‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 55 sur 436 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la force du zèle du P. Seurin, qui l'engagea à une cruelle guerre contre l'enfer, et de la grâce de sa vocation à une entre: prise si difficile.

Tout ce que nous lisons dans l'histoire des plus cruelles guerres entre les hommes, n'approche point de celle que l'homme est obligé d'avoir avec les démons, soit que l'on considère tes sujets de cette guerre, soit que l'on pense aux ennemis qu'il faut combattre , soit que l'on regarde la durée et la manière du combat : car, si l'on considère les sujets de la guerre qui se fait entre les |irinces et les puissances de la terre, le sujet de cette guerre ne peut être que la prétention d'une province ou de quelque intérêt temporel ; et quand on dit temporel, aussitôt l'on peut bien voir que cela n'est pas de grande conséquence. Et, en effet, que restet-il à ces conquérants du monde, les Alexandre, les César, de toutes leurs victoires? (jue leur servent tous leurs triomphes au milieu des brasiers de l'enfer et dans l'éter-

nel esclavage des démons? Mais le sujet de la guerre entre l'homme et le démon est un bien ou un mal intjni : un mal infini que l'on veut éviter, un bien inlini pour la bienheureuse possession duquel on combat, c'est-àdire pour l'éternité, pour Dieu même. O grandes vérités dites en peu de paroles , à quoi l'on pense si peu, à quoi l'on devrait entièrement penser 1

Mais quelle différence entre ces guerres, si l'on fait encore rétlexion sur les ennemis qui sont à combattre , puisque ce n'est pas avec des hommes qui ont la faiblesse pour partage ; mais ce sont ces hommes qui ont à combattre avec de purs esprits redoutables dans leurs forces, devant qui cel'le des hommes n'est rien ! C'est ce qui fait crier au grand Apôtre : Armez-vous de toutes les armes de Dieu , afin de pouvoir vous défendre. {Rom. VI, 13.) 11 dit bien les armes de Dieu ; car toutes celles des lioniraes y seraient bien inutiles. Que ceux qui se confient en leurs forces rentrent un peu dans eux-mêmes, ces gens qui disent qu'ils se connaissent bien, (]u'ils sont bein éloignés de tomber en de certains péchés, (pii ensuite s'engagent facilement dans les occasions; qu'ils sachent que leur [jrétendue connaissance n'est qu'une illusion,quelavéritablelu:uière nous fait connaître que nous ne pouvons rien , et que nous sommes la faiblesse môme. Oh 1 combien de ces gens sont tombés dans le préci-

Page 1