CHAPITRE VIII
De la prudence divine de son zèle dans la conduite de la mère Jeanne des Anges.
Le P. Seurin tenait pour maxime que l'affaire de la conduite des âmes était jilutôt une afiaire d'onction que de science; plutôt d'adoration que d'action ; de [latience et de vigilance que de paroles ; plus de Dieu que de l'homme; ainsi disait-il, « que le directeur se devait tenir tout en Dieu par sa lumière, par sa puissance et par l'emploi des vérités et de la doctrine de l'Evangile. » Mais les maximes de ce fidèle serviteur de Jésus- Christ et de son immaculée Mère étaient suivies de sa pratique : // faisait ce qu'il disait. « Il disait donc que l'affaire de la conduite des âmes devait avoir plus d'onction que de science. » Ce n'est pas qu'il ne demandât de la science dans le directeur, car elle lui est môme très-nécessaire; il doit être savant, carildoitdiscerner entreleiiécbé et le péché, le bien d'avec le mal et le mal d'avec le bien. Il doit prendre garde que l'intérieur et l'extérieur soient entièrement conformes à la vraie lumière ; qu'il ne se glisse rien dans les voies surnaturelles qui soit opposé à l'Ecriture et aux sentiments de l'Eglise. 11 est aussi vrai ce qu'enseigne saint Augustin, que les instructions des maîtres de la terre sont des secours extérieurs : ce sont des avertissements. Mais que celui qui enseigne les cœurs a son siège dans le ciel ; que comme c'est le jardinier qui plante et qui arrose, c'est Dieu qui donne l'accroissement. Le grand et céleste directeur est le Saint-Esprit, dont l'onction donne une doctrine toute de vraie lumière et de pur amour. C'est pourquoi le disciple liien-aimédit ces paroles en sa /" Ep'itre, chapitre ii, v. 27 : Pour vous
L'HOMME DE DIEU. — PART. 111
fnitrs que l'onction que vous avez reçue de lui (leiiirure en vous; et vous n'aurez pas hrsnin (/ne personne vous ensei(/ne. Mairi ce i|iie son oiutinii voiisap|ireiiil de toutes cliosivs. c'est l;i vi5ritL^ et non point un mensonge ; (leu)cure^ donc en lui roiuaie il vous a enseijjné.
Puis donc que c'est l'onction qui vient de l'esprit de Jésus-Christ qui nous donne de vérilaliles lumières (jui brûlent aussi bien qu'elles éclairent, qui portent encore |ilus d'ardeur dans la volonté que de clarté dans l'enteiuiement , il est bien vrai que la conduite des âraes est plutôt une all'aire d'onction que de science; car encore que la science y soit nécessaire, comme il a été montré, cependant la science sans l'onction (lu ."saint-Esprit servirait de bien peu. De là vient que le Père ajoute encore que la contluite a plus besoin d'adoration que d'action; car (]ue peut faire l'homme avec tous ses efl'urts, avec ses sciences, avec toute son élo- ' quence, avec toutes ses actions et toutes ses j)aroles? il frappe les oreilles au dehors, mais le maître qui touche efficacement le cœur est au dedans de nous. C'est dans cet intérieur cpril faut saintement se recueillir pour l'y adorer, pour lui oflVir ses vœux et pour en obtenir les grâces qui sont nécessaires. Nous avons dit tant de fois, mais peuton tro|) le répéter? que le directeur doit être un homme d'oraison, et qu'il doit plus prier que parler. Le P. Seurin n'était pas seulement un homme d'oraison, mais d'une oraison continuelle. Et parce (|ue dans la direction de la Mère des Anges il y avait des obstacles extraordinaires à surmonter, que les démons y formaient, il avait sans cesse recours à Jésus-Christ, comme 'à celui qui seul nous peut donner la victoire.
Ah 1 cet aimable Sauveur ii'est-il pas la lumière du monde? Ah! ne nous dit-il pas que sans lui nous ne pouvons rien faire? Hors de sa lumière il n'y a que ténèbres, hors de sa force il n'y a que faiblesse, pure incapacité et une entière impuissance. Le cœur de l'homme est une espèce d'abîme; qui le pourra sonder? qui en pourra découcouvrir les plis et replis? et combien trouvet-on de personnes qui ne s'y conn.dssent point 1 C'est pour l'ordinaire une chose fort commune que le péché, et c'est le [iropre d'ôler la vue à l'âme. Combien y a-t-il de personnes qui ne ()euventexpliquerce qu'elles connaissent dans leur intérieur, ou qui l'expliquent mal ! Si donc le directeur n'eu est i>as instruit par l'onction du Saint-Esprit, il ne découvrira que bien peu les défauts des âmes ; il ne les aidera pas beaucoup à s'espliquer de ce qu'elles ne .sauraient dire, et ne leur ap[>rendra jias à mieux dire ce qu'elles disent. 11 est écrit : Approchez-vous de Dieu, et vous serez éclairés. [Psal. xxxiii, 6.) Le P. Seurin avait grand sujet de dire qu'il fallait se tenir en Dieu par sa divine lumière; c'est jiar cette lumière divine qu'il a découvert toutes les ruses des démons, dont les artifices, pour cachés qu'ils fussent, n'ont pu le séduire ; c'a été dans
cette lumière reçue en l'oraison qu'il a appi'is des choses secrètes (|ui se passaient intérieurement dans la Mère des Anges, et dont la connaissance qu'il lui donna lui ouvrit le ((Piir qu'elle tenait jioiir lors fermé à sou égard , et donna lieu en môme temps l'établissement des desseins (]ue
à l'établissement des desseins (]ue Dieu avait sur elle, pour la ruine de ceux du démon.
Il faut donc se tenir en Dieu par sa lumière divine, pour pouvoirclieminer dans la vérité et ne pas s'égarerdans la conduite des âmes ; mais il faut aussi s'y tenir par sa iiuissance. L'on a besoin de sa force pour entrer dans une certaine vigucurd'es|irit nécessaire pour conduire les âmes à la perfection, pour les encourager dans les difficultés qui s'y rencontrent, pour les faire passer avec courage au travers de tous les obstacles que la nature, que les hommes et les démons y a[iportent. M est ra[)fioiié du P. Seurin que ses paroles, que ses actions n'avaient rien que de grand et de puissant, quand elles étaient animées de cet esp.rit de vigueur, et que sans cet esprit tout était languissant. Bienheureux celui qui par le vide de soi-même et de toutes les créatures, donne lieu à la jilénitude de l'onction du Saint-Esprit. 11 est vrai que quelquefois on en ressent une telle force, qu'avec les Antoine et les Thérèse on donnerait un défi à tout l'enfer, et il n'y a rien que l'on n'entreprît pour la gloire de son maître. Ou a écrit ilu P. François Mastrillis, qui ayant été guéri miraculeusement par saint François Xavier a eu l'honneur de donner sa vie par un glorieux martyre, pour celui qui lui avait donné la scienne, que dans son voyage aux pays étrangers, le démon paraissant quelquefois |iour traverserses desseins évangéliques, il se trouvait dans une telle vigueur d'es|irit de grâce, qu'il parlait d'une manière terrible aux puissances de l'enfer et les faisait trembler. O mon Dieu I que ne peut pas celui qui agit en votre force? Voilà la cause des grands effets que l'on remarque dans la direction des saints, qui, allant à grands pas à la perfection, y font aller les autres avec des bénédictions merveilleuses.
C'est pourquoi sainte Thérèse, parlant des serviteurs de Dieu qui assistent le [irochain, s'écrie: 0 mon Jésus! que fait une âme embrasée de votre amour? Combien devrionsnous supplier votre divine Majesté de la laisser au monde ! Ah ! que ceux qui sentent le même amour devraient bien, s'il leur était jiossible, suivre partout ces âmes qui s'entr'aident beaucou[i à souffrir; au contraire la conversation des gens du monde est à fuir, car celui-là se perd qui suit un perdu. Elle dit encore qu'elle ne fait que désirer qu'il y ait des personnes détachées, particulièrement celles qui s'em[iloient pour le prochain; elle se plaint beaucou|i des directeurs qui n'encour-agent pas assez à la perfection, qui font aller les âmes comme les crapeaux (ce sont ses termes), qui disent que les sair-ils sent bons à admirer, mais que pour les pécheurs ce n'est pas leur fait de
(F.UVRES COMPLETES DE BOUDON
les vouloir imiter. Comme le P. Scuriii était pleir. de l'esiirit de Dieu, il nvaii une force iiulicilile pour animer les ;1mes à la perfection, et il y a porté si ellicacemenl la Mère des Anges, que sa vie peut servir de modèle à ceux qui y aspirent le plus saintoineni.On lui a souvent entendu dire : « Notre- Seigiieiir est le seul que j'aime, je ne comnîunii)Uft pas longtemps avec une personne, si ce n'est dans l'espérance de la conduire h son divin amour; je regarde et j'estime tout le reste une l'olie. »
Il disait aussi « que la conduite était une affaire de vigilance et de patience. » Tout ce que nous avons rapporté au chapitre précédent est un grand témoignage de son aj)plication extraordinaire à tous les besoins de la Mère des Anges; nous y avons dit qu"il veillait sur ses moindres actions pour en ôter tout ce que la corruption de la nature y jiouvait mettre, afin d'y introduire le seul esprit de Jésus-Christ. Mais quelque ferveur que lui pût donner son zèle, il attendait en patience la bénédiction de ses travaux. Il disait sur ce sujet, « qu'ordinairement il y a de la [irécipitalion dans la conduite lie l'homme, et quelquefois même dans ceux qui sont les mieux intentionnés ; que l'activité naturelle et reiu|)ressement se glisse et se mêle bien souvent dans les désirs de la perteclion ou pour soi ou pour les autres. » C'e.^t pourquoi sa conduite était de donner le loi>ir à Dieu de faire son œuvre. Les directeurs qui en u>ent autrement, sont comme des gens qui demanderaient d'un enfant de cinq ou six ans la même perfection au corps que [lourrait avoir celui qui en a vingt. Or, comme la nature ne perfectionne les choses qu'avec beaucoup de temjis, il en e=.t de même dans les voies ordinaires de la grâce. L'iiomme tle Dieu attendait avec une grande patience les effets des miséricordes de Dieu, sans jamais se rebuter des défauts des [;ersonnes. 11 trouva la Mère des Anges dans la confiance de sa conduite; il lui trouva un cœur ferme et un esprit dissimulé à son égard, qui n'agissait pas sincèrement. 11 voyait ensuite que tout ce qu'il faisait auprès d'elle était assez inutile ; que les démons lui fermaient toute sorte d'entrée, et qu'ils se vantaient même qu'il n'y en aurait jamais. Cependant il persévérait sans se rebuter ; il souffrait sans im[)atience ; il attendait sans se lasser; et par sa patience et vigilance, il a triomphé de la nature et des démons.
11 imitait en tout la conduite de Dieu, parce qu'il était mû et gouverné de son esprit ; il n'éiait pas venu à Loudun par le mouvement de son jiropre es|)rit, et ce n'était pas lui qui l'y faisait rester ni qui l'y faisait agir; la pure volonté de Dieu, manifestée |)ar l'obéissance, l'y avait conduit et l'y arrêtait ; c'est pourquoi non-seulement il ne s'ingéra pas de soi-même dans les em- )ilois de la possession, mais il n'y prit pas uiêiue le soin d aucune personne [larticulière que par l'ordre de ses supérieurs, évitant en cela l'abus de certains directeurs qui
se chargent de toutes sortes de conduites, sans beaucoup examiner si c'est res|>rit de Dieu ou l'esprit humain qui leur adresse les personnes. Le Père n'entreprit le soin de la Mère des Anges que par obéissance à un si grand détachement, qu'il le quitta en même temps que la même obéissance l'y obligea. C'est une grande maxime qu'un véritable 'mort est mort à tout; le détachement ne souille point de réserve, il doit être dans le direi tour à l'égard île ceux qu'il dirige ; et ceux qui sont dirigés doivent être détachés du directeur; autrement la nature s'y introduira, et le démon par la nature. Entre les attaches qui euqiêihent la jierfei.'tion, l'une des plus dangereuses est celle qui se trouve entre les directeurs et les [lersonnes qu'ils conduisent ; car c'est là que le démon tend des pièges plus couverts , et cjnelquefois, hélas ! [tendant que l'on ne parle que de dégagement, c'est alors que l'on s'engage avec plus de force.
Le Père était bien éloigné de ces sortes d'attaches, et il le fit bien voir , lorsque ses supérieurs pour de bonnes raisons lui ordonnèrent qu'il eût à quitter le soin des possédées de Loudun pour s'en retourner à Bordeaux. Nous avons dit comme les démons marquaient beaucoup désirer sa sortie , et comme son [irovincial, aviint résolu de lui faire quitter le soin des religieuses vexées par les esjirits malins , changea de sentiments par les grandes bénédictions que Dieu avait données à ses emiilois. Ce[)endant, à quelque temjis de là, il reçut ordre de s'en aller, et il rexécuta avec une fidélité très-édifiante. Cet homme vraiment de Dieu, et qui n'agissait plus par l'esprit de l'homme, ne considérait pas les grands succès que Notre-Seigneur donnait à sa conduite ; il ne considéra pas les progrès étonnants que la Mère des Anges avait faits dans les voies de la perfection ))ar ses avis, et le danger où elle était exposée dans le changement. La gloire de Dieu y semblait intéressée, mais son fidèle serviteur et de son immaculée Mère , ne voulait autre chose dans les voies de Dieu, que ce que Dieu y voulait lui-même ; il savait que c'était bien glorifier Dieu que de le glorifier à sa mode. Combien de grandes choses pouvait faire le Sauveur du monde pendant sa vie cachée 1 cependant il ne fait rien à l'extérieur, il lui sullit d'accomplir la volonté de son Père. Son fidèle imitateur deuieure dans le même ordre ; et, sans s'arrêter encore à tout ce qu'il avait enduré, sans jienser que tant de [leines seraient sans effet, il quitte la conduite de la Mère des Anges dans une grande paix ; et écrivant de Bordeaux à M. de Laubardemont qui lui avait remarqué que l'-on souhaitait beaucouj) son retour a Loudun, il lui déclare qu'il n'a point d'autre mouvement que celui de l'obéissance. Ce lut aussi par elle qu'il y retourna et qu'il y chassa le dernier (les démons. Oh ! combien de directeurs se trom[)ent dans les inquiétudes, et quelquefois dans les chagrins mômes qu'ils souffrent quand ils sont obligés de laisser la
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l/IIOMME DL DIEL'. — PART. III.
conduite de certaines personnes, soit parcn paroles et dans ses pçestes
laissé ji.'ir écrit
qu'elles les quittent, soit |i;ii- cr;nilies voies, s inquiétant sous prétexte dp l.i j^loire de Dieu, lors(ju'à ses yeux il n'y a point d'autres véritahies causes que leur auioàir-propre, qui les arrête si l'ort aux personnes qu'ils conduisent qu'à peine oseraientelles parler à d'autres qu'à eux.
CHAPlTlli; tx.
Ri'flrxions chrcdcnrus cl iiupnrlanles sur plusieurs choses qui se sanl passées dans les religieuses possédées de Loudun.
Le P. Seurin estimait que l'une des raisons, pour lesijueiles Dieu tout bon le laissait vivre, était pour apjirendre aux autres les expériences qu'il avait eues dans la possession de Loudun ; et les démons, |irévoyant bien le dommage qui leur en airiverait par la coiuiaissance de leurs opérations, qu'ils tâchent de cacher autant qu'ils peuvent , disaient (ju'ils perdaient beaucoup, toutes leurs opérations sensibles dans les possédés faisant assez voir ce qu'ils font paraître dans les pécheurs. Aussi le Père, aans une lettre , écrit « qu'il découvre dans ses emplois auprès des âmes la malignité de l'esprit du démon , par ce qui s'est jiassé manifestement à Loudun ; que ce qui y paraissait à découvert arrive tous les jours secrètement dans ceux où le démon règne par le péché, qui, n'ayant aucune force dans les hommes que jiar le vice, y établit son empire par le droit qu'il lui donne en s'abandonnant aux inclinations de la nature corrompue; ce qui fait que dans l'Ecrilure il est appelé le [<rince du monde. Enlin, il disait que les opérations malignes du démon dans les possédés étaient un modèle de ce qui se passe souvent dans les âmes ; qu'il le voyait très-clairement , et qu'il y avait plusieurs choses qui |)ouvaient beaucoup servir pour donner de grandes instructions, i!on-seulement aux pécheurs, mais aux âmes qui s'appliquent h; plus à la vie intérieure. »
il avait remarqué que Léviathan, le principal des démons possédants, s'appliquait j)articulièrement à posséder les personnes sans en donner des marques sensibles , et qu'elfectivement, comme il avait été contraint de l'avouer, il avait possédé la mère treize mois sans donner aucun signe de sa présence. Il y a des tljéologiens qui croient que sainte Madeleine, de laquelle l'Ecriture nous assure que sept démons étaient soitis, était possédée de la même manière. Cette opinion semble avoir assez de fondement, car lamôme Ecriture nousa|)prendencorequ'elle était de mauvaise vie et une pécheresse publique ; ce que les Pères expliquent de l'impureté. Il n'y a pas d'apparence qu'elle fût possédée avec des marques sensibles , car cela aurait donné de l'horreur au lieu de causer des attaches. Et les théologiens estiment que les diables qui la possédaient, outre la beauté naturelle qu'elle pouvait avoir, lui donnaient un agrément extérieur et extrordinaire dans son visage , dans ses
OElvres compl. de Bol don. 111.
Le P. Seurin a aisse jiar Cent que les démons donnaient aussi quelquefois à la mère Jeanne des Anges une beauté bcaucipup plus grande que celle qui lui était iiaturelle, des ravons dans les yeux qui surjiassaieiit l'ordinaire, des grflces extraordinaires dans son port, dans sa taille, et des douceurs charmantes dans ses paroles ; ces malheureux esprits ayant dessein de se servir de tous ces agréments jioui- porter à quelque attache criminelle. Quelquefois môme ils n'ont pas d'autre lin. dans la possession de certaines personnes, que de leur donner un je ne sais quoi d'agréable et qui plaît beaucoup, quoique naturellement elles ne soient pas aimables, jiour leur attacher des créatures et les y arrêter fortement.
L'histoire nous apT)rend ipie Henri Vil!, roi d'Angleterre, s'attacha malheureusement à une vilaine qui môme était monstrueuse, ayant six doigts à la main , cjui d'autre part était une prostituée publique, qui était infirme par les commerces les plus criminels. On s'en étonnait, car, si ce prince était assez malheureux pour s'abandonner à des amouis impudiques, il avait tant de moyens de trouver de belles personnes et qui n'auraient pas été dans de pareilles infamies. Cependant il s'attacha si fortement h cette misérable, qu'il en répudia son épouse légitiuie qui était une princesse des plus vertueuses de son siècle ; et voilà l'origine du schisme et de l'hérésie d'Angleterre. Cet exemple si éclatant se trouve suivi tous les jours de quantité d'autres (jui y ont beaucoup de rapport dans les familifs particulières, où l'on voit des maris maltraiter leurs femmes pour des attaches criinineiles à des créatures, qui n'ont quelquefois rien d'agréable, quoique leurs femmes légitimes soient fort aimables. Or, cela arrive souvent par l'opération secrète des démons qui sont et qui agissent dans ces personnes, et qui les possèdent sans en rien faire paraître à l'extérieur. On rapporte sur ce sujet une chose fort remarquable de saint Vincent Ferrier, qui, prêchant à son ordinaire à une grands multitude de peuples, qu'un grand nombre de Sarrasins s'étant trouvés à ce sermon, comme le saint eut prêché qu'il y avait plusieurs personnes qui étaient possédées |iar les démons sans le savoir, ou au moins ayant dessein de l'apprendre à sesauditeui\>, il pria Dieu de faire connaître par les marques sensibles, qui suivent les possessions publiques, la possession secrète de tous ceux qui l'écoutaient ; et ce fut une chose merveilleuse qu'à même temps on vit to;is les Sarrasins jetés par lerre avec des agitations, des contorsions et d'autres mouvements elTroyables.
Plusieurs croient que les hérétiques sont possédés de celte manière secrète ; il y a jilusieurs rituels qui favorisent ce gentiment et qui ordonnent de se servir d'esorcisnies pour en chasser le démon, lorsqu'étant touchés de Dieu ils quittent leurs erreurs pour embrasser la foi catholique. Le P. Seurm
{«IVRES COMPLETES DE BUL'DON
nvflil remarqué i\iiii li; ilémoii ne tloniiait pas seulement une hoaulé exlroanlinaire à la Mère des Anges clans son visage et dans ses gestes, mais quelque chose de si agréable à l'esprit, que tous ceux qui l'cntrctenaieni eu demcuraicnl charmés. 11 lui suggérait qunntiiédc|)assages des Pères qu'elle citait ù proiios et d'une manière tout h fait engageante. Or, l'on sait assez que c'est la pratirpie des hérétiques, qui, n'avant point l'esprit de Dieu, se servent de tous les talents naturels et des moyens humains , pour attirer les personnes h leur secte. xVinsi ils ont ordinairement heaucoup d'éloquence ; ils écrivent d'un style poli , et dans le beau langage; il n'y a rien de plus pro(ire que leurs livres, il n'y a rien de plus engageant que leurs discours publics et particuliers ; ils ont sans cesse à la bouche les paroles de l'Ecriture , toujours quelques Pères qu'ils citent; ils ont toujours de grandes intrigues, et quelques personnes, (piandiils peuvent, auprès des grands ; ils s'introduisent dans les maisons des riches ; s'ils font des aumônes, c'est avec éclat; enfin toute leur con- «luite est dans l'humain, quoiqu'elle soitcouverte de la plus sévère morale chrétienne. Ainsi les calvini.^tes dans leur commencement ne parlaient que de l'Evangile , que de réforme : c'e^l ce qui leur a fait prendre faussement la qualité de réformés. Or, ces gens sont possédés d'une manière extraordinaire parles démons, qui se mêlent dans tous les moyens humains qu'ils tiennent, leur donnent une i'o'rce surprenante pour laisser des impressions favorables à l'erreur. Mais il est toujours certain que ceux qui sont dans l'état déplorable du |>éché mortel, sont très-réellement et très-véritablement posséilés dans l'âme par les démons; c'est une possession si pitoyable qu'elle est à craindre, car le diable se mêle dans le sang et dans les esprits,el, suivant les dispositions qu'il trouve ou suivant les habitudes contractées, il porte les personnes au mal, il les tente; et, selon le principe du mal qu'il trouve eu nous, ses tentations sont plus ou moins fortes ; il tend ses pièges où il voit que nous avons le plus de penchant, car il sait qu'ordinairement on suit sa propre humeur, sa propre inclination : nos inclinations sont comme la glu, où les chasseurs enveloppent les oiseaux, et si une fois l'âme se laisse aller au péché [)ar un libre consentement, il la lient comme garrottée de son péché et ses mauvaises habitudes, et il en fait son esclave , tenant son entendement obscurci et sa volonté captive. C'est l'état déplorable du pécheur que Notre-Seigneur montra un jour à sainte Thérèse dans une vision intellectuelle. Voici ce qu'elle en dit; Il me fut montré comme l'âme (jui est en jiéché mortel est sans aucun pouvoir; qu'elle est comme une personne qui serait liée et garrottée de tous côtés, qui a les yeux fermés, qui est dans une grande obscurité, et qui ne peut ententlre ni marcher. Ces âmes me firent une si grande comiiassion que, l'our en délivrer une seule d'une si grande
misère, il me semble que toute sorte de peine m'eût été bien légère. Je pense que si on connaissait cela comme je le vis (cardiflilement peut-on le faire entendre), il ne serait pas possible de vouloir demeurer dans un tel inal.
Ah! quelle folie donc au pécheur de se laisser aller au péché, sous prétexte qu'il s'en tirera comme il voudra. C'est à peu près comme si une personne se crevait les yeux et se coupait les pieds, dans la pensée de recouvrer la vue quand bon lui semblerait, ou de marcher quand elle voudrait. Cessons après cela de nous étonner de l'aveuglement et de l'insensibilité du pécheur; vous en voyez qui raisonnent à merveille sur le péché et toutes ses suites funestes, qui diront que c'est une chose étrange do demeurer dans un état si dé|ilorable , et de s'engager de la sorte dans la damnation éternelle. Cependant quand on les jiresse par leurs propres |jaroles, qu'on leur fait voir la nécessité de se servir de leurs propres raisonnements, ils demeurent sans dire mot, ou ils changent de discours, et ne sortent point de leur esclavage Vous diriez qu'ils ont les yeux tout ouverts sans voir, les oreilles ouvertes sans entendre. On a connu un personnage, fort célèbre prédicateur, directeur, qui avait enseigné la théologie, qui était à Dieu dès sa tendre jeunesse , et qui avait fait de grands progrès dans la vertu, lequel, s'étant laissé aller dans quelque désordre , devint insensible à tout ce qu'on lui pouvait dire de jdus louchant, après tant de lumières, tant de pieux mouvements, tant d'actions si saintes et une vie très-exemplaire. Ohl quelle horreur n'aurait-on point du péché , si on considérait bien seselfetsl il métamorphose, pour ainsi dire, l'homme dans un autre homme. J'ai connu des personnes dans une haute piété qui, après une absence seulement de deux ou trois mois, étaient entièrement changées , pour s'être laissées aller à l'immortification : nous pensions, me disaient-elles, il y a deux mois, qu'il était impossible de n'être pas bien à Dieu, et présentement il nous semble comme impossible d'y être.
La séraphique sainte Thérèse, dont nous venons de ]>arler, assurait que les prêtres particulièrement tombaient dans l'endurcissement quand ils étaient infidèles à Dieu ; Notre-Seigneur lui avait découvert leur état épouvantable quand ils étaient dans le péché, et la manière horrible dont les démons les tenaient enchaînés sous leur cruelle tyrannie. Ensuite elle s'écrie : Je connus combien les prêtres sont plus obligés que les autres à être bons , et combien le diable est seigneur d'une âme qui est en péché mortel. Sainte Brigitte dans ses révélations décrit d'une manière si terrible le pouvoir tyrannique des diables sur les méchants prêtres, qu'il n'y a personne qui n'en doive être saisi d'elfroi ; mais comme leurs opérations ne paraissent pas, si elles ne vont à l'obsession ou à la possession corporelle, et encore quelquefois, comme nous l'avons remarqué.