‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 411 sur 436 · EXHORTATION SUR LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

EXHORTATION SUR LA SAINTE VIERGE

((110 les Israt'liles ne |Miiiv<iienl leroirardei ; lit' iiiênie .-iaiiii Jose|ili par liicoiilinueMc [)résenco de Jùsus el tle Marie recevait tant de rovoiis et dV'clals de luiiiièredu Sdiiil-lisprit, et de si j^raiids emlirasseiiients daiiUMir en son dm e i)ii"il ne |iouvait plus vivre ni |)i)nverscr avec les hommes en terre ; il ne pouvait plus rien voir et encore moins aimer de toutes les choses créées , et c'était de ce même principe qu'il était une perpétuelle abstraction des choses créées. Il ne pouvait pas parler parce qu'il était entièrement recueilli avec Jésus; il était toujours en la présence de Dieu, et c'est ce qui le séparait des créatures; et dans cette solitude intérieure il a passé de toutes les vertus dans un degré qui suriasse toute ima,.;inalion. Son respect pour Dieu a été le plus grand qui ait jamais été après celui de la très-sainte Vierge, cju'il faut toujours excepter en toutes choses. Il était toujours dans une humilité profonde et ahîmale devant la souveraine majesté, dans un continuel étal d'adoration. Sa foi est une chose si admirable qu'elle mériterait toutes les années de notre vie pour l'admirer; cela se peut aisément découvrir en considérant de près toute sa vie. Mais en général, n'est-ce pas une chose admirahlo de voir sa foi constanie et ferme pour un Dieu où il ne voyait que des faiblesses, avec qui il était familier et qu'il fallait qu'il nourrit aii\ dépens de son travail ? Sa résignation est merveilleuse dans tous les incidents que la Prividence lui a donnés, et il était tellement uni à Iq \olonté de Dieu que notre dame, notre bonne maîtresse, a révélé à sainte Brigitte qu'il disait toujours : « Je ae souhaité rien que de voir la volonté de Dieu accomplie. Son espérance est incroyable iiarmi les diflicultés qui la pouvaient ébranler ; sa pureté au-dessus de celle des anges, puisqu'on lui avait donné celle de la reine des anges et des hommes à garder et en qualité de son épouse. Son humilité |irodigieuse, ne se glorifiant ni ne s'estimant en aucune façon pour voir un Dieu soumis 5 ses ordres ; et même ce qui est bien à remarquer, n'en disant mot à personne; son amour ravissant et qui lui est tout particulier et qui ne peut être communiqué à aucun saint ; la raison (le cela est qu'aucun saint ne peut regarder Jésus comme son tils, en étant le père |)Utatif. Cet amour lui était bien facile, et ce qui aveugle les autres faisait en lui la haute sainteté qui est l'amour des pères envers leurs enfants; il aimait son épouse, il aimait le fils de son épouse, et c'est ce qui le faisait le jilus grand des saints, et c'est ce qui le met dans sa solitude intérieure si séparé de tout le reste des créatures qu'aucune n'y peut avoir de part ; car comme en la solitude de Jésus personne n'y entre, à cause des charmes ineffables qui suivent de l'union personnelle, non plus dans celle de la sainte Vierge, à cause de sa maternité divine, de même celle de saint Joseph est incommunicable à cause des qualités de père de Jésus et d'époux de la très-pure Marie : 0 vie ineffable el ca-

chée en Jésus ! Joseph possédait Jésus et était possédé de Jésus. Noilà ce que la passion de notre clier mailre a produit, voilà un de ses (ilus beaux fruits.

y. EXHOUIATION.

SIH LA SAISTE VIERCE.

Il n'y arien, dit le dévot saint Bern.ird, qui me ravisse tant le cœur, n.i rien qui m'épouvante davantage, que de parler de la précieuse et très-digne Mère de Dieu. Et de vrai : ses merveilleuses bontés d'une part, ses divines et ravissantes beautés, sa douceur vraiment incomparable donnent de l'amour et ensuite des joies innocentes et une parfaite satisfaction aux esprits; d'autre côté les prodiges, les merveilles et les miracles de grdce et de gloire que le Dieu de toute grandeur a opérés dans cette illustre et admirable princesse, donnent aux <lmes une crainte respectueuse. Si ses bontés ravissent les cœurs, ses grandeurs les étonnent : Alliai- cœlo esC de gua loqui nitimiir, abyiso profondior cui laudes dicere conamur. Les cieux ne sont pas si élevés, ni l'abîme si profond, comme cette admirable Vierge dont nous tâchons de parler. Si son cœur est un abîme de grâce, qui le pourra souder ? Si ce cœur est le Cubinel de la suradorable Trinité, qui osera y entrer"? Si c'est un jiaradis de délices, qui le |)0urra comprendre? Si c'est un ciel de gloire, qui le pourra envisager? Si c'est la vive image du cœur auguste de Jésus, qui le pourra rejirésenter ? Si c'est , comme parle saint Jean Chrysostome, un abîme de mys;ères, qui l'entendra? Ce cœur est la maison de la sagesse, l'oratoire du Saint-Esprit; ce cœur est un mystère qui n'a point encore été découvert; c'est un secret aux âmes les plus éclairées, et qui n'est connu que de Dieu seul. Mais il faut aujourd'hui que le respect cède à l'alfeciion. Il laut au luoins, dit saint lldefonse, son dévot chapelain, que nos cœurs se consument d'amouF, si nos esprits et nos langues se trouvent trop faibles pour lui donner des louanges que sa grandeur mérite. Après avoir donc rendu ces témoignages à la grandeur de ce cœur incompalable que la vérité exige de nous, abandonnons-nous à l'amour, el si nous parlons mal, je veux dire, si nos discours sont Irès-éloignés du mérite de leur sujet, au moins aimons véritablement. Que ce discours donc soit. un discours d'amour, et au commencement, el au milieu et à la fin, et si ma langue est peu éloquente, je veux bien que l'on blâme ma trivialilé; mais après tout, les fautes que le pur amour fait faire sont assez pardonnables, si je ne sais pas si bie i dire, je veux beaucoup aimer : Conslitulus sum rex ab eo : '< Il m'a fait roi. » (Psal. ii, o.; Le très-digne et très-pieux cœur de la glorieuse, très-auguste, très-aimable et admirable Marie est un cœur véritablement royal ; el sans aucune exagération et demeurant dans la pure vérité, il mérite par toute sorte de droits, de porter la qualité de roi de.s

un

cœurs. Mais aiin que Ton sache que nonseulement l'on entend le cœui- matériel que celle glorieuse Vierge portail dans sa poitrine virginale qui est la partie la plus noble ilu corps humain, mais de plus, qu'il signifie l'enlcnderaent, la mémoire, lu volonté, le fonds de l'âme et toute sa capacité d'aimer, car c'est dans tous ces sens que ce cœur est pris dans l'Ecriture sainte. Cela étant, il n'y a pas de doute que le très-précieux cœur de la bienheureuse Vierge ne soit le roi des cœurs; car puisque nous donnons celte qua- Jilé à une chose ou à cause deson autorité sufiérieure et de son pouvoir souverain, ou à cause de son excellence singulière, en quelque façon que vous le vouliez prendre, ce cjL'ur est un cœur de substance royale. Premièrement, il mérite cette qualité par celle d'époux du Saint-Esprit. Quelque malheureuse et chétive que soit une créature, sitôt qu'elle est faite é[)Ouse d'un roi, dès là même elle est honorée comme une reine, cl saluée avec le respect et les soumissions dues à la majesté royale; or ce cœur amoureux a été élu de toute éternité pour le digne époux du Saint-Esprit, l'Esprit de Dieu, comme dit saint Anselme, l'amour et le lien du Père el du Fils ; celui par fjui et en (jui doit être aimé tout ce que nous voulons aimer est descendu personnellement el en sa propre substance au cœur de la glorieuse Vierge, el [lar un passe-droit qui ne se peut comprendre, la choisissant à i'xclusion de toule autre créature, l'a faite son époux, et par là même le roi et l'empereur de tout l'univers. Saint Grégoire de Nysse dit que ce fut au jour de l'Incarnation que les épousjillus en furent faites, et que la pureté de la sainte Vierge servait de lit nuptial, que le pavillon de ce lit fut la vertu du Très- Haut qui fit ombre à la virginité de ce chaste tœur, el que le Uambeau mystérieux fut la lumière du Saint-Es|irit. Saiiit Laurent Juslinien remarque que saint Joseph servit h dessein comme de député el de commis du Siinl-Es|iril pour lui conserver son épouse. Voilà donc que ce digne cœur est fait époux du Saint-Esprit qui remplit toute ia terre, qui dès le commencement du monde, pour parler le langage de l'Ecriture sainte était j)ortésurles eaux, leur communiquant leur fécondité, qui a opéré le mystère du salut de tout le monde, qui sanctifie et gouverne l'Eglise, et enfin qui est Dieu égal au Père et au Fils, digne des mêmes honneurs et adorations, el (>ar suite qui participe à son autorité, en la gloiùeuse qualité qu'il possède d'être son époux. Ce précieux et très-digne cœur est roi, parce qu'il est le cœur de la mère de Dieu. C'a été lui, dit l'un de ses plus grands dévots dont je ne vous cache pas le nom ; il se nomme le dévot du cœur de la i)ienheureuse Vierge, sa dévotion particulière étant assez connue par le bel ofiice qu'il a composé en son honneur; f'a été donc, dit ce dévot personnage, ce cœur qui a été le princi[)e de la vie humaine et sensible de l'Enfant Jésus, pendant qu'il reposait dans ses sacrées entrailles, puisque

pendant que l'enfant est dans le sein de sa mère, le cœur de la mère est tellement la sourcede la vie de l'enfant aussi bien que la sienne propre, que la vie de l'enfant n'en dépend pas moins que celle de la mère ; ainsi ce cœur a été le principe de la vie humainement divine et divinement humaine de Jésus Dieu. C'a été sur ce cœur que le divin Enfant Jésus a pris tant de fois son repos, qui, par sa chaleur naturelle, a formé el produit le très-pur lait dont il a été nourri, qui a donné un cœur au Verbe éternel, qui sera éternellement l'objet des adorations et des louanges des esprits bienlieureux, et ensuite de ces opérations admirables, on ne peut pas lui dénier la qualité de roi Saint Alhanase le soutient fortement cl dit: puisque celui qui est delà Vierge est Dieu et roi tout ensemble, celle qui l'a porté mérite, en toute vérité et en toute propriété, les titres de reine. Tous les saints Pères sont de cet avis, et saint .Anselme particulièrement assure que ce cœur auguste, jiar le ilroil qu'il a, commande au ciel el en la terre. Mais l'argument qui me semble le plus pressant, et qui conclut, c'est l'union, on ]:eut même dire l'unité de ce cœur au cœur de Jésus. L'on rap|iorte des premiers Chrétiens, qu'ils n'avaient qu'un cœurct qu'une âme {Act. iv, 32) ; à plus forte raison peut-on dire la même chose de Jésus fils de Marie, el de Marie, Mère de Jésus. On le disait des premiers fidèles, ]iarce qu'ils n'avaient qu'un mêaie esprit, mômes désirs, mêmes seiilimcnls, mêmes desseins et mêmes atfcclions; mais, nous le devons dire de Jésus et de Marie, qui, à plus juste raison, avaient mêmes inclinations et mêmes volontés; et si saint Paul a pu dire avec véiité que ce n'était jilus lui qui vivait,' mais Jésus qui vivait en lui {Galat. II, 20), ô Dieu d'amour! que pouvons-nous dire de la précieuse Vierge Marie? et qu'est-ce que cette mère du bel amour pourrait dire là-dessus? Oh! qu'il est vrai que Marie ne vivait pas, mais Jésus dans Marie. Jésus était l'esprit de son esprit, l'âme de son âme, elle cœur de son cœur; sachez que c'est une vérité aussi solide que pieuse, que le cœur de Marie est le cœur de Jésus, tellement que si le cœur de Jésus est roi du ciel et de la terre, il faut nécessairement que le chaste cœur de Marie possède la môme qualité. Il n'y a nul moyen de séparer la puissance el ia douceur du fils de celles de la mère ; c'est une même chair, un même esprit, et un même amour de tous les deux; et Arnoul de Chartres dit excellemment que l'unité ne reçoit point de division, et i|u'cncore que de deux choses il ait été faite une, toutefois celle qui a été faite des deux ne se peut [ilus partager; partant qu'à pro(ireaienl jiarler, et comme il faut, nous ne devons pas dire que la gloire du fils lui est commune avec sa mère, mais plutôt que ce n'est qu'une même gloire des deux. Allez donc, brave cœur, allez, cœur aimable, anéantissez vous, à la bonne heure, changez-vous el transformez-vous au cœur gio-

KXIJORTATION SLR LA SAINTE MEIU;E.

IIM)

rieuï de Jésus ;jt>uissezue ses mêmes grandeurs et de son autorité royale; soyez toull)uissnnt au ciel et en la terre, vivez et régnez partout et en tout. Vous voilà , h la lionne heure, dans le plus haut point de votre émiiience; mais, mes très-honnes mères, les yeus de mon esprit s'éblouissent parmi tant do divines clartés, dont je vois ce grand, ce chaste, ce précieus et adorahle, cet incomparable cœur environné de toute part ; il n'est plus, il est vrai, mais il est Jésus, il est Dieu. Avant de continuer, abaissons-nous devant ses grandeurs, reconaissons son autorité, humilions-nous sous son pouvoir, et nous dédions à sa majesté royale et toute divine le plus élroitenuiiit (]ue nous pourrons pour le temps et pour l'éiernité.

O digne et Irès-précieux cœur, auprès duquel tous les cœurs ne sont rien 10 grand cœur qui avez compris celui que le ciel et Ja terre ne peuvent comprendre! O cœur vraiment royal , c'est par vous que les rois régnent, que les justes vivent; cœur à qui toute-puissance a été donnée au ciel et sur la terre, devant qui toutes tes grandeurs royales du monde ne sont qu'un beau rien : hélas! nous vous demandons pardon de nos trahisons, de nos discordes, de nos séditions. Nous regrettons, nous nous désolons et même devrions-nous le faire avec des larmes de sang tous les moments de notre vie oïl nos cœurs n'ont pas été assujettis à votre autorité. Vraiment nous avons bonne grâce de comparaître encore en votre sainte présence. Oh! de quelle confusion nos visages devraient être couverts 1 dans quel abîme d'humiliations nos esprits devraient-ils se trouver! Hélas! oui nous avons été des séditieux; nous l'avons été en face du ciel et de la terre, vous l'avez vu, belles intelligences, et vous l'avez souffert avec votre charité qui ne se lasse jamais, et cependant nous avons tant et tant de fois désap[irouvé les séditions des Juifs envers leurs princes; hélas! nous nous amusions m en parler pendant que nous en comnaeltions d'insupportables en votre endroit. Panlon , cœur charitable, el le plus charitable de tous les i;œurs. Nous voulons à l'avenir vous être de fidèles sujets. Nous reconnaissons votre autorité royale; nous nous soumettons à vos divins pouvoirs; prosternés au pied du trône de vos grandeurs avec les plus humbles soumissions dont nos esprits et nos âmes sont ca|)ahles. \h ! que de joie conçoivent nos pauvres cœurs à la vue de vos délices ! que nous sommes contents de votre autorité souveraine, nous nous perdons dans ces excès, et de joie et d'amour, et d'admiration et d'étonnement.

O cœur de Jésus et de Marie, car, ô amante incomparable, vous n'avez qu'un cœur, nous vous adorons, nous vous supplions jour l'administration de votre royaume; puissiezvous posséder tous les cœurs , puissiez-vous régner sur tous les cœurs ! qoe votre empire soit universel; que le péché, notre cruel ennemi , ce maudit aniechrist soit extirpé et détruit; régnez aimable cœurdans nos cœurs, OElvres coui'L. de Uol■uo^. Ul.

dans les cœur.- de tous les Chrétiens, dans les cœurs des liérétiques, dans les cœurr des Canadiens, des Japonais, des Chinois , et de tous les intldùlcs. O ciel, o paradis, consjiirez avec nous, jdignez vos prières avec les nôtres; que le n'œur de Jésus et de Marie soit à jamais le roi souverain de tous les cœurs 1

Poursuivons el faisons ici quelques réflexions. Mes chères âmes , n'est-il pas vrai que voilà un cœur bien élevé; ses gramlcuis no plaisent-elles pas à vos esprits , mais la voie qui l'a conduite à cette éminence ne nous fait-elle point inal au cœur? Il est vrai (pie c'est le cœur le plus élevé ; jiourquni ? parce qu'il a été le jilus abaissé. Le voilà qui s'élève, qui monie et qui s'avance de plus en plus ; il se dérobe à nos yeux, il traverse le firmament, il monte au-dessus de tous les chœurs des anges, et vase()erdre dans la très et suradorable Trinité, où il so perd ; on ne le voit [dus que tout Dieu et au milieu de toutes sortes de grandeurs imaginables. .Mais yavcz-vous pris garde, ce cœur si glorieux , si grand , si admirabh', qui fait les délices des bienheureux, a été le cœur d'une petite lille , si petite à ses yeux, qu'elle a révélé à une grande sainte^, ipio jamais elle ne s'est estimée au-dessus d'aucune créature. Ce cœur s'éclaire si favorablement , qu'il devient-tout Dieu et que, caché dans la Divinité, il ne paraît plus. .Mai.> (î'est ce cœur qui a été si humilié i]u'il a servi de mépris , qui n'a souffert que des rebuts, et qui était si petit qu'on ne le regardait pas. Il est Dieu, il est Dieu, parce qu'il n'a été rien, rien, rien du tout, Il est tout jiarce qu'il n'a point été du tout; il possède toutes les grandeurs parce qu'il a eu tous les anéantissements. O esprit humain I arrête-toi ici, et soulTie que je te demande , à toi qui crois toutes ces choses , iiourquoi ta vie est si éloignée de cette croyance? C^nçois,si tu peux, cette vérité : ce brave cœur qui commande au ciel et en la terre, est le cœur d'une pauvre fille, la femme d'un pauvre diarpenlier, et il sera vrai de dire pendant toute l'éternité que les deux premiers du ciel après Jésus , ce sont les deux pauvics personnes qui ont été dans les dernières des humiliations. Eli bien 1 inonde, (jue dis-tu à ceci ? Oh ! que tes j)cnsées et la conduite sont opposées à celles de Dieul

Ah 1 que j'aime la pensée de ce grand serviteur de Dieu, M. de Uenty,qui, parce qu'il élait grand dans le monde par sa naissance et ses biens, disait qu'il était roturier dans le christianisme ; car il est vrai que tous (^es gens qui pialfenl par le satin , nue l'on considère [larce qu'ils ont quantité de dépouilles de bêtes sur le corps bien ageur cées, (car on en est venu là, dit le B. François de Sales, «que les mieux vôtus sont k-s plus considérés, qui ont tant de laquais ijui les suivent, qui font tant de bruit avec leurs carrosses, sont les princes ou les rois pour l'ordinaire; s'ils sont sauvés, ils sont des derniers à tout jamais dans le paradis, a tout jamais, à tout jamais ces grands qui foat

ŒUVnES COMPLETES DE BOl'DON.

tout trembler «ur la terre; quand ils ne vont point en enfer, ils sont au-dessous de tous les bienheureux, pendant qu'une pauvre créature, qui est le rebut de tout le monde, qui sert de jouet aux beaux esprits, que ;)crsonne n"estiuie, qui parfois n'a pas de pain à manger, est l'oiijetdes complaisances d'un Dieu en ce monde, et eu l'autre la compagnie de ses séraphins, et une des grandes reines de l'empyrée. O monde donc, que tu me fais horreur I que les grandeurs me font mal au cœur! que les délices me puent ! Oui, ton éclat m'est insupportable. O belles humiliations, ô aimables mépris! ô saintes confusions, ô rebuts, ôanéantissements, que vous êtes aimables! Je ne sais ce que l'on peut aimer, si l'on ne vous aime. Je m'étvn,ne que l'on ne délaisse tout,alin de vous aimer. Oh! que je i)orte envie aux ànies caciiées , que je vous porte d'envie, mes boniies mères ; que je porte envie à votre solitude, à votre retraite, à votre exil! Qu'il y ait des âmes , à la bonne heure, qui paraissent par leurs emplois dans l'Eglise ; qu'il y ait des apôtres, des Augustin, des Dominique, (les Xavier, qui éclatent, mon Dieu, c'est toujours vrai au bout tout cela, que ce n'est pas pour ces gens-là que la première place du paradis est réservée: c'est jiour le cœur d'une pauvre tille, qui s'est occupée 5 filer, et qui est cachée dans sa chambre; c'est jiour un pauvre homme qui travaillait en charpenterie. Voilà une Liclle consolation pour les âmes religieuses ; mais aussi le rabatjoie et le haillon de ces beaux esprits qui demandent à quoi pensent les âmes cachées. Il f.iut ici que je vous dise une pensée qui m'est venue plusieurs fois à l'esprit, quand j'ai pensé sur l'état le plus grand qui fût au monde et le plus désirable. Il m'a sen.blé que ce serait si une personne était universellement délaissée, si elle ne trouvait que des mépris fiarmi les créatures, si tout le monde lui crachait au visage et lui jetait de la boue; si les personnes même de sainte vie ne l'estimaient pas; si son directeur croyait qu'elle fût méchante, et qu'il l'abandonnât ; si ensuite elle était réduite à l'aumône, et qu'elle ne trouvât pas un morceau de pain , et qu'elle fût contrainte de se retiierà la campagne, où tombant accablée de douleurs dans quelque bourbier, elle y linît sa vie, abandonnée de toute créature, et son corps après cela dévoré des oiseaux. Voilà l'état (jui me seujble le plus aimable de tous les éiats. Chacun aura là-dessus ses jiensées ; mais faisons ce que nous voudrons, Jious no serons à Dieu qu'à proportion que nous aurons été humiliés. Monsieur, Madame, voulez-vous que je tire votre horoscope? Je le ferai, mais avec vérité. Vous n'êtes pas en péché mortel, ainsi vous n'avez pas un orgueil qui monte jusque-là. Mais, au reste, vous voulez encore de l'homme : votre esprit est encore tout plein de mille petites vanités. Vous affectez encore les enqilois qui sont pour Dieu , ujais cjui fassent paraître l'homuie; vous ne corrigez guère votre naturel altier qui vous rend

opiniâtres et ;tui veut toujours l'emporter. >"otre esprit s'évanouit dans ses pensées, (>i quand votre raisonnement naturel l'emporte ])ar- dessus celui des autres, vous pensez faire merveille. Les forts esprits comme le vôtre sont vos grands amis; vous blâmez avec eux tout ce que vous ne savez pas et que vous ne saurez jamais , si vous ne changez; votre esprit tranche partout où bon lui semble, et tous les états qui ont le plus de rapport avec celui de Jésus, de Marie et de Joseph sont pour vous des énigmes qui, quoique vous ne les entendiez pas, ne laissent pas de servir à vos petites railleries. L'humilité des saints vo\is est inconcevable; il faut que je le dise en passant, il n'y a rien de si peu connu que l'humilité des saints, je dis paru)i les dévots, et îles dévotes à qui la vanité donne encore des vapeurs épaisses qui obscurcissent l'esjirit, et parmi quantité de personnes (iédiées à Dieu, qui, quoiqu'elles fassent la fête de leurs fondateurs, se moquent bien souvent d'eux et se rient des actions des grandes âmes que Dieu attire à leur imitation. Voilà donc les astres qui président à votre vie, et en voilà rexjilication. Vous n'êtes que des enfants au service de Dieu, qui jamais ne le goûterez dans sa pureté, et qui ne serez jamais comptés au nombre de ses fivèles amis. Le cœur de Marie a été le plus humble qui fut jamais , et c'est le [ilus grand qui soit dans le paradis , et qui sera jamais pendant toute l'éternité. Il s'est mis au-dessous de toutes les créatures, et voilà que Dieu le met au-dessous de lui , et toute créature qui tléchil le genou au nom de Jésus, le tlécliit aussi au nom de Marie. Dieu avait envie de se communicjuer à un cœur, Uiais H en fallait un de mesure, dit un grand saint, un cœur d'une humilité çfiosiintinie pour un Dieu d'inliuie grandeur. Passons à l'autre considération.

Il est donc vrai que le cœur de Marie est un roi à cause de son autorité, mais il l'est aussi par son excellence, qui est incomparable, étant le cœur le plus beau, le meilleiir et le plus riche qui ait jamais été après Jésus. Pour sa beauté ou pureté, car c'est la même chose, elle est si grande que, quoique les cieux soient purs en la présence de Dieu, néanmoins Dieu, avec sa vue intinie, ne découvre aucune tache ilans le (œur de Marie: ce qui fait (piil lui i;ai le de cette façon dans les Cantiques : Vous ('les toute belle, mon amie, et il n'y a en vous aucune tache. [Canl. IV, 7.J Dès le pre;:.ier moment de sa conception glorieuse, elle est toute pure et toute belle, ne contractant en aucune façon le péché originel ; et jiendant toute sa vie, jamais sa pureté ne reçut aucune tache, n'ayant commis jamais aucun péché actuel. Sa bcaulé est si grande, si admiraLdc, que Dieu, quittant toutes les troupes angéliques, ces créatures si charmantes, ne vit rien dans le beau paradis, ce paradis si beau, d'égal aux beautés ducœur virginal de la chaste Marie ; il quitte les cieux, se rend en teire, pour devenir l'amant de ce cœur béni. O beau cœur! qu'il fa ut bien dire que tes beautés sont i a vissantes.

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nXHOUTATlON SUR L\ SAINTE VIKUOr.

piiisqu'un Dieu oh devient soiiveraineiiicnl 6moureu\ et s'en qualifie le divin amaiit. O beau cœur! t|ue les beautés sont in(';iiin|iarables, puisqu'il n'y a rien dans le beau paradis qui te ()uissc6lre comparé ! I! est pourtant vrai (pie si le moin Ire des anges empruntait un corps et fit voir ipielque érhaiitillon do sa beauté dans ce corps en plein midi, ses clartés obscurciraient celles du soleil. Si cela est vrai du moindre des anges, que doit-on dire des anges supérieurs; mais que doit-on penser cie tous les anges ensemble, mais que doit-on juger do tous les anges et de tous les saints? El pourtant joignez toutes ces beautés eiiseinblc, elles n'arrivent pointa la beauté toute seule du beau cœur de la très-précieuse Vierge. C'est la reins de toutes les Iteaulés, et véri- .tablenient après cela avoir un cœur et l'avoir encore libre sans 'e voir tout consumé d'amour pour ce beau cœur, sans le voir tout enflammé, c'est ce que je ne puis comprendre; j'avoue en cela mon impuissance , et je m'y plais. Si ce digne cœur est beau , et incomparablement beau, il n'est pas moins bon. C'est une vérité si constante, si universellement reçue , si généralement approuvée, si dite et redite partout depuis le commencement de notre salut jusqu'au temps où nous vivons, que ce serait une cbose entièrement superflue de la vouloir prouver. Parler de la Mère de Dieu et en même teuips de toutes les bontés imaginables, c'est toute la raème chose ; et je crois qu'il est très-dillicile de penser à son- cceur amoureux sans fondre en même temps de joie et d'amour, de pure tendresse. C'est une vérité que les enfants savent, et ceux qui à peine peuvent parler parlent de la Bonne Vierge; partout on n'entend autre chose : La Bonne Vierge, bT Bonne Vierge. Toute l'Eglise la salue dans cette qualité, les plus impies dans celle vie ont recours à elle; il n'v a pas même jusqu'aux infidèles , aux Turcs qui, dans ce sentiment qu'elle est la Bonne Vierge, s'adressent h elle dans leurs nécessités. Aussi son béni cœur est un ouvraje tout entier de pur amour; et puisque l'amour procède de Dieu, et que nous en avons plus ou moins, selon que nous sommes ou jibis près ou plus éloignés de Dieu. O Dieu I qui pourra dire combien ce sacré cœur est plein de bonté et d'amour, et même qu'il en a plus lui seul que tous les cœurs unis ensemble, |)uisqu'il a plus d'alliance <pie tous les autres au principe de toute bonté et amour. iS"'est-ce pas le cœur de la (ille de l'amour, de la nière de l'amour, de l'épouse de l'amour? Dieu étatit amour (Joan. iv,16), selon que nous l'assure le disciple bienaimé, le gr.aiid , le glorieux , le tout aimable Jean l'Evanuréliste. Vraiment.il ne faut pas douter, dit le grand saint Bernard, que le cœur de la sacrée Vierge ne soit une fournaise d'amour et de bonté, si ce n'est que quelqu'un soit si téméraire que de nier que les entrailles de Marie, GÎi la charité de Dieu a reposé neuf mois entiers, aient été converties en des entrailles d'amour et de

bonté. Un abbé, discijde do ce saint , dit quo la très-sainlo Vierge ayant une fois mis au monde son très-clier fiis, elle n'est pas pourtant devenue stérile ; mais (|ue dès lors ello n'a jamais manqué île produire des fruits de bonté et d'amour; que le très-béni fruit do son ventre naissant d'elle, la laissa enceinte d'une inépuisable dilection , cl ipi'il sortit telleuient de son sein,(prau milieu du janiin fermé do sa virginité , il fit couler la vive source do sa cbarilé pour le refraîcliissement des Ames altérées. Et le cardinal Pierre Damicu assure que la majesté du Verbe divin étant coiume la graisse du ciel , s'étant d'une manière admirable fondue dans le chaste sein de la Mère do Dieu, elle remplit la terre, elle arrosa le ciel, et rejaillit jusiu'aux enfers.

Voilà la source des bontés infinies où a puisé le cœur sacré de notre grande princesse, qui après s'en être rempli a regorgé par toute la lerre habitable lA^oncs^oiti seo6scondat a calore ejus. {Pscil. xviii, 7.) Ce cœur a tant de bonté qu'il n'y a personne qui ne s'en ressente, le fidèle et l'infidèle, ses amis et ses ennemis, ceux qui la prient, ceux qui la déshonorent, ceux qui le veulent et ceux qui ne le \p.n\cnl \tas. Gloriosa diclusunl dr le. civilas Dei, memoraho Rahah cl Babijlonis scienlium mr. yec Alienigena et Tijrus et populas Elhivpum, hi fuerunl illic. {Psal. Lxxxvi, 3-3.]

Oh 1 combien de choses glorieuses on nous a racontées de cette cité de Dieu, car ce cœur précieux est la cité oiî le grand roi demeure. Les plus grandis iiécheurs eu [lourronl chercher les portes ; elles seront ouvertes aux habitants de Babylone, les étrangers, ceux de Tyr et les peuples d'Ethiopie y pourront loger. C'est un cœur ouvert à toute sorte de personnes, plein de bonté pour tous, et qui ne fait de mal à qui que ce soit. C'est l'asile des pécheurs, c'est la retraite des saints, c'est l'appui de l'Eglise, c'est le soutien de tous les ordres; aussi tous les fondateurs des reli'j;îons ont toujours excellé en la dévolion de la sainte Vierge, et de tous les ordres celui de ï^aint-Benoit a eu l'honneur de produire de grands hommes, dont Dieu s'est servi pour établir presque partout la dévoti(/n de la sainte Vierge ; car c'est de cet ordre sacré que nous avons plusieurs fôtes de la Mère de Dieu, plusieurs octaves, l'ofiice, le cha[>clet, les plus belles oraisons qui se récitent en son honneur, les plus beaux livres composés à sa louange. Voilà un cœur bien beau et bien bon. Mais ses richesses ne sont pas moins considérables. Dès le premier moment de son heureuse conception, il a plus eu de grâces que les plus grands saints dans l'achèvement de leur course : Fundamenta ejus in montibus sanctis; diligit Uominus portas Siun super omnia tubernacula Jacob : < Ses fondements sont sur tes montagnes saintes ; h Seigneur aime beaucoup mieux les sentiers de Sionqueles tentes de Jacob. » {fbid., 1, 2.) Saint Bernardin de Sienne dit là-dessus que non-seulement ce saint cœur surpasse toutes les ulus hautes montagnes,

(«uvnKS <:oMrL!:TES de boidom.

aUeniiti que la liauteur de ses grAros esl audessus des plus belles âmes, que l'étendue de ses mérites les embrasse tous, que la sublimité de son élection n'a rencontré rien qui lui soit pareil parmi celle dos saints, tellement que c'est une vérité incontestable i]ue ce cœur adorable est le roi des xœurs •en ti>ute sorte de façon, et même le B. Albert le Grand, le jtieux' et docte Gerson, saint Bernardin de Sienne déclarent qii'en considération de sa royauté il a \u, dès ce monde, la Divinité telle qu'elle se fait voir dans le ciel, et d'autres concluent qu'ayant été rais en possession de ce litre au commencement de sa vie, la raison requérait que Dieu lui fil voir dès lors l'étenduede son domaine. Comme Dieu donna incontinent à Adam les espèces de toutes lescréaturesqu'il mettait soussa •main, et aux anges les espèces de tout ce qui était compris dans leur ministère. Mais comme il y a presque une distance infinie entre la rnère et les serviteurs, aussi y a-t-il entre leurs connaissances la même disproportion à cause de la claire vue de Dieu qu'a eue celte admirable \'ierge, qui se rencontre entre les créatures et Dieu lui-môme. Mais qui pourrait dire les accroissements de glaces et de richesses spirituelles de ce cœur si précieux dans le progrès de sa vie? La sainte Vierge méditait, même pendant qu'elle dormait, ayant l'usaye déraison; pendant ce temps elle a toujours coopéré à l'étendue de .sa grâce, en sorte qu'elle se doublait toujours de nouveau. C'est ce qui a fait dire à saint Epiphane qu'elle était comme infinie, à saint Bernard inexplicable; il n'y a cœur qui la puisse comprendre, dit saint Augustin, ni langue tiui en [>uisse [larler; non (tas même les anges, dit sainl Anselme; et pour en concevoir quelque idée, il faut premièrement dire que la i-roporlion double les nombres et à un tel point, (|ue celui (|ui n'est accoutumé à la considérer en demeure tout étonné quand il y pense. Pour ce sujet je veux vous dire •ce nue les arithméticiens comptent pour un seul jour. Quand ce cœur inestimable n'aurait eu qu'un degré de grâce au moment de ca conception, ce qui n'est pas, car il en eut jdus que les plus grands saints à la tin de leur vie, comme je vous ai déjà dit, néanmoins à ce compte-là, en moins de vingt- <iuatre heures, quand ce cœur sacré n'aurait produit que fort peu d'actes, il en produisait toujours, mais quand même il en aurait produit en petit nombre, cela étant doublé, il se trouvait comblé, dès ses premières actions, de plus cent millions de degrés de grâces; ajoutez la seconde journée, et à notre compte qui esl faux, car nous comptons trop peu, quels honneurs donc, quels respects, quelles louanges, (juelles affections n'exigent pas de nous ce cœur suraimable. Figurons-nous toutes les dévotions qu'on a eues pour les anges, depuis que le monde est, toutes les dévotions qu'on a eues ])Our les saints, concevons quelque idée de l'amour iuestiiiable de tant de belles âmes |)our ces glorieux citoyens du paradis, ce ((eur précieux lui seul en mérite bien ulus que tout

(•ela, et puis nous croirons avoir fait grand'chose pour ce co^ur sacré, ipiand nous lui aurons rendu quehiues petites dévolions.

Hélas I quand nous lui aurions donné toute notre vie, ce serait bien peu, el il semble que nous ayons fait beaucoup. Pour moi, je sais bien que je ne veux pas être un seul instant de ma vie sans rem|)loyer à son service. La plus haute qualité où j'aspire est d'être son esclave. Oh ! que j'estimerais le moment malheureux qui ne serait point consacré à l'honneur de cet aimable cœur. Non, ô aimable cœur, cœur très-précieux, cœur jamais assez aimé, et la voix, el la langue, et les pensées me manquent pour pouvoir exprimer ce que je voudrais bien ; je voudrais me consumer d'amour pour loi; oh 1 je vou' (irais me perdre d'ameur en la considération. Oii ! que je m'estimerais heureux de pouvoir donner ma vie pour Ion honneur. Oh ! que n'en ai-je plusieurs I J'en perdrais une dans les flammes, je perdrais l'autre sous le coutelas, et puis je perdrais les autres sur les roues et les gibets ; je voudrais (|u'on me coupât les mains, puis les bras el les côtes du corps pour l'aujour de loi; et puis le Dieu de toute grandeur me rendrait la vie pour la perdre aussitôt, et puis qu'il me la redonnât encore pour ainsi soulïiir jusqu'au jour du jugement. O mon cœur, cela esl encore biea jieu chose 11!

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