‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 46 sur 436 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

De la nécessité de l'union ucec Notre-Seigneiir Jésus-Christ.

La nécessité de l'union de l'âme avec Notre-Seigneur Jésus-Christ est plus grande que celle des branches avec la vigne, que celle des membres avec la tête, que celle du corps avec l'âme. Figurez-vous un corps sans âme: il n'a {)as le moindre mouvement, il a des yeux sans voir, des oreilles sans entendre, une bouche et une langue sans pouvoir parler, des mains sans toucher, des pieds sans marcher; il est insensible, sans voir, sans entendre, et sans pouvoir rien faire. Voilà le déplorable état d'une âme en péché mortel ; ne vous étonnez pas ensuite si elle écoute les plus grandes et terribles vérités de la religion, comme si elle ne les écoutait pas; si elle voit les |>récipices des enfers, comme si elle ne les voyait pas ; si elle ne craint pas son malheur éternel; elle qui est si sensible à une bagatelle temporelle ; si elle demeure dans un état dont la seule idée e.^t capable de l'aire mourir de frayeur, sans en être beaucoup i;-.quiétée ; riant, prenant du plaisir, et se tenant dans ce faux, repos ; c'est

qu'elle est comme lui corps sans âme. Tout ce qui ne vit pas, et n'est point animé de l'esprit de Jésus-CiirisI, n'est point vivant, et est nécessairement mort, Jésus-Clirist étant notre unique vie.

Ke[irésentez-vous un membre du corps séparé de la tète, il est sans aucune vigueur et sans aucune force, c'est l'état d'unepersonne iiors de l'union avec Notre-Seigneur Jésus- Christ. Il nous a en.^eigné lui-même, que nous ne pouvions rien faire sans lui, ainsi nous ne pouvons pas faire la moindre petite action chrétienne, sans le mouvement de son divin Esprit, pas dire une seule parole, i>as avoir même une seule bonne jiensée. C'est lui qui anime !e Chrétien, c'est lui qui le vivitk", c'est lui qui agît en lui, et (lui lui donne force pour opérer saintement. Il est plus, dit saint Augustin, l'esprit de mon esprit, que mon âme n'est l'âme de mon corps. Que le Chrétien juge de là combien ses actions doivent être saintes, excellentes et parfaites, et les plus viles même, comme celles du boire et manger, puisqu'elles partent d'un princiiie si divin. Car entin c'est une maxime constante, que laction doit suivre l'être; mais la divine Providence nous a fait donner au public un traité de ces grandesvérités, intitulé Lasience et la pratique du Chré[ien,où nous avons [dus amplement parlé de la grâce chrétienne.

Considérez enfin le sarment séparé de la vigne; non-seulement il ne porte plus de fruit, mais il sera jeté, dit le Sauveur, il séchera, et on le ramassera pour le faire brûler dans le feu {Juan, xv, 6) : c'est la comi^araison dont se sert ce divin Maître, qui nous assure que celui qui ne demeurera [loint en lui, sera traité en la même manière (/i/i(i., k) ; aussi il ne reste que le feu d'enfer à celui qui est sé[)aié de Jésus. O mon Dieu! est-il bien possible qu'une âme soit assez malheureuse pour se réduire dans un état si lamentable? Sainte Madeleine de Pazzi avait bien raison de dire qu'elle mourrait sans le pouvoir comprendre; et cependant combien de misérables jiécheurs quittent leur Dieu et leur Sauveur j^our des riens, pour une attache aune créature, pour un chétif plaisir, pour une fumée d'ambition. L'on rapporte dans la Vie d'une fille nommée Armelle, qui n'était qu'une pauvre servante, mais c]ui était bien grande et bien riche devant Dieu, des véritables richesses et de la véritable grandeur, qu'un jour Notre-Seigeur lui lit connaître, que comms le poisson ne peut vivre et ne peut subsister hors de l'eau, de même l'âme n'a aucune vie et subsistance hors de lui ; et comme de quelque côté que le poisson se tourne, il trouve toujours l'eau, ainsi l'âme le doit trouver toujours.

0 Seigneur ! à qui irons-nous si nous n'allons h vous? Vous ètes'le chemin; quiconque ne marche jias jiar cette voie, est dans

1 égarement ; vous êtes la vérité, celui qui ne se lie pas à vous est dans le mensonge; vous êtes la vie, celui qui n'est pas uni à vous est dans la 'mort.

Nous avons fait voir particulièrement dans

TES DE BUtUON.

cotte seconde partie, que toutes les grandes et admirables vertus du P. Seurin sontdécoulées en leur[irinci(ie, de l'union intime qu'il a toujours eue avec Notre-Seigneur Jésus- Christ. Nous avons fait voir que celte union a été admirable, et jusque-là que Dieu pour en donner quelqucconnaissance, l'a fait voir quelquefois miraculeusement transliguré en Jésus-Christ, le faisant paraître extérieurement dans sa figure. Nous ajouterons ici aux témoignages des autres personnes éminentes en sainteté qui confirment cette apparition miraculeuse, parce qu'il leurest arrivé à elles-mêmes une chose (lareille, couiraei! se lit dans VUisloire de la réformcdu Carmel, de la scraiihi(]ue sainte Thérèse et de ses religieuses du couvent de Valladolid, qui achevant de communier, (larurent toutes couvertes de robes violettes, et; leurs visages changés en celui de Notre-Seigneur, en sorte que l'on ne voyait que l'aimable Jésus en toutes ces bonnes filles.

O mon Seigneur, ô mon Dieu ! changeznous en vous par une conformité entière d'inclinations, de lumières et d'affections. Ah 1 dépouillez-nous du vieil homme et nous revêlez de vous, afin que vous seul soyez et paraissiezen tout ce que nous sommes et en tout ce que nous faisons. Mais comme c'est le propre de l'amour de faire ]iasser la personne qui aime dans la chose aimée, il nous faut beaucoup aimer Notre- Seigneur Jésus-Christ. Aimons-le donc, ainions-le cet aimable Jésus; mais comment l'aimer sans y penser, sans s'appliquer à ce qu'il a fait ; sans le regarder, sans le mettre souvent devant les veux, sans parler souvent de lui ? Sainte Tfiérèse parlant d'un état qu'elle avait porté, oiî le contentement est grand, et où Dieu même verse son intluence, mais qui l'avait empêchée de s'appliquer à Notre-Seigneur Jésus-Christ ([lensant j^our lors bien faire), elle s'écrie : O Seigneur de mon âme et mon bien-aimé Jésus crucifié l je ne me souviens jamais de cette opinion que j'ai eue que je n'en ressente de la peine» et il me semble que c'était user d'une insigne trahison, quoique ce fut avec ignorance. Mais, Dieu merci ; je ne demeurai guère dans cette opinion ; je recommençai, selon ma coutume , à m'exercer et me réjouir avec vous, mon aimable Seigneur, qui, par votre bonté, avez bien voulu y remédier, en me donnant quelqu'un qui me tirât de cet abus, et me faisant la faveur de vous montrer à moi tant de fois, afin queje visse clairement combien cet abus est grand, et afin que je le fasse entendre à plusieurs personnes à qui je l'ai dit. Enfin je tiens que c'est pour cette raison que plusieurs âmes qui sont parvenues à l'oraison d'union, n'y font point plus de progrès et n'arrivent pas à une trèsgrande liberté d'esprit.

Le P. Saint-Jure, dans la Ti'e de M. de Renly, rapporte que cet homme rare était louché d'uu amour bien tendre et bien ardent envers Notre-Seigneur Jésus-Christ ; il remarque que ses conversations et ses discours tendaient toujours ace but, d'impri-

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