‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 407 sur 436 · UL · texte numérisé non relu

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lraris(iari'nls qui vou> iMietit avec l.inl do vanilé. et d'une manière si houleuse et si peu décente à une |>ersûtuieclirélienni\ pour être ensevelies dans un jiolil tomlieau où U-s hommes vous oublieront hienlôt; et nous verrons pour lors la trowperie des plaisirs et des honneurs du monde, qui dans leur [lerte ne nous laisseront que le regret de les avoir aimés. Nous saurons (pie rit;n ne peut échapper au\ veux de Dieu, qu'il lient un compte exact fie nos plus petites fautes ; et les pécliés que l'on a commis en .se( ri't et dont la connaissance serait si honteuse, seront manifestt'S en la présence des sainls anges. Si les saints tremblent en. ce jour des vengeances du Seij;neur, que deviendronsnous, misérables créa lu rest|ue nous sommes? Si le Dieu de toute sainteté juge en rigueur les actions les plus saintes, que fera-l il à l'égard de ces crimes infâmes, de ces atroces pensées déshonnôtes, de ces discours imjnirs, de ces paroles à double sens, de ces chansons iujpiidiques, de ces regards lascifs, de ces conversations et amitiés sensuelles ? Mais l'on sera bien étonné lorsqu'ajirès avoir rendu coniple de sa vie, il faud.ra répondre desfaut'îs d'aulrui; un supérieur ecclésiastique de toutes les dincs qui lui ont été commises, un père de la mauvaise éducation de ses enfants, une mère du mauvais exemple qu'elle aura donné ù ses liMes par ses cajoleries, la nudité de la gorge, le trop de liberté averr les hommes; un maître et une maîtresse du [)eu de soin qu'ils auronteu de leurs serviteurs, les laissant dans l'ignorance des vérités de la foi et ne veillant pas assez sur eux jiour les empêcher de tomber dans le péché, en leur en ôlant toutes les occasions. 11 est impossible d'expliquer l'horreur que l'on auia des prospérités de la vie; l'on maudira la in-auté que l'on a tant chérie, les biens que l'on a tant aimés, comme les sources de la jilupart des péchés. Mais après tout nous serons jugés ou pour être éternellement sauvés, ou I our être éternellement damnés; pour aller au ciel pour jauiais, ou pour aller en enfer ()0ur toujours.

Hélas! oii irez-vous, vous qui m'écoulez, et où irai-je moi qui \ous parle? Cependant il n'y a |)Ointde milieu : il faut ou être sauvé, ou être damné; et ce qui est bien étrange, c'est qu'à tous les mometits de notre vie nous pouvons être lancés ou dans la bienheureuse ou la malheureuse éternité. Que ces vérités sont terribles et imjiortantes ! et peut-on vivre sans penser continuellement à des choses qui nous touchent de si près? Mais l'expérience malheureuse que nousavons de noti-e insensibilité sur des sujets si sensibles nous fait assez connaître que nous jiassons les jours, les années, comme si nous m? devions jamais mourir. C'est l'cxtrôine misère où le péché a réduit l'iiomme, qui vivant dans un aveuglement inliniment déplorable, se trouve environné de tous côtés de ténèbres l)lus épaisses <)uc celles d'Egypte qui étaii^nt palpables; mais afmque le pécheur fût inexcusable dans ses erreurs, et que le monde pilt rci.cvoir la c'arlé en ces ténèbres, l'adorable

tl.OCK FLMIimE DE M. lîErX.ASSE. mo

Jésus est venu en lerre jiour éclairer aussi lommc qu'il avait été

mal heureusement a venglé|iar le démon. C'est la pensée lie saint .Vuguslin (hom. W, tit. 50; : Ideo veiiit Chrislus illiiminator, quia diabolu» filerai escircator. C'est pounpioi cet aimable ï^auvcur s'appelle lu lumitre du monde. K<jo sum lux mundi. [Joan. viii, \i.) Ki conimo ses élus nefont (lu'uno même cliose avec lui, ils participent à ses divines clartés, particulièrement ceux qu'il a élevés à l'état ccclésiasiiipie |)our éclairer le reste des lidèles par l'innocence de leur vie, par la pratique solide de la vertu, par leur doctrine et par leur charité.

De là vient (ju'il les qualifie aussi bien nue lui, la lumière du monde. Vos eslis lux mundi. [Matth. v, V*.) Ce sont ces lumières qu'il laisse à la terre en montant au ciel, et les hommes n'ont pas plus .le besoin pour les choses de ce monde du soleil qui nous éclaire, qu'ils en ont de ces justes jiour cheminer dans les voies d(! la vertu, (pi; sont ajipelés pour cela dans l'Ecrituredes soleils dont les clartés dureront autant que l'inlerminable éternité : Fulgebunt justi sicut sol in perpétuas wternilates. {Dan. xii,.3.)

Aussi, si le soleil, selon la pensée do saint Ambroise (De sole, llexamer., die IV), est l'œil du monde, la douceur de la vie et la beauté du ciel, les justes portent la clartédan* nos esprits, la paix dans noscœur-;, et sont les plus beaux ornements ^Ju paradis de Jésus. Celui que nous pleuronS; mes frères, a été du nombre de ces grandes lumières. .Monsieur Beccasse, docteur en théologie de la maison de Sorb mne et trcsdigiie clianoina de l'église d'Evreux, dont la mort nous a causé tant de soupirs et de larmes, dont nous regrettons la perle avec tant de siij.'t, a été un de ces soleils mystiipies et sacrés. Quasi sot refulyens, .«(c ille e/fulsii inlemplo Dei. [Ect li. I., T.) n Comme un soleil lumineux, il a brille' dans l'Eglise de Dieu, x 11 a été un soleil en pureté, soleil en lumière, soleil en ardeur. Soleil par la pureté de sa vie, par i'iiinocenre de ses mœurs, (lar l'union étroite de sou àme avec le Dieu de toute (i;:reté; soleil par l'abondance de ses lumières, |iar l'éclat de ses vertus, par les belles actions d'une vie exem])laire; soleil par les ardeurs de son zèle, par les feiix et les flammes de la divine charité; car si ce soleil lumineux éclairait si doucement les âmes,il échaulfaitencore plus qu'il ne brillait. Mais n'altendezpas de nous, uicsfrères, !'éloq.aence du discours que vous pourriezexiger d'un autre, et que mérite uu si beausujet; puisque vous savez, vous l'ayant dit tant de l'ois, que nous ne sommes pas venu à vous en la politessedu discours, faisant profession de ne savoirautre chose que Jésus et Jésus anéanti dans l'abiiiie des tiumiliations du Calvaire. N'ayez donc pas la moindre pensée de la dernière des créatures qui vou.s p arle et qui ne mérite aucun titre oans voi esprits, si ce n'est pour y être humilié : que votre cliarité couvre ses imperfections, et nu regardant (|ue Dieu seul qui mérite uniqueineiu toutes les occupations de nos esprits et

«:i VRFS œ>:pi.ETKs de boudon.

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de nos cœurs, dans loulo sorte d'occasion, en tous lieux et sans réserve ; disons donc, el il est dou\ de le réptMer : Dieu seul, Dieu seul, Dieti seul, toujours Dieu seul: c'e>t à son j)uraniour, à sa seule gloire que nous dédions le discours de l'iioninie juste que nous|)leurons, et puisque je n'en |)uis être le dij;ne panégyriste, souffrez au moins que j'en sois riiisloVien par la relation des saintes actions qu'il a failcs.

Quasi sol rrfulgens, sic ille e/fuhit in templo [hi. n Jl n brillé comme un soleil dans t'Eglise de Dieu. » Car, comme le soleil est sans taLhc, ainsi les uiœurs de M. Beccasse ont élé toujours ircs-pures. Il a passé sa vie dans l'innocence, et nous ne trouvons point de temps où l'on puisse dire qu'il se soit démenti sur ce poini, puisque nous ne connaissons pas d'époipie où il se soit détourné de Dieu. Je sais que l'on dispute s'il y a de véritables taches à la lune, mais non pas au soleil ; de môuic, quoi()u"il y ait des hommes de sainle vie où l'on remarque des lautes notables, n'ayant pas toujours été à Dieu, il faut avouer que mitre cher défunt n'a point été du nombre de ces saints |iéniten!s, et si l'on me dit que sa vie a été une continuelle pénitence, il est vrai, je l'avoue, mais il a été un pénitent innocent; il communiquait, à la vérité, avec les [lécheurs, à l'imitation do son bon maître; mais jamais l'innocence de sa vie n'a été souillée par l'impureté de leurs crimes, car c'est le propre de la pureté, dit saint Gréj^oire de Nysse {Serm. de Nativ. Christ.), de se conserver sans tache au iTiilieu des ordures. Le soleil répand ses rayons partout, aussi liien sur la boue que sur les fleurs; cependant il demeure toujours pur; aussi la sagesse ([ui réside dans k-s âmes justes, et qui est une émanation sainte de la clarté du Uieu toutpuissant,neconlractejan)ais aucune souillure selon le témoignage du Saint-Esprit. (Sap.vii.) C'est pourquoi, dit saint Jean Chrysostome (hom. 10 in Episi. ad Timoth.), Dieu a choisi certaines personnes pour être les lumières du monde, et ces personnes doivent s'unir avec les hommes à la manière des anges, se conservant dans la gr;ke et la vertu de Jésus- Christ et s'éloignanl continuellement de la corruption du siècle.

C'est ce que l'on remarque en la [icrsonne cjue nous louons, (|ui, dès la jilus tendre jeunesse, avait porté le joug suave du Seigneur. L'on en trouve un illustre témoignage en ce (]ue Messieurs de Saint-Nicolas du Chardonnet en ont écrit selon la louable el pieuse coutume qu'ils ont d"ét:rire les noms oes enfants (pii se |iréstntent à la i)elite école. Voici ce (jui est écrit : •< S'est présenté Louis Beccasse, enfant de bon naturel, ([ui a toutes les inclinalidns portées ù ia vertu, bien craignant Dieu, qui nous a dit qu'il désirait être prêtre, si Dieu lui en faisait la grûce. «OAme heureuse, d'être ainsi prévenue des bénédictions de la douceur du Seigneur! O Ame [lure, ô âme saintement innocente, qui non-seulement ne s'est pas laissé emjiorter au courant des eaux bour-

beuses lie la Babylonc du monde, mais qui n'avait que dos mouvcmeiils pour la vertu 1 Ses inclinations tendaient toutes au ciel, lieu sacré de leur origine; et on pouvait dire do cet enfant béni, (|u'il semblait qu'Adam n'avait |ias péché en lui. Celte pensée me tire de l'élonnement où je suis de ce que le ciel l'a laissé si peu |iarmi nous, car il était plui propre pour le ciel que pour la terre. Le monde n'est (las digne de posséder des homnieSvsi justes, le ciel les en retire, ne pouvant souffrir une telle innocence au milieu d'une corruption si grande. Les anges du païadis demandent h Dieu ces anges de la terre, pour remplir leurs sièges et augmenter le nombre (les parfaits amants de leur souverain; el souvent Dieu éioute leurs prières, et nous prive avec justice d'un bien que nous ne méritons pas. Mais cet ange terrestre ne menait une vie si pure que par l'étroite union qu'il avait avec Jésus, le Dieu de toute jinreté. All)ert le Grand enseigne qu'une chose est d'autant plus pure qu'elle participe à la natu.'-e de la luniière, de sorte (pio le soleil est le |dus pur des astres, parce qu'il est le plus lumineux. Ne nous étonnons plus alors de la pureté de notre pieux défunt; c'était un soleil tout brillant de clarté, parce (pi'il était intimement uni à ce lui (]ui est le Père de toutes les lumières et la lumière même, et il était arrivé à cello union divine par l'usage de l'oraison mentale qu'il faisait tous les jours avant rualines ; pratique si nécessaire, mais si peu connue. Oraison mentale si fortement recommandée par les saints, si jieu pratiquée par les grands du siècle, et, ce qui est[)lus déplorable, par les personnes niême ecclésia^tiques. Oraison mentale si redoutable auv démons, si agréable à Dieu, et dont le peu d'usage est cause de tant de ténèbres, de tant de langueurs, qui font gémir la plu[iart des hommes. M.ns notre vertueux prêtre ne so contentait pas de méditer sur la loi du Seigneur, de considérer ses divins témoignages, de lui offrir ses vœux et ses adorations, dès le grand matin tous les jours, de répantire son cœur en la présence de son bon maître avec un soin si grand qu'il le faisait même avant les matines de la cathédrale, où il allait ensuite continuer ses prières el ses vœux; mais encore il faisait de temps en teuipsdes retraites, pendant huit jours, chez les UR. PP. Capucins, pour ouvrir son cœur plus à l'aise, en ces lieux de retraite et d'oraison, et y attirer l'esprit dont parle le Prophète-Royal, plus nécessaire pour soutenir nos âmes dans les voies de la grâce, que no l'est l'air pour la conservation de la vie corporelle. Il célébrait la sainle messe tous les jours avec une telle piété, que j'ai vu des personnes qui m'ont dit n'en avoir jamais remarqué iie sendjlable. Il lisait à genoux, tête nue, devant un crucifix, le Nouveau Testament, el toutes les semaines il prenait à tâche de se rendre excellent en la pratique de quelque vertu particulière. 'J'ous ces exercices l'avaient élevé î'i celte sainte et divine union où 11 est arrivé; et si, par la liai-

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son élroile qu'il a eue avec le Uieu ilo io>ile sainti'U^ il a iHô un soleil en puiclé. il a |)uisé MiU (le clarlt^s <lans ces conlemplatioiis, dans ces solitudes sacrées, iiu'il est sorti de la conversation divine coniuie un autre >f(iïse, tout luiniueux, il a été un soleil en liiniières : Qiuifi sol refulgens, sic ille e (fuis il in leinpto Dci.

Il ne t'allai! pas qu'une si éclatante lumlt'-re (lenieurdt sous le lioisseau, ruais bien qu'elle éclair;!! sur la montagne. Il fallait que ce soleil mystique du ciej de l'Eulise répandît ses rayons sur la terre des cœurs des hommes. C'est pour(|uoi Dieu, qui par sa jirovidence dispose de toutes choses avec une suavité non pareille, pressa le neveu de feu M. Le Jau de choisir iiotre digne défunt pour lui succéder en son canonicat. Ce fut sans lirigues, sans recherche du côté des créatures; Dieu seul l'avait appelé, Dieu seul le lit chanoine. Dieu l'a conduit. Dieu l'a soutenu en ses voies, parce que Dieu l'y avait placé. Les chemins, quelque difficiles qu'ils puissent être, deviennent doux quand nous y marchons jiar les oriires de Dieu ; ils sont remplis des plus saintes bénédictions du paradis ; mais quand c'est la nature, quand c'est l'homme qui nous y place, ils ne sont pleins que de malheurs; l'on n'y rencontre que peines et disgrâces. Malheur à celui (pii sans vocation divine s'introduit dans l'état ecclésiasticiue : ses chutes seront fréquentes, ses péchés énormes ; il sera un scandale aux peuples. Malheur enlin aux parents ([ui l'y poussent, à ceux qui le reçoivent, et à tous ceux qui y coopèrent. Si le Seigneurn'e'difie, en rain Iravaille l'homme. [Psal. cxxvi, 1.) Ses elforts seront sans succès du côté du ciel, quoiqu'il apparaisse heureux aux j'eux des hommes; et le Seigneur de toutes choses confondra ses desseins, il renversera toutes ses espérances. Notre vertueux chanoine a été exempt de tous ces malheurs, parce que jamais il n'en a eu les causes ; il ne s'est pas introduit de lui-même dans les choses saintes, il n'a fait que suivre le mouvement de l'inspiration divine (|ui l'y appelait. C'est Dieu seul qui l'a placé en cette célèbre églisecathédrale, la mère de toutes les églises <Ju diocèse, et le siège delà communion. C'est Dieu seul qui lui a donné rang parmi tant d'illustres sénateurs qui en conqiosent le vénérable cha|iitre. Admirons ici la douceur de la co'iduitedivinesiu- cette Eglise, Dieu lui ayant donné des princes si éminenls en piété et en doctrine pour la gouverner, et des sénateurs si véiiéraliles, si doctes, si saints, pour l'assister et pour la défendre. Ces noms glorieux de Du Perron et de Saintes, qui en ont été les prélats, sont connus de toute la terre. Feu M. Le Jau qui, en ayant été le jiénitencier, y devint ensuite le haut doyen et grand vicaire, s'est rendu très-illustre jiar la multitude de ses beaux écrits si remplis de doctrine, si pleins de l'onction de l'esprit de Dieu, mais beaucoup plus encore par la vie si sainte qu'il a menée, qu'il est encore la i'onne odeur de Jésus-Christ aux fidèles de ce diorèso. Je ne veux rien dire du choix

()ue la Providence a fait d'un do ses archidiacres pour en faire un évèque qui fl passé les mers pour prôi-her l'Evangile aux peuples les plus barbares du monde, dans la disjiosition d'y donner jusqu'à la dernière goutte lie son sang au milieu des plus cruels touruienls qu'un peuple barbare puisse inventer, de |ieur i|ue nous ne tombions dans le reproche (pie fait l'Kcrilure à ceux qui louent les hommes avant leur mort. Arrêtons-nous h louer celui dont la mort précieuse mérite tous les respects possibles.

Dieu l'avait mis comme une grande lumière sur le chandelier df! cette église pour de là éc'airer les peuples. Quasi sol refulgens , sic ille effulsiC in templo Dei. Les justes, dit le Fils de Dieu, brilleront comme le sob.'il dans le royaume de leur Père. [Matth. xiii, i.3.) C'est-à-dire, dit saint Remy, (pi'ils édifieront les hommes en la vie nréscnlt\ fiar l'éclat de leurs vertus. Ils sont la lumière du monde, dit saint Hilaire, par la pratique des vertus évangéliques. Ils en sont les flambeaux sacrés, assure saint Maxime, par leurs oraisons ferventes, par leur's divines conteiiqilations, par leirr charité sainte; enlin, disons avec rAp(jtre que leurs actions chrétiennes sont des jets do lumière, parce qu'elles ont cela de propre aussi bien que la clarté, d'attirer les yeux de tout le monde. C'est de cette manière ([ue notre [lieux défunt a brillé comme un soleil en l"Ei;lise de Dieu. Il a été un soleil en pureté, il a été un soleil en lumière, par la pratique do toutes les plus éclatantes vertus. Mais il faut me restreindre ; la matière est trop vaste, et le discours serait sans fin si nous voulions faire paraître toutes les actions sublimes de notre digne chanoine, dont les moindres ont été toutes brillantes, quoiqu'elles n'aient pas paru à tous les peuples comme des diamants, qui non-seulement sont pleins de clartés, mais dont les moindres parcelles , leur poudre môme, conservent ce bel éclat qui leur est rraturel.

En un mot, on pourrait dire ce que le grand prélat do Nazianze autrefois dit de saint Basile, qu'il possédait foutes les vertus, qu'on les voyait toutes en sa digne personne. Mais je vous l'ai déjà dit, le sujet serait trop ample , il faut s'arrêter à la considération do quelques-unes des vertus particulières qui ont ijrilléen cet homme de Dieu.

Comme la superlie est la source et le commencement du péché, selon le témoignage de l'Ecriture, aussi l'humilité est le fondement et le (irincipede laviede lagr;ice;ainsiquelefeu aime la cendre (allumez-le, si vous voulez, dansles plusgrandes forêts, il ne cessera point qu'il n'ait tout consumé, tant qu'il trouvera de la matière propre à ses flammes), de même notre Dieu étant un fi-u sacré, sitôt qu'il possède une ùme, il l'anéantit dans ses plus profondes humiliations; et, comme la cendre conserve le léu qui l'a produite, de même riiumilité, qui est un effet de l'amour divin, nous donne la persévérance et l'exer-cice de la sainte direction, en sorte que toute la vie suiriluelle commence, continue et finit par

la prnlique «le l"liumililé. Cnllo verlu a ao- (aiMipcij^iit' notre ilc^fiiiil dans toutes ses voies. Il serait ilillkile d'expliinier les bas sentiiiienls qu'il avait de lui-môinc; il ne pouvait soullrir qu'on dît la moindre chose à sa louante, et coinnie on lui eut dit, en sa maladie, que la mûre des Ursulines faisait df continuelles prières pour lui, il dit, les larmes aux veux, et avec un cœur contrit: «Je ne le :n(^rite [las ; qu'elles me laissent faire' pénitence. » C'était l'humilité ()ui lui faisait craindre, au milieu de ses douleurs; car, disait-il, j'ai peur que r'amour-propre ne s'y glisse; et quoique ses peines fussent grandes, il estimait que ce n'était rien (lour un grand pécheur comme lui. 11 demande pardon en son leslament, à messieurs du chapitre, du mauvais exemple qu'il leur a donné. Hélas 1 Messieurs, vous le savez , je vous appelle tous à témoin, n'est-il pas vrai que vous avez été les admirateurs de sa vertu , que sa piété nous a ravi le cœur, quo sa mémoire est en bénédiction parmi nous, et que vous avez des obligations incroyables îi ce saint? Mais c'est le propre des saints: ils f(mt, toujours bien , et pensent toujours mal faire, (tendant i|ue les jiécheurs, au milieu d'une vie criminelle, s'estiment beaucoup et pensent être quelque chose, n'étant rien. Ensuite il a excellé dans la veitu de chasteté, je ne m'en étonne pas; car si personne ne peut être chaste que par un don particulier de Dieu , Dieu qui résiste aux su|)erbes, a favorisé une personne si humble d'une grâce si précieuse. 11 avait des inclinations si tendres pour celte vertu, que s'il eût pu, il l'eût gravée au plus profond des cœurs de tous les lidèles. En sa peronne elle allait jusqu'au iirodigc. Plusieurs m'en ont parlé avec admiration, et quelques-uns afliriiicnt qu'elle surpasse toute expression. On loue le bienheureux Louis de Gonzague, prince de la maison de Mantoue , de ce qu'il craignait même que son valet de chambre ne lui vît le bout des pieds en le déchaussant, (lar l'amour qu'il portait à la vertu de cba.-teté; notre chaste chanoine était bien aussi exact. Pendant qu'il prenait des bains, il ne voulait jamais permettre à un ecclésiastique qui lui était très-familier, de rester dans le cabinet où il était (^uil :ic fût tout caché. 11 ne pouvait soutfrir la moindre nudité, et il jiarlaii avec tant de zèle contre Jes dames qui découvraient leurs gorges, qu'une personne de liès-grande condition, étant encore fille, après avoir entendu un de ses sermons, fit vœu en mùaie temps de ne la découvrir jamais le reste de sa vie. Jl ne pouvait pas même suiqiorler ces nudités iionteuses en peinture, et il reprenait avec une sainte liberté ceux ([ui gardaient de ces talikaux infâmes. iMais comme il savait qu'il est ditficile de conserver le trésor | récieux de la chasteté au luilieu des délices de l'estime et de l'amitié des créatures, dans l'abondanci! (Jes richesses, il prenait plaisir avec l'Aj ôtie, à châtier son coip«. ut à le réduire en servitude (7 Cor. ix,i7), mangeant tiès-neu et ne jin'nant du vin , selon le con-

(MX'VUES COMPLICES DK «OL'DON.

seil de l'Apôtre, que pour la nécessité.

Ei'clésiastiqiies, voilà un beau modèle pour vous régler en vos repas, et pour éviter ces excès ()iloynliles qui donnent tant de scandales et qui sont suivis de si grands désordres. L'estime et l'amitié des crcaiures sont choses bien dangereuses , et ([uoique l'on puisse dire avec toute sorte de vérité que sa vertu l'avait rendu aimable et dans la province et môme hors de la province, il ne laissait pas d'avoir ses contradictions doni il a toujours fait un saint usage.

Il avait appris de saint Paul qu'on ne peut pas plaire aux liommeset être serviteur de Jésus-Christ. Le mépris qu'il faisait de ce qu'ils esli:nent, l'amour qu'il avait pour ce qu'ils haï sent lui avaient facilité la pratique delà vertu de la sainte pauvreté où il s'est rendu admirable. Il élait trop éclairé pour mettre en son cœur ce que la nature a mis sous nos pieds, ayant été parfaitement détaché de l'or et de l'argent qui sont les idoles de la plupart du monde. Par amour de la pauvreté, il ôta la tapisserie qui était en sa chambre, et il portail souvent des habits qui étaient tout usés. L'amour de celte vertu lui donnait une estime non pareille |)()ur tout ce qui s'y rapporlail; c'est ce ([ui lui faisait jiarler avec tant de goût des pauvres et des maisons de jiauvres. Il disait que les pauvres étaient les plus chères délices de Dieu , qu'il lallail avoir pour eux une charité toute cordiale j qu'on devait regarder ks hôpitaux et les petits meubles qui y sont comme choses sacrées, et il en (tarlait avec tant de ferveur, qu'on le sentait tout embrasé des ardeurs divines de la charité, et on entrait insensiblement dans ses mêmes sentiments et inclinations. On l'a vu quel()uel'ois, dans l'estime qu'il avait de la grandeur de la condition des jiauvres, ^e prosternera leurs pieds avec une dévotion merveilleuse, et porter les petits enfants infirmes enire ses bras , quoiqu'ils fussent tout galeux et jileins d'ordures. Quand il voyait une personne malade, il lui inspirait de se faire traiter avec les pauvres, de se nourrir de leur bouillon, montrant aux jiarcnls que c'était un honneur incomparal)le d'être nourri des mêmes mets que les grands seigneurs do l'Evangile, tels iiue sont les pauvres. Eiiiin, l'amour de la pauvreté était tel chez lui que, pendant les ardeurs de la lièvre, il rêvait aux pauvres, il songeait qu'il était avec eux ; il demandait même s'il n'était pas logé en leur maison. C'était rincllnalion extrême «lu'il avait d'y être (pii produisait de tels efTt^is; inclination qui avait assez paru par les prières qu'il avait faites avec tant d'instance, qu'on le portât, tout malailo qu'il élait, avic les |iauvres pour y être traité à leur manière, et pour mourir avec des personnes qui étaient les objets de ses j)lus tendres atfeclion^. Aussi l'on remarque (|ue le seul regret qu'il ail fait par.'ître ù .^d mort était de les quitter. 11 ne pouvait penser à eux sans être sensil)leinent louché, et il disait p:ir manière de plaiiU(> : « Encore si ma m.dadieiu'avail pris avec eux; » témoignani ]inilà la joie qu'il eùl

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ELOGE FLiNEimE DE M. UECCASSE.

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rue (l'èlre oMijjé de roster en leur ninisnn. Il H iJefiiancl.é, par son t' stamenl, iiik; l"on lit ses olisèques aussi pauvres qu'il so pounail.

Enfin, il a donné son f(eur h l'Iiôpiml, et s'il Pill pu lonl son corps eût élô inliiinié en rét;lise où il avait mis depuis !on;^leinps loulcs ses affections. La seule obéissance l'en a empêché, et c'est ce cpii me donne des niari)ues plus grandes de sa vertu. On trouvD des personnes en assez Ijon nombre qui quittent leurs vices, mais il est bien rare, et plus rare qu'on ne pense, d'en voir qui soient bien dépouillées de leur propre volonté. Cela n'est [)as si facile, dit le dévot saint Bernard (Serin, de Vcrb. Sap.), et l'expérience l'ait assez connaître qu'il y a bien des âmes qui, étant mortes à l'allaclie des biens et des plaisirs de la terre, sont toutes vivantes jiar celle qu'elles ont aux choses spirituelles. Notre pieux chanoine témoignait des ardeurs incroyables de mourir et d'être enterré avec les pauvres; un seul mot qu'on lui dit calme tous ses désirs, marque assurée de leurpurelé. Je voudrais bien, disait-il, être nourri du bouillon des pauvres? Il n'est pas à propos, lui répondait-on. Eh bien ! donc, répliquaii-il, je le veux bien; mais au moins, continrait-il, si l'on me portail avec eux? Non, il faut demeurer oii vous êles, lui disait son confesseur. En .^lème temps, cet homme obéissant prononçait ces paroles d'une parfaite soumission : 11 faut donc y demeurer, mais ne voudrait-on pas que j'y fusse enterré? C'est à la cathédrale que vous le devez être, poursuivait celui à qui il parlait. .\ la bonne heure! Soyons-y inhumé, déclarait celle âme admirable en la pratique de toutes les vertus, mais s[ écialement en celle de l'obéissance; car remarquez qu'il ne faisait que proposer sim|)lement les choses, et en même temps il obéissait sans réplique avec une humilité incroyable. J'avoue que je ne puis penser à la parfaite soumission de son esprit sans admiration et sans élonnement. 11 avait de grandes lumières, c'était un soleil en clarté. Il était doué d'une profonde doctrine; après tout, il suivait les avis, il se soumettait aux pensées des moindres personnes pour l'amour de Dieu. Il possédait en plénitude l'esprit de l'enfance chrétienne, que Jésus- Christ est venu communiquer aux hommes. C'est sans doute celle vertu si nécessaire, mais si rare, qui lui a obtenu du ciel tant de grûces tant de dons, tant de mérites.

La lumière nous représente le parfait obéissant, car en un moment elle remplit le monde ; c'est pourquoi nous disons sur ce sujet avec beaucoup de justice, aussi bien qu'en tout le reste, qu'il a été u-n soleil tle lumière. Saint Paul écrivant aux Hébreux (x, 7), nous assure que l'adorable Jésus est venu au monde par obéissance; c'est jiar l'obéissance que l'incomparable Vierj^e, notre fidèle princesse, l'a conçu; c'est ce qui a fait dire aux Pères que iiarie a conçu par l'oreille, à cause du consentement qu'elle a donné aux paroles de l'ange. La foi vient de t'ouïe, dit l'Apôtre [Rom. x, 17), et la parole

Ol-LVRES COMPL. DE BoUDON. III.

sacrée nous assure (jue celui qui n'vrouli- pan ilùjlise doit élre tenu pour in/idèle. [Malili. XVIII, 17.) Toutes ces vérités nous marquent assez la nécessité et l'excellence de la vert'i d'obéissance qui a paru en notre liumble dortour avec une édili alioii tout exiraOrdinniro des lidèles, pariiculièrement en sa prompte, pail'aile et sincère soumission (hcœur et d'esprit aux biilles de nos saints Pères les Papes Innocent X et Alexandre VII. .\près avoir tant de fois prolesté que les propositions condamnées d'impiété, d'hérésie et de blas|»hème par Innocent X, se trouvaient en la doctrine de Jansénius, comme l'a déclaré Alexandre VII, et qu'on ne pouvait sans se dauincr, se rendre rebelles à ces bulles des Souverains Pontifes, cet humble docteur, si savant, mais si soumis, étant près de mourir, renouvelle hautement l'obéissance qu'il a pour le Saint-Siège, comme un véritable enfant do l'Eglise. Il proteste qu'il est prêt à donner jusqu'à la dernière goutte de son sang, et d'exposer de bon cœur sa vie pour la défense des vérités établies par les bulles sur la cundamnation de l'iiérésie de Jansénius. L'homme désobéissant à Dieu devient terre, est-il écrit dans la Genèse (m, 19}:Puliis es; cl j'apprends aussi que le serpent se doit nourrir de la terre : Terram comcdes cunclis diebus viCœ tuœ. [Ibid., li.) Ne peut-on donc pas dire q^ie l'homme, devenu tout lerreslre jiar la désobéissance, est donné en nourriture au démon ? mais {'Obéissant, dit l'Ecriture, ne parlera que de victoires. « Vir obediens loquelurvictorias. » {Prov. XXI, -28}. L'humble soumission d'esprit triomphe lie l'orgueil des démons, et conduit sûrement l'âme dans les voies de la vérité. Allez donc, belle âme, sortez en assurance de cette vie mortelle ; l'amour que vous avez toujours eu pour la vérité et l'unité de l'Eglise, accompagné d'uue charité si vive ne vous doit faire attendre que des lauriers immortels, que des couronnes éternelles.

Mais je m'aperçois qu'insensiblement j'étends ce discours au delà des bornes que je m'étais prescrites ; vous le pardonnerez , Messieurs, à l'estime que je dois avoir pour ce lidèle serviteur de Dieu et de l'Eglise. Vous donnerez cette audience à ses mérites et à l'amitié que vous avez pour sa sainte mémoire; et souffrez que je vous dise aujourd'hui ce qu'autrefois a dit saint Jérôme en un pareil sujet, parlant de la mort d'un de ses amis : Cum quo loqui non awplius possumus , de eo loqui nunquam desinamus : •t Puisque nous ne pouvons plus parler avec lui, au moins ne nous ennuyons jamais de discourir de ses vertus. » Je n'en dirai plus qu'un mol pour achever cette seconde partie ; mais en peu de mots nous comprendrons beaucoup de choses : sa mortification était générale, son détachement était parfait. Vous le pouvez juger d'un seul exemple, puisque le temps ne nous permet pas d'en dire davaulage. Nous n'avons rien de plus cher que la vie ; on la conserve pour l'ordinaire avec tous les soins possibles, et on ne la quitte qu'à regret. Mais l'amour de Dieu est fort

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ŒLVnES COMPLETES DE BOl DON.

rbmme la mvrt {CatU. viii, C); ceux qui le possèdent se dé[)ouilk>nt du monde eouitiiu d'un l)abit, sans douleur. C'est l;i disposition qur saint Jérôme demande du Chrétien; c'était celle qu'avait eue par excellence notre pieui défunt. Toute la ville, au bruit de sa maladie s'alarme ; on a retours aux prièr^'s ; on soupire dans la crainte de le perdre, tout le monde est dans la crainte, tout le monde est dans la douleur; mais enlin les médecins concluent à la mort par les signes qu'on donne de sa maladie; nouvelle qui saisit le eœur de ses amis d'une douleur inex|>lica- Lle, qui les fait fondre en larmes, qui les plonge dans des regrets que vous avez ressentis, Messieurs, mais qu'il m'est impossible d'exprimer. Il n'y a que notre malade qui s'y rend insensible. Chose élrang;e 1 vous diriez à considérer la douleur de tout le monde d'Êvreux, que tout le monde doive mourir, et il semble, si l'on regarde la joie de notre malade, qu'il n'y a que lui seul qui dqive échapper; c'est que tout le monde s'intéresse pour sa vie; c'est que sa vie ne lui est rien du tout : Si diligeretis me, disaitil en cet état, gauderetis iitique quia vado ad Patrem. «Si vous m'aimiez, vous essuieriez Vos larmes et vous seriez bien joyeux de )ne voir quitter leshommespour aller arec Dieu. « (/oa»i. XIV. 28.) A la nouvelle qu'on lui a[/porta de la mort, il pria plusieurs de messieurs les chanoines de lui aider à chanter un Te Deum, et il envoya aux i)auvres intirmes ses bons amis pour les prier de faire la même chose. Voilà, Messieurs , quelquesunes des vertus de ce grand homme dont l'éclat ayant éclairé tant de monde, nous avons eu sujet de dire : Quasi sol refulgens, sic ille efl'ulsit in templo Dei : qu'i/ a brille comme un soleil lumineux en l'Eglise de Lieu. {Eccli. l, 7.)

Il a donc été un soleil de jiurelé par l'innocence de sa vie, un soleil de lumière jiar le brillant de ses vertus. Il est encore un soleil ardent par les feux et les flammes de sa divine charité, qui s'est fait réHécliir, aussi bien que les rayons du soleil, à toute sorte de personnes, aux grands, aux petits, aux savants, aux ignorants, aux pauvres, aux riches, aux amis, aux ennemis, aux séculier?, aux ecclésiastiques, en sorte que nous pouvons bien dire de lui ces paroles du Psalraiste : Non est qui se abscondat a calore ejus. {PsuL s-YW,'.} Tout le monde s'est tiouvé embrasé des ardeurs de sa fervente charité. 11 s'est fait tout à tous dans le zèle qu'il avait de gagner les hommes à Jésus- Christ. Il avait soin des corps, il prenait .soin des âmes; il rendait de grandes assistances (jour le temps, il donnait des secours incroyables pour l'éternité; il n'omettait rien de ce qu'il [jouvait faire (lour le seivice du prochain, soit pour le temporel, soit pour le .spirituel. Il faisait même plus qu'il ne pouvait, si nous ne voulons pas dire (jue l'amour divin lui faisant tout faire, il [>ouvait tout, puisque l'aïuoiir sacré ne trouve rien d'irapossibli:. Saint Denys enseigne {Lib.de Dit. nom., cap. i), que la lumière sert à la nour-

riture des choses, à leur accroissement et à leur perfection. C'est ce (pie nous remarquons dans l'homme tout de lumière quia nourri tant de pauvres, fait élever tant d'enfants, payant ce iiui était nécessaire aux nourrices, cailiant autant qu'il pouvait par huuiilité ces choses; mais conmie c'est le profire de la lumière de se découvrir ellemême, il n'a [Hi faire que ses œuvres de charité n'aient été consiues de plusieurs. 11 logeait plusieurs familles en payant les loyers de leurs maisons; il assistait et consolait les prisonniers dans leurs cachots ; il ne fallait qu'être iiiiséiable pour être au non)bre de ses meilleurs amis, à ccndilion que ceux qui, parmi ces misérables étaient les plus malheureux, tiendraient toujours la première place dans son cœur. Ce serait une chose sui)erflue de vous parler des soins qu'il a pris pour l'établissement des pauvres l'enfermés; ce que vous en savez surpasse ce qu'on en pourrait dire. Je dirai seulement en un moi, qu'il leur adonné tout son bie», tout son tem|)S et sa vie ; il ùla même là tapisserie de sa chambre et ses tableaux pour leur donner, et non-seulement il retranchait ce qu'il avait de supeillu, mais il se refusait même le nécessaire. Il seuible que la miséricorde était née avec lui, ce ()u'il a fait voir en toute sorte d'occasions. On le vit la première fois qu'il oll'rit au Père éternel le sacrifice des grandes miséricordes de celui qui est la miséricorde même, traiter treize pauvres qu'il servit avec une charité non pareille. Ce riche de l'amour de Jésus-Christ ne pouvait souffrir qu'il y eût des pauvres dans le siècle ; il était semblable aux personnes dont i;arle saint Ambroise (serm. 9, De Unit, i'karit.), qui n'avaient pas peur de tomber dans la nécessité, lorsiju'elles ne craignaient rien davantage sinon que les autres n'y tombassent, donnant avec une libéralité assidue tout ce qu'elles avaient aux pauvres. lieuta plcbs, dii le Père que je viens de vous citer, quœ dum plurcs Label divites in Christo , nullum in sa-culo habuil indigentem; non eniin verebnntur ne aurirent ipsi , dum limebant ne alius esuriret. .Mais cet homme tout de lumière ne pouvait ignorer la différence des âmes et des corps; ainsi si nous l'avons vu si charitable dans les secours qu'il a donnés pour une vie qui passe sitôt, jugez ce qu'il fera pour celle qui ne finira jainais. Son zèle [)ûur le salut des ûmes était incroyable: il s'y em|)lo)ait volontiers avec l'Apôtre, et se surem[)loyait pour toutes les nécessités spirituelles, et Dieu l'ayant choisi pour le bien des âmes, il leur donnait une parfaite confiance à ses avis, et à lui toutes les qualités nécessaires pour dignement gouverner leurs consciences. 11 était doué d'un grand jugement, d'une mémoire heureuse et d'une vivacité d'esprit toute {)articulière; c'est ce i[ui le fit élire [)rieur de Sorbonne en son absence par la seule idée de ses mérites et des giaiuls talents qu'il possédait à un degré éminent. J'ai appris de la bouche d'un grand prélat (pj'il passait pour un (ies j'remiers île sa licence, et les plus anciens

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ELOGF FUNKHUK W. M. BKCCASSi:.

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(lootpiirs (le 1.1 maison de Sorhoniic, (li:iil il élJiit.dii nonibie, m'ont tt^moigné qu'ils f.iis;ii(Mit nne estiino tout extraordinaire do sa hante capaiitcS pailiinlièroniont de sa doctrine (|ni était anssi pure '|no sa vie. Le Dieu (Je toute liotué Tavant diîlivn^ [)ar une miséricorde toule spéciale du piège que le diable lui avait tendu en sa jeunesse pour le perdre également en sa doctrine et en ses uiœurs. Je le sais de lui-môme, et il me le disait avec élonnement, et des miséricordes de Dieu sur son âme, et des desseins du démon dans l'introduction de l'hérésie du jansénisme; car ce serviteur de Dieu, et ce savant docteur de Sorhonne m'assurait qu'étant encore fort jeune, une personne qui n'était pas plus âgée que lui, mais qui commençait déjà à vieillir par la corruption de ses mœurs, voulait lui persuakler de se servir d'un miroir enchanté, et en même temps lui suggérait dans ses pernicieux discours la doctrine des cinq propositions condamnées par Innocent X. Que Dieu est bon sur les âmes qui le recherchent avec humilité (le cœur! Ce serviteur de Dieu eut horreur, tout jeune qu'il était, de toutes ces choses, et il ne s'en souvenait que pour les délester, ne pouvant assez s'étonner de ce qu'en un temps, où l'on ne disjuitait pas la doctrine condamnée, un jeune homme y fût si bien instruit et une [lersonne qui avait commerce avec le démon. Mais c'est le propre de la lumière de dissiper les ténèbres, sans rien contracter de leur obscurité : El lux in tenebris tuccl, et lenebKce eam non comprchenderunt. {Joan. i, 5.) Il était donc un directeur savant, mais il était encore désintéressé. Il n'aimait pas la gloire ùe Dieu,|)arce qu'il en était l'instrument, mais .\ cause d'elle-même; iiourvu que son Maître fût glorifié, il était satisfait, et cet homme si l)umble devait être bien éloigné de la conduite de ces per.sonnes qui s'attachent les âmes, faisant si peu d'état de ses lumières, et ayant autant d'estime pour celles dos autres. J'ai admiré plusieurs fois la pureté de son âme en la conduite qu'il avait d'une personne qui ne laissait pas de temps en temps de prendre avis d'un autre quand l'occasion se présentait; car jamais il ne lui en a rien témoigné, et (juoiqu'il fût quelquefois un temps notable sans lui parler de sa conscience, se confessant à toute autre personne lorsqu'elle était en cette ville. La rencontrant même quand elle allait s'y confesser, il lui souriait avec une douceur chrétienne, et lorsqu'elle retournait à lui en l'absence de l'autre, il ne lui en disait pas un seul mot, il lui donnait ses avis avec autant de charité; et sur ce que quelques-uns lui disaient qu'elle avait un autre père spirituel tjue lui : Eh biénl disait-il doucement, il est bien juste qu'il y en ait plusieurs; toutes lesiuniières ne sont pas renfermées en une seule tête, li voyait qu'elle faisait de notables progrès dans les voies de la perfection , et il en était content. Cet homme, si dégagé de lui-même, si mort à tous ses intérêts, ne vivait i)lus; Jésus, son adorable Maître, vi-

vait en lui , il parlait |)nr sa bouche; c'est ce (pii rendait sa jiarole si ellicat^o. Il parlait commeayant puissance, et ses paroles étaient des paroles do vie qui opéraient des conversions miraculeuses dans les âmes. J'ai vu des (lersonnes plongées dans des crimes énormes, qui ont fait une salutaire pénitence par ses exhortations charitables, et les pécheurs les plus désespérés trouvaient du remède en sa conduite. Une personne, ayant été un temps lujtablo sans se confesser et communier pour quel(|ue dilfércnd qu'ellii avait, est [iressée par ce serviteur de Dieu do rentrer en elle-ii ô;iie et de n'avoir plus que des sentiments de charilé, comme l'Evangile nous l'ordonne. Mais comme c'est le pr.'qire de ce péché d'endurcir Te cteur, cll<! ne se laissa pas aller à ses avis. Elle demeura opiniâtre en son crime. Que fera cet homme de Dieu? il se prosterne h genoux, implore le secours du Dieu des miséricordes, et en un instant voilà ce cuour tout changé, il se lond et fait tout ce qu'il lui ordonne. S'il se trouve quelque personne qui persévère sans vouloir se réconcilier avec son prochain , s'opiniàtrant en son crime sans se vouloir rendre à des paroles si ellicaces, à des prières si puissantes, je tremble pour elle; elle a grand sujet de craindre; elle porte la marque de la réprobalion, puisque dans le sentiment de saint Augustin : DUcctio sola discernit inter fdios Dei et filios dinboli : « La seul ctnour du prochain fait le discernement des enfants de Dieu, d'avec les enfants du démon. » La pensée de ce péché me donne la liberté d'assurer hautement que notre bienheureux chanoine était véritablement enfant de Dieu, puisqu'il disait qu'il ne s'était jamais couché avec le moindre sentiment contre la charilé. C'était l'ange de pais dans les f;:milles, établissant l'union partout; les pécheurs donc trouvaient leur salut sous sa conduilû, et les (dus affligés leur consolation. IJWQ femme très-désolée dans la f)eur qu'elle avait que son mari ne mourût, ayant appris qu'il était exlrôineiuent malaiJe à la caiiqiagne, alla le trouver pour le recommander à ses prières, et dans le (Jesseia qu'elle avait de partir au plus t(^t pour aller voir son mari: N'y allez point, lui dit-il, après l'avoir consolée, dans deux jours vous le verrez en meilleure santé, ce qui arriva. Une autre s'affligeait de ce que n'ayant point d'enfants, cela fichait son mari ; il la console, lui promet qu'elle en aura bientôt. L'effet lit voir la vérité de ses promesses, car l'année ne se passa pas sans l'accomplissement de SOS désirs, ayant eu un enfant, ce qu'elle attribua aux prières de notre uieux défunt.

Dieu promet à son peuple par le prophète Malacîiie qu'il lui donnera un soleil dont les rayons porteront le salut partout : El sanitas in pennis ejus. {Malach. iv, 2.) Je sais que ces paroles se doivent entendre de notre divin Sauveur; mais comme nous l'avons déjà dit dès le commencement de ce discours, l'on peut appliquer à ses serviteurs aveiî quelque rapport ce qui est dit du Maître :

URUVRES COMPLETES DE l>OL"D(rS.

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Et saniUis in pennis ejus. TuiU le monde trouvait i!i'S roinèvies a sos iiui'ii dans le le rayon salulaire de la ciiaiiié anlenle de oe solei'l iiiyslique. Mais ne lemai'iiiez-voiis jias que les rayons de ce soleil sonl appelés des aiks; c'est (lour nous en sij;nifier la vitesse, la promptitude. L'amour donne des ailes à ces justes qui brillent comme des soleils en l'Elysée de Dieu. l'IumUjera est charilas, dit un ancien abljé. (Ulu.bert.) Autsi les Septante lisent au clia[). viii des Cantiques, où il est parlé de la charité : Ata ejus , ala ignis : « Que la charité a des ailes et des ailes toutes de feu. Nous l'avons bien vu en notre di^ne chanoine ijuc la ferveur du saint amour rendait jirésent à toutes les nécessités du prochain. L'on s'étonnait de ce qu'une seule personne pouvait faire tant de choses , être en tant du lieux , assister tant de misérables. C'est que la charité lui donnait des ailes pour voler au secours de tous les nécessiteux, ce qu'il faisait avec tant de promptitude qu'on le trouvait toujours prêt', la nuit aussi bien que le jour, protestant qu'il n'abandonnerait jamais personne, et qu'il servirait tout le monde jusqu'au dernier soupir de sa vie. Mais la charité paraissait particulièrement dans le service qu'il rendait aux malades, les assistant de si bonne grâce et avec tant de douceur, qu'une personne m'a dit qu'il faisait envie d'être malade pour jouir des consolations que l'on recevait d'un si bon père. Enlin, partout où le s ilcil verse son intluence, il y fait des merveilles, il sème la surlace de la terre de ileurs, il j)roauit dans ses entrailles l'or et l'argent, dans les eaux Ks pierres précieuses, dans ks parties épaisses des cieux des étoiles; do môme, notre juste, semblable au soleil , a fait de grandes choses l)Our la gloire de son Maître, en tous les iieux qui ont eu le bonheur de recevoir ses saints avis. Feu madame la duchesse do Bouillon avait en lui une contiance tonte particulière pour son intérieur, et elle l'avait choisi pour être son conseil, connaissant les secours que l'on tirait de ce grand liCHume. 11 avait soin des mères Ursulmes de cette ville, et il faudrait les entendre pour savoir les grandes grûces qu'elles ont reçues soussaconduite.il voyait quelquifuis les religieuses de Louviersavec iant de bénédiction, que l'on peut dire qu'il était à leur égard, vir desideriuium (Dan. w /^'■i; x, 11, 19], l'homme des désirs de leurs cœurs; c'estqu'elles trouvaient en ses maximes tout évangéliques l'esprit de Dieu qui régne en une grande pudeur en ce monastère. C'est le témoignage ipie ma conscience m'oblige de fendre à la vérité que j'ai reconnue. Il por- ■ tait tant de grâces en ses paroles, eu sa conversation, en ses sermons, que les lieux où il ne faisait ([ue [tasser se trouvaient remplis des miséricordes de Dieu. C'est ce que nous avons vu en faisant nos visites. Les ecclésiastiques, les séculiers, les savants, les Ignorants, tes gentilshommes, les personues de justice, les marchands, les artisans se rauK^eaieut tous sous sa conduite, oq le ve-

nait chercher de nos cauipagnes pour prendre ses avis, les pasteurs pour le gouvernement de leurs peuples, les personnes do condition pour le bien de leurs sujets, et il semblait à chacun que la morljcpii naturellement donne tant d'horreur, devenait douce lorsqu'on l'avait auprès de soi en ce passage redoutable. Non esc qui se absiundut a colore ejus. IPsal. xviii, 7.) Tous les cœurs do ceux qui rapprochaient se sentaient embrasés des feux el des Ilammes de son ardente chai i lé.

Mais ce géant s[iirituel uiarclianC h grands pas dans les voies de la jierfection ne lardera guère <*i ari'iver à sa tin. L'xsallaiit utgigasad currendam viam. {lbid.,G.) Cet houmie de l'.'.mière aussi bien (jue le soleil achèvera bientôt s;t course, etc'est vrai : 5 peine avonsnous eu le loisir de penser que nous étions heuicux en la possession d'un si rare tiésor, la mort nous l'ayant enlevé à l'année 37' do son âge, cet homme ijui ne devait jamais mourir, ou au moins qui méritait de vivre plus d'un siècle. Mais la mort enlève les saints aussi bien que les pécheurs ; il n'y a point de réiOmpenses sur la terre proportionnées à la grandeur de leurs mérites. Mais, Messieurs, combien d'espérances [terdues en une mort si préi.oce ! n'a-t-elle pas enlevé une inliiiité de merveilles que l'on pouvait attendre légitimement de la suite d'une si belle vie ; pour ju^^er de l'avenir il ne faut considérer que le pa.ssé. Jugez par tant de belles actions qu'il a faites de ce qu'il aurait fait, si une plus longue vie lui eût permis de demeurer plus longtemps avec nwus.

Mais il est mort l'homme de Dieu , comme un autre Moï-c, dans le baiser du Seigneur, [lar la parfaite union de sa volonté avec cello de Dieu. Il est mort en |)rédestiné, se mettant sous la )irotection de la très-sainti! \'ierge l'aimable mère de tous les élus, cl c'est ce (ju'il déclarait en son testament. H est mort de la moit des saints, ayant toujours vécu de la vie des justes. Mais à la nouvelle d'une telle mort que de cœurs ailligés, que d'esprits dont l'excès do la douleur causait un silence profond ; l'on ne pouvait parler, parce que l'on avait de lro|i grandes choses à dire. Il semblait que tout fût perdu en le perdant. Ceux mêmes qui iiassaient pour lors par notre ville [lubliaienl à Paris comme une merveille le deuil de la ville d'Evieux. Comme il semble ([ue toute la nature languit quand le soleil s'est éclipsé, alors que la nuits'est introduite au milieu du jour, il semblait aussi [lour lors que notre ville était dans le môme étal à la privation de son astre. Cejiendant comme le so'eil en son éclipse attire tous les yeux, e; on le regarde avec plus d'élonnement que dans l'éclat de son midi, aus>i tout le monde pensa plus que jamais à notre cher défunt. Il se lit un concours extraordinaire de peuple de toute sorte de conditions Ji ses funérailles, eu sorte que les petits enfants des [jauvres infirmes ayant voulu ch:interun tibcra pour leur bon |jeie, furent un temps inlinimenl long pour pouvoir approcher de sou tombeau. Tout le

Uâa ELOGE FUiNKBllE DE M. IJECC.VSSE.

iiioiiile l'uiiiJait en larmes , parcu (juc tout le Bioiiile avait sujet un \>\l'[ivim'! Sunrainor-

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Bioiiile avait sujet o(3 l'ieuror .' >i//) tuuin jjlora,defiiit enim litxcjas. (/;'<(/(. x\ii , 10.) Tuas laisoii, viUo (l'Kvieux,de ic|iaiuJre des larmes; l'astre qui l'édairait s'est éclipsé, la colonne (jui t'uppiiyail est renversée. Mais si le Saint-Esprit nous ordonne de pleurer sa moit selon son mérite : l'ac luctuntserunditm merilum ejiis ( Kccli. xxxviu, 18), tes larmes seront inlarris^aliles el ta douleur continuelle. Je te demande où est cet liomme i|ui t'msti-uisait de ses conseils , (|ui le secourait de ses aumônes, fjni t'éidairait par ses vertus? Mes yeux le clierclient en cette éj^liso où il élait si reelierdié. Je regarde ce confessionnal assiégé de tous côlés de tant de personnes; mai» hélas je ne le vois plus. 11 est mort l'homme du sacerdoce, l'appui de l'état ecclé->ia>ti(]iie, la gUiire du diocèse d'Evreux qu'il assistait si chrétiennement par ses sages avis, Monseigneur no- Ire prélat y prenant tant de conliance , et l'ayant mis de son conseil. Soyons donc alUigés si nous ne sommes insensibles. 11 est mort l'asile des |iécheurs , ouvrons la porte .'i nos larmes ; il est mort la lumière des cimes vertueuses, donnons la liberté à nos soupirs; [ileuiez, vieiges , votre digne jirolecteur est mort. Pleurez aussi personnes mariées, celui qui vous assistait si charitablement n'est plus' en vie. Il est mort, la consolation des malheureux , le secours de tous les nécessiteux; pleurez pauvres et jileurons tous enseuible , puisqu'en vous annonçant sa mort, je vxjus déclare pour orphelins. Pleurons avec cette savante Sorbonne dont les plus anciens docteurs lui ont donné leurs laimes. Pleuronsavec Paris qui a regretlé la perte d'un si grand homme. Pleuions avec llouen qui a soupiré sur sa mort ; Supra moituum plora, defecil enim lux ejiis. { t'ccli. xs.li , 10.)

.Mais aiirès avoir donné des témoignages de notre juste douleur pour la perte que nous avons l'aite, la joie doit avoir sa place en nos cœurs , puisque si nous perdons un homme sur terre , nous acquérons un honnne ou ciel. Le soleil en son éclipse ne perd jias véritablement sa lumière, elle n'est que cachée à nos yeux , disons de même que cet astre de noire Eglise n'est ])as éteint dans le tombeau, mais emporté au ciel , avec lui tousses rayons. Saint Zenon disait (Serin, de Piischa. ), qu'il semblait que le soleil s'en allait sans crainte au tombeau, parce qu'il y trouvait la vie. Mais nous pouvons bien assurer que notre juste se produit en mourant, qu'il a trouvé la victoire en la mort. Comme donc nous avons i)leuré sa mort, réjouissons-nous de son triomjjhe , et souvenons-nous que sa charité vit encore. J'ai vu des personnes ([ui m'ont dit en avoir ressenti les etl'ets pour le bien de leurs âmes. Passons sous silence les secours merveilleux que l'on en a reçus pour la santé du corps , comme d'une personne malade pensant le voir auprès d'elle, se trouva le matin guérie, ielon le témoignage que sa lettre m'a rendu. Je m'arrête aux obligations que vous avez do

l'imiter. Apprenez de l'amour qu'il a eu pour l'Eglise, du respect qu'il a conservé inviolablement jus(|u'au dernier soupir de sa vie pour le Saiut-Siége apostoli(|ue, à vous soumettre toujours avec sincérité, tant do ciL'ur (]u<J de bouche, h ses luis et à ses ordres; que la charité qu'il a eue pour les pauvres vous anime l\ les assister en tous leurs besoins. Quo sa pauvreté vous [)orte à un saint mépris des biens de ce monde; ces grandes inclinations qu'il avait pour la pureté, à l'horreur du vice contraire. Ayons toujours devant les yeux cet homme c!:arilable , qui ne s'élant jamais couché avec la moindre indisposition contre le prochain , s'élèvera contre nous au redoutable jugement de Dieu, si nous conservons dans nos cœurs la nioiiulre inimitié. Defanctvs adhuc br^uitur. [llvhr. xi, '» ) Ce mort parle encore, nous ensei.^nant par les exemples qu'il nous, a donnés les maximes de l'Evangile et les voies assurées du ciel. Quasi sol rrfulfjens , sic nie effulsit in lempfo Dei ( Fccli. l ,7.] 11 a brillé comme un soleil à nos yeux, répandant [lariout ses lumières et ses ardeurs; 110 disons donc pas , si nous nous égarons, dans les voies du salut : Erravinius a vin verilalis, itjtistitiœ lumen non ilUixit nobis, el sol inlclliyenliœ non est ortus nobis. [Sap. V , 6.) Nous serons inexcusables après tant de lumières et de divines clartés. Nous, sommes obligés d'en faire un fidèle usage le reste de notre vie, et non-seulement aujourd'hui ou pendant (]ueliiues jours Je peur que notre maître ne nous fasse le même repiocho qu'il a fait autrefois aux Juifs, leur parlant de saint Jean : Vos autem voluistj.i ad hurani exsultare in lace ejus. [Joan. v, 35.) Oiie savons-nous , .Messieuis , si le peu do prolit que nous avons fait des avis, des sermons, des conseils, des exemples de ce grand homaie de Dieu, n'a point oldigé le divin maître à le retirer d'avec nous , car une personne (jui était encore ù la Heur de son Age , si remplie de la science des saints, dans un si haut degré d'estime , pouvait , me semble avancer incroyablement l'honneur de Dieu et le salut du i)roclu">i'i. Adorons donc la conduite de Dieu sur nous; humilions nos âmes sous les ordres du sa puissante main, faisons pénitence de nos fautes , mourons au péché, à la nature , auparavant que de mourir; c'est cette mort spirituelle qui a obtenu tant de grâces, tant de dons , et tant de vertus h notre digne chanoine qu'il en mérite des louanges éternelles, et je puis bienfmiren disant ce que disait autrefois l'illustre prélat de Nazianze d'un grand saint; Virgines etim laudenl, conjuyes ut modcratorcm, simpliccs ut deduclorem, dediti speculationi lU theologum, pauperes ut largilorem, divites ut dispensatorem, œgrotantesutmedicum,saniulialeludiniscustodem, omnes denique euni qui a omnibus omnia faclus est ut omnes lucrifacerel.» (/ Cor. ix, ii et seq.) Que les vierges le louentcomnie leur conducteur, les époux comme celui qui réglait l'ordre dans leur faii.ilie, les simples coiume leur guide, les savants com-

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me lour docteur, les pauvres comme leur bienfaiteur, les riches connue un sage économe, les malades comme leur médecin, les sains comme leur conservateur, enfin que toute sorte de personnes dotuicni des louanges h celui qui s'est fait tout à tous pour t s gagner tous à Jc'sus Christ qui seul mérite uniquement de régner dans le temps et dans l'éternité. Ainsi soit-il.

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