I.'IIOMME DE DIEU. — PART. III
elles ne sont pas toujours évidentes : c'est ce qui fait que la plupart du monde, c^ui ne voit rien que ce que les veux de la chair lui découvrent, n'en aj^erroit rien et ne connaît pas le mal
Cependant le P. Seurin remarquait trèsjudicieusement (ju'on pouvait bien juger de la tyiannie des démons sur les âmes pîir celle qu'ils exercent sur les corps. Ceux qui ont vu des [)osséd6s dans leurs agitations et qui ont coimu quelque chose des peines qu'ils souffrenl, quelque insensibles qu'ils puissent Cire, ne peuvent pas s'empêcherde leur porter compassion. Mais, après tout, soiiyenl ces personnes sont dans la grâce et l'amitié de Dieu, comme les religieuses de Loudun qui étaient de vertueuses filles , et comme le P. Seurin qui était un de ses plus grands serviteurs. Ah ! si les démons les ont traités avec tant de cruauté, quoiqu'ils ne fussent pas leurs sujets, que sera-ce des âmes qui sont leurs esclaves par le péché I 0 mon Dieu ! quels traitements leur feront-ils en ce monde? Mais quel traitement leur feront-ils danslenfer durant toute lélernité'Mais, ô mon Dieu! que c'est une grande justice, puisque ces malheureuses âmes vous ont quitté, vous, mon Seigneur qui êtes Dieu, le meilleur de tous les maîtres , et qui avez une bonté infinie ,<pour s'engager au service du tyran de l'enfer, pour avoir le tliable pour maître ! Les démons avouèrent au P. Seurin qu'ils avaient un domaine particulier sur les âmes qui s'étaient laissées aller à la tentation, et que chaque démon tourmentait cruellement toutes les âmes qui s'étaient perdues par ses diaboliques suggestions; quelquefois de certains démons possédants à Loudun, s'étanl absentés pour quelque temps , déclaraient par l'autorité de l'Eglise qu'ils venaient des enfers, et qu'à leur arrivée dans ce funeste lieu toutes les âmes qu'ils avaient vaincues avaient été saisies d'horreur, prévoyant bien les peines qu'elles en allaient souffrir, ces maudits esprits qui sont des substances puissantes, les tourmentant d'une manière tout à fait cruelle. « Hélas I s'écrie le Père dans un écrit qu'il a laissé, les hommes sont bien les pauvres souffre-douleurs, u'éiant que faiblesse, comparés à ces esprits qui soni toujours dans une rage perpétuelle contre eux. O pécheur, si tu savais la dure servitude où tu te réduis 1 » Ces puissances infernales disaient quelquefois, dans les peines qu'elles souffraient par l'autorité de l'Eglise, qu'elles s'en vengeraient bien sur les magiciens qu'elles tenaient en enfer; qu'elles souffraient dans ces corps, mais qu'elles leur rendraient à milliers les coups qu'elles portaient. Mais qu'est-ce que toutes les peines que les âmes peuvent souffrir des démons, comparées à celles que la colère de Dieu leur fait porter? Autant que la créature est éloignée du Créateur, c'est-à-dire infiniment , de même en quelque manière ce qu'elles souffrent de la part de Dieu surpasse tout ce qu'elles peuvent endurer des
esprits de l'enfiT. Quand Béhémot sortit de la mère Jeanne des Anges, Dieu voulut lui faire porter quelque communication de sa colère sur le démon. Hélas 1 ce n'en était que peu de chose, et cependant elle assura que sans une grâce spéciale elle en serait morte. Il se fit en elle dans un moment une sensible impression du malheur de l'âme que Dieu rejette; et, pour en exprimer queli|ue chose, elle disait que c'était une foudre surnaturelle qui avait abîmé son âme; que jamais elle n'avait senti rien de pareil :mais cette impression lui laissa une haute notion de la majesté infinie de Dieu dans sa colère, et lui apprit combien c'est une chose éjiouvantahle de l'avoir pour ennemi. Voilà après tout ce qui est infaillible à l'âme qui sort dft ceite vie en péché mortel. 0 péché 1 ô péché 1 mal familier, mais i>eu connu des hommes! O mon Dieu 1 que les hommes ne connaissent-ils la grandeur de votre majesté infinie qu'ils offensent 1
Le P. Seurin considérait encore que l'esprit du démon ne se communiquait pas seulement dans les personnes possédées par suggestion ou impulsion, mais de plus ])ar im|iression. 11 disait que, comme le cachet s'imprime sur la cire, de même l'esprit, soit bon .ou mauvais, s'imprime dans l'âme quand il y domine ; il y grave son acte et l'y associe eîi telle sorte, que l'âme sentcetactè, comme si c'était lui-même qui le produit ; elle le sent dans tous les desseins, dans les sentiments, dans les affections et intérêts de l'esiirit qui la fait agir. Ce qui n'arrive pas seulement dans les possédés qui souffrent toutes ces choses , sans blesser l'innocence de leur âme quand ils sont véritablement à Dieu , mais encore dans les pécheurs et d'une manière très-funeste , puisqu'étant séparés de l'amitié de Dieu , ils sont les véritables esclaves du diable. C'est ici qu'on peut remarquer la cause de certains dérèglements excessifs dont il semble que l'homme ne devrait pas être capable; c'est que les pécheurs, étant mus par l'esprit du démon , participent à sa rage , à sa cruauté envers les autres hommes, et à sa rébellion contre Dieu; c'est pourquoi on les entend blasphémer comme dans l'enfer : on les voit dans une révolte furieuse contre le ciel et agir eu désespérés comme les damnés.
Mais il ne faut pas oublier ici que Dieu permet quelquefois que le démon fasse porter ces imitressions à des âmes qui lui sont très-agréables; ce qui leur est une peine très-allligeante, particulièrement en ce qu'elles ne peuvent pas discerner si elles y consentent librement ou non; et d'autre part elles ne peuvent s'€n séparer. Mais nous en parlerons davantage avec le secours divin dans le chapitre suivant. Cependant la divine Providence veille sur ces âmes avec des bontés inexplicables , et elle ne leur manque jamais dans leurs besoins; on eu a vu toujours des preuves très-sensibles dans l'affaire de la possession de Loudun, Lt si Dieu, en certains temps, a permis aux
(.«;i VnES COMl'LETLS DE liOL'DON.
diables tic iMclipr leurs opéialions pour In punition des curieux et des superbes, il los a obligés, quand il a él6 nécessaire, do donner des marques de leur présence; il a disposé dune telle manière les choses, que les possédées sont demeurées justiliées des accusations de folie et de inalicodont elles étaient chargées: il n"a jamais permis que les démon-, et les sorciers leur aient fait violente en leurs corps contre leur honneur. Nous avons dit que le démon avait fait paraître durant quelque temps la Mère des Anges comme SI elioeùl été grosse. 'Et comme il fut obligé de détruire celte grossesse apparente en présence des prélats et d'autres personnes tort considérables, il l'avait bien menacée, ensuite de celte apparence, de'lui apporter un enfant mort: dans son lit, pour faire croire qu'elle l'avait tué après en être accouchée , et il faisait tous ses eQ'orts pour la tenter de désespoir; mais comme elle avait rais sa confiance en Dieu, elle no demeura pas confuse. Que Dieu est bon et infiniment bon ! il ne demande qu'une bonne volonté qui se laisse aller aux mouvements de sa grâce ; c'est ce que les saints delà terre nous ont enseigné fortement, et tous les saints du ciel nous apprennent la môme vérité. « 0 homme , s'écrie saint Augustin , il ne faut que vouloir Dieu, et tu l'auras. » « Ahl dit ce Père, et sa réflexion est bien digne de nos attentions, une personne qui veut de l'argent, n'en a pas pour cela. Que de soins, que tl'erabarras, que de peines jiour en avoir 1 Que de gens seraient riches, s'il n'était nécessaire que de la volonté de l'être 1 El voici que la bonne volonté, mue •le la grâce de Jésus-Christ, sufTil pour avoir le ciel, pour avoir le Dieu du ciel, et on ne se met pas en peine de l'avoir 1 »■ L'angélique docteur saint Thomas paraissant à sa sœur après sa mort, elle lui demanda cequ'il fallait faire pour être sauvé ; il lui répondit : il ne faut que le vouloir. Ces anges du ijaradis ne nous disent-ils pas la même chose, Jorsqu'à la naissance du Sauveur de tous les hommes, ils publient la paix aux hommes de bonne volonté?
Les anges apostats de l'enfer sont contraints, malgré eux, d'annoncer la même vérité; on les entendait dire souvent : Nous bravons l'Eglise, nous nous moquons des jirôtres, nous tenons bon contre les sacrements; mais 'nous ne pouvons résister à la bonne volonté : maudite soit la bonne volonté, car il en faut passer par où cette chienne de bonne volonté veut. Le P. Seurin disait : « Il n'y a rien de plus généreux que Dieu, quand il voit une âme entièrement déterminée à le servir; comme il est toutpuissant, il faut que tout l'enfer lui cède : •luelques op[iositions qui viennent de ses habitudes et inclinations, quelques secours que l'enfer puisse donner à une nature corrompue, quelque infirmité qui soit dans cette âme, si elle a une bonne et sincère volonté, mettant sa confiance en Dieu qui ne rebute aucune de celles ([ui veulent combattre sous ?es enseignes de son Fils, et qui se servent
des moyens qu'il n prescrits comme do l'oraison èl lie la morliticalion, elle triomphera glorieusement. Mais .si l'âuif, disait-il en core, n'a pas une volonté tout h fait déiorniinée ?i ne rien omctlre de ce qui plaît .'v Dieu, elle se trouvera liieiittjl et tout à coup arrêtée par la moindre considération ilu respect humain, de l'intérêt ou de la sensualité. Une bonne volonté à la force de fouler aux (lieds tout l'enfer; mais elle est bien rare, et dans les gens de bien même qui ont jircsque toujours quelque chose de réserve; c'est pourquoi il y en a si [leu qui arrivent à la perfection : on veut, mais faiblement; on n'a qu'une demi-bonne volonté. »
Le P. Seurin avait encore remarqué dans les religieuses possétiées que non-seulement les démons faisaient de grands efToris pour détourner les âuies de travailler à l'affaire de leur salut, mais qu'ils travaillaient encore de toutes leurs forces pour empêcher qu'elles n'arrivent à la perfection, qu'ils craignent extrêmement, d'autant qu'une tie ces âmes rend beaucoup ))lus de gloire à Dieu qu'un grand nombre d'autres imparfaites, et parce qu'ils en reçoivent des dommages très-grands ; c'est pourquoi il enseignait qu'il fallait s'étudier à découvrir co qu'il y avait d'orgueil, de sensualité et des autres passions dans une âme, car c'est où le diable tient fort; et qu'encore que les attaches soient quelquefois légères, et qu'ainsi elles n'aillent pas [irécisément à la damnation, il suflîsait q\i'elles servissent d'obstacles à la perfection, et combattissent la parfaite union avec Notre-Seigneur Jésus-Christ, (lour ne les jias négliger. Et, à ce propos, il dé|)lorait sur le peu de lumières des hommes, dont un si grand nombre ne pense qu'à éviter la damnation ou à la faire éviter aux autres. Cela est bon; mais n'esl-il pas bien juste de penser et de s'appliquer à faire en sorte que Jésus-Christ règne dans les coeurs par un parfait assujettissement à son divin empire? C'est pourquoi, disait-il, le directeur doit beaucoup s'étudier, et ne rien négliger des imperfections qui se trouvent uans les personnes qui demandent son avis; il doit prendre garde si elles ne sont point attachées à leurs aises, veiller sur mille [)etits desseins qui les captivent; si elles ne sont pas trop faciles à juger des autres, tro|) préci jiitées dans leurs paroles, trop actives, tro[i empressées dans leurs actions, troj) opiniâtres dans leurs propres sens, trop désireuses de venir à bout de leurs entreprise^, et que les autres leur cèdent; si elles no sont point curieuses de nouvelles, et surtout si elles ne se soucient encore du point d'honneur et craignent le mépris; si elles ne sont pas assez persuadées des maximes do l'Evangile, du bonheur de la pauvreté, <ie la douleur el de l'abjection, de la nécessité de renoncer à soi-même et do jior'er sa croix : il doit veiller sur leurs imperfections habituelles, et no laisser rien qui puisse foire obstacle aux desseins de Dieu.
H avait vu, par expérience, que les moindres négligences donnaient de grandes prises
eux démons
1 HOMME DE DlEi:. — PAKT. Iir.
Y a-t-il I icii de plus étonnant que ce que nous avons ra|i|iorté de la Mère des Anges qui, voulant l'iondre un pou de repos après dîner, après avoir passé tout le matin dans les exercices d'une lahorieuse ]K?iiilenre, j)arce qiic l'esprit de nature s'y était mêlé, elle servit de jouet, durant (]uelque temps, aux démons qui la laissèrent même dans de grands sentiments de désespoir [lour une faute qni lui avait été iniperce[)ti!ile. C'est le iiropre de tes malheureux esprits; comme ils sont sans espérance, ils portent toujours au découragement. C'est h quoi les personnes intérieures doivent bien prendre garde, et se souvenir que le découragement ne vaut rien à rien, et qu'il vient toujours tlu démon et de la nature; qu'il faut Lien s'humilier pour ses péchés, mais jamais lie s'en décourager, quelques chutes que l'on fasse.
Il connaissait aussi que les démons avaient peur de tenter ceux qui leur résistent dès le commencement de leurs tentations, et que quelquefois même ils sont un temps sans oser les attaquer; parce que la résistance qu'on leur fait d'abord est une victoire que ces es()rit3 orgueilleux redoutent, et qui donne à l'âme un em[iire sur eux; au contraire, la négligence à repousser leurs tentations, quoiqu'elle ne soit jias entièrement volontaire, leur donne beaucoup de prise. Si l'on ne secoue promiitemenl un charbon rouge tondjé sur un habit, il le brûlera pour jieu qu'on l'y laisse. N'a-t-on pas vu quelquefois ces malheureux esprits, en formes visibles, se jouer des solitaires, leur montant sur le dos comme sur un cheval avec de grandes moqueries, j^arce qu'ils avaient eu quelque négligence dans le temps de la prière. Le Père avait encore remarqué que le démon portait de toutes ses forces à la dissimulation, étant ennemi de toute sincérité, ce qui doit bien faire voir le malheur de notre siècle où il y en a si peu, les détours, les équivoques', les artitices régnant de tous côtés, et même parmi un grand nombre de gens de dévotion. La mère Jeanne des Anges fut quelque temps clans cet état de dissimulation, qui était d'autant plus dangereux qu'elle ne se découvrait pas à celui que Dieu lui avait adressé pour la conduire. One les personnes, qui se cachent de leurs uirecleurs et qui ont [leur que leurs défauts ne soient connus de ceux qui les doivent j>arfaitement savoir, fassent attention à cet artiiice du diable.
Le Père disait de plus « que l'oraison, la mortification et l'humilité étaient les grands moyens pour combattre edicacement les démons, et en remporter une glorieuse victoire. » 11 avait vu, par ex|)érience, que l'oraison était (juelque chose de si terrible à ces esprits d'enfer, que quelquefois ils prenaient la fuite quand il la faisait fane à la Mère des Anges, qui voyait sensiblement le démon sortir de son corps lorsqu'elle s'y appliquait, et se tenir en forme de chien noir pioche d'elle, sans oser remuer, jusqu'à ce que le temps de l'oraison fût uni, et
au même instant elle le voyait rentrer en elle. Que ceux qui ne font point d'oraison, ou ceux qui la négligent, fassent réflexion à ceci, qu'ils considèrent que l'oraison et la dévotion ne consistent pas dans les tendresses, par ce qui arriva à la mère Jeanne des Anges, comme nous l'avons dit, qui, s'étant beaucoup préparéo à la fête de la purification de Notre-Dame, ce qui est une sainte pratique et suivie de bénédiction, fut bien surprise lorscfue, ce saint jour étant arrivé, elle se trouva sans aucun goût ni sentiment, sans douceur et sans les consolations (]ui lui avaient été ordinaires depuis un temps considérable : les larmes et les sensibilités lui furent ôlées. Pour lors, le Père lui dit : « Voilà le don de la sainte Vierge qui vous a tiré de l'enfance pour vous donner une viande solide. » Et la bonne mère, ajirès cela, s'écriait : Bon Dieul que d'imi)erfections dans les larmes, que de recherches da soi-même dans ces tendresses I
Mais l'oraison, avec la mortification, remporte la victoire des démons, qui ont déclaré que lorsqu'ils tentaient une âme et qu'elle se défendait avec ces armes, ils en soufl'raient beaucoup jiar des peines accidentelles qui leur étaient données, soit immédiatement de Dieu, soit par le ministère de saints anges : nous résisterons bien, disaient-ils, aux exorcismes, mais non pas h la mortification. La Mère des Anges le vit bien par son expérience, car ayant été délivrée de l'erreur où elle était, qu'étant possédée elle ne pourrait pas venir à bout des démons, s'étant tout appliquée à l'oraison et à la mortification, elle en devint la maîtresse et eui ses esclaves; elle vit que rien n'est impossible à une âme unie à Jésus-Christ par la dégagement de toutes choses.
Or comme l'humilité est le fondement de ces vertus et de toutes les autres, ces esprits d'enfer se plaignaient d'une étrange manière quand ils en apercevaient quelques pratiques. La mère ayant pris dessein un jour de la Nativité de la sainte Vierge, la plu» humble des créatures, de se vouer à la condition de sœur converse, si ses supérieurs le trouvaient bon, comme nous en avons dit quelque chose, la seule proposition qu'elle en fit donna une extrême horreur au diable, qui lui fut un sujet de désolation et de rage, n 11 alléguait quantité de raisons, dit le P. Seurin, pareilles à celles de [)lusieurs s|)irituels, pour ne pas entrer en des sujets ou des voies fort humiliantes. » Léviathandi^ait qu'il y allait de la gloire de Dieu à ne pas faire ce vœu, qui la priverait de quantité d'occasions où elle pourrait beaucoup le glorifier; il faisait venir à toutes sortes do rencontres l'intérêt de Dieu ei le bien des âmes; mais, quand il fut question de lui faire écrire ce vœu, le diable l'empêcha de voir et lui ôla le mouvement du bias.atin cju'elle ne pût écrire. Cependant ayant été obligé do lui en laisser la liberté, et la forme du vœu ayant été écrite, ce démon qui était Léviathan, le prince des sujierbes, s'absenta j'Iusieurs jours de honte et de confusion.
Les dénions
ŒUVRES COMPLETES DE BOLIDON
iléclarèreiit qu ils étaient chassés par les vertus, et fort o|iposés au calme et à la jiaix intérieure, qu'ils tâchaient (le troubler en toutes les manières possibles; qu'ils liaissaient surtout le repos de l'Ame, parce que Dieu aime la paix et la tranquillité où il a choisi sa demeure. Que les j^ersonnes inquiètes, et qui sont si souvent dans le trouble, considèrent ceci. Au reste, ce que les saints enseignent, qu'une action héroïque donne l'entrée dans les plus saintes voies de la perfection avec de gands succès, s'est bien vérifié dans la fille religieuse dont nous parlons ; car, depuis qu'elle se fut un jour abandonnée sans réserve pour toutes sortes de croix, disant h l'homme de Dieu : « Mon Père, je choisis entre vos mains la croix de mon Seigneur Jésus , et me livre à lui pour la porter jusqu'à la mort, » jamais elle n"a reculé dans les voies de la perfection, mais elle y a fait des progrès admirables.
Le Père avait encore fait réflexion sur ce que nous avons dit , que le diable avait donné à la possédée une spiritualité à la mode, qui ravissait tous ceux qui l'entendaient discourir; qu'il y avait quantité de faux spirituels qui disent des merveilles de la vie intérieure, quantité de dévotes qui en jiarlent à miracle, et qui pour ce sujet s'acquièrent beaucoup de réputation; qui passent pour être arrivés à une grande sainteté, et qui cependant sont tous plongés dans eux-mêmes. 11 considérait de plus qu'il y avait une fausse spiritualité, aussi bien que de faux spirituels, qui consistait à dire beaucoup et à faire peu; à avoir de grandes lumières et peu de mortiQcation ; à parler des voies les plus émincntes, et à s appliquer }ieu à marcher dans les voies humbles de Jésus-Chiiït ; à s'élever bien haut et en l'air sans avoir le véritable appui qui n'est autre cjue Jésus-Christ, sa sainte vie et ses divins luystères. Il disait avec sainte Thérèse, qu'il fallait se donner de garde d'une voie qui ôtait la dévotion à Notre-Seigneur, à sa sainte ^lère et aux saints.
Ce n'est pas qu'il ne demeurât d'accord qu'il y a des voies où l'on n'est pas ajipliqué aux mystères de Notre-Seigneur, à la très-sainte Vierge et aux saints, par jilnsieurs [)ratiques que l'on faisait auparavant , comme par des oraisons vocales, jiar l'oraiscn de discours ; uiais, dit un excellent auteur dans son livre de l'oraison , quelque intime et sublime union que nous puissions avoir avec Dieu, nous ne devons point abandonner notre recours aux saints et négliger leurs suffrages. Quoique l'on ait désir de L'";n faire et que l'on fasse de bonnes œuvres, dit sainte Thérèse, on a besoin de preni'-e jiour avocats la sainte Vierge et les saints; surtout elle lecoiuraandait la dévotion à saint Joseph, iiaiticulièrement auxjiersonnes d'oraison. Le P. Seurin en avait reconnu ia nécessité et les avantages; car, encore qu'il fût dans une oraison p-'csque continuelle et passive, comme nous l'avons déjà dit, cependant il avait vu que Dieu voulait se servir de sa très-sainte Mère, du glorieux saint
Joseph et de saint Fran(;ois de Sales, pourchasser les démons, et (jue l'on eût recours à eux par des neuvaines et des pèlerinages.
F.nlin il avait reconnu clairement que toutes choses coopèrent au bien de ceux, qui aiment Dieu. « Quand une âme, disait-il, veut être à Dieu de la bonne manière, diteslui que tout ce qu'il y a d'honneur, de gloire, de liénéiiiction est pour elle, si elle ne retourne [loint à chercher ses consolations en la terre, quand d'autre part elle serait tout accablée de croix et des plus affligeantes. » 11 le savait par expérience, et dans la connaissance des biens spirituels qu'il avait reçus au milieu de toutes les tem[iètes qui l'avaient environné, il s'estimait tout à fait heureux. Lanière Jeanne des Anges assurait qu'ensuite des maux quelle souffrait de la possession, elle jouissait de si grandes consolations, que la douceur qu'elle y gorttait durant une heure la récomjjensait bien pour toutes les peines, quoique terribles, qu'elle avait endurées. Oh! combien le Seigneur est bon à ceux qui le cherchent en droiture de cœur, quand ils devraient passer par tous les tourments imaginables! Cependant remarquons encore avec le Père que, pour saintement persévérer dans le service de Dieu et finir heureusement sa vie en son divin amour, il faut toujours marcher dans une crainte filiale et se tenir sur ses gardes; qu'il faut toujours avoir l'œil ouvert pour voir si l'on ne se relâche point ou dans la pureté des maximes évangéliques , ou dans la parfaite mortification ; si l'on est toujours dans la fuite de ce que le monde aime, et bien éloigné de tout ce qu'il estime. Il avait vu que les démons, qui veillent infatigablement à notre porte, n'attendent que le moment oii l'on s'endort dans un faux repos. Je puis dire avec vérité ce que j'ai vu moi-même dans un monastère de religieuses, qui étaient presque toutes ou possédées ou obsédées : il paraissait que les maléfices, dont on s'était servi pour les faire entrer dans une captivité si dure, étaient attachés au lieu, car elles se trouvaient libres quand on les faisait sortir de leur monastère par l'ordre de l'évêque. Or, je remarquais qu'après leur retour elles étaient libres îutanl de temps qu'elles demeuraient dans une exacte fidélité à ce que Dieu leur oemanGait; mais aussitôt qu'elles cessaient de veiller avec soin sur l'entière raortitic.ilion de leurs inclinations, à même temps le démon s'emp.irait d'elles, et il semblait (pi'il n'attendait que la moindre négligence qui était suivie d'un rude esclavage d'où on ne pouvait les tirer. Toutes les âmes peuvent apprendra ici combien les négligences que l'on a dans les voies de Dieu fout d'entrées aux dénions, et qu'il faut peu de chose pour leur donner prise. II ne faut pas encore [)ublier qu'un des démons possédants disait que sa demeure la plus ordinaire blciL daiis les cauarets. Ce qui s'y passe est une forte iireuve que les démons s'y retirent. Mais quelle horreur des hommes raisonnables et chié.tiens devraient-ils avoir (Je fréqucnler des lieux qui servent de rp-
air, I, IKIMML DE I>1EU. — FAUT
li-nile aux diables 1 auolle soi;i(.H('' avei' ics c>l)ciis de l'enfer !