SLR SAINT JOSEPH ET I.A VIE CACHÉE
Viia veslra abscondiu est cum Cliristo in Deo. ( Col. 111,3.) Voire vie est cachée arec J.estis dons Pier».
En co temps où la bienheureuse Eglise notre bonne mère ne parle d'autre chose que de l'amour miraculeux d'un Dieu envers sa créalure, en ce temps où non contente do plusieurs jours ou d'une octave, elle destine plusieurs semaines pour im[Tiuier fortement dans l'esprit de ses enfants rcsclavai5e d'amour où le Tout-Puissant s'est réduit, emjjorté par les excès incroyables de ses amoureuses bontés envers biS hommes : en ce temps où je vois l'amour qui, triomphant d'un Dieu, va lui cherchant jusqu'à la dernière goutte de son sang pour la prodiguer par une libéralité inouïe en ma faveur; en ce temps où le Souverain du ciel et de la terre, dont les bonlés infiniment ravissantes feront à jamais les délices des bienheureux ;où celui qui est la grandeur même, devant qui les séraphins voilent leur face de respect, tout passionné pour le néant, sacrifie la plus belle des vies à sa considération; où l'amour, faisant un effort qui surpasse toute pensée, et qui a jeté l'étonneraent dans l'empirée et fait pâmer d'étonneme4U les chérubins, en ôtant la vie à un Dieu qui la donne sans résistance et même avec profusion pour nous donner la vie, pour faire revivre un ver de terre, pour le rétablissement d'un peu de poussière et de cendre dissipée par le péché, mon esprit ne peut concevoir d'autres pensées, ni ma langue former d'autres paroles que tout ce qu'un amour qui se porte saintement dans l'excès peut suggérer. Jésus est mon prisonnier d'amour 1 l'amour qu'un Dieu a pour moi le rend mon esclave ! Mais cet amour va jusque dans un excès qui lui fait endurer cinq mille coups de fouet et découvrir sa chair virginale jusqu'aux os, tout cela pour dos infâmes, pour ses enne mis jurés, pour des esclaves du péché, du démon et de l'enfer 1 Tout cela pour nous qui étions ces infimes assujet'is au diable, au péché et à l'enfer. C'est' pour nous que Dieu se rend captif de l'amour (pii le va menant en triom|ihe par les rues d'une grande ville à la vue de tout le monde, et l'attache
à un poteau infâme et le [>end à un giJiel En voilà trop |)0ur des âmes chrétiennes
chose, l'oraaiu roraison.
paraissant èlre à la fui de sa pé-
EXHORTATION SUR SAINT JOSEl'IL
l'amour n'a rpie faire de tant do paroles. S'il parle, c'est dans le silence, et jamais l'amour ([ni aime ne crie si liant an\ oreilles de son divin amnnl ([uc; qnanil son amour lui ferme la liouche et la lient si serrée qu'il ne lui reste plus rien à dire, sinon qu'il ne peut rien dire du tout. Aussi est-il vrai que ce ne sont |ias les raisonnements qui l'ont si amoureusement soupirer les amantes de Jésus. En les choses du divin amour, on s'y rend maître en ne disant mot. Si le céleste amant dit ( Cunl. iv, 2) à son amante qu'elle lui a ravi le cœur en un seul de ses regards, sans aucune parole, son amante sait que son divin époux a emporté toutes ses affections d'une façon encore bien plus secrète. O chères épouses de l'amour crucilié, vos âmes ne doivent [loint chercher d'autres persuasions pour être toutes à lui, que celles que la vue de cet ohjet divin peut vous donner dans le silence et dans le secret. Et il n'y a point d'éloquence comparable à celle de ses amoureuses plaies dans leur langage muet. Je mets donc devant les yeux de votre esprit l'amour de vos âmes crucilié, afin que vous appreniez à aimer de la belle façon à ses pieds, et que vous soyez toutes comme d'autres Madeleines des amantes de Jésus. Il serait ensuite à souhaiter que tous ensemble nous abandonnant au pur amour, on n'entendit plus ici d'autres voix que celle que Jésus seul entend, qu'on ne parlât plus que le langage muet des cœurs, et que cette jietite conférence que je vous fais par le moyen de mes paroles frtt changée en une conférence de soupirs que l'amour tirerait d'un chacun de nos cœurs. Mais puisqu'iV y a un temps de se taire et un temps de parler, comme nous l'assure le Saint-Esprit [Eccle. 111,7), et que la providence toujours toute sainte et toute aimable de notre Dieu nous donne ces momenis-ci pour nous entretenir, épluchons un peu nos cœurs, laissons-en sortir au dehors ce que leur amour leur suggère. Ce sera sans ôler la vue de dessus notre divin amant, afin que ce soit lui seul qui nous instruise : \ila restra abscondita est cuin Chrislo in Deo ; « Votre vie est cachée avec Jcsus en Dieu. » Eh bien 1 si dans ce moment - ci notre amour se produit au dehors par quelques paroles, comme je suis ici pour vous dire librement les sentiments que le mien me donne, les voilà, selon l'instruction que le grand Apôtre nous a faite : IVofre vie doit être cachée avec Jésus en Dieu. Oui, aujourd'hui il faut que vos âmes produisent toutes les plus belles saillies dont un amour généreux est capable ; qu'on ne me parle point qu'on ne voudrait pas faire de péché mortel; cela est très-saint, je l'avoue, mais si l'on en demeure là, voila qui m'est insupportable. Eh bien donc je ne voudrais pas faire aucun péché véniel quand je devrais périr; voilà qui va bien, mais mon amour n'est pas encore satisfait. Je veux une perle absolue de l'âme avec Jésus en Dieu seul. Je voudrais bien qu'on ne me parlât plus que de transformation et d'édifivation. Ohl si nous nous pou-
vions perdre sans retour uans Dieu avec Jésus 1 C'est pourtant ce que l'état du christianisme où nous sommes demande lie nous c'est h quoi l'Apôtre invite tous les Chrétiens par les paroles qu'il vient de vous dire, et c'est ce que l'amour d'un Dieu exige de vous si baulement et avec une force si puissante que, ou bien il nous fait renoncer à être, ou bien il faut nous transformer en Jésus. Je vois bien que c'est le propre de l'amour d'unir et de faire passer la personne qui aime dans l'objet aimé ; je vois bien en mCme temps que Dieu aime sa créature, que le grand Dieu, dès l'éternité, est passionné pour un peu de boue, [misqueje sais qu'il s'est uni à sa nature, qu'il est devenu misérable comme ce malheureux qui est le sujet. O Dieu 1 que cela est étonnant, de ses amours infinis! Je regarde ensuite l'homme et je dis : que peut moins exiger ce nrécieux amour d'un Dieu dans lui, que de le transformer en lui ? 11 faut donc que l'homme soit caché en Dieu, et en quelque état de grâce qu'il soit, jusqu'à ce qu'il soit arrivé là, ohl qu'il est vrai qu'il fait pitié aux anges qui aiment de la belle façon, et qu'il est juste qu'il rougisse en présence de ces belles et non jamais assez aimées intelligences qui le gardent, et de tout le paradis I Au reste, jugeons comme nous devons être cachés en Dieu, puisque c'est avec Jésus qu'il faut être caché. J'ai beau regarder l'adorable Jésus, toutes les fois que je le regarde, je ne vois que Dieu en lui. C'est là l'école oiî nous devons apprendre à nous cacher de telle sorte que nous soyons d'autres Jésus, et que, ne vivant point d'autre vie que de la sienne, il n'y ait que Dieu seul uniquement dans tout ce que nous sommes. C'est là où doivent aboutir tous les desseins d'une âme chrétienne, que se doivent terminer tous ses désirs, et ce doit être l'unique but de toutes nos prétentions. Que pensons-nous que demandent de nous les excès inconcevables de l'amour qui tient un Dieu captif à notre considération, qui le tient pendu sur une croix, et qui lui ôte la vie ? toute autre chose que ce que la plupart du monde s'imagine par une erreur qui vient de ce que l'on aime bien peu. On croit satisfaire à cet amour en lui donnant quelques larmes à la vue de ses souffrances, que bien souvent la faiblesse de la nature produit plutôt que la force do la grâce; on croit beaucoup l'honorer si l'on pense à ses douleurs, si on lit les livres qui en traitent, si l'on récite les heures de la croix, ou si l'on est dans quelques pratiques semlilables de dévotion. Tout cela est très-bien, très-louable et très-saint; mais ce n'est pas là le secret de l'amour, ce n'est pas là qu'il prend ses délices et qu'il rassasie ses désirs; après ces choses nous sommes encore bien plus éloignés de ses destinées que ne l'est le ciel de la terre; il reste encore tout ce qui le peut contenter uniquement, une heureuse transformation dans celui qui s'est Iransl'ormé en nous. Que la poudre, que la cendre, que la pourriture quitte en elle ce qui n"est que vilenie et que
œtVUES COMILEIES DE L'OIDO>.
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corriipliuii, pour se radier avec Jésus-Christ en Dieu, cet Etre intlni et la grandeur même, qui s'rst caché par un amour prodigieux, lui et toute sa gloire, dans la bassesse et le néant de cette pourriture, de ce peu de poussière, en un mot de la créature.
Faisons tout ce que nous pourrons, mais c'est ce que ce sang de l'amour cruciliéd'un jiris inestimable, répamiu pour nous, crie et demande de tous eûtes aux âmes dos Chrétiens : \ itavestra abscondila est cum Christoin J)eo,« Voire vieesC cachée arec Jésus en Dieu, n Tout ce qu'il y a de plus saint dans le ciel, tout ce qu'il y a de plus grand dans l'empyrée, tout ce qu'il y a de plus beau dans le paradis, tout ce qu'il y a de plus éminenl dans la gloire , tout ce qu'il y a de plus relevé, de plus glorieux, de plus charmant, de plus éclatant, de plus aimable et de plus admirable dans la belle éternité , est tout ce qu'il y a de plus caché avec Jésus-Christ en Dieu, .en telle sorte que c'est une vérité indubitable que ceux-là sont les plus grands saints en l'autre vie, qui sont les plus cachés avec Jésus-Christ en Dieu, et dans le ciel ceux-là sont les plus cachés en Dieu avec Jésus, qui l'ont été davantage pendant qu'ils vivaient ici-bas sur la terre. Mon divin amour, votre amour m'étonne dans sa grandeur qui médite universellement la conquête de tous les cœurs, et qui vous doit acquérir autant d'amants qu'il y a de personnes qui vivent au monde. Mais qui sont ces belles âmes qui vous aiment avec le plus de fidélité? ce sont sans doute celles qui sont plus cachées dedans votre sacrée personne. C'est aujourd'liui l'éloge que je veux donner au glorieux saint Josefih, le plus grand des saints après sa virginale épouse, l'admirable Marie, parce qu'ai)rès elle, il a été le plus caché avec Jésus dans Dieu. Que l'on dise qu'il est le père putatif de l'adoraljle Jésus ; il est vrai que l'on soutienne qu'il est le chaste époux de la très-sainte Mère de Dieu, je l'avoue: mais si saint Augustin a bien dit que la glorieuse Vierge a été plus heureuse d'avoir conçu Jésus dans son cœur, que de l'avoir porté dans ses chastes entrailles, je puis avancer avec raison, que cette qualité de père putalit de Jésus, aurait servi de peu au glorieux saint Joseph, si sa vie n'avait été cachée en celle de Jésus son Dieu. C'est un des plus beaux effeis de la sainte passion de notre divin maître, que cette vie cachée de saint Joseph, quoique arrivée auparavant jour ce qui regarde le temps; c'est un des plus beaux fruits que l'amour d'un Dieu anéanti ait produit, et un ■les plus beaux exemples que le ciel fournisse à notre amour. Nous avons dit qu'ajirès la vue de ce spectacle épouvantable l'amour crucifié, il fallait renoncer à être ou devenir tout amour, tout de feu et de flamme pour cet amant des hommes, et jiour ce fait qu'il se fallait perdre de telle sorte dans l'abime de son amour iju'on ne parût jamais plus, mais qu'on y ilcmeunU toujours caché. Ce sont des véritésque la sainte Eglise nous inspire ['lus fi^rtemenl eu ce !-aint
temps que jamais, et c'est par une rencontre do la Providence, sans laquelle rien ne se dit, ni se pense, ni arrive, que la fête do l'aimable saint Joseph, est arrivée cetto année en ce temps de |irodiges de l'amour d'un Dieu envers les hommes , pour nous montrer ces vérités i>ratiques. La vie de saint Joso|)h n'étant autre chose que la pratique de cette vérité cpie le Saint- Espril demande de nous, pour correspondre en quelque façon, aux infinis amours de notre Dieu envers nos âmes. Dieu pressé de son amour, sacrifie sa vie, pour qui? pour de malheureuses et infâmes créatures que nous sommes, cela se peut-il concevoir? mais encore si les âmes se portaient généreusement à l'amour de ce Dieu tout lion, après des témoignages d'un amour si pressant I Uegardons saint Josc[)h, un des plus illustres dans celte école du divin amour, afin que nous apprenions île lui à aimer comme il faut. Jo remari]ue que l'amour est loujouis solitaire ; ceux qui sontemportés de celte passion, clierchenl les lieux retirés jiour entretenir plus à l'aise leurs fiensées et donner plus de tem|)S à leur imagination toujours pleine de l'idée de la personne qu'ils aiment. Mais quand l'amour est grand il va jusque-là (jue toutes compagnies sont insu|)pùrtables. Les choses que nous apercevons dans l'amour profane se rencontrent encore bien davan'lago flans l'amour sacré; toute compagnie lui devient odieuse, toutes ijensées même insu|)|)orlables ; elle ne peut voir, ni aimer, ni parler que de son Dieu et à son Dieu. De là vient qu'entre les saints, ci'ux.qui ont le plus aimé, ce sont ceux qui ont été plus solitaires, j'entends par là de la solitude intérieure, mais très-souvent la solitude extérieure même y a été jointe. Nous avons aujourd'hui tout sujet de reuiarcjuer celte vérité dans noire grand saint Joseph, dont la vie n'a été qu'une perpétuelle solitude. ^'oulez- vous que je vous en dise le commen- (ciucnl, le milieu et la lin? Voulez-vous ipio je vous récite les belles actions de ce glorieux saint? voulez-vous que je vous raconte ses excessifs amours envers Jésus ? voilà tout dans le peu de paroles que je vous ai répétées déjà plusieurs fois : Vila ejus fuit abscondila cum Chrislo in Deo : « Sa vie a été cachée avec Jésus en Dieu. « Voilà toute la vie de saint Joseph ; voilà toutes ses grandeurs, voilà tousses mérites; c'est là sa vie véritable, c'est en cela que Dieu le propose à toute son Eglise pour l'imiter, et c'est en ce sujet que notre amour doit prendre de saintes instructions de ce grand patriarche et père des âmes qui aiment Jésus. Il faut (}ue je vous avoue qu» je me plais à parler de la solitude dans la vue que j'ai de l'auujur que je dois porter à mon Dieu, que je sais bien que je n'aimerai jamais comme il faut, et comme ses bontés toutes ravissantes le méritent, jusqu'à ce que, séjiaré de toutes créatures d'all'ection, et demeurant dans un désert si éloigné que jamais créature n'y entre, il n'y ait (pie Dieu seul, et que caché avec 'ésusen Pieu je cesse
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