprimer.

Je vous écris le 22 de février 1702, jour de la lôte de la chaire du prince des apôtres à Antioche. Demandez par ses puissantes intercessions à notre bon Sauveur, qu'il établisse la foi où elle n'est pas et qu'il la conserve et augmente dans les lieux qui ont reçu cette grâce inestimable.

Dans l'occasion, je vous sup|ilie de témoigner toujours 5 M. Ciauthier que je l'honore )iarfaitement comme l'un des zélés serviteurs de la très-sainte Mère de Dieu.

Je suis dans un profond respect, etc.

LETTRE CCCLXL

Le l'ivre du Triomphe de la croix est plein de fautes d'impression : il indique quelipies corrections. Confiance en la divine Providence.

DIEU SEUL

Monsieur, Dieu seul, Dieu seul en trois personnes,

Boudon l'appi'lle Déi' livn , t'f si- à-dire dévouement-

ol toujours Dipii spiil dans l'union du saiié cœur d(î nolrti Ixm Sauvour .lî"-us-('hiLsl, le Snuveui- de lou* les lioanues. C'est dans eelle divine union, Monsieur, ail ! puissionsnous y demeurer h jamais 1 (|ue je vous remercie et que j'ai toule la reconnaissance [lossibic [iiHir les dévolions (jue vous avez faites, pour l'iionneur di; notre bon Sauveur et de son immaculée Mère Vierge, en mon indijjne personne. Assurément les incommodités que la divine Providence, ma trèslionne et très-tidèlc mère, me donne, demandent un secours jjarticuliei', ce que j'espère de ses divins soins et de ses miséricordes infinies, sous la protection de notre bonne maîtresse, lie saint Joseph, de saint Joachim, do sainte Anne, de saint Jean l'J';vangéliste, mon aimable i>roleiteur tiès ma [ilus tendre jeunesse, des bons anges et des saints. Je salue bien le vôtre et celui de maJame votre épouse dont nous nous souvenons toujours devant Dieu, tous nos amis en Notre-Seigneur, leurs bons anges, les bons anges et saints de la ville et du diocèse de Paris, et des personnes qui y sont.

Je vous remercie, autant que je le puis, de la visite que vous avez rendue à M. l5ouret, maisjo vous supplie de lui en rendre encore une pour lui marquer que le livre du Triomphe de la croix est plein d'un grand nombre de fautes d'imiiression, dont, avec le secours divin, j'enverrai la correction, et même des fautes contre le sens, comme par exemple dans la troisième par- 'ie, dans le clin[ii(re de l'oraison oiî il est dit « que la perte de la iirojire volonté en Dieu fait le repos de l'âme; » on y lit ensuite « que c'est ce qui niellait la très-sacrée ^'ierge dans une si profonde peine, demeurant si louglemps en ce momie éloignée de son Fils, » et il faut mettre « dans une si profonde paix. » J'ai commencé à lire par la troisième partie, et ensuite, avec le secours divin, je lirai la première et la seconde. Ayez aussi la charité de marquer à M. Bourct que, s'il trouve quelque cbose qui lui fasse peine, qu'on l'ùtera ou le changera; et quand je l'aurai su, je lui enverrai ou la correction ou le changement, atiu qu'il en dispose comme il lui (ilâira.

J'epère que ce livre glorifiera bien notre bon Sauveur et son immaculée Mère, et servira à plusieurs personnes peinées ; c'est liourquoi il en faut ménager doucement l'impression. La pensée que vous avez est bien bonne; mais, s'il vous plaît, il faut prendre garde à ne le pas rebuter, c'est beaucoup qu'il le veuille imprimer ; môme je vous su}iplie de lui dire que je ne l'oblige point à m'en donner un seul livre : il y a de certains livres comme celui-là dont Je débit peut ne pas être bien grand, et c'est ce qu'il faut considérer pour, en d'autres occasions, ne les pas rebuter de l'impression d'autres livres. Il ne faut proposer les cent exemplaires qu'en payant ce qu'ils coûtent : ce serait trop de ne payer que le papier et non pas le reste, mais le tout, s'il vous plait, sans le rebuter. Je vous remer-

LETlKtS. — A M. THOMAS

cie de ce que vous avez poi lé jiour le Cana a.

Je crois vous avoir mandé que Mme l.efebvre e.st applii[uée singulièrement pour vous et madame votre épou.scî devant Dieu; elle vous salue tcms deux a\ec bien du respect, et vos bons anges. Je vous avoue mie je ne sors pas d'étonnemoiit, (|uand je considère les soins (]ue ladivim^ Providence jirend de ma i hétive [ici sonne par cette fille, et le tout gratuitement, quoiipi'ellc ne vive (jue de son travail, et cependant elle me rend des services assidus et le jour et la nuit, quand je suis exercé de mes peines, sans se lasser, prenant soin, comme je vous l'ai écrit, de tout le reste qui me regarde. () mon Dieu ! Monsieur, que la divine Providence est une bonne mère! Hélas! on n'en connaît guère les bontés, et l'on s'en rend indigne juar le peu de confiance que l'on y a.

Un grand serviteur de Dieu et de sa sainte Mère, Jésuite, nommé le P. Barbereaii, qui a soin des retraites à Houen, et je jiense qu'il est aussi Père de la congrégation des per-sonnes de qualité, m'a écrit; j'ai [lensé (jue Dieu et sa sainte .Mère seraierd glorifiés, si je lui envoyais les livres du Chrétien inconnu, de V Immaculée Mrrge Mère de Dieu et des Neuf chœurs des bons anyes. Je les ai tous trois il Evreux; mais, afin que je n'en SOIS pas [irivé entièrement, je vous su[)plie, quand M. Dumas m'enverra de ses livres, si cela ne vous incommode point, de les mettre avec; mais, s'il vous jilaît.sans vous incommoder. Je suis dans un piofond respect, dans les cœurs sacrés de Jésus et de Marie, etc.

A Evreux, ce i" mars 1702.

Ayant encore fait réllexion , Monsieur, sur ce que le livre du Triomphe de la croix ne pourra pas avoir un grand débit, et que d'autre part je me sens pressé, et tous mes livres ont été faits de la sorte par un mouvement intérieur, décrire sur la dignité des archidiacres, et tle faire voir leurs obligations qui sont bien grandes, l'abus des visites qui est très-ordinaire, qui ce|iendant sont destinées pour remédier aux abus, le peu de connaissance (]ue l'on a des obligations d'un véritable visiteur, la longue expérience que j'ai de ces choses, et riuqiorlance de ces choses qui est bien [ilus grande qu'on ne jiense, car, en partie, tout le règlement des diocèses en dépend, et que néanmoins un livre de la sorte n'est pas pour avoir un grand débit, cela regardant peu de personnes, pour ne pas rebuter l'Epine de l'imprimer, i! est à propos, pour la gloire de notre bon Sauveur et de son immaculée Mère et des bons anges, de ne pas le rel)uter au sujet du livre du Triomphe de la croix. C'est pourquoi je pense, Monsieur, qu'au lieu de cent livres que votre zèle vous pousse à distribuer, Dieu serait plus glorifié que vous employassiez cette dépense à en acheter quinze ou vingt, quand ils seioiit imprimés, et de dire à l'Epine que je ne désire qu'un seul exemplaire po\iv moi. Son prédécesseur, Michalel, n'avait pas voulu

(F.IVRES COMPLF.TF.S HK BOLDON.

réimprimer lo livro de la Di'votion aux bons anges, |iarce q«"il avait été longtemps à lo iléiiitcr. On pourrait aussi l'aire léimprimer le livre de la Dévotion à l'Immaculée Viergr^ Mère de Dieu, par l'Kpine, quand il n'y en aura plus, car je doute que Varin le réimprime; on le verra. Après tout, Monsieur, hélas! je dis ces choses, attendant tous les jours la mort; mes inlirmités ne me permettent guère d'écrire, et il faudrait, pour le livre dont je vous parle, du temps pour lire et écrire les autorités des Pères et des conciles, des saints docteurs, et je suis tous les jours malade ; je ne lais que de me lever pour vous écrire.

LETTRE CCCLXII.

A'J UÊME.

Titre séparés de toutes les créatures et de nous-mêmes , afin qti'il n'y ait plus que Dieu seul en nous.

DIEU SEUL

Monsieur,

Dieu seul, Dieu seul en trois personnes, et toujours Dieu seul dans l'union sainte du sacré cœur de notre bon Sauveur Jésus- Christ, le Sauveur de tous les hommes. Ah ! Monsieur, vivons, agissons, souffrons, et enfin mourons dans cette sainte union. Demandons au Père éternel, au nom de son Fils bien-aimé et par la demande qu'il lui a l'aile, de nous sanctifier en vérité [Joan., XVII, 17), c'est-à-dire de nous séparer de nous-mêmes et de tout l'être créé, afin qu'il n'y ait plus que Dieu seul en nous : plus de créatures, plus de créatures, plus de créatures. Les [lersonnes qui font voyage sur mer, quand elles sont en pleine mer, perdent de vue toute la terre, et, de quelque côté qu'elles jettent les yeux, elles ne voient plus que le ciel; ce qui a fait dire à un an- (•ien : Cœlum undique et undique cœlum. Mous sommes embarqués ici sur la mer de ce monde : puissions-nous enfin le perdre de vue, et ne voir plus de toutes parts que le Dieu du ciel! Dieu seul partout, et partout Dieu seul.

Ce me serait une grande consolation en Kûtre-Seigneur, et je n'en connais pas d'autre, que d'aller passer avec vous le peu de jours qui me restent. Je suis entre les mains 'le la divine Providence, ma toujours trèsbonne et très-fidèle mère, pour disposer de luoi selon son bon plaisir divin. Cependant je ne saurais assez vous remercier de la charité que la même divine Providence vous donne pour mon indigne personne, à vous et è madame votre é(iouse que je salue, et vos bons anges, avec un profond respect. Je lève tous les jours les mains vers le Dieu du ciel, afin qu'il vous envoie ses plus saintes et abondantes bénédictions.

Je reçois (irésentement la nouvelle de la mort de Mme deMorlier, qui était une dame logée dans une maison des Pères Jésuites, proche leur église de Saint-Antoine. Elle m'avait offert charitablement sa maison

pour y rester ce que j'ai à vivre. Mais je jiensais que ce n'était pas elle que la divine Providence destinait pour ma chétive personne. L'effet l'a bien fait voir, puisqu'elle est morte. Je la recommande, s'il vous yilaîl, à vos prières et à celles de nos amis. Notre bon Sauveur demande que nous ayons de la reconnaissance . et , comme vbus voyez, j'en dois beaucoup avoir pour cette dame.

Mes maux présentement ne me donnent guère de liberté. Seulement la divine Providence me donne la liberté d'offrir le trèsdivin sacrifice; ensuite je ne sors plus de la chambre, où je demeure arrêté souvent ilans de bons exercices, et les jours elles nuits, sans pouvoir même manger, et dans la privation de toute action.

Ainsi, quand je dis que j'ai dessein d'écrire au sujet des archidiacres, qui est assurément un sujet grand pour la gloire de Dieu, je ne sais [)as trop ce que je fais. L'on a écrit du saint homme le P. Poré, Jésuite, qui a composé l'excellent livre de La triple couronne de la Mère de Dieu, qu'il était mort se disi)Osant à écrire aussi Des couronnes da Fils de Dieu, « Corollas etiam suas Filio purantem mors occupavit; » c'est à quoi je dois bien penser à me disposer à la mort.

A l'égard de la lie de la três-sainle Mère Marie-Elisabetli de la Croix de Jésus, il est, ce me semble, pour la gloire de noire bon Sauveur et de son immaculée Mère, que vous en disposiez comme je vous l'ai écrit; vous verrez ce que j'en écris à M. Dumas que je supplie de vous le lire; comme je vois qu'il ne ferme pas ses lettres, je pense qu'il n'est pas nécessaire que je ferme aussi celles que je luis écris jiar vous.

Ce m'est une mortification d'être privé de la charité que vous exercez à mon endroit, et je pense que vous et madame votre épouse sont les personnes que la divine Providence, ma bonne mère, a destinées pour m'assister, dont je la remercie de toute l'étendue de mes forces. Mme Lefebvre vous salue toujours, et madame votre épouse et vos bons anges. Quand je dis pour m'assister, ce n'est pas seulement à l'égard des besoins de la vie temporelle, mais dans les affaires de Dieu.

Je vous écris le 12 mars 1702, veille de la fête de l'un de mes saints patrons saint Henri, prince de Danemark. Je suis, dans les cœurs sacrés de Jésus et de Marie, avec bien du respect et de la reconnaissance, etc.

LETTRE CCCLXIIL

Jl lui mande qu'il a reçu le viatique ; il lui recommande Mme Henri.

PIEU SEUL

Dieu seul. Dieu seul en trois personnes, etc. Ses miséricordes. Monsieur, m'ont donné une joie sjiéciale en ce ciue la divine Providence.

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