‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 53 sur 436 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

L HOMME DE DIEU

PART. m.

qu'ils n'ont pas; car comme toutes ces fonctions vont à produiro Jésus-Christ dans les aine>, et (ju'ils ont i)ioii peu de son esprit, étant fort remplis d'enx-inôines, tous leurs travaux ont peu (relTel. Saint lîernard, parlant à CCS personnes-là, leur dit : Je ne veux point être riche de votre pauvreté; il leur voulait dire que, n'ayant pas grand'chose, ils ()ouvaient peu donner. Si Ton lait attention sur les préparations de saint Ignace et de ses premiers compagnons, par toutes sortes d'humiliations , de pauvretés, de contradictions, de jeûnes, de macérations, par des mortilications extrêmes, par de longues veilles, par une application ordinaire à l'oraison, l'on ne s'étonnera jias ensuiie des bénédictions extraordinaires que Notre-Seigneur a données h leurs travaux. Malheur à nous! s'écriait un grand prédicateur, les saints, les hommes apostoliques ont fait tant de choses i)0ur la gloire de Dieu, et nous en faisons si peu; ahl c'est qu'ils avaient beaucoup de Dieu et nous n'en avons guère.

C'est la grande préparation où l'on devrait insinuer fortement tous ceux qui sont a|i[>clés pour le [irochain, que res|)rit do mort et le renoncement à soi-même, [)Our ne vivre ipie de la vie de Jésus-Christ, et n"être animés et conduits que par son esprit ; n'agir et ne parler que jiar son divin mouvement. Les autres préparations, comme celles de l'étude, qu'il ne faut pas négliger, et à qui Ion donne tant de temps et ta/it d'application, ne sont jias si nécessaires; et cependant l'on y emploiera les dix et les douze années, et à peine en donnera-t-on une à la retraite, au silence, à l'oraison, à l'étude de la iuortilication de ses passions, au dégagement de l'esprit du ujonde, de l'estime et de l'amitié des créatures. Je demeure d'accord qu'il faut étudier, et que ce serait une manifeste illusion de ne le pas faire; mais en même temps je désirerais qu'on s'appliquât à la science des saints qui consiste dans la prati(iue, aus^i bien qu'à celle de l'école. O mon Dieu! que n ont point fait ceux qui ont été jileins de votre esprit? et quelle misère! quel spectacle! de voir dans plusieurs personnes, engagées dans les emplois les plus saints, tant d'esprit du siècle, tant de point d'honneur, de res|)ect humain, de prudence du monde, de recherche de ses aises, de l'estime et de l'amitié des créatures; tant d'empressement pour le bien, jjour l'augmentation de ses revenus. Cependnnt r.\pôtre et tous les hommes apostoliques s'écrient avec lui : Nous n'avons poinl reçu l esprit du monde, si je voulais plaire aux hommes je ne serais plus serviteurdc Jésus-Chrisl. (Galat. i, 10.) Cependant le Dieu de l'Apôtre, et du ciel et de la terre, s'étant incarné, s'écrie : Qu'il ne cherche point sa gloire, que son manger et de faire la volonté de son Père. [Joan. iv,3i.) Dieu seul donc, disait le f. Seurin, dans l'union avec Jésus-Christ. Sans cette pure vue il remarquait que l'on tombait dans trois sortes d'états bien déplorables : Pr£mière- OElvbes coupl. de Boldon. III.

ment, que Ion se trouvait environné du ténèbres, (pii enveloppent si secrètement (|ue l'du n'aperçoit pas même (pi'ellesse forment; ce i|iii arrive par des regards :n>perce|)tibles à autre chose qu'à Dieu, plusieurs gens de bien et bien intentionnés se trouvant malheureusement dans cet étal, pour s'être arrêtés à eux ou aux autres créatures. •Vinsi on les voit bien changés sans qu'euxmêmes s'aperçoivent de ce changement. Ils n'ont plus la pureté des maximes évangéliijues; ils se forment une cDiiliaiice pour leur manière de vie dans la distribution ou résignation des bénélices, dans l'usage qu'ils en font, dans les avis qu'ils donnent aux autres, au grand étoiinement de ceux à qui Dieu fait la grâce de conserver son esjirit ilans sa [)urcté; ils sont même jieu capables des conseils (pi'on leur peut donner lii-dessus, car, ayant été autrefois beaucoup éclairés, ils pensent encore voir bien clair dans les choses, et souvent ces gens-là no reviennent jamais.

Le sec'ond état où l'on tombe, et qui est encore en quelque manière plus dangereux que le [iiemier; est un certain reste de goût bas et imparfait des choses de Dieu, qui couvre le détour de la pure vue de Dieu seul, et (jui forme de faux jours qui sont comme des pièges perpétuels du diable, qui les tiennent attachés à eux-mêmes; voici que ces gens parleront encore bien de la vie intérieure, même en pourront écrire, et passeront toujours pour spirituels. Le troisième état est une privation de l'attrait à la retraite. à l'oraison, à la pure mortification; ce qui cause un épanchement vers la créature, et une secrète estime, un amour secret des choses du siècle, comme d'y être bien venu et bien considéré, etc.

Les prédicateurs et autres (lersonnes appelées au gouvernement, disait le Père, doivent se })iéparer par la retraite, par l'oraison, par la mortihcation, parle renoncement de tout le propre, [tar i'éloignement de ce qui éclate, et des plaisirs et commodités de la vie, et surtout des fausses maximes qui inondent toute la terre. Mais qui échappera à ce déluge, s'écriait-il, sinon ceux qui se tournent inviolablement aux lumières de Jésus-Christ acquises dans la retraite au désert avec lui? Quiconque ne bâtit là-dessus n'édifie rien de solide et retombera toujours en soi-même. Qu'il faut toujours être lié à Notre-Seigneur, soit au milieu des croix qui arrivent, soit dans les succès les plus favorables; qu'il le faut imiter en ce qu'il ne respirait que la gloire de son Père et s'en rassasiait ; qu'il faut à son imitation <lonner du temps à la retraite et à l'oraison. » Mais hélas! que faisons-nous? un Dieu- Homme se retire dans un désert avant que d'instruire, il passe les nuits entières dans l'oraison au temps de sa vie conversante ; et de chétives créatures |ienseronl faire quelque chose pour Dieu dans une occupation extérieure et presque continuelle ! « Il est vrai, disait encore le Père, que les emplois vers le prochain sont accompagnés des plus

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OTIVRES COMPLETES DE DO. OON.

saintes grâ«es, qunnd î"esprit(Jc moilithaliou s'y trouve, mais il t'iHUbieniirenilreL^aideîiiie se pas dissiper par le reidchi'uient. iuiliérant en quelque chose à l'esprit (rimmoriiiicaiion et pour le corfis et poai- l'espril, et se laissant aller cnqueUpie manière àl'esprit tluiuntule.

(I 11 enseignait encore que dans la voie ordinaire il fallait à la vt^nté que les prédicateurs se servissent ties piéparations nécessaires de l'étude, mais que l'on devait les modérer, et faire peu d'afipui sur ces choses où souvent il y a l)eaucoup d'humain, et peu de dé|iendance de la grâce divine. C'est un malheur h^en grand de ce qu'on a si peu de vue de Dieu dans les choses mAme de Dieu. Un prédicateur sera fort remiili de la division de son discours, des belles pensées qui y sont, de la force du raisonnement ; on montre quelquefois ces choses par avance aux personnes jjleines de l'estime du prédicateur; on l'écoute, on l'entend, l'on en sort avec clés réflexions sur son éloquence, sur sa manière de prêcher, ^'oilà l'homme, voilà l'humain, voilà la parole de l'homme; car, quoiqu'il ait annoncé la parole de Dieu, elle a été régardée comme la i>arole de l'homme. Mais (jui est-ce qui, à la sortie d'un sermon, réfléchit sur ces vérités chrétiennes ? Qui pense à l'obligation qu'elles lui imposent de se séparer de l'esprit du siècle, et considère les ojipositions qui se trouvent dans luiuaème au pur esprit de l'Evangile pour s'en défaire? (Jui est-ce qui se relire un quart d'heure au moins pour vaquer à la prière et demander miséricorde à Dieu, à qui souvent on ne pense guère, pendant que l'on n'est occupé cjue du jiiédicateur, soit pour l'approuver, soit pour y trouvera redire? Les hommes apostoliques, pleins de resj)rit d'oraison , remplis du Saint-Esjirit, allaient prôcher, sans se soucier d'eux-mêmes non plus que s'ils n'eussent pas été; ils en sortaient dans le môme esprit avec une sainte liorreur des afiplaudissements des hommes, et toujours dans uneiitieroublid'eux-mêmes, toujours occupés de Dieu seul dans l'union avec Jésus-Cliiist.

Ces gens-là, remarquait le P. Seurin, ne considérant [las les personnes dans leur naissance, dans leurs qualités,' dans l'honneur ou l'amitié qui leur en [leut venir, ils ne s'amusent pas à ce qu'il y a d'importun, de rebutant ou de pénible, ni à ce qu'il y a lie dégoûtant ; ils considèrent les âmes qui ont coûté le sang d'un Dieu; ils les sujiportent, ils les instruisent avec toute sorte de patience, sans se lasser, sans se rebuter, sans leur marquer d'ennui, sans leur faire paraître rien qui puisse les peiner, et surtout dans le confessionnal, qui de soi a quelque chose d'assez pénible. Celui, qui est uni à Jésus-Christ, l'imite en sa patience, en sa douceur, en sa divine charité qui nous attend jusqu'au dernier soupir de la vie. »

CHAPITKE IV.

Eclaircissement louchant la possession des

religieuses L'rsulines, et de, quelques au-

ires personnes de la ville de Loudun.

Après avoir montré que le P. Seurin était.

comme dit l'Apôtre (7 Cor. ix, 22), tout à tous les liommes, et "dans toutes les occasions où il y allait du service du prochain, sans s'épargner, il faut maintenant parler de la force et de la générosité invincible de ce fidèle serviteur de Dieu et du t.on immaculée .Mère clans lescoml)ats qu'il a eus avec les démons et les sujipôts do l'enfer; et parce que cette grande et longue guerre est arrivée au sujet de la possession que les démons avaient prise des religieuses ursulines et cle quelques autres personnes de 1.1 ville cle Loudun, dont nous avons déjà parlé en plusieurs endroits, et dont nous jiarlerons plus amplement avec le secours divin dans le reste de ce petit ouvrage, nous avons cru cpi'il y allait de la gloire de notre Maître de clonner quelque éclaircissement sur ce sujet, laissant à ceux, à qui Dieu tout bon inspiiera d'en donner l'histoire au public, d'en traiter plusau long et de donner une plus grande lumière sur une matière de ceite importance.

Premièrement ce serait une chose superflue que de s'arrêter à la |)reuve qu'il y a des possédés, puiscpie l'Evangile nous le dit clairement, et que l'une des promesses que le Fils de Dieu a faite à ses apôtres, et en leurs personnes h son Eglise, est de pouvoir chasser les diables des corps qu'ils possèdent ; de là vient qu'il y a un ordre d'exorcistes établis pour cette fonction, et qui est un de ceux que l'on donne encore aujourd'hui à tous ceux qui entrent dans le sacerdoce. Les Pères, et entre eux les [ilus anciens, ont |)arlé des exorcistes et des exorcismes, comme saint Ignace le martyr, évêque d'Antioche, saint Justin martyr, Tertullien, saint Jérôme, saint Cyprien, saint Augustin, saint Athanase et saint Chrysostome. On trouve dans riiistoire que l'on usait d'exorcismes du temps de saintMartin, et le savant Totiiel remarque que souvent les diables sont chassés par ce moyen.

Ce que nous avons donc à montrer ici en peu de paroles, en laissant à ceux qui écriront l'histoire à en traiter plus au long et plus expressément, est que les possédés de Loudun l'on été véritablement. Et premièrement c'est un grand préjugé de la possession de Loudun, que le sentiment cie tant de personnes qualiliées qui l'ont estimé de la sorte, comme l'ont fait les cardinaux, les évoques, les généraux, les provinciaux d'ordres et les docteurs, les princes, les magistrats, les médecins, et même les hérétiques qui apiiaremment ne sont pas gens à croire rien de léger sur ces matières. L'éminentissime cardinal de Richelieu, l'un des plus grands esprits de notre siècle, et qui était très-savant, a tellement cru la possession de Loudun, que les exorcistes y ont été envoyés par son ordre, qu'ils y ont été défrayés par ses soins aux dépens du roi, et qu'il a soutenu toute cette affaire par son autorité. Il y a peu d'apparence qu'un si grand génie se soit laissé persuader sans des preuves convaincantes. Messeigneurs les prélats, qui gouvernaient pour lors les Egli-

L'HOMME DE DIEU. — PAllT. III.

sor>

ses de Toulouse et de Nîmes, s'y rendirent en personne pour porter un jugement |tlus certain do cette airaire, et ils en Jeiiiourùreiil narlaileinont cniivaiiicus. l'ii firoviiuial do la Compagnie de Jésus avec plusieurs personnes savantes et cxpéiiinentées, tant de son ordre que des autres ordres réguliers, en firent le m(5a)e jugeaient ; le général même de la Compagnie de Jésus, sur les preuves (pii lui en turent données, entra dans les mômes sentiments ; feu monseigneur le duc d'Orléans, ayant assisté à quelipies exorcismes, ne douta iioint de leur possession. Le milord Montaigu, qui dejiuis a été assez connu en France sous la qualité d'abbé, d'iioumie d'esprit et de capacité, n'ayant encore fait profession ouverte de la foi "catholiqne, et ayant avec lui des hérétiques anglais, étant passé par Loudun, fut témoin avec sa compagnie de la sortie de l'un des démons du corfis de la .Mère des Anges, par les signes visibles qu'il en a laissés ; et ils en furent tellement convaincus, que le milonl et les gentilshommes qu'il avait avec lui en laissèrent leur témoignage au greffe. De plus le milord .Montaigu crut la chose si importante pour la gloire de Dieu, qu'il en voulut entretenir le Souverain Pontife Urbain ^'I11, lorsqu'il fit profession de la foi catholique entie ses mains. Grand nombre d'autres personnes d'une doctrine et d'une piété éminente ayantjugé cette possession réelle et très-véritable, cela assurément en doit être un grand préjugé.

Riais les règles, que les ordres de 1 Eglise prescrivent jiour avoir des preuves infaillibles d'une véritable possession, se sont trouvées dans celle de Loudun, et, entre autres, ces actions qu'on a vu faire à ses religieuses au-dessus des forces de la nature, l'intelligence qu'elles avaient des langues inconnues, la science qui paraissait si grande en des personnes d'elles-mêmes ignorantes, la révélation oula connaissance qu'ellesavaient des choses cachées ou qui se passaient dans des lieus éloignés, en sont des preuves bien convaincantes. On les a souvent vues faire des mouvements qui, étant au-dessus des forces naturelles de l'homme au Jugement même des médecins, il faut conclure que cela venait d'un princi|ie étranger qui est le démon. Dans le commencement elles ont parlé de la langue latine qu'elles n'entendaient pas, et elles ont toujours ré|)ondu aux demandes qu'on leur a faites en cette langue, quoique l'on se servit exprès des termes les plus diificiles à entendre, comme il est arrivé en la présence de plusieurs prélats. Elles ont révélé ce qui était arrivé dans des provinces et des pays éloignés; elles ont manifesté bien des ibis les pensées de quelques personnes quand elles le désiraient intérieurement, et, ce qui est étonnant, quelquefois même contre leur volonté. Le P. Seurin atteste qu'il a eu une grande expérience de la connaissance que les démons avaient des pensées même les plus cachées, dont on prenait garde de ne pas

donner le moindre signe au dehors; ce qui favorise l'ojiinion de quehjues théologiens qui estiment que si les démons connaissent bien la substance de l'Ame , comme on le croit, ils n'en ignorent pas les [lensées, bien ([u'ils ne voient pas ce qui se passe dans la volonté touchant le libre usage qu'elle en fait; mais il faut toujours avouer, soit <pie la manifestation des pensées vienne de la connaissance naturelle qu'en ont les démons, soit qu'elle vienne par permission divine, qu'elle n'est pas naturelle à l'honime non |ilus que la science des questions les lilus dilliciles de la théologie à de simples filles >ans aucune étude, comme on l'a remarqué irôs-souvent dans les religieuses de Loudun.

Ces preuves infaillibles ont été données en présence des évoques, des supérieurs d'ordres, des docteurs et de personnes de haute qualité, des magistrats, des médecins. il est vrai que Dieu qui résiste aux superbes n'a pas voulu permettre quelquefois qu'elles aient été données en présence de certains esprits fiers et hautains que la seule curiosité y conduisait ; mais il suffit qu'elles aient été reconnues par des personnes éminentes par leurs qualités et par leur doctrine et leur piété. Les diables étaient obligés de déclarer aux exorcistes qu'ils faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour se cacher, pour Le pas faire connaître les choses extraordinaires que la possession découvre, et que Dieu leur permettait de se tenir cachés à l'égard des esprits suffisants et curieux. Il est vrai que la possession découvre manifestement de grandes vérités ; car, s'il y a des démons, ilj y a un Dieu qui les a créés et qui les [lunit, et cela marque aux athées et aux libertins que Dieu châtie les crimes, et qu'il y a un enfer et une autre vie où Dieu punit les méchantes actions. La possession fait voir le pouvoir de l'Eglise et de ses ministres, la présence réelle du corps du ¥hs de Dieu en la divine Euclwristie, l'honneur dil aux reliques, et le pouvoir de l'intercession des saints contre les hérétiques. C'est pourquoi il ne faut pas s'étonner si les démons se servent des impies, des libertins et des liersoniies vicieuses, pour ôler la créance qu'il y ait des corps possédés , à cause de la grande gloire qui en arrive à Dieu et des grands biens que les âmes en tirent. Les Pères de l'Eglise ont jugé que la possession était une preuve bien forte et solide, puisqu'ils s'en sont servis contre les hérétiques, et que saint Jérôme, l'un des plus savants, objectait aux hérétiques de son temps qui n'honoraient pas les reliques des saints, comme le font encore présentement ceux de notre siècle, la crainte que les démons faisaient paraître dans les corps des possédés. Si l'on répond que l'on ne doit pas croire aux démons qui sont des esprits de mensonge, il faut dire qu'ils sont menteurs quand ils agissent par leur propre mouvement, mais qu'iïS sont conti'aints, par le pouvoir que Jésus-Christ a laissé à son Eglise, de manifester souvent de grandes vérités,

OPIVRES COMPLETES DE BOl'DON.

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tommo rcxi'érience le fait voir, et comme nous n'en |ioiivons «Jouter lorsque les vérités sont de eeiles que la foi nous révèle.

Or, il faut bien consiiiérer que Dieu tout bon cl miséricordieux ne permet ces grands maux que pour de très-grands biens, comme l'on peiit voir dans cette possession de Loudun. do laquelle Dieu a tiré une très-grande gloire par la conversion et snnctilication de plusieurs âmes, h l'iionneurdes luvstères de ta^eligioa et des saints dont la vénér;i!ion s'est augmentée à la confusion des démons, qui ont eux-mêmes contribué à détruire la magie et les superstitions qui voulaient s'établir. Les pécheurs se sont convertis à la vue des ciioses extraordinaires qui se pas- >a;ent en leur présence; les hérétiques en oru été touchés, obligés môme de reconnaîl'e le pouvoir de l'Eglise; et, ce qui est davantage, les athées non-seulement ont été b)[cés de reconnaître un Dieu, mais s'y sont sanctifiés, comme il parait en la personne de .M. de Korioles , conseiller du parlement de Bretagne. Celait un homme qui ne croyait jioint de Dieu, sans religion et sans foi, abîmé dans toutes sortes de désordres, dans des emportements si excessifs que, lorsqu'il tonnait, il tirait contre le ciel à coups de iiislolet pour le braver ; si désespéré, i|ue la foudre étant tombée dans sa chambre , qu'elle avait remiilie de feux et de llammes, il se moquait encore, pendant que ses gens

par eux-mêmes qu'un si grand pécheur fut ilélivré de leurs mains,; et c'est une chose bien remarquable que ce libertin, sans savoir ce qu'il faisait, [)uisqu'il ne croyiit pas de Dieu, avait une inclination de respect et d'honneur pour la très-sacrée Vierge, sa digne^mèie; la divine |)rovidence qui se voulait servir de cette grande reine, en disposant de la sorte jjour tirer le misérable de l'abîme où il était plongé.

Mais quelle gloire Dieu n'a-t-il pas tirée de cette possession, faisant voir l'honneur qui est dû à ses mystères (taries adorations et les respects extrêmes que les diables étaient obligés de rendre au très-saint sacrement de l'autel ! Quelle gloire n'en a-t-ii pas tirée dans les honneuis qu'ils ont été contraints de rendre à sa très-pure Mère, à ses anges et h ses saints, et spécialement ?i saint Josejihl L'on peut même dire que Dieu a permis spécialement cette possession, atin qu'elle contribuât d'une manière extraordinaire à la gloire de cet incomparable saint. Nous avons rapporté son apparition glorieuse à la mère Jeanne des Anges. Nous avons dit comme elle a été guérie un raculeusement [ilusieurs fois par son intercession, et comme Dieu s'étaitservi du linge teint de l'onction sacrée, que ce grand saint avait ajipliqué h cette bonne mère, et même des morceaux de itapier qui avaient touché ce linge, pour faire quantité de miracles dans

criaient unréricorde. Sa grande application un grand nombre de villes et de [irovinces

était à chercher les moyens de faire du mal ; Il où il paraissait le jilus grand c'est où il se portait davantage. Il avait même pris la résolution de se faire turc, |)our avoir lieu de combattre contre les Chrétiens. A peine a-ton vu une personne plus désespérée et plus (riminelle. Comme ses intentions n'allaient qu'au crime, il était venu à Loudun pour une méchante lin; et à son arrivée il ne manqua pas de se railler de la bonne manièle, des possédés, comme c'est l'ordinaiie des libertins, et d'accuser ces tilles de folie. Cepenilant, ô mon Dieu! vous qui savez conduire les choses à vos fins par les moyens qui semblent les plus opposés, et qui voulez triompher de vos ennemis [>ar vos ennemis mêmes, vous voulûtes que ce lit^ertin, cet esclave du diable vît leurs opérations funestes, jiour le tirer de leur esclavage. Il alla donc voir les |)Ossédés pour se divertir, et pour en faire le sujet de ses railleries ; mais les démons, lui ayant révélé des choses trèssecrètes et que personne ne savait , il fut d'abordétonné, et cela l'obligea de retourner encore aux exorcisuics où il fut tellement touché, que, depuis ce temps, il a mené une vie très-iainte, et a fait une jiénitence si exemjilaire. que l'on a donné l'histoire de sa vie au public. Comme nous ne pouvons i-ien omettre qui regarde la gloire de l'imuiaculée Mère de Dieu, nous rapporterons ici que les démons avouèrent que c'était cette Mère de miséricorde qui avait intercédé puissamment auprès de son Fils pour f» obtenir une conversion si extraordinaire, à leur grande confusion, puisque es fut

diirérentes, et d'une manière si éclatante et si glorieuse pour cet aimable é(>oux de la très-|Mire Vierge et jière |>utatif de Jésus, que l'on ne trouvera pas dans l'histoire rien de pareil en fait de miracles pour l'honneur d'un saint si admirable : ce qui doit bien persuader que la volonté tie Dieu est que sa dévotion s'établisse plus que jamais, et que l'on en doit esjtérer toutes sortes de secours dans ses besoins. Mais quelle édification n'a jioint donnée aux personnes de toutes sortes d'âges et de qualités l'impression merveilleuse des noms sacrés sur la main de la mère Jeanne des Anges, que les démons ont été obligés d'y faire à leur sortie 1 L'on a vu, durant plus de vingt ans, les quatre noms de Jésus, Marie, Joseph, François de Sales, imprimés sur la main de cette religieuse, qui, s'effaçant peu à peu, se renouvelaii'iit tous les quinze jours, et aux grandes fêles avec des effets qui donnaient beaucoup d'admiration et de consolation : il en sortait même une Ofleur suave qui laissait de grands senliments de |>iéié. Le feu roi Louis XIII, d'heureuse mémoire, la voulut voir, lorsque la mère jiassa par Paris, et en j>arla ensuite, bien touché de la vue d'un état si étonnant; la feue reine mère, l'éminentissime canlinal de Richelieu, quantité de personnes illustres, firent la même chose avec admiration de la puissance de Dieu.

Enfin la magie se trouva bien renversée dans ses desseins, puisqu'elle fut détruite par les moyens dont elle s'était servie pour s'établir. Je ne puis ici m'empêcher de remar(iuer avec étonnement l'aveuglement de

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