I.HOMMr, Dr. DIEU. - FAUT. IM
Celle .j( ie ineffable est un él>Tt du pur amour qui, uiiissnnl rame ?t Dieu seul i>av un (légagciiienl enlier «Je lout l'ôlre cri^é, la fait entrer daiK une glorieuse [larlicipaliou (le ses divins plaisirs. .Ain^i le Pure avait raison de dire que « le eulle parfait de Dieu était la véritable félicité de celte vie , l'arce que la félicité (jui est un assemblage de loules sortes de biens , se trouve dans rentière union avec Dieu, .\insi il remarquait qu'il n'y avait point de gens de meilleure humeur que les saints, car la parfaite joie est inséparable de leur cœur. » 11 faut néanmoins se souvenir de ce qui a été dit, que souvent cette joie, (]ui surpasse tout sentiment, n'est point aper(,-ue dans la partie inférieure raisonnable et sensitive, comme il se prouve évidemment par l'exemple de Noire-Seigneur.
.Mais quand il lui plaît la faire descendre de la partie su[iérieure de l'Ame jusque dans l'iiUérieure, et la faire goûter en quelque chose dans les sens, c'est un av;int-goùl (lu paradis; et c'est ce qui arriva à i'houjnie de Dieu les deux ou trois dernières annéts de sa vie, et conformément à l'état du |iur amour où il était; qui ne pouvant mettre -a joie et son plaisir en autre chose qu'en Dieu seul, goûte la joie et le jdaisir dans leur nurelé. 11 disait bonnement « qu'il lui seuitlail que l'amour divin était la seule vie de son esprit; » et, écrivant dans une entière confiance à la Mère des Anges, il lui mande: « Il n'y a rien en moi(iue Dieu ne convertisse en attrait du pur amour, jiar une voie qui est inexplicable et incom[>réhensible : » car il tire des choses mêmes qui seuiblent ne pas être propres à donner ces sentiments, des mouvements pour l'aimer. La vue d'un cheveu, de la moindre chose qui se présente à mes yeux, me transfiorte et me remplit de saints mouvements, pour aller et être uniquement à Dieu seul.
« Mon cœur, disait-il, esta l'égard de Dieu comme celui d'un enfant à l'égard de son père; il repose dans son sein avec des délices continuelles. Mais non-seulement il me traite en bon [lère , mais comme une mère toute pleine de tendresse. La divine Eucharistie m'est comme une mamelle qui nvallaiie et qui me donne l'expérience du bien qui est en Dieu ; c'est une douceur qui m'abîme et me noie durant tout le jour. » Il avait un commerce perpétuel de son âme avec Dieu, que la nuit n'était pas cajiable d'interrompre. « Les nuits entières, disaitil, ne me semblent qu'un moment dans l'heureuse conversation avec Dieu; il me met ù n'eu pouvoir plus par ses consolations, et cela presque sans trêve ni repos. » S'il allait célébrer le saint sacrifice de la messe, il se trouvait dans une paix merveilleuse; les cris que l'amour lui faisait faire, et les larmes qu'il lui causait, ne lui partaient point ni de la bouche ni des yeux. La divine Eucharistie ne le reni(ilissait pas seulement d'une suavité inexplicable dans l'esprit, mais elle lui donnait au goût une tlouceur ravissante el sensible. Dieu tout bon a voulu
de la sorte récréer quelquefois les sens mortifiés de ses saints, connue il se lit de saint Fiançois, qui se suçait les lèvres quand il avait iironoiicé le doux nom de Jésus. Elle lui laissait même des mouvements sensibles, comme il a été iléjh dit, pour tout co que la nature a de plus en horreur. Toute" ses inclinatinns étant passées dans les inclinations de Jésus, s'il se mettait en rclraito, il semblait que tout le paradis y tombait. A'oici ce qu'il en écrit : « Je ne suis encore qu'au |ircmier jour de ma retraite et , dès que je me suis présenté devant Dieu, il m'a semblé que les cataractes du ciel étaient ouvertes; mon Ame s'est trouvée toute blessée d'amour et, avec une sincérité d'enfant, liée à Notre-Seigneur. Le mouvement qu'il me donne est bien fort i)Our me laisser abîmer en Dieu, et y demeurer comme perdu. Mais les fl.immes du divin amour qui me brûlent délicieusement sont si grandes, (]ue je ne sais comment je les pourrai su|)porltr sans mourir. » Au reste ces grâces lui donnaient une vigueur particulière d.ins une faiblesse extrême ; elles lui réparaient les forces de son corps lout u>é par les maux qu'il avait soufferts, et le mettaient en état de prêcher; ce qu'il n'eût pu faire pour lors sans un secours extraordinaire.
Il semblait qu'il était sorti d'une espèce d'enfer pour entrer dans un paradis; il entendait des musiques harmonieuses, avec des sons charmants d'instruments célestes. On rapporte la môme chose de plusieurs saints. Dieu tout bon [trenait [)laisir quelquefois à revêtir tous les objets qui se présentaient à ses yeux d'une beauté ravissante, et à lui faire entendre des voix angéliques. 11 s'est vu tout investi de flammes sacrées , et tout evironné de clartés célestes qui paraissaient sensiblement aux yeux du corps ; enfin il lui semblait être dans la gloire.
Il a en le don de prophétie, et souvent il entendait des paroles intérieures qui lui découvraient les choses absentes et éloignées, et les choses à venir; mais il remarque, ce qui est bien à considérer, « que le démon se mêle facilement dans ces sortes de paroles, qu'il contrefait celles qui viennent de l'Esprit de Dieu, ce qu'il avait reconnu par sa iiro|ire expérience, «Que Dieu est bon à une àme qui lui est fidèle ! Notre- Seigneur lui |.romilde lui donner ses plaies; il les lui donna etrectivement, quoiqu'elles ne parussent pas à l'extérieur, les ayant gravées seulement dans l'intérieur. On lit la mêmechose desainte Catberinede Sienne.
Le P. assurait que c'était une des grâces qui opérait dans son âme de plus grands effets. 11 a encore eu la faveur de communier de la propre main du vénérable Jésus; il a eu de hautes notions, qui ne se peuvent expliquer, du mystère de la suradorabie Trinité ; les troispersonnes divines lui furent jirésentées dans des lumières tout extraordinaires. Il a eu Ihonneurde communiquer beaucoup avec elles; tantôt le Père éteiriel lui parlait en des manières qui se peuvent
bien plus admirer que dire, tantôt le Verbe incarné, t.sntôt le Saint-Esprit. Il semblait que la terre l'ilt pour lui changée en ciel. Nous avons remarqué comme dès sa jeunesse il eut une connaissance admirable de tous les attributs divins. La môme grûi^e lui fui réitérée, couuiio il était à Loudun; mais ensuite ayant entendu ilistinctement ces paroles : « Je le veux faire voir mon élre divin, » il se tira à i'érart, et là il lui parut comme un éclair de gloire, où il vit îles choses qui surjiasscnt nos jiensées. Je ne prétends pas pour cela assurer qu'il ait vu clairement l'essence divine. Je sais cependant que de grands théologiens, après saint Augustin et saint Thomas, enseignent que Dieu a accordé cette faveur e\traordinairement àquekpies personnes ici-bas enterre. Je sais que des i>ersonnos, éminentes en doctrine et piété, l'ont cru de plusieurs saints ; mais toujours il est certain que l'être de Dieu fut manifesté au Père par une lumière ineffable, ce qui arrive sans qu'on le voie tout à fait à découvert. Il pensait bonnement n'avoir été qu'un instant dans ce ravissement, et cependant il lui dura deux heures.
O mon cher lecteur ! ne disons donc point seulement avec lePsalmiste : Vos consolations, 6 mon Dieu! remplissent l'âme de joie à proportion des douleurs qui ont accablé le cœur. [Psal. xciii , 19.) Car, en vérité, la joie de Dieu surpasie bien toute sorte de peines. Nous avons remarqué que Va mèie Jeanne des Anges disait qu'une seule heure de celte joie récom|ieiisait tous les tourments que les démons lui avaient fait soutl'rir durant lant d'années. Le P. Seurin avait les mêmes senliuients; mais les délices qu'une joie si pure lui causait, «ilaienl si extrêmes, «qu'il assurait que la nature ne les eût jamais pu porter sans un soutien extraordinaire, et qu'infailliblement il en serait mort sans ce secours spécial. » Au milieu de toutes les inondations de ces plaisirs du ciel, il entendait qu'on lui disait ces paroles : «Eh bien, Dieu est-il bon? »h bien, Dieu est-il bon? »
Dans quelque élat que nous puissions ôtre, nous devons bien entendre les mêmes jiaroles , nous devons bien nous les dire. 0 Dieu 1 qu'elles nous devraient être ordinaires, après tant de bontés, tant de miséricordes à l'égard de l'âme et à l'égard du corps, dont nous faisons tous les jours une si douce expérience ; après tant d'ollenses, après tant d'infidélités envers ce Dieu d'une majesté intime; après la douce ]iatienco qu'il exerce envers nous de nous attendre à pénitence, sans nous avoir préci[iilés dans les enfers ; après ces jioursuites réitérées si souvent et depuis un si longtemjis, d'un amour infiniment miséricordieux, pendant que nous le combattons toujours |)ar des ingratitudes inouïes; après la multiplication et l'augmentation de ses grAces, I>endanl que nous multiplions et augmentons nos péchés ! Toutes ces choses nous doivent bien faire dire à nous-mêmes : » Eh
bien. Dieu est-il bon? «Qu'elles sont pressantes pour nous engager uniquement et sans réserve à son divin service 1 Mais quel moyen de ne se pas donner tout à fait à un si bon maître? Ah 1 mon Dieul Ahl mon Sauveur ! vous seul, vous seul, vous seuil 11 n'y a personne qui vous soit semblable, il n'y a point de grandeur qui égale votre service.
Les heureuses expériences qu'en avait le P. Seurin lui donnaient des mouvements iiareils pour y inviter tout le monde et l'exhorter au mépris de toutes les choses de la terre, disant que c'était la dernière folie de s'y arrêter, en perdant pour des bagatelles du monde les richesses immenses du paradis. Vous qui lisez ceci, n'enlendezvous point la vérité, qui vous crie ces choses? mais si vous avez quelque jieine dans le service du grand Dieu, écoutez l'Apôtro en son Epilre aux Romains ( viii , 16, 17), qui vous dit : L'esprit de Dieu rend lé- 7noigna(je lui-même au nôtre, que nous sommes etifanis de Dieu, et que , si nous sommes ses enfants, nous sommes aussi ses héritiers, c'est-à-dire les héritiers de Dieu et les cohéritiers de Jésus-Christ ; pourvu néanmoins que nous prenions part à ses peines, afin que nous ayons aussi part à sa gloire. Or je vous demande, mais ne me répondez qu'avec réflexion: L'héritage d'un Dieu ne vaut-il pas bien le peu de peines que vous souEFrez ? Y a-t-il quelque comi)araison entre cet héritage et celui d'une monarchie de la terre, et de la monarchie même de tout le monde et d'un million de mondes ? Ah 1 que ne ferait-on pas pour ces choses? Hélas ' que ne fait-on pas pour des choses moindres? mais que ne faites-vous pas vous-même pour le peu de chose où vous prétendez? Considérez donc que le saint Apôtre disait avec grande raison : Je tiens qu'il n'y a aucune proportion entre les l/iens de celle vie et la gloire qui nous sera découverte ; c'est pourquoi nous ne perdons point courage, parce que les afflictions si courtes et si légères que nous souffrons ici-bas produisent en nous la durée éternelle d'une joie incomparable. [Ibid., 18. ) Mon cher lecteur, je n'ai à vous dire que ce que je me dis ci moi-même : souffrons un moment, ayons [)alience un moment, et nous serons à jamais bienheureux. En vérité cette condition, qui est indisiiensable, n'est-elle [ics bien douce? mais, si elle l'est, jiourquoi donc nous plaindre? Disons plutôt dans celte vue avec rA[)ôtre : C'est pour cela que nous ne perdons pas courage. Mais disons aussi avec lui et dans la pénétration de notre es|)ril : Parce que nous ne considérons point les choses visibles, mais les invisibles; car celles que nous voyons sont passagères, et celles que nous ne voyons pas sont éternelles. ( // Cor. IV, 16, 18. ) Mais il faut, pour bien dire ces paroles avec l'homme apostolique, que vous n'arrêtiez jilus vos vues sur la terre ni sur les intérêts temporels, élevant saintement vos pensées vers le ciel et vers le Dieu du ciel.
Il faut pour cela vous arrêtera la oure foi
i.iiommî; Dr. diku. — part. m.
(]ue vous avc7. roruc nu saint l)a|iii^me. Le I'. Seurin disait : « que i''(''lail à cutlo juiro loi que se leFiniiiaient tous les autres états (le giAce, au moins en cette vie. «C'est liourquoi, selon son i)ro|)re lénioignay;^ tous les torrents de joie, dont il a clé comblé vers In tin de sa vie, ne lui ét.nent diinnés que jiar une idée {générale et eunluse de la foi ; quoique auparavant, connue on l'a pu \oir, il eût souvent des vues trè^-disliniles et très-particulières. Enfin il faut remarquer avec lui que ces grâces si douces et si cliarmanles se trouvent quelquefois compatibles avec une très-grande pauvreté et un grand délaissement dans la pure foi. C'est pourquoi il assurait « qu'au milieu de tous ces états célestes, dont il a été favorisé, ses obscurités étaient quelquefois assez grandes, et ses infirmités fort affligeantes. » La raison est.'que la pure jouissance est pour l'autre nmnde, comme Notre-Seignenr l'enseigna à sainte Thérèse, et la |irivation pour la vie présente. Ce qui fit dire ensuite à cette séraphique sainte : « Ou mourir o\i pûtir,» car, dès lors qu'un Chrétien ne souffre jilus en ce monde, il semble qu'il n'y a i)lus rien à faire. Ne pensez donc pas que notre serviteur de Dieu et de son immaculée Mère, parmi toutes les délices du ciel dont il a été inondé, filt exempt de croix; il en a toujours eu jusqu'à la mort en plusieurs manières; c'est ce qui lui faisait écrire à ia Mère des Anges : « Que nos misères nous servaient beaucoup, qu'il ne fallait jamais s'en oublier, qu'aulreuient il }' aurait danger d'entrer dans quelque présomption. »