I.IIO.MMI': UK DIKU. — PAlti. II
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vie voyaijèrc, votre vie cacht-j n'a duré que (|ueliiue.saniiL'es; mais dans lo sacreineiil de (l'i votre amour elle y durera autant qw: le niomte. lui véi-ité, mon Dieu, il l'aiil ijue vos amours pour la vie caciiée soient luen extrêmes !
Sainte Thérèse, ayant découvert quelque chose des grandeurs de Dieu par des illustrations toutes divines qui la laissaient hors d'elle-même, et d'où elle ne pouvait qu'à peine revenir, eonsidérant ensuite que cette majesté inlinie se trouvait véritablement dans la tlivine Eucharistie sous la moindre jietite parcelle de la sainte hostie, entrait eu des ailmirations inexplicables. Pour moi, je tiens très-assuré que la vue de cet anéantissement où un Dieu se réduit tous les jours, à tous les moments et par toute la terre, est plus que capable de jeter \ine âme «lui serait bien éclairée dans uji abîme d'élonnement jiour toute l'éternité. Mais dans cet anéantissement incompréhensible, voici une particularité qui ne trouvera jamais ni de pensées ni de paroles, non-seulement jiaruii les , hommes sur la terre, mais parmi les anges dans le ciel, qui puissent l'expli- <{uer. C'est (]ue 1 Homme-Dieu étant réellement sous la raoinJie parcelle de 1 hostie consacrée, comme il s'en détache plusieurs imperce|itiblement, selon l'expérience que l'on en l'ait tous les jours, il arrive que dans la communion des [leuples ces [larcelles souvent tombent dans la poussière, et par suite le corps d'un Dieu. Ah 1 mon Roi, ah 1 mon Souverain, c'est bien ici plus que jamais «iii'il faut crier tout de nouveau : Vraiment vous êtes un Dieu caché. O homme ! que deviendras-tu dans cette vue, s'il te reste encore la moindre passion de paraître ? Mais que diras-tu à ce Dieu de gloire, quand tu seras en sa divine présence au jour de son redoutable jugement ? Oui , •souvent les parcelles de l'hostie consacrée tombent dans la poussière, et la suite en va à être sous les souliers de ceux qui passent. Certainement les vérités de notre religion nous mènent bien loin.
Après cela presque personne n'y pense.
Vous verrez des prêtres administrer la trèssacrée et vivifiante communion du corps et du sang d'un Dieu, tenir le ciboire ou la patène tort éloignés des [lersonnes qui la reçoivent, et par suite donner lieu aux chutes des parcelles sacrées en terre par le grand niouvement de la sainte hostie, et n'y ayant rien qui puisse recevoir ce qui s'en détache. J'avoue qu'il est bien diflicilede pouvoir entièrement em(iècher ces anéantissements d'un Dieu; mais au moins l'on devrait faire tout le possible dans les communautés des religieuses. On le [leut faire en couvrant l'endroit de la grille où l'on communie, d'une es- }>èce de patène d'argent doré, ou au moinsde oui vredoré,maisquidoit être pi us grande que les patènes ordinaires, et de forme carrée, atin qu'elle couvre tout l'espace du lieu, avertissant les religieuses de s'enapprocheretdene s'en pas tenir éloignées comme elles font (juclquefois ; car de cette manière les sacrées
parcelles sont recueillies, et l'expérience fait voir iiu'il y en tombe souvent. Je m'étonne |irésentement comment il y a un seul monastère sans cet usage. Mais l'on ne |)Ourra jamais assez dire combien l'insensibilité de l'homme est extrême sur ce (jui regarde son Dieu. Les cadres ou bords de bois trop larges que l'on met ordinairement aux autels ijour y soutenir le parement, qui est un usage nouveau et éloigné des rubriques, sous prétexte de faciliter l'attache du devant de l'autel, sont bien opposés au service de Dieu pour qui doivent être tous les autels. La raison est que ne pouvant pas être couverts du corporal, ou s'ils le peuvent, ne l'étant pas à raison du |)eu de rétlexion qu'on y fait, la sainte hostie est élevée à la messe vis-à-vis de ce Lois; et s'il en tombe des parcelles, elles y sont reçues et nullement sur le corporal qui dans l'intention de l'Eglise est destiné pour cela, et qui pour ce sujet ne doit avoir ou point do dentelle du tout, ou au moins qui soit trèspetite.
Nous avons parlé plusieurs fois dans les autres traités que .nous avons donnés au public, de ces choses, et je ne j^uis me lasser de les répéter. Je voudrais avoir une voix assez forte pour le crier par tout le monde où il y a des jirêtres, des autels, des [leuples qui communient; et je me tiendrais bienheureux si je jiouvais |)ar tout ce que je dis, par tout ce que j'écris, eni|iêcher une seule des irrévérences qui arrivent à mou Dieu. O Seigneur! faites-vous connaître.
Ah! que les hommes ne vous connaissentils ! Monseigneur l'archevêque de Rouen, dans ses doctes conférences sur le saint sacriQce de la messe, enseigne que l'Eglise a changé son ancien usage de diviser en plusieurs parties de grandes hosties consacrées pour en communier le peuple, se servant présentement de petites hosties entières, de peur que par cette division il ne tombe quelques petites particules : et dans son savant Manuel il ordonne que les prêtres, après avoir communié le peujile, prendront soin de regarder s'il ne leur reste point quelque parcelle de l'hostie dans les doigts, {lour la faire tomber dans le ciboire, et jiar ce moyen éviter les inconvénients qui pourraient arriver en les essuyant au bord (comme font quelques-uns), ou, ce qui est bien pis, les lavant aussitôt, parce que ce serait jeter le sacré corps de Jésus-Christ en l'eau.
Le P. Seurin qui avait un amour sincère et généreux pour Jésus-Christ, le suivait, dans toutes ses voies, et il savait que son véritable ministre se devait trouver où il se rencontre. 11 ne pouvait donc pas ne |)as avoir de grandes et de fortes inclinations pour la vie cachée, son divin Maître l'ayant si chèrement aimée. C'est une chose remarquable, que les personnes qui ont été les [dus unies à cet adorable Sauveur, sont celles qui ont le plu» participé à sa vie cachée, comme la très-pure Vierge sa trèsdigne Mère; le glorieux saint Joseph sou
père putatif; le grandi divin suint Jeanbajiliile son divin précurseur. De celte manière nous pouvons juger de i"union du P. Seurin avec le tout aimable Jésus, et avouer qu'elle a dû être fort extraordinaire puisque sa vie a été cachée avec Jésus en liieu d'une façon qui aura peine à trouver sa pareille. On rapfiorte que le Fils de Dieu paraissant à une sainte âme, elle lui demanda avec respect pourquoi lui qui était venu au monde pour y instruire les lionimes, avait passé presque toute sa vie dans le silence et l'obscurité? « Ah 1 ma fille, lui répondit-il , c'est parce qu'il fallait leur apprendre à anéantir l'amour déréglé qui règne presque en toutes sortes de personnes, qui les porte toujours à être connues et à paraître ; et c'est ce qui m'a fait donner tant d'anné^^s à la vie cachée, et si peu à la vie publique. Après. tout cela, les hommes ne veulent point encore d'une vie qui m'a été .si chère. Et qu'auraient-ils fait si j'avais toujours conversé publiquement? » Il est vrai que le misérable et inaudit amour de nous-mêmes porte beaucoup à connaître et à être connu. Cela va jusque dans les choses les plus saintes où Ton veut être considéré, où l'on veut que l'on pense à nous; peu de personnes se cachent maintenant aux créatures, afin iju'il n'y ait que Dieu seul de vu. Si l'on désire que Dieu soit regardé, on n'est pas fâché d'être regardé avec lui. Si l'on en procure l'honneur, on est bien aise d'y avoir quelque part. Oh! qu'il est rare de ne vouloir que Dieu seul ! C'est cependant où conduit la pureté de son esprit : à proportion que les personnes en sont remphes, elles portent un plus grand ou moin-
créé. Saint
OtlVRES COMPLETES DE BOIDO.N.
dre éloignement de tout l'être ^.^.. ^^,,,^ Ignace paraissant a[)rès sa mort, tout glorieux qu'il était, il cachait son visage en le voilant, pour apprendre que dans le ciel aussi bien que sur la terre il ne voulait pas être considéré; il avait toujours été si fortement animé de cet esprit, qu'il obtint par ses prières que le Père qui avait été son confesseur, mourût quelques heures avant lui, de peur qu'il ne révélât les grandes choses qu'il en savait; car ce Père assurait que s'il lui survivait, il en dirait des merveilles qui étonneraient tout le monde; et parce que môme un jour ce bon Père en avait dit quelques grâces particulières, comme Il était son supérieur, il lui ordonna la discipline par pénitence.
Jamais on ne put peindre ce grand saint dans sa dernière maladie, parce que ne voulant pas paraître, il obtint de Dieu miraculeusement un continuel changement en son visage. La môme impuissance arriva aux peintres qui voulurent tirer le portrait du I)ère Seurin un peu avant son décès, à la prière d'une (lersonne de qualité, et par la F)erinission de ses supérieurs; car en même temps que le peintre lut entré dans l'inlirmerio, sans que le Père sût rien de son dessein, contre son ordinaire il tourna si souvent la tête et se cacha le visage de telle manière (quoique quelques Pères le prias-
sent de ne se pas remuer de la sorte) qu'enlin le peintre ne put jamais rien faire ; quelques personnes Irès-éclairées jugèrent qu'il agissait exprès de cette manière; avant connu le dessein que l'on avait par une lumière surnaturelle, ou par son bon ange qu'il voyait bien familièrement.
Mais ce que nous avons de bien assnr.é et qui marque l'amour incomparable pour la vie cachée de cet humble serviteur de Notre- Seigneur et de son immaculée Mère, est le sincère et l'extrême désir qu'il a toujours fiorlé à tout ce qu'il y a de plus humiliant en ce monde, et de plus capable d'v rendre méprisable. On rapporte comme une chose bien particulière dans la vie de saint Surin, abbé, qu'un autre saint jiersonnage qui avait ledon de chasser les démons, demanda à Dieu pour s'humiher d'en être lui-même possédé; ce qui lui arriva [lour quelque temps Mais le P. Seurin s'est offert à Dieu pour subir autant qu'il pourrait la même humiliation tout le cours de sa vie jusqu'au dernier moment de sa mort ; il a porté cette humiliation avec des circonstances dont nous avons touché quelque chose, qui le rendaient ridicule devant les premières personnes du royaume ; et il est demeuré dans cet état (quoique non pas toujours d'une même manière) jusqu'à peu d'années avant sa mort.
Après tout, il faut demeurer d'accord qu'il n'y a rien qui cache plus un homme que 1 état d'une folie apparente; toutes les autres humiliations, telles qu'elles puissent être, ne l'anéantisse pas au point où le réduit cette profonde abjectioii. J'avoue que la possession des démons est une des choses qui rendent une personne plus abjecte ; mais cet état a ses intervalles, et dans ces temps la personne possédée peut faire plusieurs choses qui lui donneront bien de l'estime. J'avoue que les calomnies noircissent étrangement la réputation d'un homme; mais tout ie monde ne les croit jias, etquand on les croirait, il reste toujours quelques qualités à une personne, parmi toutes les mauvaises qu'elle peut avoir, qui la feront considérer en quelque manière. De plus, si une personne n'est pas approuvée des méchants, souvent elle le sera des bons, si les bons n'en ont pas d'estime, quelquefois les vicieux la considéreront : mais l'état de folie (quand il passe pour tel) anéantit entièrement et généralement une personne; il dégrade l'homme absolument, et fait qu'on ne le regarde jjIus comme un homme, puisque c'est la raison qui fait l'homme et que la folie la fait perdre. (Ju'un homme passe jiour ie plus méchant du lieuoù il est, il ne laisse pas d'être regardé comme homme, et il l'est effectivement; mais la lolie lui ôte ce qui le fait la première créature d'ici-bas, et quelque chose qu'il puisse faire, il est incapable de s'acquérir la moindre estime ni tjes gens de bien ni des méchants, de ses proches et ses meilleurs amis, ou de ceux qui lui sont le plus iiiditfércnts ; l'élal de folie efface toute sorte destimc, dans toutes sortes
LHOMMK DE DILU. - PAUl. 11.
(le liL'Uï et pai-mi toutes sortes do iiciboiines. .
Il Inut doncavouer qu il n y a point d état (iiii fa^^o ineiier une vie plus radiée; si donc (.et ét!<l a fait ii' sujet des désirs du P. Seurin, s'il en a fait ses délices, il faut aussi diie que son anuiur fiour la vie cachée a été incomparable. De vrai, si on considère Iiien la vie de ce grand serviteur de Dieu, on aura de la peine à en trouver une pins inconnue aux hommes, avant pas-é pour fou durant plus de vingt années, sans compter le lenij>s de sa vexation luiblique par les démons; mais sa vie a été tellement cachée, qu'elle lui était même inconnue, ses grandes iieines <!^tant comme autant de voiles qui lui couvraient ses grâces et les grandes vertus que l'esprit de Jésus-Christ o|)érait en lui. Pendant toutes ces années, où il était élevé dans ]fls plus hautes et les plus pures unions avec Jésus-Christ, il a toujours pensé <iu"il en était réprouvé ; et lorsque le ciel jirenait plaisir d'en faire un spectacle d'admiration et d'amour aux anges, les hommes le regardaient comme un insensé, étant un sujet d'horreur aux ])ersoiines de la terre. Cet état lui a duré jusqu'à près de soixante ans, et les quatre ou cinq dernières années de sa vie, plusieurs lont regardé comme un esprit faible et de peu de considération ; ainsi on peut dire que sa vie a été toute cachée avec Jésus-Christ en Dieu.
Heureux état, et plus heureux que l'on ne peut penser, puisque la vie cachée nous couvrant aux yeux descréatures, nous anéantit et dans leur esprit, et dans leur cœur; où ne trouvant plus de place. par la perle de leur estime et de leur amour, on tombe glorieusement, on se perd, et on s'abîme en Dieu seul, dans l'union avec notre divin Sauveur. Mais qui a trouvé Dieu seul, n'a-tii pas trouvé le paradis? qui fera la félicité des bienheureux au ciel, sinon Dieu seul ? et parce qu'il y sera tout en toutes choses, ce sera un bonheur achevé. Qui fait la misère de la vie présente, sinon le mélange' de la créature ? Mais encore une fois, heureux état où elle manque, car on trouve Dieu où on le perd?
Voici quelques pratiques qui y conduisent : Parler peu de soi-même, quelquefois cela nous cache davantage que d'en parler avec mépris, quoique d'autrefois on le doive faire quand l'esprit de Dieu y porte. Eviter Tin certain éclat qui arrive dans les bonnes œuvres, et qui lait que l'on y prend part : il y a eu des saints qui, ayant entrepris de grandes choses, lorsqu'elles étaient sur le point d'être terminées, ils les mettaient entre les mains de quelque autre alin qu'il en eût l'honneur (c'est ce que l'on rapporte du saint homme le P. de Condren). Et si cela ne se peut faire, ne pas s'amuser aux compliments que l'on en fait. Le saint homme dont je viens de parler s'en faisait la cour pour ce sujet, quand il avait réussi heureusement dans quelque affaire considérable pour la gloire de Dieu ou le bien de l'Etat. Ne pas troji se produire avec les gens d'estime, car
pouK lors l'amour de soi-même s'y produit aussi beaucoup; ohicombien de gens agissent, et quelquefois imperceptiblement }iar la vue de ces personnes de grâce et de ré()utation? Ne pas faire grand étal de tout ce que l'on fait. Ah! ne nous y trompons |)as, sonvent ce qui paraît bien plus grand aux yeux des hommes, n'est rien aux yeux de Dieu ; sduvent ce ipie les hommes appellent sainteté, n'est (pi'ordure devant Dieu. Ne pas s'ingérer facilement dans les états qui ont de l'éclat, se réjouir quand, jiar ordre de la divine Providence, on nous met en des emplois vils et l)as, ou quand on nous laisse sans se servir de nous, comme des gens de néant et inutilesaumonde ;ou bien, si l'on s'en sert, que l'on n'approuve rien de ce que nou? faisons. Bénir ladivine Providence lorsqu'on n'a point de part à tout ce qui rend les personnes considérables dans le monde ; et c'est ce que le Fils de Dieu appelle n'être pas du monde; c'est pour ce sujet qu'il assurait que son royaume n'était pas de ce monde, et que ses disciples n'en seraient i>as aussi. [Joan. XVIII, 36; xv,19.)0r ce qui rend considérable dans le monde, c'est d'y être estimé et aimé, d'y avoir de grands biens, déshonneurs et des plaisirs; n'être point Ju monde, c'est d'y être méprisé, rebuté, haï. calomnié, abandonné, d'y être dans la pauvreté, le mépri et la douleur, qui étaient les choses aux quelles le P. Seurin assurait qu'il se plaisa<<* davantage que dans toutes les consolations que peuvent donner le ciel et la terre. Il faut donc demeurer d'accord, qu'une vie est bien cachée au milieu des plus grands emplois et j)armi toutes sortes de conversations, lorsqu'elle y est couverte par le peu d'estime des créatures, par des traitements qui viennent ensuite de ce peu d'eslime, comme d'y être négligée, délaissée, méprisée et rebutée.