‹ Œuvres complétes (volume 2)Chapitre 7 sur 436 · I.HOMME DE DIKll · texte numérisé non relu

I.HOMME DE DIKll

r.VKT. I.

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Or ce n'est p«s snns iiiic coïKiuitt' jinrliculièru (le Dieu rfue le l'ère Seiiiiii flans son onlance IVécjuentait le coiivont de Saint-Jose[)li; car sa coutume était d'aller les jours de conçé ou en ce lieu de liénédiction, ou au noviciat de la Couipai^nic de Jésus ; puisque cet incomparable saint ilevail être son y;ran(iet tidèle |irolecteur durant tout le cours lie sa vie. Ce fut dans l'église de ce couvent des carmélites ilédiée en l'honneur de ce s«inl époux de la très-pure Vierge, qu'environ l'âge de treize ans, il re(;ul des grâces fort particulières; car un jour^' assistant aux vôpres, tout 5 coup son cœur se trouva inondéii'unojoie célestecjui I obligcade s'asseoir, son corps ne le pouvant supporter. Pour lors il eut une lumière surnaturelle qui lui découvrit d'une manière ineffable les grandeurs inénarrables de l'être suradorable de Dieu; et tous les attributs divins lui furent manifestés d'une manière très-haute. Cette opérat'on surnaturelle, dit un excellent religieux, était si élevée, qu'elle contenait par avance comme l'abrégé de toutes les grâces intérieures qui depuis lui ont été communiquées. Il écrit lui-même qu'en sa jeunesse il avait de grands attraits de Dieu. Quelque temps après il eut une connaissance que Jésus- Cririst avait pris son âme d'uie l'açon spéciale pour son épouse. El comme les véritaliles lumières de Dieu [lortent fortement à sou divin amour, il lui en resta une soif extrême et un désir ardent de toute perfection. Les moyens qui lui furent mis en l'esprit pour y arriver selon les desseins de Dieu sur lui , étaient l'esprit intérieur et le zèle des âmes ; c'est pourquoi il se sentait lié à l'esprit de sainte Thérèse, et pressé d'autre part d'entrer dans la Compagnie de Jésus. Celle grâce de Dieu n'ayant [las été reçue en vain par ce serviteur tidèle , il a été toujours une personne d'une haute oraison et d'une grande application pour le bien des âmes. L'es[)rit d'oraison le tenait dans une liaison de grâce très-particulière avec l'ordre du Carmel et avec la séraphiquo sainte Thérèse qu'il honorait comme la grande sainte de sa dévotion : et il en avait reçu beaucoup de grâces dès sa jeunesse, cette aimable sainte ayant bien voulu, même dès ce tem()s-là, favoriser son petit serviteur }.ar des odeurs miraculeuses qui sortaient de quoiqu'une de ses reliques que la mère Isabelle des Anges lui avait donnée. Mais le zèle des âmes l'obligea d'entrer dans la Compagnie de Jésus, qui a pour fin de son institut de ne pas seulement travailler au salut de ses propres sujets, mais au salut de tout le monde : c'est ce que nous allons voir. Mais aujiaravant, je crois que Noire-Seigneur et sa sainte Mère seront glorifiés, si ne nous étant point arrêtés à considérer sa famille selon la chair, nous la regardions comme chrétienne. Car si l'Aiiôtre ne connaissait .jjlus personne selon la chair, il connaissait tous ceux qui en Jésus-Christ deviennent une nouvelle créature.

Laissant donc tout ce qui est de l'ancienne créature et du vieil homme, je veux remar-

(luer (lue monsieur son père était doué de la crainte de Dieu, et désireux de l'établissement de sa gloire. Ce fut dans celte vue (]u'il lit de grands dons au collège delaConir pagnie de Jésus de Honleaux. Ce qui a obligé les Pères de celte Comj)agnie d'en jilacer le tableau dans leur grande salle, ilans le rang de leurs insignes bienfaiteurs. Madame sa mère menait une vie fort sainte et si dégagée du momie, (prenlin elle se résolut de Te quitter après ledécès de son mari. Ce fut dans celte occasion que son tils parut l'homme de Dieu, et qu'il n'agissait riuc par les pures lumières du Saint-Ksprit ; puis(iu'il fut presque le seul (]ui la détermina forlemeni h entrer dans le cloître. De vrai, toutes sortes de raisons selon la prudence ordinaire faisaient paraître son dessein comme impossible : ce qui faisait conclure facilement à toutes les personnes qu'elle consuliait, cpie Dieu ne l'appelait |>as au cloître. Elle était pour lors âgée de cinquante-six ans : ce qui faisait une ditliculié considérable. Mais ce qui paraissait un obstacle invincible, était ses infirmités corporelles. Elles étaient si grandes, qu'ordinairement (juatro lilles étaient assez occujiées à la servir ; cl cependant son attrait la portait aux carmélites, dont l'observance est étroite et sévère. Mais l'homme de Dieu, éclairé surnaturellement et ne doutant jamais de la vocation de sa vertueuse mère, lui conseilla toujours de la suivre, et tint toujours ferme quoi que l'on pût dire au contraire. L'événement a bien montré qu'il était mû de l'Esprit de Dieu dans sa fermeté. Car enfin la bonne dame sa mère fut reçue aux carmélites du couvent de Saint-Joseph. Son lils prêcha à sa vôlure. Son noviciat se passa avec un heureux succès. Elle y lit profession. Elle y a vécu 14 ans avec tant de bénédiction, qu'elle a toujours gardé fidèlement toutes les observances, et n'alla à l'intirmerie qu'à la maladie ilont elle mourut Elle n'avait que ce fils et deux tilles; l'une s'étant engagée dans le monde par le mariage, à peine y était-elle entrée, qu'elle le quitta, étant morte trois semaines après ; l'autre prit saintement le parti contraire, étant religieuse carmélite dans le même couvent que sa mère. Celait une personne de grâce, une fille de grande oraison et d'une application extraordinaire aux trois |iersonnes divines de la suradorable Trinité. Le jour de sa profession ayant été différé pour quelques raisons, le ciel ne put souffrir ce retardement. Celui qui en est le grand roi, l'adorable Jésus, lui parut, et par un amour intiniiuenl miséricordieux, lui prenant ses mains et les mettant dans les siennes, il lui lit faire ses vœux. Elle a vécu peu de temps, ces âmesangéliques étant plus j)ro[ires pour le ciel que pour la terre. Elle mourut en disant ces jiaroles du Psalmiste: } os ordonnances sont admirables : c'est ce qui porte mon âme à tesrechercheravec soin. (Psal.. lxix, 3.) Elle parut à sa vertueuse mère, allant dan.» le ciel dans une grande gloire, laissant dans le couvent quantité d'odeurs miraculeuses et célestes.

l».i;VRES COMPLETES OE BOIDOM.

CHAPITIII': III.

Vit progrès du Père Seurin en la rie spîri- Inelle, par $on entrée dans la Compagnie de Jésus.

La vie spirituelle a ses progrôs aussi hieri <iue !a vie naturelle. C'est ue qui tait dire à

I .\pôlre aux Galates (iv.l9) : Mes petits enfc.nls que j'enfante de nouveau, jus- </u'<i ce (lue Jésus-Christ soit formé en vous, t'est-à-ilire, enseigne ssinl Augustin, « jusi]u'à ( e que sa vérité, ses vertus, son image jiar'aite soient iaiprimées en vous. » Mais coiniue celte vie spirituelle est établie sur la mort qui agit en nous, comme le dit nolie Apùire aux (]oriiilliiens(/y Cor. iv, 12), elle prend ses aicroissements de eet es^irit de mort et de découragement de toutes elioses. Car « s'il faut mourir, » dit un savant et jiieui interprète de l'Ecriture, « à tout ce que l'on est, pour vivre en celui qui nous vient créer de nouveau, selon le langage de la divine jiarole, » ce n'est pas seulement une fois, mais sans cesse que cette mort au vieil homme et la vie dans le nouveau se doit faire en nous. Chacun doit tous les jours et .'i toute heure exiger celte vérité de soi-même. Et c'est ce qu'a fait eilicacement le Père Seurin suivant l'attrait de l'Esprit de Dieu qui rap[)elait parmi les religieux de la Compagnie de Jésus.

Il est vrai que tous les Chrétiens doivent mourir incessamment au vieil homme. Cette doctrine du Fils de Dieu : Si queli/u'un veut venir après moi, qu'il renonce à soi-même (Maiih. XVI, 2V;, est générale pour tous les lidèles, et elle ne soutfie aucune eisception.

II fiiut donc, et c'est encore la doctrine de l'esprit de Jésus-Christ (lar l'ApAtre (/ Cor. VII, 31 ) : Que ceux qui usent du monde soient comme n'en usant point ; en sorte qu'il veut que les personnes mariées qui y ont le plus d'engagement, y vivent comme si elles n'étaient point dans" le mariage

.Mais cet esprit de dégagement e>t rare dans le monde, où les choses de la terre ])artagent ordinairement le cœur. Il faut avouer que l'état religieux donne de grands avantages pour le posséder et le perfectionner : c'est pourquoi on l'a appelé un long martyre, parce que les observances en étant li lèlement pratiquées, sont autant de sacrilices que l'on offre à Dieu par une continuelle mortification. Mais c'est tout dire, qu'il renferme les conseils du Fils de Dieu pour la perfection chrétienne, pour l'établissement de son image parfaite. Et c'est ce qui a fait décider au docteur angélique saint Thomas, après avoir ex|iressément traité la question, savoir s'il fautbeaucou[) délibérer pour l'entrée dans l'état religieux, qu'il n'était pas nécessaire jinrce que l'on ne peut .jamais mieux faire que de suivre les conseils d'un Dieu. J'avoue qu'il faut examiner sa vocation ; car, si le Seigneur n'édilie, en vain travaillent ceux qui lâchent de bâtir la maison. Mais cotexaineii doit ôtre modéré, quand on remarque que la personne y est portée par son propre attrait cl non pas par

ce que lui disent les créatures ; quand les motifs qui l'y poussent sont surnaturels, et qu'elle ne s'engage pas par des considérations humaines. Ces choses supposées, pourquoi tant délibérer sur la suite des conseils d'un Dieu?

Mais l'on dira: Ne peut-on pas se sauver dans le monde? 11 est vrai qu'on le peut, mais trôs-dillicilement. Le monde est tout ))lein de dangers effroyables, comme l'Ecriture nous l'apprend et les Pères de l'Eglise. Et pourquoi risquer dans une affaire qui est d'une conséquence infinie? Que celui ijui a des oreilles pour écouter, entende cette vérité. [Maiih. XI, 15.) Ce jeune homme l'entendait bien qui étant empêché par son pèro de se faire religieux, lui dit qu'il lui obéirait volontiers à coiidition qu'il voulût bien lui accorder ce qu'il lui demaiuleiait. Le père qui était un homme puissant, lui ayant répondu fort joyeux qu'il lui donnerait toiitce qu'il vomirait: « Mon père, lui répliiiua le jeune homme, donnez-moi doncle paradis, et préservez-moi de l'enfer. — Mais mon fils, lui dit le père, c'est ce qui n'est pas au jiouvoir de l'homme. — Ah 1 mon père, s'écria l'enfant, souffrez donc que je m'adresse à celui qui le peut et qui en a établi les moyens les plus assurés dans l'état religieux ; et c'est pourquoi je les prends. » Maisde j)lus, compte-t-on pour rien l'inlidélilé que commet l'âme en résistant aux attraits que Dieu lui donne? Davantage, puisque c'est un plus grand bien (comme l'Ecriture et l'Eglise nous l'enseignent), pour- (pioi des fières et des mères voudront-ils l'empêcher? Enfin si un Dieu le (îonseille , comment l'homme aurait-il la hardiesse de le dissuader? Mais g'est que l'homme agissant selon ses inclinations, est un homme de ténèbres, c'est un homme aveugle qui s'en va dans le précif)ice et qui y conduit les autres. Quel aveuglement jdus déplorable que de l'aire délibérer si Ion permettra à une personne qui est bien chère de s'engager dans une voie sûre et avantageuse pour son bien éternel, et de ne pas faire la moindre réfiexion quand elle se met dans le chemin large où tout est })lein de dangers, de précipices, d'ennemis furieux pour le salut? Et c'est ceiieiidant ce que nous voyons tous les jours. Hél mon Dieu, où voit-on le contraire? où trouve-t-on des pères et des mères qui fassent examiner à loisir si leurs enfants sont apjielés de Dieu pour l'état du mariage ; s'ils sont appelés aux charges (qu'ils leur destinent dans le siècle où ils les mettent, quoique dans ces charges et ces emplois l'on y ait besoin d'une vertu qui no soit pas commune , pour s'en bien acquitter et ne se pas perdre? Mais s'il est question d'avoir un bénéfice dans une famille ou de l'y conserver, possédant le sanctuaire de Dieu comme par héritage, nuelle délibération fait-on pour voir si c'est la divine volonté? Dans la vérité, les hommes aiment ."i se tromper eux-mêmes, aimant mieux les ténèlires que la lumière, car leurs œuvres sont mauvaises. {Joan. m, 19.) Les

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