‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 51 sur 436 · LHOMME DE DIEU. — PART. III · texte numérisé non relu

LHOMME DE DIEU. — PART. III

vos Ames en soient i^lus libres pour se cloniHM' Dieu tOHt à tiit; noire travail doit être ((ue les choses extérieures ne fassent point impression sur nos Ames, ni pour le bien ni pour le mal (il entend parler du bien et du mal naturel). « Il éerivail de la sorte ù Mareiines avant son arrivée à Loudun et n'étant pas encore avancé en Age, ce qui fait voircombién il a toujours été à Dieu.

La pureté tle son zèle ne lui fermait pas seulement les yeux à ses meilleurs amis et à ses plus proclics, mais le portait dans un entier oubli de lui-môaie, qui est une chose dont presque tout le monde se souvient; c'est ce qui lui lit écrire un jour 5 madame sa mère : « Je vous prie de me perdre et tout ce qui me rcoarde en Dieu, ne me regardant que <les .yeux surnaturels et comme Jéjus-Christ me regarde, lequel est mon père et ma mère en toutes choses. » Il éciit dans les mômes sentiments à un religieux de sa Compagnie, et lui dit : « Je ne vous mande point de mes nouvelles, je ferais scrupule de vous occufier un moment sur ce qui nie touche : je souhaite que Notre-Seigneur Jésus-Christ et ses mystères vous remplissent si fort qu'il ne ne vous reste rien |)Our aucune créature. »

« Ce doit être, disait-il, notre pratique de suivie Dieu pour l'amour de lui-même, en la vue de son propre mérite et dans l'union de Jésus-Christ, sans rien vouloir pour nous-mêmes. » Il conseillait sur ce sujet ce que recommande saint François de Sales dans son saint livre De l'amour de Dieu, et ce que ce grand saint appelle s'exercer dans )a vaillantise spirituelle, qui est de (lenser aux choses et aux occasions oii l'on voudrait témoigner à Dieu sa tidélité et son zèle. Voici ce que le Père en écrit au sujet de quelques religieuses : « 11 ne faut jamais se reposer) jusqu'à ce que l'on se repose uniquement en Dieu, ()renaiit plaisir à se voir méjirisé, délaissé, rebuté, quand ce ne serait que dans limaginatiou, et pour cela je voudrais, si j'étais eu la place de ces bonnes sœurs, prendre devant le saint Sacrement un dessein de ne vouloir plus que Dieu, et dans toutes mes oraisons |>enser et repenser à ce qui me toucherait hors de lui, pour ensuite le désavouer, le regard<;r comme un ennemi, en concevoir une grande horreur, et enfin l'analhématiser ; il faut aller à Dieu sans propre intérêt, la vue du I)ur amour doit bien suffire; il faut sortir de tout ce qui est bas et petit : j'appelle bas et [letit tout ce qui n'est pas Dieu ou pour Dieu. »

Sa grande maxime était qu'il ne fallait avoir ni vie ni action que pour le seul intérêtdeDieuseul. Oh lia sainte.et divine maxime, qui est la maxime générale de tout le paradis! ù maxime qui devrait faire le sujet des plus sérieux entretiens des hommes! ô maxime qui devrait donner tout le mouvement à tous les desseins, à toutes les entreprises! ô maxime qui devrait être l'objet des amours des fidèles! ô maxime qui devrait être imprimée inctfaçableoient daus le

plus intime de tous les cœurs! Mais le maliieur est ([ue la maxime ojjposée du propre intérêt fait et occupe tout ce que la maxime de l'intérêt de Dieu devrait faire et remplir; car entiii le Saiiit-Ksprit nous dit (ce que la nialhoureuse expérience ne nous apprend que tro|)) que tout le monde iherclie le jiropre intérêt. Ce maudit intérêt se glisse jiailout, dans l'état séculier, dans l'état ecclésiasti(jue, dans les choses prolanes, dans les choses saintes. Hélas! il monte dans les chaires où il est combattu. Hélas ! où trouverons-nous un homme de Dieu seul? « Il y a mille sulitililés de l'amour-jiropre, disait le l'ère , (|ui nous portent à d'autres choses sous de beaux [irétextes. .Mais il faut que l'àiuo ne se détourne jamais du regard invariable du bien de Dieu ; il se faut toujours tenir dans cet état de pure vue, soit que l'on soit dans l'abondance, soit que l'on soi( dans la pauvreté; il faudrait comme s'incorporer une des règles de la société, qui dit qu'eu toutes choses il faut chercher Dieu ut se dépouiller de l'amour de toute créaiure pour donner toute son all'ection au Créateur. »

Un jour on le pressait fort de conseiller à une personne de se marier; quoique bien des considérations pussent l'obliger à faire ce qu'on lui demandait, il ré[)ondit constamiiif^nt « qu'il ne le ferait pas, et qu'en cela comme en toute autru chose il ne fallait pas seulement regarder Dieu, mais Dieu »eul sans autre vue, et ses seuls intérêts sans le mélange d'aucune autre considération. »

Mais comme un vrai enfant de saint Ignace, son zèle le portait encore plus avant :je veux dire où la plus grande gloire de Dieu se trouvait davantage. « Le cœur, s'écriait-il, ne doit plier sous autre motif que de faire en tout ce qui est à la plus grande gloire de Dieu. » Assurément une personne qui aurait un peu du véritable zèle du pur amour donnerait les millions de vies, et soutlrirait les millions île morts pour un seul degré de l'intérêt de Dieu. 0 intérêt de Dieu I ù intérêt de Dieu, que n'es-tu connu I

11 soupirait fortement sur le [letit nombre de ceux qui ne voient et qui n'aiment que Dieu seul; ce lui aurait été une consolation bien douce île rencontrer quelque personne semblable à ce solitaire dont il est rapporté qu'il pleurait amèrement de ce qu'entre les hommes il y en avait si i)eu qui aimassent Dieu, et que dans ce petit nombre entre cent à peine s'en trouvait-il un qui aimât Dieu seulement pour Dieu à raison de son mérite, et qui n'aimât que Dieu seul dans cet état du pur amour. « On se trouve, disait le Père en deux extrémités dans une funeste mort à toute la nature, et dans une vie très-délicieuse de la grâce; car Dieu, qui ne se laisse jamais vaincre en amour par sa créature, la caresse à proportion qu'elle s'attache à ses divins intérêts; et plus elle quitte les autres créatures et toute projire satisfaction, plus il lui donne de lumières, de liberté et de joie. Chose admirable que même nous ne trouvons jamais de vcri-

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(Hl'.VUES COMPLETAS DE DOUDON.

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lal)les pl.iisirs qu'en quitlaiit tous nos propres plaisirs. Je dirais, disait-il encore, à une âine (|ui voudrait (Hre un moment biénlieureuse : Oui, vous le pouvez cMre si vous voulez : quittez toute attache dans un luonient, et dans ce niùme moment vous serez bienlieur.euse, puisque vous trouverez Dieu ieul i\n- l'ait la parfaite félicité. »

aOli!quelleditlerence,)'seiriail-il, «entre l'amour pur et l'amour qui a du mélange! il y en a plus qu'il ne s'en trouve entre la luiniôre d'une petite chandelle et les clartés du soleil en plein midi; dans l'amour imparfait on opère bassement, avec bien de la Idcheté, et avec bien du respect Immain : la douceur, le recueillement accomi)agnent ce qui se fait purement pour Dieu, et Dieu y correspond [lar l'abondance de ses grâces irès-spéciales; les personnes qui sont attachées à leurs intérêts sont bien éloignées du jour de la vérité, elles demeurent dans un coin ténébreux d'oij elles ne voient pas bien clair, et toutes leurs œuvres se ressentent de -leur état ténébreux. Heureuse l'âme (jui sait bien détruire toute maxime qui vient du propre intérêt! mais elle doit entendre que les aimables voies qui conduisent à cet heureux et divin anéantissement, sont les mépris, la pauvreté et la douleur : que si ce sont ces voies qui mènent à un si heureux terme, |>our(iuoi se piainilre quand la divine Providence nous y engage? pourquoi ne les pas aimer'? pourquoi n'y mettre jjas sa joie et sa gloire ? »

Voilà les sentiments du P. Seurin.qui Pîarquent assez la pureté du zèle dont il était animé; mais il en faut voir les effets qui sont des [ireuves bien plus solides. Nous avons dit, parlant de son amour [lour Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu'il avait otfert son corps jiour être môme possédé des démons, afm d'obtenir de Dieu la li- Ijertô du corps adorable de son divin Maître, dont les magiciens s'étaient saisis. Mais la grandeur et la pureté de son zèle tout de feu l'anima encore à soulfrir ]>our le corps mystique de Jésus-Christ, comme il avait fait pour son corps naturel. Considérant que la mère Jeanne des Anges était un des membres de ce corps mystique de son Sauveur, et la voyant réduite dans des angois- .ses extrêmes et dans les dangers des j>lus cruelles tentations, il s'olfre à Dieu jiour être en sa place, pour porter toutes ses tentations, qui étaient abominables ; pour souffrir toutes ses peines qui étaient des |)lus grandes que l'on [misse porter en ce monde, et pour être même [)Ossédé des diables. Certainement il faut que le zèle sf>it bien pur, et dans sa jiureté bien séparant de soimême, et de tout propre intérêt, pour en venir à une résolution si sainte et si désintéressée.

Mais son zèle ne s'arrête pas là, non-seulernenlil est prêta soulfrir toutes soites de ))eines durant le temps, mais encore durant toute l'éternité. Voici une des occasions que la divine Providence lui donna pour lui faire exercer un acte si héroïque : l'n

jour son esj>rit se trouva fortement occupé de ce ([u'il ferait si Dieu le voulait faire soulfrir éternellement ; il n'avait pas hésité, comme il a étéilit, pour toutes les peines tem|iorelles, s'y étant olfcit avec tant décourage; mais il faut avouer que l'éternité (iiarticulièrement à une âme ipii en est pénétrée) est quelque chose d'inliniment terrible. Mais son zèle n'est jias seulement fort comme la mort en le privant de tout, il est dur et imiiitoyable comme l'enfer, en le mettant dans la résolution de tout soulfrir, aussi bien (jne de (ont jierdre, et cela pour un jamais, si l'intérêt de son Dieu s'y rencontre. Dans cette jiensée, il s'écria'd'uno voix plus forte qu'à l'ordinaire, avec de grands élans, et les grosses larmes lui tombant des yeux, « qu'il voulait soulfrir éternellement si c'eût été la volonté de Dieu, et qu'il n'aurait jamais d'autres désirs que de se soumettre parfaitement à son divin empire. » Ai)rès cela je ne suis jias surpris si l'ange gardien de la mère Jeanne des Anges lui dit, que Dieu prenait grand plaisir à éprouver la constance de son serviteur.

Disons encore quelque chose de plus. Il y a bien de la différence entre les résolutions les plus belles , et l'exécution des choses. Combien d'âmes ont des pensées divines dans leurs oraisons, qui dans leur jjfatique n'agissent que d'une manière fort terrestre ! Mais il n'en va pas de la sorte du P. Seurin, sa pratique sera conforme à ses pensées, et partout il donnera des marques d'un zèle le plus pur que l'on puisse s'imaginer. Ce serviteur de Dieu n'eut pas seulement la résolution de soulfrir éternellement, si l'intérêt de son maître se trouvait d^ans une éternité de peines, mais comme nous l'avons déjà remarqué et qu'en vérité on n'y peut jamais assez faire de réllexjons ; il tomba dans une peine de réprobation, où les démons se liant fortement à son imagination, il croyait être damné, et qu'il serait à jamais dans une peine inlinie. Ainsi dans son sentiment, ce ne sont plus de simples résolutions de soulfi'ir éternellement, s'il y allait de la gloire de Dieu; mais il croit sans en douter qu'etfcctivement U est dans un état qui aura infailliblement des peines éternelles : que fera jiour lors la pureté de son zèle? 11 faut avouer (lue c'est dans cet état si é|iouvanlable qu'il se rond admirable ; il est sans espérance, au moins à ce qu'il lui semble; il ne [leut plus prétendre à aucun bien pour lui, dequelque côlé qu'il tourne les yeux, soit vers le cie-, soit sur la terre ; tout est perdu pour lui à ce qu'il s'imagine; mais il suffit à cet âme héroïque, que Dieu reste. «Tous nos intérêts sont jierdus, dit-il, il n'y a plus rien è l'aire; mais l'intérêt de Dieu subsiste, et il faut travailler pour ce ilivin intérêt. Mes péchés ont mérité que je sois condamné aux enfers où il n'y a plus d'amour, où je n'aimerai j;oint Dieu, et là-dessus les torrents de larmes lui coulaient des yeux parmi une foule de soupirs, que l'on peut mieux s'i-

tlingincr qu'écrire fel en (l'amollir vin

LHOMME Di: DIEU. - PART. III.

vérité rctte idée lœur lie pierre ).

, cela ne lu'ôlera dois à mon fzrand

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Mais non, |)Oursuivait-i rien du serviie qiio je Maître; si nous ne le pouvons plus aimer, travaillons le reste de nos jours ii le faire aimer; il tant regarder son mérite, et ne nous pas arrêter h le qui nous en peut arriver; parlons donc, prôclions , écrivons (cardans cet état il a lieaucoup écril),alin que Dieusoitainié,alin qu'il soit louéel glorilié. « On lemarque (jne pour lurs ses paroles étaient toutes-puissantes pour toucher les cœurs du divin amour ; et il a laissé par écrit que jamais il n'a eu un plus grand désir que Dieu l'ùt honoré et aimé.

Après cela, mon cher lecteur, vous pourriez vous figurer des preuves plus fortes et plus convaincantes d'un zèle le plus pur ijii'on puisse s'imaginer? \\ est vrai que c'est un zèle d'un amour rare en notre terre ; mais qui a aiéi'ité l'approbation et l'admiration du |iaradis, puisqu'une des |ilus belles qui l'habitent, et ()ui a été ici-bas une

qu'il y trouve d'occasions d'y glorifier son souverain. C'est jiour lors que l'on peut dire que l'homme de Dieu jiorte un cœur plus grand que le monde. VA de vrai un monde entier ne sullii pas à l'étendue des désirs que l'ardeur de son zèle insjiire; il voudrait en avoir [ilusieurs, s'il était en son [louvoir, )iour les consacrer au service et à la gloire de son maître. Mais au moins il n'y a rien qu'il n'entreprenne dans l'ordre de la divine l'iovidence, qui seule est capable de lui borner son zèle, qui dans l'ell'et ne doit aller que jusiju'oi^i la divine conduite le porte. Ceiui-là fera beaucoup qui fera ce que Dieu tout bon demande de lui ; ce serait s'égarer que de vouloir aller plus loin, quelque bon prétexte que l'on puisse avoir.

Ainsi le grand secret dans les voies de la grâce est d'y discerner jusqu'oii la divine Providence nous mène ; car il est vrai qu'elle ne demande pas toutes choses de tous. Il y a des directeurs, des prédicateurs (ju'eUe appelle pour la conversion des pécheurs.

des jilus grandes amantes de Jésus le Roi c'est là le fort de leur grâce ; elle n'est pas

jiour lésâmes plusavancées. 11 y en a qu'elle ap[»elle pour aider ceux, qui ont déjà fait quelque progrès dans la vertu, ils ont bénédiction pour ces âmes. Il y en a qu'elle afiplique aux personnes qui marchent dans les voies les plus éminenles de la perfection, ils ont lumière , ils ont grâce jiour ces personnes. Mais il s'en trouve peu dont la grâce soit générale et qui s'étende sur toutes sortes d'états. Ceux qui diligent sans assez discerner la grâce qui leur est propre, se tirent hors de l'ordre de Dieu, et hors de cet ordre il n'y a plus de bénédictions; ils n'agissent plus par l'Esprit-Saint qui seul est le véritable guide de tous ceux dont il se sert pour conduire ; les âines en souffrent, la gloire de Dieu y est intéressée, et ils lui rendront compte de leurs entreprises par leur propre esprit. Mais l'amour-iiropre a de la peine de soulfrir que l'on dise et que l'on reconnaisse qu'on n'a pas de grâce pour certaines personnes, particulièrement quand l'intérêt , l'honneur ou la satisfaction s'y rencontrent ; on veut pour lors que Dieii veuille ce que nous voulons : cependant il est assuré que Dieu ne veut pas souvent ce que nous souhaitons le jilus ardemment, et qu'il n' ' su de

du ciel qui aient été, je veux dire la séra- (ihique sainte Thérèse, a bien voulu paraître au serviteur de Dieu au milieu de toutes ses peines, et elle lui parut en l'air loute environnée de lumières, avec ces deux mots écrits en rayon d'or : Le pcr amolr. C'était bien lui dire qu'il l'avait bien avant dans le cœur, puisqu'elle lui faisait voir extérieurement parmi tant de clartés célestes.

Mais il faut encore dire ce qu'il en a écrit lui-même, « qu'aussitôt que l'intérêt lie Dieu jiaraissait en quelque chose, nonseulement il y était porté par l'esprit, mais que la chair y avait de la com[)laisance. » C'est qu'ayant été dévoré par le zèle du pur amour, comme nous l'avons dit, il était tout changé dans l'ardeur de ce zèle. O mon cher lecteur, ne serions-nous pas dévorés par un zèle tout contraire, le zèle du jMopre intérêt ■? Ah 1 voyant agir la plupart lies hommes , ils marquent bien que c'est ce maudit zèle qui les dévore, et qu'ils sont comme tout transformés dans l'amour de leur pro()re intérêt ( que l'on peut dire être le grand roi et le souverain qui domine en toutes sortes d'états, de conditions et d'âges); mais disons avec le P. Seurin : o Au moins nous autres, abandonnant tous nos intérêts à la sainte Providence, ne cherchons plus, ne désirons [ilus , n'aimons plus, ne faisons plus d'état, ne nous attachons plus qu'aux seuls intérêts de Dieu seul. Ah! Dieuseul ! DieuseulltoujoursDieu seul! dans l'union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

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