LIIOMMK DE DIEL. — PART. III
jùce et dans les péchés dont Us semhTaiciil si éloignés, i)ar la fausse conliance en euxiiiôines, ijui est l'une des jilus niccliantcs dispositions que l'on puisse avoir. L'on en sait des exemples qui l'ont peur. Un démon, paraissant un jour à saint Pacùme, lui disait : bi Dieu n'aruMait nos forces , nous viendrions liieiilùt à l)0ut des liommes. 11 e^t vrai, si l'on considère les hommes dans leur nature; mais i|ue ne peuvent-ils pas en la vertu de Jésus-Christ?
De plus, la ditrérence de ces guerres est encore bien grande, si l'on lait réiloxion sur la manière et sur la tlurée du combat. Les hommes comlialtent avec d'autres hommes comme eux, qui leur sont connus et iju'ils voient; mais les démons ^ont des ennemis invisibles qu'on ne peut aisément attaquer et dont on ne se dél'eml pas facilement : ce sont des ennemis dont les arliûi es sont inexplicables, et dont la grande connaissance est fortiliée par une expérience aussi longue qu'est la durée du monde, acquise par tant (le milliers d'années, dans autant de personnes qu'il y a eu de|)uis le commeniemcnt des siècles, el dans autant de lieux qu'il s'en trouve dans toute la terre; ce sont des ennemis qui ne dorment jamais, qui sont toujours aux embûches, qui sont infatigables, qui reviennent incessamment au combat sans se lasser , ce qui rend cette guerre perpétuelle et jusqu'au dernier souiiir de la vie.
Cette guerre si redoutable est commune à tous les hommes; elle nous est commune, mon cher lecteur, à vous et à aïoi. Hélas 1 3pensons nous? hélas! les hommes y pensent-ils , ces hommes qui vivent dans laise comme s'ils n'avaient aucun ennemi à combattre ; qui se jettent eux-mêmes dans leurs pièges, qu'ils leur tendent par les richesses, par les honneurs et les |ilaisirs ; qui s'en laissent surprendre si volontiers, s'arrêtant aux bagatelles du monde dont ils les amusent; qui s'en laissent enchanter par les choses temporelles? Je ne m'étonne pas après cela de la vision du grand saint Antoine, l'honneur des déserts et l'ornement de la vie solitaire, à qui Dieu fit voir le diable d'une forme monstrueuse, dont la tête touchait les nues, et les bras s'étendaient d'une l'ayon immense dans les airs, et qui, en même temps que les âmes qui lui étaient aussi montrées sous des flgures corporelles, s'élevaient vers le ciel , les relançait d'une manière impétueuse sur la terre, en sorte qu'il n'y en avait presque pas une qui échap[iât des mains cruelles de ce monstre d'enfer ; ce qui donna lieu au grand saint de s'écrier : ; O mon Dieu 1 qui pourra échapper des mains de ce tyran? Ahl qu'il faur être humble pour obtenir les grands secours de Dieu, qui nous sont nécessaires! qu'il faut être détaché de toutes choses pour ne lui pas donner de prise! qu'il faut avoir de solide vertu pour en remporter la victoire ! Faites un peu de réflexion, vous qui lisez ces vérités, dans quel état vous ê;es.
Voilà la guerre commune à tous le^ lioni-
mns avec les démons ; mais celle du Pèro Seurin avec les esprits d'enfer a été extraordinaire, ayant eu h les lombattre dans la possession des religieuses, et dans la [lossi'ssion et obsession (ju'il en a lui-même soulferto. De plus il a eu all'aire avec les plus puissants démons de l'enlcT, Lévialhan et iJéhémol. dont il est parlé dans le livre do Job, el d'une manière ellroyable en deux chapitres entiers. 11 sullit de dire ici que l'Kcriture nous assure qu'il n'y a point de force en terre qui égale leur puissance. Cejiendant c'était avec ces puissances que le l'ère avait à combattre; il y avait quelque temps qu'il était déjà obsédé par les démons, lorsque la dérluratiun ouverte de la guerre se fit. Un soir, dan^ un jiarloir qui répond à l'église dus religieuses, en la seule présence de Dieu et de ses anges, c'est là (jue se donna le défi généial d'un combat bien étrange, qui devait durer de longues années. J'ai commencé, lui dit le démon, à te faire sentir mon pouvoir, mais tu verras bien d'autres choses, j'ai bien d'autres forces que tu ne penses. Tout l'enfer se bandera contre toi, je me servirai même des magiciens, je te rendrai tout à fait misérable, le traitement que je te ferai sera si rude et si étrange que lu auras tout lieu de te repentir de ion entreprise, et lu seras contraint loi-même de demander à en sortir; je ferai contre toi des choses si extraordinaires et si inouïes, que ceux de qui tu dépends, à qui nous donnerons comme il faut de l'émotion contre toi, seront obligés de te faire quitter ; lu en sauras liientùt des nouvelles. .Mais le Père demeurant dans une fermeté inviolable, sans aucunement s'étonner, lui répondit : « Je ne crains point toutes tes menaces, tous les tourments dont lu penses m'épouvanter ne servent qu'à me redoubler le courage, puisqu'il n'y a rien que je désire davantage. » Il pouvait i>our lors se souvenir des paroles toutes de feu de saint Ignace le martyr : Je ne lue soucie pas de soutfrir tous les" tourments des diables, pourvu que j'aie Jésus-Chrisl. Il pouvait pour lors s'écrier avec l'Apôtre : Qui nous séparera donc de la charité de Jésiis-ChrisC? sera-ce l'affliction? ou les déplaisirs? ou la faim? ou la nudité? ou les périls? ou la persécution? ou l'épée? ainsi qu'il est écrit : On nous fait sans cesse mourir pour l'amour de vous; on nous traite comme des brebis que l'on destine à être égorgées ; mais au 7nilieu de tous ces maux nous demeurerons victorieux par le secours de celui qui nous a aimés ; car je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les vertus, ni les choses présentes, ni celles qui sont à venir, ni la force, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature, ne nous pourra jamais séparer de l'amour que Dieu nous porte en Notre -Seigneur Jésus -Christ. {Rom. viii, 35 - 39.)
Le Père avait mis toute sa confiance en celui en qui l'on peut tout ; ainsi il ne craigna.il rien , ainsi il disait au démon ; « Si lu us l'enfer et la magie contre moi, j'ai pour
ŒUVRES COMPLETES DE BOLDON
moi !e ciel et ses anges. » Et il «vait Jésus- Christ le Dieu du ciel, c'est ce qui taisait qu'il se moquait même îles démons. Une sainte âme avait eu une connaissance surnaturelle des niauï extrômes qu'il devait souUVir, dont la seule idée la laissa dans une grande fraveur; mais elle fut consolée en voyant une main céleste étendue sur lui, qui le prolé^eail. Le Pire disait avec grande raison, qu'il ne pouvait se défier des conduites de Dieu, c'est ce qui lui lit écrire à l'une de ses tantes qui était religieuse :«Matrès-honorée tante, je suis un peu fâché contre vous de ce que les accidents (|ue Dieu permet qui m'arrivenl vous l'ont entrer en déQance jusqu'à désirer que j»^ (|uiite le champ de bataille ; cela mesemble indigne de l'esprit de Jésus-Christ. Vous me faites un grand tort, et, si vous n'étiez ma tante, je pense que vous me fâcheriez; c'est trop peu de chose que des diables à celui qui a tout quitté pour ne trouver que Dieu, pour lui donircr de la peur ; entrez donc dans l'abandon de vous-même et de ceux qui nous touchent, entre les mains de la divine providence. »
Celui qui n'a pas le moindre appui sur aucune chose de créé, et qui se re[iOse uniquement sur les soins de la divine providence, agissant dans l'ordre de Dieu, est exempt de toute sorte d'inquiétude. Je dis agissant dans l'ordre de Dieu, car ceux qui sont hors de cet ordre, quelque bien intentionnés qu'ils soient, ne pourront jamais faire de grands progrès. C'est ici la cause de tant de maux que nous voyons dans toutes sortes d'états où les hommes s'ingèrent d'eux-mêmes, ou par le conseil et persuasion de la chair et du sang. Ah! que de malheurs dans l'étal ecclésiastique, parce que [dusieurs y entrent par l'esprit de l'homme et non pas par l'esprit de Dieu. Le P. Seurin ne s'était pas introduit de lui-même dans son emploi à Loudun, il y avait été conduit i)ar le Saint- Esprit, et voici comme la chose arriva.
Lorsqu'il demeurait à Starennes et qu'il y annoni;ait la parole de Dieu avec une fer- Veur apostolique, après avoir prêché avec force le zèle du grand saint François Xavier, le jour de sa fêle, tout à coup il se sentit saisi d'une grande impétuosité d'esprit, ce qui l'obligea de se retirer dans sa chambre, et là, dans les ardents désirs de la gloire de Jésus que le feu sacr'é du divin amour allumait dans son cœur, comme il s'oll'rait à Dieu pour être envoyé oii il lui plairait, lui demandant très- humblement la grâce que ce fût où il serait le plus glorifié, le père supérieur entra avec l'ordre du jière provincial, pour l'envoyer à Loudun et le faire partir incontinent.
Le vrai obéissant, sans aucunement hésiter, se disposa tout aussitôt à partir, ce qui ne fut pas sans une s|)éciale conduite de la divine providence, qui dispose de tout, et qui veille filus que L'on ne veut jamais penser sur ceux qui sont entièrement abondonnés à ses soins. 0 divine et très-aimable providence, que les hommes ne savent-ils vos soins et vos bontés! Plusieurs pères
s'étant trouvés d'avis contraires au sentiment du père provincial, et, après avoir été consultés, lui ayant tous unaniment déclaré (ju'il n'était i)as à propos de se servir du. P. Seurin pour exorciser les possédés de Limdun, cela lui lit changer de pensée, et l'obligea d'envoyer un second ordre au supérieur de Jlarennes pour y retenir le Père, s'il n'était pas encore parti. Mais sa prompte obéissance l'avait déjà mis en chemin, et avait donné lieu aux ordres de la divine providence. Il est très-vrai qu'ordinairement les des>eins de Dieu soulfrent de l'opiiosition, et quand il n'y en a pas, disait saint Ignace le confesseur, c'est une marque que Dieu n'a pas de grands desseins dans la chose. Le P. Seurin n'en manqua pas, et dans le commencement et dans les progrès de cette affaire, et ce lui fut la [iremière et la grande marque de sa vocation.
Sa vocation à un emploi si diOlcile fut encore confirmée par une révélation céleste qu'en eut une personne éminente en vertu . elle a encore été autorisée par miracle. Dieu ayant élargi sa |ioitrine, comme il a déjà été dit, de telle manière que ses habits qui lui étaient justes lui furent trop petits, et ensuite il eut la facilité de respirer qu'il n'avait auparavant qu'à grand'[ieine, car il soutfrait une telle oppression qu'il s'attendait bientôt de mourir. Ceci lui arriva tout à coup dans une nuit, quoiqu'il en eût reçu quelques assurances du ciel plusieurs jours auparavant. Les démons, qui n'ignoraient pas son esprit de mortification et de dégagement Gt la plénitude de l'esprit de Jésus- Christ qui résidait en lui, furent saisis de crainte à son arrivée, et en donnèrent des impressions à la mère Jeanne des Anges, qui se sentit pleine de Irayeur à sa première vue, et elle entendit" les démons qui disaient : voilà celui qui nous ruinera. Devrai la ruine de l'enfer n'arrive pas par les beaux talents de l'esprit, |)ar la science, ni par l'éloquence, mais par le seul esprit de notre Sauveur, qui ne s'établit que par l'esprit de mortiticatioii et de dégagement des créatures, et de renoncement de soi-même et aux choses que le monde estime et aime. Un homme de la sorte fait trembler l'enfer; aussi ne manque-t-il pas de contradictions ni d'oppositions, pendant que ceux qui ont peu de cet esprit de Jésus-(]brist sont laissés fort en repos : on les goûte, et ils agisssenl à l'aise sans aucune contradiction. La raison est que la nature corrompue et les démons n'en ont pas beaucou|j à craindre.