DE SVI.NT BERNARD
Homo Del. (f Tim. vi, II.) L'IiOiiime de Dku.
Le Saint-Esprit nous déclare, par la bouche du Pro(ihète-Royal, les grandeurs et les excellences de celle qui devait être la mère du Messie, l'admirable Vierge. Entre une multitude de choses qu'il nous raconte do cette sainte Cité de Dieu, il nous ajiprend qu'an homme et un homme est né dedans elle: Homo et homo natus est in ea (Psal. lxxxvi, 5) ; qu'elle serait la mère du Dieu de l'homiiie et de l'homme de Dieu. Elle est la mère du Dieu de Ihomme, puisqu'elle est la uière de Jésus; mais elle e^t la -nère de l'hommo
de Dieu, puisqu'elle l'engendre au salut, à la vie spirituelle et à Dieu. C'est une vérité tout éclatante en la personne de l'illustre saint Bernard dont nous honorons aujourd'hui solennellement la glorieuse mémoire. Saint Bernard est un homme de Dieu ; la nature ni les hommes, avec toutes leurs industries el toutes leurs forces, ne peuvent donner au momie une personne si [leu du monde, qui n'y est que pour le quitter, (jui ne te voit que pour l'abhorrer, qui ne lu connaît que pour le rendre méprisable.
Mais c'est la divine Marie (|ui éclaire cet homme tout divin. Si Bernard, en fait, est un homme tout de aràce, il n'y a |)as à s'étonner, [luisqu'il se dit nourrisson de la Mère de grâce. Si ses pensées sont tout an-
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OCIVHES COMrLLTES DL BOlUOX.
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géliques, c'est <ju'jl est le favori de l'aimaltle priinesse (les anges. Si ses discours sont
seulement ces doctes Ijonimes ont une c(if>si comniuneavec les diables, mais même qu'il»
'j.)lus aimables que le miel mê.iie : Met et lac en sont surpassés, ce n'est pas un grand su-
,ub lit'gua lua tCaiil. iv, 11), c'est qu'il est ' " " ■■ -• • •
allaité de son lail virginal. Si ses actions
sont toutes célestes» c'est tiu'elles sont formées sous la conduite de l'miguste et trèsdigne reine du paradis. Si Bernard est un prand prodige, s'il est un patriarche tout miraculeux, s'il est le thaumaturge de l'Occident, c'est que Jésus l'a conlié aux soins de celle dont il se sert pour opérer ses plus grandes merveilles. Que ne doit-on pas esjiérer, que ne doit-on pas attendre d'une éducation si sainte et si glorieuse? Sans doute qu'il faut bien dire que le Père éter- Bfl a de graads desseins sur une personne qu'il nourrit du môme lait que Jésus, à qui il donne pour gouvernante celle qu'il a donnée au Verbe incréé, son Fils bien-aimé, et que bienheureux est l'enfant d'une mère qui est la Mère de Dieu, que bienheureuse est la bouche qui a sucé le lait do ses mamelles virginales, que bienheureuse est l'âme élevée par une si belle et si divine main ; que le cœur est heureux qui en reçoit des mouvements si purs, des inclinations si chrétiennes; que les pieds sont agréables, quam speciosi pedes [Ram. x, 15), qui chemineirt dans les sentiers de ces voies aimables, enrichies des plus précieux dons de l'impératrice de l'empirée I Bienheureux donc le grand saint Bernard favorisé de fautes ces gr;\ces. Admirable Vierge! faites coniiaître le bonheur à ces peuples qui m'é- (oulenl : Clari/ica , o Maria! filiuin litum. Si l'honneur de l'enfant est l'honneur de la mère, vous y êtes saintement inléressée; c'est la grâce que j'espère de vos miséricordieuses bontés, Aussi bien, c'est la faveur que j'attends de Jésus par les soins ainouleuxde votre charitable cœur.
L'Apôtre, écrivant aux Corinthiens, leur enseigne qu'il ne connaît personne selon la chair : Itaque nos ex hoc neminem noi-imus secundum carnem. [Il Cor. v, 16.) Quand l'esprit divin [)Ossède un esprit pleinement, il ne peut plus rien voir, rien estiuier que pieu seul ; la terre et tout ce qu'elle a de grand et de beau, si elle en a, tout cela s'éclipse à ses jeux. C'est ce qui nous oblige, pour marcher sur les vestiges de l'Apôtre, de n'envisager notre saint (jue dans la lumière de Dieu et de Dieu seul. Ce n'est jias c|ue j'ignore (pj'on peut faire l'éloge des grandsTiommes en diil'érentes manières. Les uns,pourfairep;iraître la personne qu'ils veulent louer, composeront des livres qui porteront pour titre : l'Homme d'Etat ; mais puisque les Ltats sont si peu stables qu'ils sont -Mijcts tous les jours à tant de révolutions, ei i|ii'ciilin ils passeront avec le monde, qui aura sa iin, l'homme qui les gouverne n'eti peutjas tirer de grands sujets de louange. Si on veul rendfe iiJustre un homme de lettres, on dira que c'est l'-homme docte, l'iiora- Pie savant ; ruais puisque Dieu fait si peu d'état des belles sciences ngturelles qu'il les elaissées aux déinons, et qu'en cela, non-
jet Il estime, hi cest un prince victorieux ou quelque compiérant, le monde dil'que c'est un grand homme; mais puisque tout l'univers n'est qu'un point à l'égard du ciel,n'e*sl qu'un néant en la présence de Dieu, celui qui gagne une petite jiartie de ce point, une parcelle de ce néant, n'en est pas plus véritablement glorieux en la présence de Dieu et de ses anges. Itaque neminem novimus secundum carnem. C'est ce qui nous presse d'entrer dans les sentiments du divin Paul et de vous protester que nous ne connaisson» personne selon la chair, selon l'estime que le siècle en fait; nous nous arrêtons au seul esprit de Dieu. C'est ce qui nous a fait prendre pour iesujetde l'éloge du grand sain! Bernard ; Homo Vei , u l'homme de Dieu.*»
C'est l'éloge que .saint Paul donne à swi cher Timothée , un des plus illustres saints de l'Eglise ; c'est l'éloge que nous donnons à saint Bernard, un de ses plus glorieux défenseurs : Homo Dei, » Vhommtde Dieu : » l'homme de Dieu dans le commencement des voies du salut, l'homme de Dieu dans les progrès d'une vie sainte, l'homme de Dieu dans la consommation d'une sainteté achevée. L'homme de Dieu qui, dans le premier de ses états, n'est revêtu que de dépouillements ; dans le second, ne vit (pjc de la mort; dans le troisième, ne subsiste que sur le néant : ce sont ces trois vérités qut feront le sujet île cet entretien. Je tii'e la première de VEp'ilre aux Ephésiens, la seconde de VEjiUre aux Bomains, la troisième de VEp'Ure aux é^oyinthiens, afin que ©« ne soit pas le i>écheur (|ui vous prCthc, mais i'Apôlre, la merveille des saints, d'un saint qui est la gloire dus fidèles, l'honneur do I Eglise, l'oruemeut de rét;it religieux. Co sont ces trois vérités <pii ont donné l'idée à saint Augustin et à Richard de Saint-Victor, rapportés par saint Bouaventure en l'opuscule Des sept chemins de l'éternité', de distinguer trois sortes de degrés de l'esprit ^ le premier qu'ilsa()|)elleut l'esjiril de l'esprii,. le second l'esprit sur l'esjjrit, et le troisième l'esprit sans l'esprit. Ce sont ces tiois lits où l'âme repose, selon la remarque du saint abbé Gilles expliquant (;es paroles des Cantiques (ui, 1) : In lectulo meo; le premier est le lit de l'épouse, le second de l'épouse cl de Dieu, le troisième le lit de Dieu seul. C'est dans le repos que l'épouse devient toute belle et uniquement agréable aux j eux de son chaste et divin époux, beile en la chair, belle en l'âme, belle en l'esprit.
Je lis donc la première vénlé dans \'Ep'i- Ire aux Ephésiens [w ,^-'i'*], où je trouve ces (Mroles : In ipso edocti estis deponere vos , secundum pristinam conversationem, rclcrcm hominem. « Vous avei été enseignés en Jésus-Christ à vous dépouiller du vieil homme; » qui corrumpitur secundum desiderin erroris, < qui est dans la corruption emporté par des désirs trompeurs ; » et induite )totin)t hofpii'cm secundvm Deum , « mais
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reve'tez-i'ous du nouvel homme selon Dieu ; » et ce nouvel homme esl celui doiil nous par
Ions, homo Dei, l'homine de Dieu.
Mais que i'Apôlre qui nous assure i|ue
fiour être l'homme de Dieu il faut se dt-pouiler et se revêtir, nous dési^'iio eu (pioi consistent ces choses; c'est ce <]u'iJ t'ait en VEpitre à Tile {il, 11, 12), où il dit ces paroles divines : Apparuit gratia Dei Salvaloris no- $lri omnibus hominihus eruiliens nos : « La grâce et la bonté de Dieu a bien paru en nous instruisant , » en nous doniiant enhii jiour uous instruire , non pas une biuiclie einprunléo, luiiis la sicimi' iiièiue : L7 abnrgantes impietates et sœcularia desideria, « afin que renonçant à l'impiété et aux choses du siècle. » juste et pie vivamus in hoc sœculo, « nous rivions dans la sobriété, la justice et la piété. » Donc, selon l'Apôtre, le dépouillement consiste 'dans le renoncement des désirs du siècle, c'est-à-dire dans le détachement des biens temporels , naturels et sensibles, comme d'éviter les richesses des étals, oQiccs, mariages, s'abstenir enlin de tous les plaisirs qui peuvent conlenler les sens. Ce sont les premières démarches (jue doit faire l'âme qui tend en vérité à Dieu. C'est le premier lit de l'épouse; c'est le premier degré où la grâce élève un esprit appelé par le saint l'esprit en l'esprit , c'est-àdire l'esprit en soi, mais hors de la chair, l'esprit tout recueilli au dedans de l'intérieur par un parfait dépouillement de toutes les choses extérieures. Car il faut, selon saint Denis (au chap. 9 Des noms divius'j, que l'âme qui prétend à l'union divine éloigne de soi deuï ditlormités : premièrement celle qui vient de la diversité des choses extérieures, à savoir en tant qu'elle laisse l'intérieur; secondement celle (jui vient de l'intérieur. Ces deux clioses ainsi posées, l'âme se rend conforme aux an^cs, en ce que, laissant toutes choses, elle est toute pour Dieu seul ; mais il faut commencer par le strict dégagement des choses extérieures. Dieu commande à Moise de venir à la montagne pour parler avec lui , mais il lui ordonne de monter seul, laissant les enfants d'Israël ; il défen<lit môme que les bêtes ne prissent leur pâture à la vue de la montagne. Belle tigure de l'état que doit porter l'âme qui tend à Dieu solidement ; il faut qu'elle (luilto les enfants d'Israël, toutes les attaches qu'elle peut avoir à l'eslime et à l'amitié des créatures; il faut que les bêtes, e'est-à-dire les appétits sensuels, ne paraissent plus à la vue de la montagne |iar une stricto et parfaite mortification. L'iiommc de Dieu ne se doit regarder que comme un pèlerin , ijue counne un étranger en ce monde ; il doit s'en dépouiller, dit le docte saint Jérôme, comme d'un habit, sans douleur. Admirons ia pratique de ces vérités chrétiennes en saint Bernard , l'homme do Dieu. Dieu l'appelle à la sainte religion, ses parents l'en détournent. Mais il ne fut pas sourd, dit l'historien de sa vie, à la voix de son Dieu ; car, ayant entendu ces paroles de rEvan;;ik' [Luc. \i\, idj : Si ijucliiaun s'en
vient à moi cl ne hail pas son père et sa mire, sa femme, ses enfants, ses bien» et possessions, et encore soi-même, il ne peut pas être mon disciple, il proleste ()ue Dieu sera le maître, que Jésus sera préféré, (pi'il n'aura plus d'oreilles (]ue [lour écouler la voi\ do son Sauveur, les fermant jioui- jamais à toutes les maximes du siècle. Cependant la prudence de la chair s'y oppose ; mais Bern.ird sait que la sagesse des sages du moiido n'est (ju'une pure folie aux yeux de Dieu et de ses anges. Ses iiarems insistent ; ils no mauijuent pas de prétextes spécieux, si ce n'est pour le détourner de son dessein, au moins pour lui persuader de le différer, lui prouvant par des raisons, belles en apparence, que sa conscieme l'y obligeait ; et ils font tant, qu'enfin la résolution de Bernard en fut presque ébranlée. Mais il se souvient que les ennemis de l'âuie sont ses plus proches, selon la doctrine de celui qui ne peut tromper; il se souvient de ces paroles do son maître, écrites en saint Matthieu (x, 3i, 33) : Je ne suis pas venu apporter la paix, mais te glaive, car je suis venu séparer l'homme de son père, et la fille de sa mère. Il considère ce qui esl rapporté par saint Luc (lï, 57-60), qu'une ))ersonne voulant être de la suite du Sauveur, elle lui demanda auparavant très- humblement la permission d'aller ensevelir son père, et Jésus lui ré- }>ondit : Laissez les morts ensevelir les morts; allez et annoncez le royaume de Dieu. Allons donc, dit Bernard , allons à la bonne heure annoncer le royaume de Dieu, faisons voir à toute la terre, par l'obéissance que nous rendons à ses ordres, qu'il est le Souverain^ et qu'il n'3' a créature au monde, telle qu'elle puisse être, soit proche, soit éloignée, soit amie, soit ennemie, qui puisse nous arrêter.
il quitte donc sa famille avec un tel dégagement, qu'une sienne sœur l'étant venu voir depuis qu'il fut religieux, il ne la voulut pas voir parce qu'elle était vêtue en mondaine; il ne la connaissait pas en cet état, parce qu'elle était trop connue du monde, qui ne connaît point Dieu. Giand saint, que feriez -vous si vous veniez en notre siècle, si vos yeux chastes apercevaient les infâmes nudités de ces dames mcmlaines qui parent leur gorge, leur malheureuse chair, qui dans j-.eu sera mangée des vers, ou sont découvertes, ou voilées, simplement d'un lin.^'e transparent ; qui viennent faire la guerre à Dieu jusqu'à nos. autels ; qui ouvrent la bouche à la prière et leur sein à l'impudicilé; qui viennent auprès de Dieu négocier leur salul, et n'en partent point qu'elles n'aient donné la mort à quantité d'âmes; qui se trouvent au sermon pour soutenir le parti de la chair et du diable, pendant que k parole de Dieu les combat; partisans de l'enfer, misérables suppôts des démons >.(pn, ajoutant l'impiété et I etfronterie à leur abominable pratiiiue, osent encore bi^n s'approcher de la communion, du corps virginal du Fils de Dieu, sa présonicn à nos confessionnaux souv.ciU
Œ'lViu:s (.omf'Letks df. uoldon.
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SHHS s'ac'.uscr iJi! la nudité de leur sortie, ou sans en avoir l'Iiorrcur qiio luiite âme chrélicniic en doit avoir'
Je reviens. Noire saint ne connaît pas sa «TCiir, parue (|u'il pourrait dire avec l'Apôtre: Aous 7ie connaissons plus personne selon la chair. Il ne bou|>ire plus (Qu'après la eoniiaissauce de son hien-aiuté, (]u'il eherche avec l'Epouse pendant la nuit; c'està-diie, dit l'ahhé Gilbert en un Traité qu'il a l'ait sur les Cantioues, dans j'omhre et la niorliricalion des ciioses extérieures. Car l'Epouse ne dit pas qu'elle clierrhe l'Epoux au milieu des ombres, parce ([ue les ondjres ne cachent pas entièrement les clioses, mais ()endant la nuit, qui nous en dérobe entiérementia connaissance : Dihctio ipsa hanc noclem inducil, qua reliqua omnia nec respicit, nec nolare pulat, dum ad illum quem diligil intenta suspirat. C'est l'auionr qui est la cause d'une nuit si obscure, mais si sainte, qui attache tellement l'ànie au Dieu de son cœur, qu'elle n'a plus ni de jtensées ni d'yeux (lour s'occuper de tout le reste. Il faut, dit «aini Albert le Grand, au Jivre De l'adhésion à Dieu, no s'occuper d'aucune chose, comme si l'on avait les yeux et les sens bouchés. Oh! quismihi dabit sic advesperascere? Qui nous fera la grâce de nous introduire dans ces divines obscurités? Notre saint était tout plongé dans ces nuits sorat)res et niysti(iues. Jnduxit illum in nubem. (Eccli. xLv, 5.) Il avait des yeux, et ne voyait jioint, des oreilles, et n'entendait pas, des loains, et ne touchait point ; car, après avoir resté longtemps dans l'église tie son monastère, y ayant plusieurs vitres aux fenêtres, il ne savait s'il y en avait jilus d'une. Le soleil fl^'ant pâli pendant tout un jour, jamais il ne b en aperçut. Chose étran^^e ! allant voir le prieur d'une chartreuse bien éloignée de son monastère, et s'étant servi d'un cheval <|u'on lui avait prêté, (jui avait une selle assez liche, le bon Père chartreux s'élonnaiit d'un tel é(|uipage, (lui seud)le bien indij,ne aux serviteurs de Dieu (pji ne font état que de la pauvreté, saint Beriwrd commence à ouvrir les yeux; il s'étonne, avec le bon Père chartreux, d'un tel équipage, et il assure ()u'il no s'en était pas encore a|icrç i. Cheminant [lendant tout un jour le long du grand lac de Genève, le soir, comme on en parle, il no sait ce qu'on dit, n'ayant vu ni eaux ni lac : c'est qu'il ne voyait que Dieu.
Jésus-Christ est runii]uc |)orle de la vie éternelle, mais c'est une porte étroite; pas un n'y [lasse qu'il ne soit dépouillé. Je suis la porte, dit notre Sauveur (Joan. x, 9); si quehpj'un y passe, il' sera sauvé, ingrcdie'lur rt egredieliir , o mais il entrera et sortira.» « Que veulent dire ces paroles? «dit le savant Théodoret. « Entrer en Jésus-Christ, » répond le grand personnage, « c'est avoirsoinde son intérieur; suriir par Jésus-Christ, c'est de l'iortitier nos corps et nos «[ipétils sensuels. >' Saint Bernard les avait bien (nortiliés, j.uis(pril mangeait de la graisse au lieu lie l)eurre, cl buvait de l'huile ( royaiit que ce lui de l'eau Aus.'i sa nourriture ordinaire
n'était que du paiiT e1 de l'eau, et un peu de potage. Je vous laisse à penser quel potage Cl! pouvait ôlre, puisqu'il était fait avec des fenilli's de hèlre. Ses sens étant ainsi mortiliés, son dépouillement de toutes les choses extérieures étant si universel, je ne n)'étonne pas si le ciel fait part de ses faveurs •» notre saint avec tant de libéralité. La parabole de l'Evangile qui nous apprend (Lmc. -xi) qu'un homme den^ande à son ami trois pains, i;'est-à(iire les trois vertus théologales, noua instruit en même temps que ce fut 5 minuit, pour nous marquer la privation des choses de la terre que l'àme doit porter si elle prétend aux faveurs du ciel. Mais comme celle de notre saint est toute S|)éciale, les dons, les grâces et les faveurs que le ciel lui communique sont tout extraordinaires. Celte vérité se rend sensible en toute la vie des hommes do Dieu, mais particulièrement en l'apparition de Jésus crucifié, qui se détache de sa croix pour aller à ce grand saint, s(iectacle merveilleux et bien digne de nos attentions. Le Fils de Dieu quitte le paradis, séjour heureux de toutes les délices imaginables, pour .se rendre à notre terre, le pays des misères, celui des pleurs et des larmes. C'est l'amour de la croix qui lui fait faire ces choses; et à la vue de Bernard, Jésus se détache de sa croix, qu'il a recherchée avec tant de joie et tant d'ardeur. Il faut bien dire que Bernard a des charmes très-doux, des attraits bien puissants, pour faire quitter à Jésus la chose la |)lus aimée de Jésus. Je lève mes yeux vers le ciel, je les arrête sur la croix, et je vois un Dieu qui prend la croix et qui quitte le ciel, et ce Dieu quitte et le ciel et la croix pour s'approcher de Bernard. Ne semble-t-il |)as, en apparence, ([ue Bernard, en quehiuo manière, a quehjuo chose de plus et que le ciel et que la croix? Mais quoil ù mon Seigneur! la croix, pendant les jours de votre chair, n'était-elle pas l'objet de vos plus tendres amours, le sujet de vos plus tendres inclinations? Vous l'avez fait assez paraître, lorstpie vous disiez ces amoureuses paroles : Desiderio dcsideruvi, que vous la désiriez d'un désir extrême, (f-ur. XXII, lo.) Que sont devenus ces inclinations, et cet amour et ces désirs? Faut-il que le cœur de Bernard l'emporle et qu'il ait le dessus?
Saint Piei're, l'unique chef de notre Eglise, taint Pierre, cet ajiôtre si aimant, lorsque par tendresse il tâche de vous dissuader de ce cher sujet de vos atl'ections, votre chère croix, vous ra|)pelez un Satan. O débonnaire Sauveur! vous traitez ainsi un apôlre qui vous est si cher; et vous qui êtes la douceur même, et (|ui, à toutes les injures les plus insolentes de vos ennemis, gardez le silence comme un doux agneau , je vois bien que c'est l'ell'et de l'amour (pie vous avez pour la croix qui eu est la cause; mais cet amour, pour excessif qu'il soit, le cède à l'amour (pie vous avez pour saint Bernard. Je sais, de [dus, (pie la soir(iue vous avez pour la croix ne p(.'ut être éteinte ni par les larmes de votre divine Mère, ni [lar le sang ([ui cuul'.',
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PANEGYUIOIK DK SAINT IJKU.NAUD,
(lu iniiU's paris, de voire sncré cnrjis daii^ le JHiùiii (ius Olives; el, è la seule vue de UcrluiT'l, fel amour vous (iiiiiie, |)iiis(Mie vous qu-itiez la croiî; vous vmis tu dôlaihez jHiur eiHbrasser ce grand saijii, pour vous unir, pour vous allaclier J» lui. C'est ainsi, t'est «jnsi (]ue seront honorés teux qui se livrent au service de mon Maître. Olil cju'il fait lion servir un tel Sei,.;neurl (ju'il fait l)un, mais qu'il est doux de se dépouiller dn monde j)onr être ainsi revêtu et orné de faveurs si précieuses I C'est ce (jue fait l'homme de Dieu, qui n'est revêtu que du dépouillement.
Mais il no vit que de la funit. J"ap|irends cette seconde vérité, aussi hien t]>ie la première, du s^rand Apôlre,qui, écrivant ans Homains, leur dit : LsislimnU vos viorlnos : « Regardez voits comme des morts. » i^Rom. vi, 11.) Et s'il parle de la vie, il ne la met que dn-iis la mort : Yila restra abscondila esl cum t'Itristo in Deo : « Votre rie esl cachée avec Jésus en Dieu. » (Col. m, 3.] Mais ce n'est qu'après qu'il leur a appris qu'ils sont morts : Morlui estis : « Vous ('tes morts. » (Ibid.) Ceux qui vivent avec Jésus meurent avec Jésus; et c'est pourquoi saint Augustin, en ï'Epilre à Volusien, remarque que l'Apô- Ire, pour insinuer celle vérité de mort, enseigne que ceux qui appartiennent h Jésus sont des crucifiés, p.arce qu'il faut être crucilié pour mourir. Jésus est mort parce qu'il a été crucifié. Il enseigne qu'on doit être enseveli : ConsepuUi estis. 11 faut suivre notre Sauveur dans le tombeau, pour prendre avec lui une nouvelle vie : Itu et nos in noiitate vitœ ambutemus. {Rom. vi, i.) Cette vérité nous est dignement figurée en l'ancien testament {Josue vi), lorsque Dieu commanile à Josué, qui devait prendre possession de la terre promise, cpi'il ruinât entièrement la ville de Jéricho, et qu'il n'y laissât aucune chose vivante : ni homme, ni femme, ni enfants ou animaux, ni vieillards, ni jeunes. Il faut que dans l'âme chrétienne tout y meure : et le grand et le petit, le peu et le beaucoup; il n'y a rien que l'on puisse réserver. C'est le second degré de l'esprit. Selon la division qu'en fait saint Augustin, le premier est de l'esprit en l'esprit ; le second, de l'esprit sur l'esprit. Dans le premier, par le dépouillement des choses extérieures, il esl dehors la chair, mais en soi; ici, par une mort toiale, il est hors de soi, au-dessus de soi : ce qui arrive par l'éloignement de la seconde ditformité, selon saint Denis, qui vient de l'intérieur, et qui est bien plus rare et plus diflitile que la première.
Aussi est-il bien plus dur et plus fâcheux de mourir que de se dépouiller; ce qui a fait dire à noire saint : titius et Unius relinquilur facilitas quam voiuntas. On quille bien plutôt les choses extérieures, et |)lus facilement que non pas l'affection que ihmis avons pour nous-mêmes, notre propre volonté, (i'est la diflicullé qu'il a remarquée et i(u"il a surmontée gloncusemml; c■e^l ce qui le fait rester à Chàtilioii, pour y \ivre inconnu au monde; c'es: ce qui le faii relier
dans Citeaux, pour y mourir au souvenir des hommes, avec espérance d'y être oublié coinine un vaisseau perdu : Factu$ sum tan- (juam ras perditum. [Psal. \\\, 13.) Ses amis lui ri-monlrent que, dans le dessein même (pi'il avait de servir Dieu, qu'il ne devait pas si lot s'ensevelir dans ces tombeaux; qu'il avait besoin d'études; qu'il était à propos qu'il sût les belles - lettres. Bernard écoute ces choses; il y est insensible : c'est qu'il est mort. L'on a beau faire, l'on a beau aire, on ne gagnera rien : c'est perdre son temps que de jiarler h un mort. Et puis il n'ignorait pas que le trop grand désir de savoir avait perdu le premier des anges. Ce que considérant l'angéliciue docteur, il remarque qu'en Kzéchiel (c. xxviii), Lucifer, qui était le premier des sérajihins, esl appelé Chérubin : Tu Cherub protcgens. C'est, li'n ce grand docteur, la qualité que son crijue lui a donnée : Scelus nomen imposait. L'amour de Diea lui donnait le premier lieu parmi les séraphins; sa curiosité pleine d'ambition lui donne le nom de Chérubin et le perd misérablement pour jamais. De \h vient que noire saint dil que cet ange aposlat est inliniuunt malheureux, parce qu'il a été Lkcifer, un esprit tout de lumière, il apprendra, dit-il, pendant toute l'élernilé, qu'il devait être ignifèrej uniquement embrasé des feus et des flammes de l'amour de Dieu seul.
Saint Bernard, convaincu de ces vérités , ne veut plus vivre que comme les morts, dans les obscurités des sépulcres ; et si^ la vocation divine le tire du tombeau , il n'en perdra jamais l'espril; c'est ce qui lui fit refuser toutes les grandeurs el illustres dignités de l'Eglise qu'on lui proposa. Milan le demande pour son arehevèque, Reims le souhaite; Genève le désire pour son prélat , Ciiàlon le choisit, Langres le veut ; il résiste à toutes ces demandes, il rejette tous ces souhaits, il se rend insensible à tous ces désirs; il ne voit, il ne considère toutes ces volontés, toutes ces élections que pour absolument y contredire et les refuser tous. 11 était mort aux honneurs, il pouvait dire avec le divin Paul [Il Cor. i, 9), qu'il n'avait point d'autre réponse à faire qu'une réponse de mort. El il le montra l)ien en une occasion où quelquefois les morls revivent; car on ne saurait assez dire combien l'homme est sensible à soi-même ; mais non pas l'homme de Dieu, tel qu'était saint Bernard, qui ne vit que de la mort. Un chanoine, le rencontrant, lui dit que s'il tenait ses livres il les mettrait en pièces, el, en même temps, ajoutant les coups aux injures, il lui déchargea un grand soufflet. Ceux qui étaient [)résents, émus el irrités d'une telle insolence contre l'homme de Dieu, courent après ce misérable ecclésiastique, et l'homme de Dieu crie de toutes ses forces qu'on se donne bien de garde de lui faire aucun tort. Dans toute sorte de rencontre , il parlait en riant des torts qu'on lui faisait et à ses monastères, sans jamais disputer; il semblait, quaiid il larlail des injures et des outrages qu'il recevait, qu'il parlait de quelque autre per-
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S' iiiie; c'est qu'il n'élait plus lui-iuême par l"es[)iil (le niijit qu'il |iorlait. Mais comme Jésus en moulant sur la croix, qui est appelée par saint Augustin la couche nuptiale du Sauveur : « Thalamus parlurienlis, » parce qu'il nous y a enj^endrés à la vie et y a terniiia^ nue nouvelle vie, de inôuie son serviteur vil en la mort; comme un phénix divin, il se liâlit une sépulture ou un berceau, |)uis.]u'il y meurt et y renaît; mettant le leu il te bûcher qui n'est composé que des bois odoritérants de ses veitus, il s'ensevefit dans ses flammes, et, renaissant de ses cendres, il ie()rend une nouvelle vie et une nouvelle vij^ueur. L'Iiomnie de Dieu se produit en mourant: Ut custodiat perdit, dit le docte Terlullien {De rcsurrectione carnis); il ne perd la vie que pour se la conserver. C'est pourquoi, dit saint Zenon, il va, il court, il vole avec hardiesse et sans crainte au tombeau, comme le soleil : Sol inlrepidus ad sepitlcrum contendit, car il trouve dans sa lin uii princii)e qui ne finira jamais; en sa mort une naissance qui durera toujours.
L'Iioinmede Dieu ne vit que de la mort aussi bien qu'il n'est revêtu que du dépouillement; mais encore il ne subsiste que sur le néant. Celle vérité, aussi bien que les P'-écédentcs , se tire de la doctrine du grand Apôtre qui , écrivant aux Corinthiens, leur apprend (|ue Dieu doit être tout en toutes choses : Ulxit Dcus omtiiu in omnihus (l Cor. XV, 28) ; car s'il doit être tout, il ne reste [ilus rien, et c'est ce qui mar(]ue admirablement l'anéantissement chrétien. C'est le dernier lit où se repose l'épouse, où il n'y a que Dieu seul; c'est l'état, selon saint Denis, oii se trouve l'uniformité conforme
aux anges, c'est le dernier
degré
de
es-
prit, l'esprit sans l'esprit, comme parlent ]cs Pères, et c'est ce qui l'ait voir la dill'érence de l'élat de mort avec celui d'anéantissement. Dans l'élat de mort, selon l'abbé Gilbert, le lit de l'âme est le lit de l'épouse et de Dieu; dans celui de l'anéantissement, c'est le lit de Dieu seul. Dans l'élat de mort l'esjirit est au-dessus de l'esprit; dans l'état d'anéantissement, l'esprit est sans l'esprit. Ce n'est [)as que l'Ame perde son état naluturel, niais elle perd sa façon naturelle d'o- [térer qu'elle conservait dans les étals pré- 1 cédents, et elle est toute transformée en Dieu. Dans l'élat de mort se trouvent les fiançailles de l'âine avec l'époux divin, comme parle sainte Thérèse ; dans l'état d'anéantissement se rencontre le mariage; dans l'état de mort, l'ûme est unie avec Jésus comme deux flambeaux allumés qui, étant joints ensemble, ne font jiliis ((u'une même lumière; mais après tout il est facile de les séparer. Dans l'élat d'anéantissement, l'union est semblable à celle de l'eau qui tombe dans la rivière, du ruisseau qui s'écoule en la mer, comme une grande lumière qui entre dans une salle par deux fenêtres, et qui ne devient qu'une. C'est la pensée du grand saint Bernard que nous honorons, qui nous instruit aujourd'hui par sa doctrine aussi Lien ipae par ses exeiriples; >ar
(|u'il dit au traité qu'il a fait De l'amo r de Dieu : u Comme une goutte d'eau mêlée avec une quantité de vin semble défaillir lorsqu'elle prend le qoût et la couleur du vin, comme le fer embrasé devient semblable au feu dépouillé de sa propre forme, comme l'air éclairé de la lumière du soleil est transformé en la clarté de la même lumière, en sorte qu'il ne semble pas tant être éclairé que la lumière môme ; ainsi, dans les saints, toute affection humaine, |>ar une manière inelfable, se iond, s'écoule, s'imbibe en la volonté de Dieu ; autrement, commejit serat-il toutes choses en tout, s'il reste quchjue chose en l'homme? » — « Il faut (jue l'ilme, » dit saint Albert le Grand aux chai». 7 et 8 De l'adhe'sion ù Dieu , « soit comme s'il n'y avait rien que Dieu. » — « L'âuiesemble, » dit Kichard de Saint-Victor, « défaillir de l'humain au divin, tellement qu'elle n'est plus ce qu'elle était: Ab humaiio in divinuni videtur deficere, ita ut ipse jam non sit ipse. » Mais écoutons parler ces deux grandes lumières de la théologie, saint Thomas et saint Bonavenlure, |)0ur n'enseigner que des vérités solidement a[ipuyées. Saint Thomas, en la première partie de la Seconde quest. 59, art. 5, q, Gl, art. G, parlant des vertus de ces étals, qu'il appelle virtutes unimi purgati, les vertus de l'esprit purgé, il enseigne qu'en ces états la |)rudence ne regarde plus que les choses divines; la tempérance ne sait plus ce que c'est que les désirs terrestres ; la force ignore les passions, la justice est conjointe par une alliance perpétuelleavecl'espritdivin qu'elle imite en toutes clioses. Il dit ensuite que ces vertus sont les vertus des bienheureux dans le ciel, et de quelques personnes trèsparfaites en terre et en la vie |)résentc. Saint Bonavenlure nous apprend les mêmes choses au sermon premier des Luminaires de l'Eglise. Il La i)rudenfe, » remarque ce docteur séra|ihi(pie, « non-seulement préfère les^ choses divines, mais ne connaît qu'elles seules , ne regarde autre chose , comme s'il n'y avait rien. La tempérance n'opprime pas tant les désirs terrestres, qu'elle les oublie; la force, en quelque manière, a quelque sorte d'imp.issibilité ; la justice a une alianre perpétuelle avec l'esprit divin : Ul sit Dcus omnia in omnibus, « afin que Dieu soit toutes choses en tout. » (/ Cor. xv, 28.) Pour lors l'homme de Dieu s'étrie avec le divin Paul : Je vis, mais non, je ne vis plus , il n'y a que Je'sus qui vive en moi. [Galal. ii, 20. ) Dieu regarde, pour ainsi [larler, par les yeux de l'homme de Dieu; il (larle par ses paroles; il agit par ses actions. O anéantissement, que tu es donc une chose précieuse ! O néant chrétien , qui vaut mieux que tout l'élat des choses! c'est en toi que mon Dieu opère toutes ses grandes merveilles. Et, en elfet. Dieu tire du néant de la nature tout ce grand univers, et du néant du péché, tout le monde de la grâce et de la gloire; en sorte que le ciel et la terre, le paradis et le monilc, toutes les merveilles de la na-
oire, sonl tirés de
voici ce turc, de la grâce et de
l'ANEGÏKIQDK Dt SAINT BKKNAKD.
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te iiéanl précieux. Suinl ItcitKud y t4aiil posiliveiiieiit perdu, tbiidii el aliiini-, pouc me servir do ses l('[iiies, n'admirez plus, ne ■vo'is étonnez plus des choses grandes (|uo le Toul-Puissanl l'ail en lui el par lui; ijuc ne peut pas un (Heur eiilie les mains de l)icu, qui se laisse aller sans résistance à tous ses desseins? N■e.^t-ce pas ce qui l'ait dire à saint Paul : Omnia pussum in eo qui me confortai 't (Philip. IV, 13.] « Oui,jesuis tout-puissant en la force de Dieu. » Voyons la même chose en notre saint.
L'Ecriture ayant dit que Dieu créa la lumière dès le commencement de la création, ensuite elle ajoute (jue le quatrième jour il donna le soleil au monde. C'est ce qui étonne saint .\ugustin, le vénérable Bède et i'alibé Bnpert; car pourquoi un soleil au monde, disent-ils, si le monde avait déjà sa lumière '/ C'est ce qui fait que ces grands docteurs entendent par cette lumière les anges ; mais l'opinion commune est que c'était une lumière corporelle qui, étant très -subtile, n'était pas assez propre à nos > eux; t'est pourquoi Dieu la ramassa et l'iinit dans le corps du soleil. Or, mes frères, l'adorable Jésus n'ayant jamais laissé son Eglise sans .chef, il semble, dit un historien, que dans la vieillesse du monde où il a l'ait nailre saint Bernard, il a comme rassemblé en lui la lumière et l'esprit des anciens Pères, alin que ce divin docteur fût ex|)osé comme un spectacle à tous les yeux des fidèles à l'avenir; el de fait, l'on peut dire de lui, aussi bien que de saint Benoît : Spirilu omnium juslorum plenus fuit, qu'il a été rem|)li de l'espiit de tous les justes. 11 a jjrêché La pénitence, comme un saint Ambroise, aux peuples et aux rois, aux grands et aux petits ; il a aimé l'Eglise, et surtout le Siège apostolique, comme un saint Jérôme; il a été le tléau des hérétiques, comme saint Augustin, et l'incomparable en la morale de l'Evangile, comme un autre saint Grégoire; il a (irêclié la péniten(-e, qui est le second lavoir oii l'on se puritie île ses péchés, et Dieu destinant notre saint pour cette fonction apostolique, l'ayant posé sur le chandelier tle son Eglise, pour de là écl.iirer tous les lidèles et ouvrir les yeux des pécheurs, ce n'est pas sans providence qu'il l'a fait naître à Fontaines, petit village qui est aux portes de Dijon, ciiàleau qui à présent est devenu la maison de ses enfants, étant aux RR. PP. Feuillants, maison tellement remplie des bénédictions du Seigneur qu'on ne peut y entrer sans se sentir tout embrasé, tout consumé dans les llammes du divin amour, comme je l'ai expérimenté, ayant eu le bien d'y célébrer nos redoutables mystères; car vous trouverez de beaux rapports entre la fontaine et la lumière , les fontaines étant , pour ainsi dire, les yeux des champs et de la terre, comme la lumière l'est de tout l'univers , et comme les larmes sortent des yeux, de même les fontaines sont des sources d'eaux vives : aussi les Hébreu\ expriment par le même terme de nalta el les î.Dlaines el la lumière. Fonlctincs dinK ctt
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le lieu heureux de la naissance de nolro saint, parce qu'il devait éclairer les pécheurs, jiarce qu'il devait y laver les ordures et les tach(!s de leurs péchés, parce qu'il devait [iroduire dans les cœurs les larmes d'une véritable pénitence. Et de fait, de tous côtés, partout où il passait on ne voyait que des conversions admirables; les rois, les |)uissances du siècle, toute la terre était ébranlée à la voix do Beinard, qui imposait des jiénifences sévères aux monarques aussi bien qu'aux [leuples, comme il est aisé de voir en la personne de Louis le Jeune, à qui il ordonna une grande et laborieuse péniience.il jirècha donc la |)énilence partout, comme un saint Ambroise, et aux grands et aux petits; il soutint l'Eglise comme un saint Jérôme, étant regardé aussi bien que ce savant Père, commo l'oracle et la lumière.
L'Eglise est une, véritable et sainte; pour en conserver l'unité, Jésus, qui a un cor|)S naturel et un corps mystique, soull're qu'on lui perce le côté, qu'on divise son corps naturel pour otjlenir l'unité du mystique. Remarquez donc bien, mes frères, celui-là fait un plus grand mal t|ui entre dans le schisme que s'il donnait des couiis à Jésus. C'est co qui anime Te zèle du grand saint Bernard, et qui lui fait dire, répondant à Pierre de Pise, homme très-éloiiuent qui favorisait le schisme : « Quant à 'nous, qui somntes plus accoutumés à la charrue et au labourage qu'aux harangues et déclamations, nous garderions le silence dont nous faisons profession si la cause de la foi ne ncms engageait à la défendre; mais maintenant que la robe de Jésus-Christ est déchirée, que les Juifs ni les païens même n'osèrent rom|)re au temps de la Passion, il est temps de parler. » Et il parla avec tant de force et tant de bénédiction qu'il assujettit toule la France, qui s'en était rapportée à ce saint, à l'obéis-sance d'Innocent, Souverain Pontife. Il fait de même à l'égard du roi d'Angleterre. Il va en Sicile trouver Roger, qui en éiait leroi, et de rebelle qu'il était il le rend un enfant' trèsobéissant au Saint-Siège. « Il n'y a, » lui disait-il, « qu'une foi, qu'un Sei.neur et qu'un baptême, et nous ne reconnaissons ni deux seigneurs, ni deux baptêmes. Il n'y eut qu'une arche au teuqis du déluge; huit personnes «jui s'y retirèrent furent sauvées, tout le reste fut perdu. » Vous diriez qu'il mène comme par la main le Pajie, rélablissanl partout son autorité. C'est |iourqiioi le grand cardinal Baronius, après avoir dit qu'il était un homme véritablement afiostoli(iue, un vrai apôtre envoyé de Dieu , puissant eu œuvres et en paroles, qu'il n'a été en rien inférieur aux grands ajjùlres, il ajoute qu'où le doit ajipeler l'appui de l'Eglise romaine el du Saint-Siège. C'est de là que les Holienlautl'en, à Magdebourg, le qualifient de très- I uissant et très-zélé défenseur du siège d& l'Anlechrisl ; c'est comme les hérétiques parlent du Siège apostolique et du. Souverain Pontife : Acerrimus propugnaior fuit sedis. Aniicliristi. C'est qu'ils avaient lu, dans i'é-
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pUre ^\i ilii'il adressail au Pape Kiiyèiio, qu'il n'y a point de CluiHicn d;iiis le nniiide qui ne se doive gloritier d'ôlre uni à l'Eglise romaine, qui est la léle de inules les autres. Et au livre u De la funsfWra/ion ( chap. 8, nMS): « Les autres oui (liarun un troupeau particulier; mais IduIi-s lei luehis généi-aleluenl vous ont été ootiliées et'ne sont i' vous (|u'un seul troupeau, et non-seulement vous êtes pasteur des hrehis, mais des pasteurs. » Il savait que le comte d'Anjou s'était rendu rebelle aux ordres du Souverain Pontife; Bernard en entra dans un zèle si saint, qu'il protesta qu'il n'était pas possible que Dieu n'en tirât une signalée vengeance. C'est ce qui arriva; cai- il mourut au bout de iiuinze jours. 11 a donc soutenu l'unité de l'Eglise comme un autre saint Jérôme; mais il a combatlu l'Iiérésie, connue saint Augustin, avec une telle forre, avec une si grande horreur que, dans le concile tenu à Ueiins , du temps du Pai)e Eugène lil, voyant que quelques prélats voulaient bien cond;imncr les opinions de Gilbert de la Poirée, évéque de Poitiers, sans condamner sa personne, il s'enllamma de zèle, et s'unissant avec les prélats de France |îour ce sujet, il lit tant que cet évèque rejeta ce qu'il avait écrit.
Enfin il a été incomparable en la morale évangélique aussi liien que saint Grégoire; il persua lait si vivement le mépris du monde que l'Evangile nous enseigne, qu'il emmena avec lui trente gentilshommes qui renoncèrent au siècle. On venait en foule tle toutes parts pour embrasser la vie religieuse, et des pays les plus éloignés. Les professeurs de sciencesquittcnt tout pour n'étudier qu'à Ja science de Jésus crucifié; les ecclésinsiiques laissent leurs bénéfices. L'on voyait les novices qui faisaient procession au noiidjre de cent. Clairyaux était rempli de grands seigneurs; il y eut même deu.x frères de rois.
Ilomo Dei; il était véritablement l'homme de Dieu, qui n'est revêtu que du dépouillement, qui ne vit que de la mort et qui ne subsiste (lue sur le néant.
Finissons en reprenant ces vérités. Mes frères, la manne du ciel ne se donna aux enfants d'Israël que lorsqu'ils n'eurent plus de la farine qu'ils avaient apportée d'Egypte. Si vous voulez être vêtus des livrées de la grâce, il faut vous dépouiller de l'attache du monde. Ahl combien la porte est étroite, s'écriait notii- Maître {Mattk.wi,!'*], en parlant de l'entrée h la vie éternelle, c'est-à-dire, que le soi doit être bien plus grand que vous ue le pensez. Popule meus, qui te beatum dicunt te seducuut. {Isa. m, 12.) Oui , tous ceux, quels qu'ils puissent être, qui disent: Bienheureux les rn;hes, les grands, ceux qui sont à leur aise, dans l'honneur, dans l'eslinie, oui, le monde se trompe, qui le dit ; oui, vous vous lrouq)ez, vous qui le dites.
(15-2) Il reste encore vingt lignes dans le nianusrril avlograplio d'après lei|ut'l non-' avons édile ce pciiégyriiiue ; mais elles smil iii;lc<'liil]'ra|jli s, laul à fause de la luiesbe du curaclep: ijU'- (lanc uuu liois
a:UVRKS COMPLETES DE BOtiDON 1 {08
L'homme de Dieu n'est revêtu que du dépouillement ; c'est ce qui vous rend bien-
heureux, mes frères, lorsque les croix de la vie mortifiée que vous portez, qui vous dépouillent du siècle, vous ornent, vous enrichissent au dedans de vos âmes des plus saintes grâces du ciel : croix que nous pouvons dire avec votre bienheureux Père qui sont bénies de plusieurs. Mais l'onclioii suave du Saint-Es|irit (|ue vous ressentez dans votre intérieur est ressentie de bien peu de personnes; Multi vident cruces , pauci uncliones. Le grand évêque de Genève l'avait vue et l'avait ressentie; aussi est-il saint, et est-il du (letit nombre ; et il fuUellemcnt édifié dans une de vos congrégalions où il assislade la|iarldu Souverain Pontife qu'il a cru être obligé d'en donner téujoignage au public. V^)tre sainte congrégation, plus blanche que la robe que vous portez, vous fait mener une vie toute céleste, parée qu'elle a su se remplir de 1 esprit do saint Bernard ; c'est cet esprit qui rend le Feuillant angéliijue. Enfin l'homujede Dieu ne vit que de la mort; toute notre vie consiste h mourir, et à mourir à tout ce (lui n'est pas Dieu, pour vivre dans le parfait néant où Dieu opère tout ce qu'il veut et tout ce que bon lui semble (152).